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Tout de suite, vous dira cet honnête Parisien que vous i^enez visiter par besoin ou par politesse, et qui a sa i>arbe à faire, un ordre à donner à sa cuisinière, ou sMl sst homme d'affaires, un client à expédier.
SMi est poli, il ajoutera : entrez au salon ou dans mon cabinet, et asseyez-vous. S'il ne Test pas, il vous laissera lans son antichambre, ou à défaut, dans le couloir ou sur l'escalier.
11 est , d'ailleurs , assez difficile de préciser la durée du tout de suite; il peut varier de dix minutes à une heure et même une heure et demie, ce qui vous donne tout le loisir d'en soupçonner l'étendue et de reconnaître que de toutes les .manières de déterminer le temps et de suppléer aux cadrans solaires, horloges, montres marines et autres , c'est la moins définie ou la plus élastique ; enfin, pour me servir d'un terme parlementaire, c'est le plus large de tous les amendemens faits au code de l'exactitude et , par cola même , la formule qui s'harmonie le mieux à la liberté. Il est vrai que ce n'est que d'un côté , mais il en est toujours ainsi ; et dans une société quelconque , la mesure de liberté faite à l'un ne peut être large que par un emprunt non moins copieux fait à celle d'un autre.
11 est évident que si vous aviez prévu la chose et jugé la portée du tout de suite, fût-ce à une demi-heure près, vous auriez pu utiliser la première heure pour faire une course, écrire une lettre ou lire un journal. Or, ceci eut été un bénéfice net pour vous et pour votre hôte, dont vous n'auriez pas usé le parquet et les tapis avec les talons de vos bottes, ou les fauteuils avec le fonds de vos chausses: dommage réel, car vous les avez essayés tous, et vous vous êtes retourné vingt fois dans chacun. Mais qu'y faire? Comment lire dans la conscience d'un homme? Comment, sur l'intonation de sa voix ou sa
manière de prononcer un tout da suite j cafcUkr le nombre de minutes que vous anrez à attendre?
Cela est très-difficiiè, et pourtant ce n'est pas im{M)&^ sible. Il y a des' signes indicatairs qui , sans apporter la certitude , annoncent , avec quelque probabilité , ^e l'attente sera Ionique. Par exemple, si F homme que tous allez voir ajoute à son tout de suite ces simples mots: deux minutes, vous pouvez compter sur une grande hêian; s^ii dit : deux secon(2e^, comptez sur une heure et derm.
L'une des variantes du tout de suite est je suis à wm, qui veut dire littéralement qu'on n'y est pas.
Tout à l'heure est plus vague, et pourtant il inspire plus de conOance et offre ordinairement la chance d'one andlence plus prompte. 11 équivaut à dans un instar, que les gens charitables adoucissent encore en Jetant an patient, comme un os à ronger, un me void ovi un je tiens. Bien entendu qu'ils ne bougent pas, car s'ils venaient , ils n'auraient pas besoin de le djre. Dans cette circonstance , je viens est une métaphore qui exprime l'immobilité. On en peut seulement induire qu'elle ne sera pas étemelle: c'est un gage d'espérance.
Permettez est beancoup plus positif; il annonce mie interruption momentanée de la conversation commene(!e et se dit lorsqu'on n'a réellement que quelques mots à échanger avec un tiers ou une toute petite chose à faire. Il se dit aussi lorsqu'on veut dévier du sujet qu'on traite et passer incidemment à un autre. Il se dit enfin quand on a une objection à présenter à ce qu'avance l'interloeuteur, et qu'on n'a pas la patience d'attendre qu'il ait fini. Quoique \e permettez soit l'ennemi-në de toute conversation suivie, l'habitude le rendrait supportable ; mais il est des gens qui en font vraiment abus et qui, à fbree de permettez, vous coupant isans cesse la parole, ne vous permettent rien, pas même de leur accorder la permissien qu'ils vous demandent.
Ces hfÇ9ti» 4inre«seâ de voler le temps ne sont pas spé^ cieles à 1» France , et chaque peuple a les siennes. Le touC de miU de Paris ressemble fort au subito des Ita-* liens «: moins redoutable pourtant que leur subito subito qui représente nos deux minutes j ou leur ecco qui an— BOBCé immanqw^^meot, dans la bouche du cameriire d'auberge , quUi n'y a rien sur la table , et que vous. snrez votre dîner à Theure ordinaire du souper.
Je ne me rappelle plus le terme allemand qui répond à chacune dé ces formules, bien que, lui aussi, m'ait fait enrager bien des fois ; mais je vieillis et f oublie jusqu'à Éoes rancunes. Néanmoins, je puis affirmer qu'il n'exige pas moins de patience que ses analogues , si même il n*en demande pas davantage , car le Français en disant son tout de suite et l'Italien son subito, ont l'air de se' presser et de tK)uillir d'impatience, si bien qu'on est tetité de les consoler et qu'on se laisse quelquefois apitoyée jusque leur dire : prenez votre temps , ne vous presse^ pets; tandis que FAUemand, par son imperturbable sang-^ fmd et sa ti^anquillité qui contraste avec ses paroles , semble doubler votre impatience ; il vous donne envie de le battre, et vous souffrez à la fois de l'attente et de la colère.
Colère injuste! Il ne faut pas en vouloir à ce boa AllMnand, il ne faut même en vouloir à personne. ÂUe-i ma»^, François ou Italiens, en se servant de ces paroles plus on moins saupoudrées d'espérance , n'ont d'autrâ ifltetttion que de vous faire prendre patience et même de vous en donner, si vous avez le malheur de n^en point avoir : 149 ne sont donc nullement à blâmer. Le tout de iuiU est, en tout pays, une phrase bienveillante, conci-^ Natriee , d'une intention toute philanthropique , et dont Tanique but est de vous faire paraître l'attente moins pénible. Mais le malheur veut qu'elle produise précisément
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Feffet opposé , car que résalte-t-il de cette promesse ou de ce délai limité à une minute ou deux? C'est qu*à la troisième on commence à les compter, ce qui n^est, dans aucun pays, ni le moyen de les trouver plus courtes ni d^en réduire le nombre.
Les Anglais , je ne parle pas des touristes , mais des gens occupés, sont, sur ce point, plus sages que nous. Ils connaissent le prix des heures et même des quarts d'heure : ils n'abusent pas des tout de suite ni des subito. Us vous reçoivent d'abord ou ne vous reçoivent pas da tout, et vous indiquent un autre jour ou une autre heure. J'aime mieux cela ; on fait moins de mauvais sang , et Ton en vit davantage.
TRANSFORMATION. Selon les naturalistes, une forme reste invariablement la même, et le chardonneret qui sort aujourd'hui de Tœuf est semblable à celui qoi, type de l'espèce, en est sorti le premier.
Sans demander comment aura paru ce premier d'une espèce et comment, sans antécédent, il pourrait être ce qu'il est, sans même consulter la charpente osseuse des animaux fossiles qui tous diffèrent en quelque point des animaux vivans, nous dirons: quand nous voyons, dans une période de quelques années, la forme se modifier, comment cette modification n'aurait-elle pas eu lieu i l'égard des formes qui ont traversé les siècles ? Ne voyons* nous pas combien les besoins, les penchans et les sensations agissent sur les corps ? Or, toiis les êtres n'auraient donc eu, depuis leur réveil, qu'un besoin, qu'un penchant, qu'une sensation ; alors, ils devraient être tous absolument semblables. S'ils ne le sont pas, c'est que ces impressions ont été différentes et que la volonté a subi leur influence. L'intention changée, comment l'œuvre ne le serait-elle
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pas? Comment celai qui serait devena un nain, garderaitil la peau d'un géant?
Et les variations de climats et d'élémens, les comptezrons pour rien? Chaque jour, ne voyez-vous pas qu'elles influent sur les organes ? A chaque réveil de la vie, après i^que révolution géologique, les animaux, leurs débris ^indiquent, n'ont-ils pas affecté une figure différente?
L'ont-ils affectée immédiatement? Non; il n'y a, dans Panivers , d'immédiat que la mort. Quand il s'agit de création et d'œuvre, tout a son principe, sa croissance, son développement. Sans doute la nature ou la marche Jes choses n'est pas immuable, mais elle ne change que [leu à peu. La modification des corps est progressive. La forme de tous les êtres est le résultat de leurs pensées et des actes s'harmoniant aux élémens, aux localités, aux circonstances , et dès-lors empruntant quelque chose à )es circonstances, à ces localités, à ces élémens. Mais ici îen d'improvisé, tout doit être progressif. L'être inteligent est la suite de plus longs efforts et de pensées lias complexes que l'être simple. L'homme surtout est inè créature longuement élaborée et qui n'est arrivée à « point humain , à cette qualité d'animal raisonnable , lu'après une longue filière de positions inférieures.
Ces progrès de la forme, œuvre des siècles, sont peu visibles , parce qu'ils s'opèrent imperceptiblement d'une orme à une autre, en agissant d'abord sur les organes Dternes. Mais bien que ces modifications échappent à los sens, la réflexion ne nous les indique pas moins, st si nous ne saisissons pas le moment même de la tranûtion, nous avons devant nous, dans les espèces diverses, tous les degrés par lesquels les êtres sont passés et passent joarnellemcnt encore.
La forme étant toujours le résultat des sensations de l'ame et les sensations étant éveillées par les effets exté*