‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 96 sur 105 · TU · texte numérisé non relu

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rieurs, la cause de ces effets, c'est-^à-^dirë notre entourage et les élémens, doivent influer sur cies sensations et coasëqueMiaent sur U nature de no» organes.

La plus puissante des sensations est celle qui résulte de la nécessité ou des besosns ; et comme cette nécessité ou ces besoins ne peuvent pas être satisfaits de la même manière dans des localités différentes , c'esC-à-dire snr une surface plane ou un sol: accidenté, dans un élément li<)uide et transparent on ime matière sotidê et opaque, il est certain que deux êtres an même degré d'intelligence y mais placés dans des ciroonstances inégales , ne se constitueront pas des organes: semblables.

Après rintriligence et la voloiité,' c'est donc la nécessité qui a donné à nos membres leur meisure et lenr firoportion , leur pesantenr on leur légèreté relative ; et tel être qui nous paraît Informe et incomplet^ n'en est pis moins ce quMl doit être.

Un phoque, par exemple, est, quant an cerveau, ani viscères, cnfm à Tensemble de son organisation, un animal aussi bien conforme qifun chien , puisqu'il a nae intelligence égale. S'il n'a pas de pattes, c'est parce qtfil n'en a pas besoin. Elevez à terre des phoques , accoutumez-les à cette nouvelle position, après quelques générations, ils auront des pattes. Elevez des chiens dans une position où ces pattes leur soient inutiles , après quelques générations, ils n'en auront plus.

Gomment s'opère la modification ? Je viens de le dire : c'est par degrés successifs et de ti*ansition en transition; et il faudra d'autant plus de ces .échelons ou de formes intermédiaires , que le type originel sera plus distinct du type à modiGcr.

On comprend que ce phoque qui a déjà des moyens dé se traîner sur la terre, ce phoque qui est amphibie, s'accoutumant pla$ vite à cette situation y y aurait plus

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prbmptcment pby^ sa forikie que ce requin qui est fait poar nager en pleine eau , plonger ou fendre la vague » et hnltement pour ramper dans les bas fonds. .

Que psËT un cataclistne cfa une ëvapo ration subite, Cette mer devieiine tout-à^coup: u&e lagune sans {M-ofondenr où ii ne reste d'eau que juste ce qu'il faut pour que ce requin ne puisse que se roiiter et se glisser sur le sablé Sans pouvoir se servir de ses nageoires , dans cette situation, il ne les perdra pas imaiédiatement, mais il en perdra Ftisage.

Les requins qui naîtront dan$ cette impossibilité de nager, n'en auroi^t iii le dés^ir ni la volonté; et faute d'exercice « leurs ofajgeoires, -membres inutiles, cesseront de se détdopper.

Chez la génération suivante , ce développement sera plus faible encore; à moins qu'un nouveau changement de position ne leur ait permis d'utiliser ces nageoires , non pour nager, mais pour se soutenir et comme point d'appui.

L'brgaae ayant ainsi changé de but, changera bientôt 4é forme , et cette forme se mettant insensiblement ea rapport avec les besoins croissans de l'animal , après araif été un simple moyen d'équilibre , deviendra un iBode de locomotion.

Mais ce qni, plus encore que T habitude ou la localilë^ înflote sur la forme et contribue à >-9on développement > c'est la crahtite de la douleur et de la mort >et le désir de s'en préserver; Iref, ^c'est la poursuite des ôtres par les êtres.

Cet insecte , cet .animal a «ne arme qui ne :)ui sevt qu'à sa défense ; cette anse ne peut hii être venue que lorsqu'il a été attaqué ou qu'il a voulu attaquer lui^ 4sâme, sinon tUe seraàt une anomalie , disons plus, une «bsurdiléf comme lea inains en «raient «ne daiisfe «Me

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ou dans une atmosphère où il n'y aurait rien à prendre ou à toucher.

Il est donc certain que les formes primitives , cdles dont était revêtu l'être avant qu^il ne fut attaqué par l'être , n'étaient pas les mêmes que celles qui existent aujourd'hui; que les aiguillons» les cornes, les ergots, les épines, les venins, n'ont apparu que depuis que les passions haineuses et la nécessité d'y résister se sont foit sentir entre les individus.

Mais ce n'était pas assez que cet état de guerre ait commencé, il fallait qu'il se perpétuât. S'il n'eut été que transitoire , cette arme , qui ne fait pas partie du type primitif, qui n'est pas inême la conséqaaice de l'âérnent, qui n'est enfin qu'un fait secondaire, aurait cessé d'exister avec les causes qui l'auraient fait naître ; seulement , sa disparition n'aurait , de même que sa création ou soa apparition , eu lieu que progressivement de forme en forme ou de génération en génération.

Cependant le moyen ^e défense d'un animal peut n'être pas de création entièrement neuve, ou en dehors de sa constitution pcemière, et ne consister que dans la modification d'un organe existant. Par exemple : tel mammifère à la peau dégarnie et tendre , tourmenté par la piqûre des insectes ailés, usait de sa tête et de ses pieds pour s'en délivrer. Il y parvenait pour certaines parties da corps, mais non pour toutes, et sa croupe et ses flancs se trouvaient souvent sans défense; il s'efforçait alors d'y suppléer par le mouvement de l'échiné. Â force de s'agiter et de tendre au même but, l'échiné s'alongea, la queue commença à se mouvoir et, par ce mouvement, à acquérir peu à peu les dimensions qu'elle a aujourd'hui chez les mammifères de cette catégorie.

Les animaux dont la peau est trop dure ou la fourrure trop épaisse pour être sujets: aux attaques des

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nouches, les rhinocéros^ les éléphans, les ours, n'eurent [amais celte longue queue des bœufs , des vaches , des shevaux, des lions, etc. Elle ne leur est pas nécessaire.

On voit , par cette suite de faits , qu'il suffit d'une sensation prolongée passant de race en race ou de forme ta forme, pour faire naître l'organe utile à la conservation de cette forme. Le besoin, la crainte, la douleur, deviennent ainsi les mobiles de cette création.

11 ne faudrait pas croire que ces modifications de la forme n'ont eu lieu que dans la première période du séjour des êtres sur la terre. Non , les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, et partout où les élémens et les habitudes se modifient, les formes doivent s'y modifier aussi. La création est une œuvre progressive; elle est sans terme, elle continue sans cesse. Ces métamorphoses s'opèrent donc journellement et s'opèrent sous nos yeux. Si nous ne les voyons pas, c'est que nos yeux sont faibles et que notre existence terrestre est courte; puis, c'est qu'elles ne se complètent qu'à l'instant de la reconstruction de l'enveloppe et dans cette phase qui précède la naissance et que nous nommons génération ou conception.

Cependant toutes ces modifications de la forme ne sont pas invisibles. On sait combien certaines inclinations , certains vices et les habitudes qui en résultent, changent la physionomie d'un homme et donnent même, à toutes les parties de son corps, un aspect autre que celui qu'il avait avant de s'abandonner à son penchant.

Les hommes de professions diverses prennent, en fort peu de temps, un caractère de figure qui indique leur état. Prenez deux jumeaux d'une ressemblance parfaite, mettez- en un au séminaire et l'autre dans une école militaire, bientôt ils se ressembleront moins.

La diversité des langages suffirait seule pour donner

^ux figures des coupes àiféreutes. Les peuples dont k langue frappe continuellement les dents ett pariant, ont la mâchoire inférieure plus saillante (|ue les autres peuples: voyez les Anglais, les Hottentois, etc.

Le plus on moins d'éclat du soleil ou de chaleur ée 5es rayons, naodifie encore la figure. L'homme du nori transplanté dans le midi ou celui du midi transporté aa nord , change après quelques gëoérations. Si les enAiDS rdes nègres qui habitent les pays froids restctet nègres, t^esï que la noirceur du nègre ne tient pas seulemeiit i la surface. Cependant , il est à croire qu'à la longoe leur descendance -perdrait 4e sa teinte noire 4ans nos pays européens ou toute autre latitude froide. L'on y a rencontré des peuplades qui , sanfs être noires , ont k type de la ligure nègre ; et je ne doute pas que dans leurs traditions , leurs mœurs et leur labgage , on ne ^trouvât des indices de leur origine africat&e.

Quant aux animaux , on sait combien il est facile de varier leur forme par la seule modiOcation de leurs ha^ bitudes. Si l'on y joint le changement de «ouriiture, h transformation devient plus prompte et plus complète encore. Parmi nos animaux domestiques , il en est qai n'ont presque plus de ressemblance avec leurs analogues vivant en liberté.

Le mouton est de fabrication humaine ; il n'y a pas de mouton sauvage; à moins qu'on ne prenne le monïlon pour le type du mouton. Un animal ainsi coùvnt de laine et sans moyen de défense, ne vivrait pas longtemps sans les soins de l'homme.

C'est panr l'étude approfondie des eflKete d^un ré^e hygiénique constamment suivi et ^par le croisement des variétés de races dont -la soudhe eîlt commune, qu'on est parvenu à créer des formes nouvelles, du moins à ^e]^tërieur. Les agriculteurs anglais ont inventé ainsi* de ^ces

moutons dont la laine a trois fois la longueur de celle des autres, lis ont aussi doublé la taille et le poids de leurs bœufs et de leurs porcs.

Ils ont encore imaginé une série de chiens de toute taille et de tout poil , avec des formes et des qualités adaptées à ce qu'ils veulent en faire.

L'animal, comme l'homme, peut, jusqu'à certain point, influer sur la création. Le cynips force le fruit à mûrir avant ta saison ; ou pour loger ses œufs, il amène Tarbre à produire une gale, une superfétation qui ressemble à un fruit. Cet insecte est, en cela, aussi habile que Thomme qui oblige une rose à devenir double ou à changer sa couleur ; et cependant l'homme ne peut , pas plus que l'insecte, pénétrer la cause dont il obtient l'effet.

Dans certaines classes d'animaux, leur transformation s'opère par un procédé simple et dont nous pouvons suivre toutes les phases. La chenille devient chrysalide, et celle-ci se change en papillon. Le têtard se métamorphose en grenouille. Mais il est beaucoup d'autres transformations qui nous échappent ou que nous soupçonnons sans les pénétrer.

Est-il certain que nous ne les pénétrerons jamais? Avec du temps, de la patience et des expériences mieux suivies, plus approfondies, quand surtout nous aurons sérieusement étudié les mœurs, les passions et aussi l'anatomie des animaux, peut-être obtiendrons-nous d'autres preuves de ce passage d'une enveloppe à une autre et de cette liaison qui unit toutes les espèces.

Mais la transformation qui nous importe le plus est celle qui nous touche personnellement ou qui s'opère dans la constitution humaine.

Nous avons émis l'opinion que la création n'était pas achevée et qu'elle ne pouvait jamais l'être, parce qu'elle consistait dans une progression sans terme. On comprend

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qu'il s'agit ici de la progression oniverselle ou de celle qui s'e'tend dans tous les globes. Si Ton u'enrisagc la création que partiellement , par localité ou par globe , naturellement elle a un terme; et lorsqu'un être y est arrivé au degré de perfection que comporte le globe où il se trouve, il faut que sa marche ascendante s'arrête ou qu'il aille ailleurs. Or, l'homme en est-il arrivé là, et puisque les animaux l'ont précédé sur la terre, n'y serait-il pas lui-même le précurseur d'une race plus intelligente encore et d'un degré supérieur au sien? Celte question est importante et mérite d'être examinée.

Nous avons vu que l'ame , d'essai en essai , arrivait ordinairement, dans chaque degré, à obtenir une forme aussi perfectionnée que le permettait la nature des lieux et des élémens où elle vivait. Ainsi la forme de rhomme primitif ou du premier être qui , passant de riostinct à la raison , s'est élevé au degré humain , a dû être à la mesure de cette raison naissante. Mais depuis , par Tusage, le contact et l'exemple, cette raison s'est développée. La forme a dû suivre et se perfectionner comme l'esprit.

Aujourd'hui se perfcctionnc-t-elle encore? La nature de nos élémens terrestres le permet-elle? Et cette sorte d'inquiétude , de malaise , de fièvre , de désir vague d'une autre vie et d'un meilleur monde qu'éprouve l'homme supérieur, l'homme de génie, ne viennent-ils pas de ce que ses organes ne sont plus à la hauteur de son ame et que, malgré ses efTorls, il ne peut les y mettre? Remarquez bien qu'il l'a fait autant qu'il dépendait de Ini, en inventant des machines pour aider à la nature, en se créant des organes factices qui pussent suppléer à l'insuffisance des siens. Il était nu, il s'est procuré des habits ; il était sans défense, il a fabriqué des armes ; il ne pouvait marcher sur Teau, il a construit des vaisseaax; il ne pouvait s'élever dans l'air, il a imaginé les ballons;

il était incapable d'atteindre à la course le moins léger des anim&ux, et il les a tous dépassés par la vapeur ; enOn , ses yeux impuissans lui permettaient à peine de J^oir sur la terre > à Faide du télescope il a lu dans les cieux.

Avec une telle puissance de conception, il est probable que, reportant son intelligence sur lui-même, il eut donné à ses propres organes la portée qu'il pouvait conférer à de simples machines, si le plan et la base primitive de ces organes et la matière dont ils sont composés l'eussent permis.

D'après ceci , on pourrait penser que l'organisation corporelle de l'être humain est arrivée, sur la terre, à toute la perfection dont elle y est susceptible, et qu'un être supérieur ne peut former un corps analogue à son génie que dans un autre globe et avec d'autres élémens.

C'est peut-être pour cela que le nombre des hommes n'augmente pas comme augmenterait celui de créatures inférieures placées dans des conditions aussi favorables, et que parmi ces hommes, ceux qui atteignent au génie ou à l'apogée de l'intelligence terrestre sont toujours rares et isolés.

En admettant un terme au perfectionnement des organes humains quand ils sont parvenus au point le plus élevé que comporte la grossièreté des élémens terrestres, on voit que nous n'admettons pas que la forme du premier homme et même de ceux qui l'ont suivi ait été semblable à celle de l'homme actuel. L'intelligence ayant gagné , les organes de cette intelligence et les moyens d'exécution ont dû gagner dans la même proportion.

La simihtude des débris qui nous restent des hommes anciens avec ceux des hommes d'aujourd'hui , n'est pas une démonstration contre cette croissance des formes. Ce que le temps épargne dans la charpente animale, c'est la partie grossière ou les os. Quant aux nerfs, aux muscles, aux fibres du cœur, du cerveau^ leur dissolution est im-

médiate; et c^est là surtout où la diffërence de la forme et son perfectionnement se manifestent.

Une autre raison de croire que la forme du premier homme, ait-ij eu même notre intelligence, n''était pas entièrement semblable à la nôtre, c'est qu'elle était nouvelle, et qu'il est certain que toute forme s'améliore par l'usage ou l'expérience d'elle-même et de son entourage.

Ainsi , dans cette modification de la figure humaine, il y aurait une double cause et un double effet : l'effet croissant de Tintelligence et aussi celui de l'amélioration purement matérielle et tenant à l'accord progressif de la forme, à l'emplacement où elle fonctionne.

Cette double progression suit une filière dans les limites du degré même, et il n'est pas un seul échelon de la création, pas un seul type de croissance ou de décroissance qui ne contienne ses subdivisions ou une échelle secondaire.

Dans le degré humain, il est facile de remarquer que rien ne ressemble moins à un homme de génie qu'un idiot. Quant aux organes intérieurs , éFidemment ils doivent être fort dissemblables, puisque leurs effets le sont.

C'est ce qui fait la différence des figures d'une même famille , différence qui n'est autre qu'un état plus on moins avancé dans une même classe. Il y a donc, dans le degré humain comme dans tous les centres, une série de formes, depuis l'individu le moins intelligent de ce degré jusqu'à celui qui Test le plus.

Ceci nous ramène encore à cette induction : si cette série de formes s'est établie progressivement, si la figure la moins intelligente a paru avant celle qui l'est le plus, il est possible qu'il en paraisse encore à un degré plus élevé que celle qui est aujourd'hui la cime.

Mais cette progression d'une forme aura un terme; et la figure humaine, en se modifiant ainsi partiellement, doit arriver à un point où elle n'est plus modifiable.

Alors , si la terre ne comporte pas Taction de cette ►rme surhumaine ou n'a pas l'élément qui soit propre la constituer, il faut bien qu'à moins de retomber ou ; devenir stationnaire, l'ame s'élève vers un autre globe;

si cela n'est pas encore arrivé sur la terre , si Fin- Uigence d'un être n'y a pas encore nécessité une forme i-dessus de la forme humaine , cela y arrivera nécesirement un jour.

Voici le résumé de ce que nous avons voulu démontrer ins cet article:

Le nombre des êtres est -fixe, parce que le principe de ut être est incréé; et s'il ne doit pas finir, c'est parce l'il n'a pas commencé.

Il ne peut donc y avoir, dans l'univers, ni un être de plus

un être de moins ; et ceux que nous voyons ne sont, us divers aspects, que des individus qui ont toujours été. Il y a, dans la nature, un passage continu d'une forme une autre, sans que ce changement de forme comporte i changement d'ame ou d'individualité.

De la préexistence vient la ressemblance d'un homme ésent à un homme passé, ressemblance en même temps atërielle et intellectuelle qui tient également de la subuice élémentaire et de l'intelligence ancienne , double igine qu'on reconnaîtra dans l'organisation physique mme dans les effets moraux.

La modification ou la transformation des formes s'ef- ;tue ordinairement par les organes intérieurs, dans les rmes et avant l'apparition des corps. C'est ainsi qu'elle bappe à nos sens.

Ces modifications de la forme s'accomplissent toujours r une action lente et progressive. S'il existe des mé- Dorphoses subites ou spontanées , c'est en dehors de nature terrestre ou parmi les êtres simples des degrés imes.

UNE JEUNE FILLE. Elle avait vingt ans. Sa taille était légère et élancée, un peu penchée en avant ; elle se tenait droite pourtant. Il y avait dans son port quelqae chose de souple et de gracieux qui n'appartenait qu'à eUe.

Ses cheveux étaient noirs et bien plantés. Ses sourcils fins et arqués se rapprochaient et tendaient à se joindre, mais en s' effaçant , sans rien de dur ni de heurté. Ses yeux bien fendus étaient ombragés par de beaux cils, ils étaient doux et calmes; et quand, dans leur sourire, elle les posait sur vous, ils avaient une expression délicieuse de bienveillance et de modestie.

Sa bouche un peu grande laissait voir de belles dents; SCS lèvres roses étaient surmontées d'un léger duvet qui n'en déparait pas la fraîcheur.

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Les pomifiettes de ses joues étaient prononcées , mais non assez pour cacher la jolie fossette de son sourire.

Pour une brune , elle pouvait passer pour blanche : sa figure avait cette teinte virginale et ce velouté qu'animaient quelques taches de haie.

Quant à la couleur de ses joues , tour-à-tour roses , rouges ou pâles, on ne pouvait pas dire ce qu'elles étaient, tant elles variaient instantanément.

Son front avait une juste proportion : avec beaucoup de noblesse , il ne manquait pas de grâce. L'ensemble de sa physionomie , bien qu'extrêmement mobile , annonçait le calme du cœur et de la conscience : c'était une de ces ûgures qui montrent l'amc et inspirent la confiance.

Sa tête était merveilleusement posée sur un cou souple et fort; ses* épaules larges faisaient valoir une poitrine ouverte et nettement dessinée, poitrine de vierge comme nous en montrent les peintres.

Ses bras, peut-être un peu forts comparativement à son corps, étaient terminés par une main effilée et des ongles rosées d'une admirable forme.

Sa taille élancée faisait ressortir à la fois ses épaules et ses hanches. Sa jambe était fine et nerveuse, et son pied petit pour sa haute stature.

Sa voix, sans être harmonieuse, avait une portée extraordinaire. Ses manières simples conservaient toujours une dignité singulière dans une si jeune fille, dignité qui devenait hautaine au premier signe de familiarité : là s'éveilUit l'orgueil de race.

Nulle apparence de coquetterie , et pourtant quelle femme n'en a pas? Aussi elle en avait , mais elle la cachait bien. C'était , d'ailleurs , la coquetterie de l'innocence, car avec cette santé parfaite, cet air de force et cette force réelle, sa sagesse était exemplaire. La calomnie n'avait pas même osé l'efQeurer.

Elle était fière et même impérieuse ; elle souffrait peu la contrariété et ne pardonnait pas une humiliation. On la faisait quelquefois céder par !a prière , mais par la crainte, jamais.

Véritable enfant de la nature , elle avait pourtant nn tact exquis des convenances : jamais un geste , jamais un mot ni un regard qui ne fussent ce qu^ils devaient être. Cette dignité de la femme, cette pudeur de la jeune fille ne la quittaient point, et cependant rien d'affecté, rien de contrarié même ; et si quelque chose excitait sa joie, son rire franc et expansif avait mille fois plus dMnnocence que les grimaces de la priidé.

Quels que fussent la conversation et le sujet qu'on traitât , politique , science , métaphysique , elle semblait comprendre. Elle comprenait même, et pourtant elle ne savait rien, elle ne voulait rien savoir: elle ne le pouvait pas , disait-elle. Elle traçait aussi quelques mots et posait quelques chiffres ; sa mémoire et son bon sens suffisaient au reste, à ses besoins, à ses affaires, à ses plaisirs.

Mais où donc avait-elle appris à parler? D'où lui venait ce choix d'expressions? Jamais de faute de langue, jamais de phrase commune : comment expliquer ceci? Comment, sans avoir rien étudié, n'était-elle pas ignorante? Comment possédait-elle cette science des images et du style? Il est donc un tact inné, une expérience, des phrases et des paroles que nous trouvons en nous , en dehors des écoles et de l'exemple, car elle n^avait vécu que dans les champs, entre les oiseaux et les fleurs.

Sa propreté était extrême : à quelque heure qu'on la rencontrât, tout était en ordre autour d'elle et sur elle. 11 semblait que rien n'eût pu ni la salir ni la chiffonner; et les embarras d'un ménage et les soins les plus contraires à la parure, faisaient mieux encore ressprtir cet

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re charmant qui était en elle et qui d'elle sMtendait

tout ce qui rapprochait. Elle aimait surtout que sa mbrc, que son lit fussent bien rangés, car elle dort avec délice. Elle n'en était pas moins avide de ivement; elle aimait la danse et le bal, et tous les c où Ton court et s'agite.

a force musculaire était extraordinaire: on la voyait,

amusement et sans effort, soulever des fardeaux qui aient fait ployer un homme. C'était un athlète sous igure d'une grâce.

|uelle que fût la mobilité de sa physionomie où se étaient toutes les impressions de ceux qui lui par.- Qt ou des choses qui la frappaient , elle ne laissait , f des cas rares , transpirer aucune de ses passions ,

même de ses goûts.

es passions , elle en avait pourtant. Des goûts , elle ait la toilette, mais la plus simple.

Ile affectionnait les couleurs sombres et savait habicnt les assortir. Elle n'était pas moins adroite dans hoix de la coupe de ses vétemcns , soit qu'elle les îlle-mêmc, soit qu'elle les fît faire; de sorte que, ;e à sa haute taille et à sa noble démarche, quoique le d'étoffes communes, toujours et partout elle semt être la reine.

3n désintéressement était sans bornes : peu dépene pour elle-même, elle aurait versé l'or à pleine main Qd il s'agissait des autres. Cependant elle aimait les lens,, non pour eux-mêmes ou leur valeur, car une \ gracieusement offerte l'eut plus satisfaite qu'un diait mal donné. Mais cette rose présentée à propos, la le de sa fête ou du jour de sa naissance, lui causait

joie d'enfant ; elle la conservait avec amour et renaissance jusqu'à sa dernière feuille, et sa vue toujours lit battre son cœur de plaisir.

Sa prudence était grande : avec un dir de franchise, elle se livrait peu. Trouver en elle de l'amour, de Familié, n'était peut-être pas impossible , mais elle les cachait soigneusement. Si on en surprenait quelque sytnptôme, c'était à son insçu , et si on le lui disait , elle le niait.

Si une émotion, un sentiment quelconque était au moment de se faire jour , elle serrait son cœur ; elle le fermait pour ainsi dire. Alors, elle si naturelle, cessait de rêtre : on voyait qu'elle craignait dfe céder à ce qu'elle éprouvait, qu'elle comprimait cette émotion, qu'elle la combattait comme une pensée mauvaise , comme une inspiration dangereuse. Etait-ce padedt? Etait-ce froideur? Etait-ce sa nature réelle ou une nature qu'elle s'était faite? Son physique , annonçant la femme dans toute sa puissance, semblait dire que cette froideur était factice. Mais en eut-il été ainsi, il n'y avait là ni hypocrisie , ni arrière-pensée , ni calcul ; c'était simplicité de jeune fille, c'était pudeur, c'était vertu, c'était la retenue de la raison qui ne sacrifie rien au délire et qui dit au désir et à la nature même: tu n'iras pas plus loin.

Il existait toutefois en elle un mauvais penchant, une propension funeste qui , si elle s'y abandonne , fera son malheur et celui de l'homme dont elle fera choix: die est jalouse , et ce qui est pis , envieuse ; elle ne peot supporter de partage d'aucun sentiment ni même d'aucune chose. Généreuse à l'excès , elle ne souffrira pas , devant elle , qu'on soit généreux pour d'autre qu'elle. Oui, toute égalité la blesse. Ce n'est pas qu'on ne puisse donner devant elle, mais il faut donner par elle, par sa main; il faut qu'elle fasse la part de chacun. Alors, elle ne gardera rien pour elle-même, et elle sera contente. Si vous lui dites de choisir, elle choisira ce qui vaudra le moins, ce dottt personne ne se souciera. Maïs si vous hii eussiez imposé cette mdndre purt on Oet diijet dédaigné

de tons, ô comme vous Tauriez blessée ! comme elle vous en voudrait !

C'est alors, alors seulement, que le calme de sa figure disparaissait et qu'on reconnaissait combien la passion , combien la colère pouvait émouvoir ce cœur. Oui, alors elle devenait terrible ! En une minute , la jalousie transformait tout son être : la brebis était devenue une lionne.

Après ce vice, on en cherchait vainement un autre, et ce vice même n'était pas durable dans ses effets. Jamais il ne se changeait en haine ; et si la passion lui avait fait prononcer une accusation cruelle, on la voyait bientôt après, aider , protéger , défendre avec la même chaleur celui ou celle qu'un instant avant elle semblait exécrer. C'est que cette malveillance, cette rage jalouse, convulsion d'un instant, ne pouvait détruire une nature douce et bienveillante, et qu'après l'explosion de sa colère, elle revenait à son état normal, à son bon cœur.

Etrange contraste! Mais malgré ses imperfections, qu'il y avait, dans cette jeune fille, d'élémens de bien!! Et que cette ame si pure, si intelligente, si haute, si riche de sa propre force, pourrait s'élever encore il

Âh! si le poison de la flatterie ou de Texemple ne régare pas, si un caprice, un amour indigne d'elle ne la jette pas dans une fausse voie, si la jalousie surtout, cette passion dévorante, ce poison ennemi du bonheur ne se place pas entre elle et son repos, sa vie sera douce. Heureux, alors, celui qu'elle nommera son époux!

Peut-être, dans cette esquisse, on ne verra qu'un caprice d'écrivain et un portrait de fantaisie. On se trompera ; tout est vrai , je ne change que le temps et les lieux. L'original de cette ébauche existe. Cette jeune fiUe vit, elle est encore ce que je viens de dire ; dans la fleur de la jeunesse y elle a vingt-et-un ans.

Est-ce une fille du peuple, est-ce la fille des palais?

— A ceci je ne puis rëpondre. — A-t-elIe un nom? Eslil vulgaire, est-il illustre? — Il est illustre, mais c'est tout : elle est pauvre.

UNIFORME. Savez-vous pourquoi runiforme change si souvent dans notre armée? C'est que chaque changement eid^e la réforme de tout ce qui est neuf on vieux; et soit que le vieux se vende comme neuf on le neuf comme vieux , soit qu'on ne vende ni le vieux ni le neuf, il est à croire que les fournisseurs n*y perdent pas, ni les commis non plus.

Quant aux contribuables, c'est différent ; mais c'est leur état. Aussi, il y en aurait long à compter tous les millions et milliards qu'ils ont, les dignes gens, payés depuis quarante ans pour faire des pompons rouges avec des pompons blancs ou des bleus avec des verts, des vestes avec des habits, des tuniques avec des capotes, des capotes avec des manteaux, des casquettes avec des bonnets, des képys avec des schakos , malheureux schakos qui ne cessent d'être coniques que pour devenir cubiques et cubiques pour redevenir cylindriques. Puis, s'il s'agit des armes, pour rendre longs les sabres courts ou courts les sabres longs, recourbés ceux qui sont droits, droits ceux qui sont recourbés, larges ceux qui sont étroits, étroits ceux qui sont larges.

Et les fourreaux! et les poignées!! Curieuse en serait l'histoire. Oui , ces poignées seules exigeraient un gros volume pour le simple exposé des modifications qu'elles ont subies; et avec ce qu'elles ont coûté, on achèterait un royaume en Italie ou dix principautés en Allemagne.

Depuis le temps qu'on cherche le meilleur équipement et le plus bel uniforme, comment se fait-il qu'on ne les ait pas encore trouvés , et que ceux qui paraissent an-

jourd'hui ëlëgans et commodes sembleront demain lourds et gênons? C'est ce qui serait assez difficile à résoudre, car il en a toujours été ainsi depuis la guerre de Troie. On se querella alors pour la meilleure forme de boucliers, comme aujourd'hui sur celle de la cuirasse et les boucles de ceinturons.

L'uniforme est-il un bien ou est-il un mal? C'est une question , et pour arriver à une solution , nous demanderons d'abord: pourquoi a-ton un uniforme? — Parce qu'on est soldat. — Et pourquoi est-on soldat?— Pour tuer ou pour être tué. Or, est-il nécessaire d'être paré pour tuer un homme ou pour être tué? Est-ce que Téquarisseur, est-ce que le boucher met son habit de fêtes pour aller travailler à l'abattoir? Est-ce qu'il pare ses vaches et ses veaux? Est-ce qu'il caparaçonne ses chevaux morveux ou frise les soies de ses porcs?

Mais l'uniforme est si beau, dira-t-on; cela va si bien à un homme. — Sans contredit; mais pourquoi vouloir paraître beau à son ennemi? Ce devrait être le contraire; et les Indiens sauvages calculent mieux que nous lorsque, pour épouvanter leurs adversaires, ils se défigurent avant de marcher au combat et se rendent le plus laid possible.

Nous voulons plaire aux gens que nous allons tuer; c'est eu grande tenue que nous nous mettons en route pour les écorcher, les piller, brûler leurs maisons, boire leur vin et violer leurs femmes. En vérité, nous ne ferions pas mieux s'ils nous eussent invités à la noce; oui, nous allons là comme à la fête. C'est par trop drôle.

II faut bien en convenir, sous le rapport de la guerre, les sauvages agissent à<,la fois plus bravement et plus logiquement que nous. Plus bravement, puisqu'ils se battent corps à corps et que chacun est là pour son compte. Plus logiquement , puisque quand ils ont pris un ennemi , ils le mangent ; tandis que nous le jetons

aux vers ou le laissons pourrir entre quatre murailles, inutile à lui et aux autres. Véritablement, ce n'était pas la peine ni de le prendre ni de le tuer.

Mais nous sortons de la question : il s'agit de Taniforme et non de ceux qui le portent.

L'uniforme complet n'est pas chose très-ancienne en France, et sous Louis XIV, il ne consistait encore que dans l'armement et dans quelques marques particulières de Téquipement. Quant aux pièces du costume, la coupe et la couleur en variaient selon le goût et la bourse du porteur.

La plupart -des officiers généraux et des colonels n'avaient même rien qui les distinguât des bourgeois; ils commandaient en habits de cour, en manchettes et en jabots. Les plus sévères sur la tenue, mettaient leurs épaulettes sur leur habit de soie et leur casque sur leurs ailes de pigeon.

En commandaient-ils moins bien? Non, car nous avons gagné des batailles avant que l'uniforme fut inventé: tous les bons officiers français ne datent pas de l'époque de la grande tenue et de la selle à tous chevaux.

Chose assez étrange! c'est que sous ce même règne de Louis XIV, la perruque semble être un des signes caractéristiques du commandement. Voyez les tableaux et gravures de Tépoque : tous les officiers supërieors sont en perruque. Aussi avaient-ils leur perruque de ville et leur perruque de campagne ; et l'on vit un corps d'armée suspendre sa marche à Tennemi pour attendre la perruque du général qu'on achevait de friser.

Après la perruque, la queue est devenue une des parties les plus indispensables de l'uniforme, et nul soldat n'aurait pu combattre s'il n'eut eu sa queue faite. Aussi le perruquier du régiment en était-il l'homme le plus essentiel , et s'il n'était pas lui-même un héros , c'était lui qui les faisait.

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Nos yoîsîns n^avaient pas moins que nous senti l'imporlance de la queue et de ses accessoires, pour les jeux de Mars et de Bellone ; et bien que jamais ces divinités niaient été représentées en queue , en poudre ou en pommade , et qu'il est certain que ni le vaillant Ajax , ni le fier Achille , ni le superbe Agamemnon , .ni même le bien coiffé Ménélas n*en portaient, il était généralement reconnu que si la coiffure n'était l'homme, elle en était une bonne partie.

Le grand Frédéric n'était pas moins grand par sa coiffure que par le reste. Sa queue était phénoménale; aussi, depuis cette époque , la queue à la prussienne est-elle devenue type du genre.

Le grand roi a probablement été enterré avec la sienne. Si, dans une dixaine de siècles, les archéologues la déterrent, ils feront de grands et beaux commentaires sur Tutilité de cette chose posthume, et se demanderont si c'était la marque distinctive des rois et des héros.

Quoiqu'il en soit , l'héritier des Césars , l'empereur d'Autriche , fut aussi l'héritier de la susdite coiffure. Est-ce en ligne directe ou collatérale? Je ne saurais le dire. Mais quand, en 1814, Fempereur François se rendit à Milan , les sénateurs n'ayant pas le temps de faire remplacer par sa statue celle de Napoléon, n'imaginèrent rien de mieux que d'ajuster à celui-ci une grande queue à l'autrichienne. A l'aide de cette ingénieur addition , ils firent d'un empereur de France un monarque d'Allemagne et un roi d'Italie. Qu'on ne nous parle plus maintenant des métamorphoses d'Ovide ni d'aucune autre.

De tous les changemens d'uniforme , ce dernier est certainement le plus beau ; ajoutons, ce qui n'ôte rien à son mérite, qu'il fut aussi le moins coûteux , car la dite queue était en plâtre.

UNIOr^ DES CONTRAIRES. CO^ÎCAVE ET CON- VEXE. Toute ce qui est matière ou fait de matière, est composé de parties qui reçoivent et de parties qui sont reçues. Aucune forme, aucune création, aucune union, aucune chose organisée ou solide n^est possible qu^ainsi.

Q\ie la substance qui remplit l'immensité , homogène dans sa nature, ne présente que des corps convexes, ces fractions sans liaison entr' elles , sans moyen de fixité, n'offriront qu'une fluctuation sans terme, puisque le vide existant entr'elles ne pourrait jamais être comblé, ni par conséquent servir de moule et de moyen de liaison on d'attraction.

Que ces corps, ces molécules soient concaves, invariablement unis entr'eux par leur conformation, ces corps seront immobiles et impénétrables, ou ils seront sans fixité comme les formes convexes.

Qu'on suppose que chaque corps est à la fois concave et convexe, c'est-à-dire concave sur un plan et convexe sur l'autre, ceci ne change rien à la question. 11 y aura encore immobilité complète ou fluctuation éternelle, parce qu'il n'y aura que des formes semblables.

Que toutes ces substances soient composées de lignes droites, le résultat sera encore le même, ou plutôt il n'y aura pas de résultat: il ne sortira de là ni organisation ni œuvre.

C'est donc la diversité des matières , la possibilité de leur mélange , de leur union et de leur désunion , qui fait la variété des formes; et c'est celte suite de formes différentes, mais non incohérentes, qui permet le jeu de l'ensemble matériel et celte espèce de ressort ou d'élasticité qui la rend propre à tout mouvement ou à toute pesanteur.

Ce mélange n'a lieu que par l'effet de molécules qui reçoivent et d'autres qui sont reçues, ou qui attirent et

qui sont attirées. Ce sont toujours les molécules concaves , celles où se trouve un vide , soit absolu , soit comparatif , qui attirent les molécules convexes où il existe moins de vide.

De celte forme concave et convexe , ou plutôt de la diversité des formes, vient donc l'union des parties qui se trouvent ainsi adhérentes Tune à Tautre, non par leur jonction intime, mais au contaire par le vide qui demeure en elles et qui les unit comme ferait une ventouse.

Ces molécules peuvent avoir ainsi toutes les formes possibles; et le corps qui, à nos yeux, paraîtra convexe, pourrait être réellement le corps concave, c'est-à-dire celui qui , avec un aspect convexe dans son ensemble , contiendrait véritablement le plus d'ouverture au vide on le plus grand nombre de parties concaves.

USAGES POPULAIRES, MALPROPRETE. Il y a

d'étranges habitudes: la malpropreté est du nombre.

Elle n'est pas toujours la suite de la négligence, elle est souvent celle du préjugé, de la coutume, de la politique, de la religion même. Oui, il est des sectes qui croient que la saleté est agréable à. Dieu; d'autres, qu'elle est utile à la santé; d'autres, qu'elle est un symbole de vertu et la preuve manifeste de rinnocence ; d'autres cnûn, qu'étant le contraire du luxe et de l'élégance, elle est une garantie d'ordre et un moyen de gouvernement, et ils en ont fait un rouage d'administration et de moralisa tion populaire.

Les peuples de notre époque sont en général des peuples sales. Serait-ce que la saleté tend à s'étendre avec la civilisation? Sans doute, si l'on compare les classes riches de nos cités aux races sauvages, l'avantage sera en faveur des premiers; mais ces familles privilégiées ne forment

guère en moyenne qoe le vingtième d'une nation. Qoanl aux dix-neuf autres vingtièmes on ce ramassis composé d'ouvriers , de paysans , de mendians , de vagabonds , enfin de ce que nous nommons la plèbe, cette plèbe, son aspect et sou odeur vous en donneront bientôt la preuve, est infiniment plus sale que la horde la moins propre d'Indiens ou d'Australiens. La raison est que ces sauvages n'enfermant pas leur crasse , n'en thésaurisant pas, ils n'en portent que la couche du jour; tandis qoe nos frères civilisés ont, en outre, celle de la veille, de la surveille, etc.

Parmi les peuples sales de l'Europe, le grand peuple français ne marchera point le dernier. En témoignage de ceci, j'appellerai MM. les généraux, préfets, intendans militaires , maires ou adjoints formant les conseils de recrutement ou de révision : ils vous diront que sur cent jeunes gens qui se déshabillent pour la visite corpordle, il y en a, terme moyen, soixante-dix an moins couverts encore de leur crasse baptismale, et du corps desqnds, si vous en exceptez la figure et les mains, jamais gontte d'eau n'a approché, sauf celle qni peut y avoir pénétré accidentellement , un jour d'orage, à travers les trons de leur chemise ou les fissures de leur paletot.

Les femmes ne passant pas an conseil de révision , je ne saurais invoquer ici le visu des autorités civiles et militaires. Mais leurs maris , on à défaut leurs amans , pourront dire et en justifier au besoin que si la moyenne est un peu moindre, elle peut cependant s'élever à cinquante pour cent du total des Vénus prolétaires de tout âge et quahté : Vénus pudiques, Vénus callypiges, Vénus accroupies, Vénus de Gnide ou de Paphos; mais non Vénus marines ou sortant de l'onde, par la raison tonte simple qu'elles n'y sont jamais entrées.

Ajoutons qu'elles n'y entreront probablement jamais,

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'ëcnssent-elles un siècle, car, dans cette classe, prendre m bain est une chose rare et qui ne se renouvelle pas leux fois dans la vie. Aussi est-ce un événement duquel m parle, long-temps et dont le récit cause toujours une «rtaine émotion dans le quartier.

Diaprés Topinion populaire , Teau n'a aucune bonne [Oûlité. D'un goût fade et insipide, elle est fort mauvaise i boire, et son usage est très-pernicieux. En outre, elle est langereuse : la preuve, c'est qu'on s'y noie. Enfin, boire le l'eau est, selon ce peuple, le nec plus ultra des misères mmaines.

Ce n'est donc point parce que l'eau manque qu'on en ait si peu d'usage en France ; ce serait plutôt par une *aison contraire, car c'est précisément là où il y en a e plus qu'on en veut le moins. C'est au bord de 1^ mer, les lacs et des fleuves , que la populace semble l'avoir iê plus en horreur, et sans son goût pour les autres li- ]iiides, on pourrait la croire hydrophobe.

Disons aussi que le gouvernement, qu'il soit monarchique, constitutionnel ou républicain, ne semble pas tenir beaucoup à la propreté de ses gouvernés. Sans doute il affiche les ordonnances pour le nettoiement des rues , mais il n'en fait pas pour celui des maisons et des personnes.

Si J'étais roi par la grâce de Dieu, ou président par celle des électeurs, mon premier soin serait de faire tous les jours ce que fait le Vendredi-Saint notre saint père le pape. Oui, chaque matin je donnerais à laver douze pauvres, mais largement, magnifiquement. Après les pieds, fe leur laverais la tête, et après la tête, tout le reste du corps; enfin, chaque jour joueraient pour eux les grandes et les petites eaux.

Mais pour une telle entreprise, il faut, comme dit ce même peuple , avoir les reins forts , et lorsqu'on n'est point pape , être tout au moins roi ou président légi-

time, car si un simple roi citoyen, un ministre, un préfet s'avisait de faire une semblable prescription, ii n'y aurait pas assez d'anathèmes pour le maudire , pas assez de fagots pour le brûler. Les dévots le considéreraient comme l'antechrist, et les républicains comme un Tarquin, comne un Néron. Forcer le peuple à se laver! le' monstre! Cest pis que d'incendier Rome. D'ailleurs, de quel droit? Où sont ses titres? Où est la loi? Sommes^oous rouges oa noirs, pour qu'on s'iugère de nous blanchir? Sommes-nous des Turcs ou des païens, pour qu'on nous oblige à des ablutions?

Oui, pour l'homme fort de ses droits, pour l'homme vraiment libre , pour le citoyen français , le droit de la crasse est le premier de tous. C'est la plus chère de ses libertés, celle qui touche le plus à sa personne, à son individualité. Aussi c'est la première qu'il défendra, c'est celle contre qui les tentatives d'envahissement exciteront le plus son indignation. Voyez comme Fenfant crie et se tord quand on le débarbouille ! Plus tard , lorsqu'il est en âge de marcher , comme il bat du pied , comme il grince dos dents quand sa mère veut lui laver les mains ou les lui faire laver! Eh! bien, devenu homme, on le verra, dans une position semblable, battre encore du pied et grincer des dents dix fois plus fort. Oui, pour conserver sa crasse chérie, il criera: « Vive la réforme! vive la sociale! à bas le président! à bas les ministres! à bas le préfet! ù bas le commissaire! » Et il courra à son fusil, il fera des barricades, enfin il mourra pour cette crasse, fier et heureux de la garder à sa face et de l'assurer à celle de ses enfans.

L'éducation et la richesse ne peuvent pas m^me détruire entièrement, chez nous, ce culte de la malpropreté. Tels maîtres , tel|es maîtresses de maison ne sauraient vivre que sur des tapis bien époussetés et des parquets

•icn cires; mais si eux-mêmes ne veulent pas faire tache ur leurs tapis et leurs parquets, s'ils sont propres enfin, 8 feront bon marché de la propreté de leurs domesqoes, et ils leur appliqueront des galons dorés sur des démises sales et des peaux analogues.

Que Ton aille, de maison en maison, faire des visites i hominem pour savoir dans quelle catégorie de peaux a de zone plus ou moins obscure on doit ranger celles es habitans, ce n'est pas ce que je demande. Mais sans rendre précisément les gens au collet pour les tirer de lar fumier , ne pourrait-on point , par une assistance fetionnelle , les aider à en sortir? Et en les obligeant à mir leurs maisons propres , ce qu'on est en droit de lire, puisque tout foyer d'infection doit être éloigné des illes, ne les amènerait-on pas doucement à étendre cette ropreté jusque sur leurs personnes et celles de leurs nfans ?

Je crois la chose possible ; mais pour ceci , ainsi que I viens de le dire, il faudrait leur venir en aide. Chez is peuples musulmans, il y a des bains publics dont la lodicité des prix permet l'usage au plus pauvre. Chez oas, on accorde aussi des bains aux malheureux, mais ar ordonnance du médecin et toujours dans des cas de laladie plus ou moins grave. Or, on conçoit fort bien ue le motif n'est guère propre à donner au peuple une lée attrayante des bains; il y voit, dans l'acception la lus favorable, une opération purement pharmaceutique, rélude d'une saignée ou analogue d'une médecine, et à iquelle il préférerait une demi-douzaine de lavemens , ir il y a moins d'eau. Mais le plus souvent se croyant, ar suite de cette prescription, plus malade qu'il ne l'est, n'aperçoit plus dans un bain qu^un baptême pour antre monde.

Pourquoi n'avons-nous pas, dans nos villes et même

dans nos bourgs et villages , des bassins d^eau tiède où chaque sexe aurait ses jours et ses heures réservés? ' Ceci coûtera de l'argent, beaucoup d'argent, s'écrieront DOS gouvcruans, nos ministres, nos représenlans. — Mais la sauté du peuple , ne vaut-elle «pas de l'argent? N'en vaut-elle pas beaucoup? N'est-ce pas ce peuple qui vous en rapporte? N'est-il pas, en dcGnitive, votre poule aux œufs d'or?

Qu'il soit faible et maladif, il vous en rapportera peu; qu'il soit tout-à-fait infirme et impuissant , il ne vous en rapportera pas du tout. Ne soignez-vous pas vos ânes, vos mulots, vos chevaux? N'avez-vous pas, pour eux, des abreuvoirs , des auges , des brosses , des étrilles? Pourquoi en feriez-vous moins pour nous vos sujets?

Pourquoi, à ces moyens hygiéniques, ne joindriez-vous pas quelque secours moral , ne fût-ce que celui de l'exemple, et ne commenceriez-vous pas sur vous-méoies l'applicatiou du procédé , c'est^-dire de l'étrille , de la brosse et du bain.

Après avoir donné ce bon exemple, si vous décidiez que «pour régner, car nous sommes tous rois aujourd'hui, une tenue décente est de rigueur, que nul n'est électeur qu'autant qu'il se lave les mains trois fois par semaine et qu'il ne devient éligible que lorsqu'il se les lave tous les jours , qu'aucun représentant ne peut paraître à la chambre qu'en linge propre et à la tribune que brossé, peigné et décrotté, croyez-vous qu'il n'y aurait pas profit pour tout le monde?

D'abord , vous auriez pour vous celai de perdre peu à peu cette réputation que vous vous êtes faite à la faec du soleil de 1&48 et conGrmée depuis, d'être le plus débraillé des parlemens de l'Europe et même du monde connu. Ces sauvages déjà cités ont, dans leurs délibâtK tions populaires, cent fois plus de dignité que rois:

m n'y interrompt pas Torateur , on ne s'y dit point rîDjures , on ne s'y montre jamais le poing , on s*y conduit en homme enfin , et en s'y res|)ectant soi-même, )n s'y fait respecter des antres.

Ne vous y trompez pas : la malpropreté qui fait les Tois quarts de nos malades, fait aussi la moitié de nos ïsuvres. Pourquoi? C'est qu'elle conduit au défaut d'ordre, s'est qu'en inspirant la déûance et le dégoût, elle éloigne jusqu'à la charité et fait clore la main qui s'ouvrait; c'est qu'enfin avec des doigts sales, on arrive rarement » saisir la fortune, parce que partout la saleté annonce la paresse. Ti^chcz d'en convaincre le peuple, et il arrivera plus facilement à l'aisance.

Jusqu'ici , nous n'avons parlé que du peuple , de ce peuple insouciant quand il est abandonné à lui-même. Il nous reste à parler de cette partie de la nation qui vit sous la main du gouvernement, de l'armée.

Certes , il n'y a qu'à louer dans la tenue du soldat sous les armes ; il n'y a rien de mieux brossé que sou uniforme , de plus clair que son fusil , de plus propre que son fourniment. Quant à sa peau , c'est différent : sauf le visage et les mains, tout soldat, en sa qualité de citoyen libre, a le droit de laisser le reste à son état démocratique, cesl-à-dire librement, également, fraternellement crasseux. Or , de ce droit , il en profite , et la crasse avec laquelle il est arrivé au régiment, il la reporte, quand son temps est fait, religieusement chez lui, augmentée de toute celle qu'il a pu acquérir dans ses campagnes et garnisons. C'est un spécimen abrégé de tous les lieux où il a fait séjour. Il n'y a d'exception ici que pour ceux qui ont eu le bonheur d'entrer à l'hô-' pital, et celui plus grand encore d'en sortir, ou bien quelques rares nageurs qui ont profité, de loin à loin, du voisinage d'une rivière.

Pourquoi, en garnison comme en campagne, tout soldat ne serait-il pas tenu de se ia?er de la tête aux pieds, une fois par semaine en hiver et. deux fois en été?

Pourquoi n'en serait-il pas de même dans vos collèges, dans vos séminaires , dans vos hospices d^enfans abandonnés , dans vos écoles? Pourquoi , dans tous ces établissemens, n'auriez-vous pas des piscines, des lavoirs, des bassins susceptibles d'être chauiTés et assez grands pour s'y remuer? Pourquoi , dans tous vos ports militaires, dans vos villes de garnison, n'auriez- vous pas des écoles ^ de natation avec des leçons obligatoires pour les soldats et même les officiers? Le bon sens ne dit-il pas qu'on matelot doit savoir nager, qu'un soldat devrait aussi l'apprendre?

Est-ce donc si difGcile? Il s'agit d'une semaine ou deux d'essais et de persévérance. Tous les animaux ne nagentils pas: qui donc empêche les hommes de le faire? — La peur. — Et qui donne la peur , ou du moins qui ici la .maintient? — Le préjugé. Oui, ce préjugé est un des premiers que nous inculquons à nos enfans.

Que nous leur indiquions le danger, c'est bien; mais en même temps ne devrions-nous pas leur montrer les moyens d'y parer? Un enfant apprendrait à nager comme il apprend à marcher, si on le guidait en même temps dans ces deux exercices. Cela est si vrai , qu'il est des peuples océaniens chez qui tout le monde nage, hommes, femmes, enfans. La douceur du climat y contribue sans doute; mais avec des bassins d'eau tiède dans la saison froide, nous conduirions, sans péril, nos enfans au même résultat.

Ces conseils , les suivrez-vous ? Non , vous n'établirez ni lavoirs, ni écoles, ni bains gratuits; vous ne près* crirez aucun régime de propreté, même dans vos éUh blissemens publics; vous laisserez à chacun ses souillttres;

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oqs y en ajouterez même , si c'est possible , en nous lesurant partout Tespace, l'air et Teau, en nous laissant arquer dans les lieux dits de divertissemens , théâtres, als , spectacles , par des entrepreneurs et directeurs à ui il importe peu que le public crève, si le public paie, ^ui, encore une fois, vous nous laisserez à notre crasse, arce que vous Taimez et parce que nous Faimons. M'ai-je donc pas eu raison de dire que le grand euple français n'est pas un peuple propre?

UTILITE DE LA MORT. Le corps est la manifes* ation de Tétat de Famé ; il en est à la fois la repréentation et Tœuvre.

Il ne vit point par lui-même : quand Fesprit s'en Soigne, il ne reste de lui qu'un peu de terre, d'eau et Fair, qui bientôt se perd dans la masse.

Moyen d'action , ce corps n'a que celle qn'on lui imprime, et il n'en a qui lui soit propre, que celle que létermine la pensée ou la vie dont il est Fenveloppe.

La masse matérielle, commune à tout ce qui vit, sert, laiis son emploi partiel et individuel, à mettre Famé en ^mmunication avec ce qui est hors d'elle: la terre, le âd, les êtres qui les habitent. Mais cette faculté de îonuDunication à Faide des mêmes organes et de la même natière, n'est possible à Famé que pour un temps.

L'ame est éternellement individuelle, mais elle ne peut Mfividuoliser la matière, elle ne peut même Fisoler; et •algré sa puissance, elle n'édifie qu'un instrument périaaable.

ŒuYre de Fêtte , les corps sont soumis aux mêmes Nôiens que ses autres ouvrages , c'èst-à-âire à tontes lu omaéquences des élémens dont ils sont formés et têrïïà Jeaqnâla ils existent.

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L'effet de la vie semble être dévorant comme celai da feu. Quand les élémens que celte vie attire ne servent plus à Taccroissement du corps , la vie commence à dévorer ce corps: de là, la vieillesse, la décrépitude et la mort.

La destructibilité des corps vient aussi de ce qu'ils sont formés de substances diverses. Aucune union (félémens ne pouvant être éternelle , leurs parties finissent toujours par se séparer. Il n'y a de principe indestructible ou immodifiable dans sa base, que les corps simples.

Si un corps composé devenait indissoluble, la matière aurait cbangé de nature, et cette partie détachée du tout se trouverait en dehors de Fensemble de l'univers.

Si i'ame restait toujours unie à la portion d'élément dont elle s'est emparée , si elle la rendait impérissable comme elle, cette ame resterait indéfiniment dans la même situation; elle ne pourrait ni avancer ni reculer, on elle ne le pourrait que dans un cercle très-limité; et sa volonté et sa liberté, ainsi enchaînées , seraient à pea près illusoires. Il faut donc qu'elle puisse se dégager de la matière , ou plutôt que la matière tombe d'ellemême et la quitte à des époques fréquentes , pour que cette ame, pouvant affecter toutes les formes, ait toutes les chances et toute l'indépendance qui servent aa développement de sa volonté.

L'éternité de la forme amènerait donc l'immobilité de la vie. Elle la rendrait inféconde : la nature n'aurait ni printemps ni été , et dès-lors ni fleur ni fruit , car ce mouvement de végétation ou de génération qui ranioe la terre et constitue la jeunesse et le mouvement de Fonivers, se lie essentiellement à la destruction des fomus qui seule peut rendre possible leur renouvellement.

Si la forme , en naissant , eut été au point de développement où elle devait parvenir, si die eut été par&ite, à moins de décroître , elle fût restée stationnaire. U

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création se fût ainsi trouvée terminée le jour même où elle aurait commencé. Ici encore la nature, mort-née, eut été stérile.

Si la forme était éternelle , les infirmités le seraient aussi , et Tame , ensevelie dans un corps impuissant , serait condamnée à une impuissance sans fin, et Timbécillité ou la folie qui résulte du dérangement des organes serait un mal sans remède.

Ce remède est dans la mort: qu'importent alors les imperfections du corps, puisqu'après une existence d'un jour le corps se brise , et que l'ame , après avoir constitué de nouveaux organes, va retrouver toute la vigueur de la vie et de la jeunesse !

Ainsi rhomme , en mourant, ne fait que subir une métamorphose. Sans changer d'ame, sans interruption de la vie, il change d'enveloppe et de figure.

Il change peut-être aussi d'élément, semblable à certains animaux dont la larve vit dans l'eau et qui arrivent à une forme ailée pour s'élever sur la terre.

Celui qui toujours meurt jeune, est donc le plus heureux: sa vie est une jeunesse éternelle. Ses organes se renouvelant sans cesse, sans cesse aussi il peut produire. Tandis que le corps, en vieillissant, devient improductif à peu près comme le champ où, chaque année, Ton cultive la même plante.

La perte de la vie présente, ou ce qui est plus exact, la dissolution de l'enveloppe qui effraie toutes les créatares, n'est donc réellement que le moyen d'arriver plus haut ou à une plus grande faculté créatrice. C'est une des voies de la création et un mode de développement ou de restauration.

C'est la mort qui guérit les infirmités , qui rajeunit les fibres, reconstitue les organes, enfin qui renouvelle les corps fatigués et usés.

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Cest la mort aussi qui expie nos fautes, et nous rend ^ine meilleure position si nous sommes redevenu meilleur.

Qu'a donc, cette mort, de si redoutable pour rhomme juste? Nous pleurons no$ amis et nos parens, parce que nous avons cessé de les voir et d'en être aimé, Notre regret est légitime. Â nous donc la douleur, mais à eux la joie : âgés et souffrans, ils ont cessée de l'être, et celui dont nous pleurons la mort a |d^à recommencé à vivre.

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