‹ Hommes et choses (volume 2)Chapitre 97 sur 105 · VAPORISATION, COMÈTES ET NEBULEUSES · texte numérisé non relu

VAPORISATION, COMÈTES ET NEBULEUSES

S'il est des substances presqu'aérifonnes qui se concentrent au point de former des masses compactes , il en est qui , par un effet contraire , se dilatent jusqu'à se vaporiser et se perdre en poussière impalpable. Ces brouillards secs qui ont plusieurs fois atteint la terre et qu'on a dit être des queues de comètes, étaient peutêtre des résidus de globes ainsi pulvérisés.

Les comètes ne sont probablement que des mondes frappés de mort, s'a néan tissant peu à peu par cette dilatation ou toute autre cause de déperdition. On a re-^ marqué, en effet, que la masse des comètes diminue; il semble que leur noyau s'use. En perdant d'un côté sans( recevoir de l'autre, elles doivent un jour disparaître complètement.

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Ainsi , les comètes seraient des astres approchant de leur terme et tombés en décrépitude , des astres ayant fait leur temps, des astres mourans, car aucun assemblage de matière n'est éternel, et tôt ou tard il faut que le jour de leur dissolution arrive.

Cette dissolution s'opère, soit par une dilatation agissant sur toute la circonférence , soit par une dilatation partielle. Dans ce dernier cas , cette dilatation ou cette déperdition aurait lieu seulement par quelque point, précisément comme dans un vase percé ou fêlé.

C'est cette déperdition de matière brûlante ou ces jets de vapeur qui forment la crinière ou la queue des comètes. Quand ces comètes ont plusieurs queues ou plusieurs crinières, c'est qu'il existe plusieurs bouches par lesquelles la substance intérieure de Tastre s'échappe par un courant horizontal ou par un jet ascendant, comme la lave, la cendre ou le limon par le cratère des volcans '

en éruption. I

Ces exutoires amoindrissent l'astre en le minant intérieurement jusqu'à ce qu'il devienne creux. Alors, il peut se faire qu'il éclate, et que ses fragmcns aillent se réunir à d'autres globes dans l'attraction desquels ils sont lancés. S'ils se trouvent en dehors de toute attraction, ils forment eux-mêmes la base de nouveaux astres.

Lorsque le globe ainsi miné n'éclate pas , lorsque la déperdition continue jusqu'au bout sans choc ni convulsion, l'astre se dissipe tout entier en vapeur; et si des fragmens résistent, ils forment autour de quelque planète une ceinture d'aérolithes çnalogue à celle qui environne la terre.

On comprend que ce feu intérieur qui ronge Fastre et celte perte de matière doivent en réduire progressivement le volume et le poids. Mais cette réduction ne s'opérant pas également sur toutes les faces , Fastre perd

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pea à peu Fëquilibre , ses révolutions devîonnent irrëgulières. Il peut ainsi, faute de contre-poids, être ballotté dans l'espace jusqu'à son entière dissolution : à moins qu'il ne s'y fraie une voie nouvelle.

Cependant, dans cette voie non encore frayée, le mo* ment de sa dissolution peut être avancé , car il peut rencontrer un autre globe, s'y attacher, puis s'y confondre ou se briser contre, ou bien encore le briser lui-même. L'espace est ainsi sillonné par ces débris qui nous apparaissent quand le ciel est pur et que le peuple nomme des étoiles filantes. Ce sont ces aérolithes dont nous venons de parler, et qui arrivent quelquefois jusqu'à nous. Mais la plus grande partie de ces détritus de soleils éteints , de ces fragmens de mondes en décomposition , se trouvent en dehors de toute attraction. Alors, épars dans l'espace, ayant, selon leur volume, une attraction qui leur est propre, ils attirent dans leur tourbillon les corps les plus faibles qui, eux-mêmes, se sont accrus de la poussière impalpable des astres pulvérisés. Ce sont ces milliards d'aérolithes tournoyant les uns autour des autres et s'agglomérant dans quelque région du ciel, qui forment ces taches transparentes d'abord , mais qu'on voit peu à peu devenir opaques, et que les astronomes appellent nébuleuses.

Si les comètes sont des mondes qui finissent, les nébuleuses sont des mondes qui commencent. Leur noyau se constitue par la concentration de ces aérolithes attirées vers un centre commun qui n'est autre que les plus grosses ou les plus attractives d'entr'ellcs.

Quelquefois les élémens de ces nébuleuses , réunis à d'autres débris qui circulent dans cette partie de l'espace, se concentrent en un tout qui devient un astre isolé, énorme planète ou soleil immense.

D'autres fois , quand la matière surabonde , quand il

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y en a trop pour faire un seul astre oo que Fattraclion extérieure ne le permet pas, cette concentration d^âémens, bien que formant un ensemble, se trouve répartie en fractions. C'est un système de mondies, un soleil avec ses planètes, ou bien Saturne avec son anneau.

En ce qui concerne la terre, tout nous annonce qu'elle a été long-temps agitée par des convulsions terribles. Les cataclismes produits par le choc d'autres astres ont changé plus d'une fois sa surface et peut-être son volume. Ensuite, elle a été déchirée par les volcans dont nous voyons partoat les traces; ils se sont successivement éteints. Si un plus grand nombre d'ouvertures avaient permis , à la matière en fusion qui remplissait son intérieur, de s'échapper, cette terre se serait aussi transformée en comète*.

Lancée dans l'espace et s'affaiiblîssant pen à peu par cette perte de matière, elle aurait fini par feipe explosiotf on par s'évaporer en poussière après une dissolution lente, car il est des globes qui peuvent se dil&iter indéfiniment et se perdre ainsi dans l'espace.

Telles sont mes idées sur les nébuleuses et les comètes. Voici maintenant celles des savans ; je copie :

« 11 €^st des nébuleuses de dent espèces. Les unes sont composées d'une multitude d'étoiles, comme est la voie lactée qui n'est qu'une nébuleuse comme les autres, mais plus rapprochée de nous.

» Un système de monde planétaire devient une étoile; un système d'étoiles, une nébuleuse.

» La seconde espèce de nébuleuses sont celles qui ne sont qu'une vapeur qui se condense ou qu'une poussière qui se resserre et qui se solidifie.

« Si la terre, au lieu de se refroidir, venait à s'embraser, l'océan d'abord se changerait en vapeur qui entourerait le noyau de la terre , lequel aussi pourrait se

raporiser par une chaleur plus grande. La terre, alors, ne serait pUis qu'une nébuleuse.

• Les nébuleuses ont des rapports avec les comètes , mais étant beaucoup pins éloignées, elles paraissent immobiles.

» Il est des nébuleuses qui ont un centre lumineux , quelquefois dieux et même quatre. »

M. dé La place pense que le soleil, les planètes et leurs satellites ne formaient , dans le principe , qu'un grand tourbillon de matière tournant d'orient en occident au-* tour du point où est aujourd'hui le soleil. Mais peu à peu la matière se serait retirée vers divers noyaux, et de la nébuleuse seraient nés d'abord un soleil placé au centre , puis les planètes tournant autour de lui dans des orbites respectifs.

Quant aux comètes , leur volume ou leur partie solicle, bien qu'énorme, est pourtant peu considérable proportionnellement aux astres.

Ce qui prouve que ce sont des corps durs et solides, c'est la chaleur oti elles peuvent être exposées.

Les comètes fument en approchant du soleil, comme tons les corps humides qu'on approche du feu. C'est cette flimée que Ton prend pour leur queue, barbe ou chevelure.

La comète de Halley passe tous les soixante-quinze ans, ou du moins on le croit , car elle se montre toujours sous un aspect différent.

La comète de 1472 s'est le plus rapprochée de notre planète ; elle en a été à six cent mille lieues sans lui causer de dérangement. Celle de 1741 en est aussi passë^é fort près.

Si les grands cataclismes qui ont changé la surf)ice de la terre viennent du choc d'une- comète, il est assez probable que c'est par une cotijonction de cette espè<as que* la terre pënra..

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En 1680 , une comète signalée par Newton , passa à environ vingt-cinq mille lieues du soleil, ou à peu près au quart de la distance de la lune à la terre. On peat juger de Fimmense chaleur qu^elle a dû éprouver. On a calculé qu'elle devait être deux cents fois plus forte que celle d'un fer rouge, et vingt-huit mille fois plus ardente que celle que nous éprouvons dans les étés les plus chauds ; enGn , que cette chaleur , si elle avait pénétré au centre de la comète , devait s'y conserver cinquante mille ans. Mais tout ceci n'est qu'hypothèse.

Les aéroHthes sont des astres en miniature ou des diminutifs de comètes.

Ces aérolithes sont, selon quelques-uns, une condensation suhite d'élémens qui se trouvent dans l'atmosphère à l'état gazeux.

Selon d'autres , elles ne peuvent se condenser dans l'atmosphère comme la grêle, car elles obéiraient, comme la grêle, aux lois de la pesanteur, et tomberaient en ligne droite ; tandis qu'elles ont une vitesse de translation horizontale comparable à celle qui emporte la terre autour da soleil, et suivent ainsi en tombant une direction oblique.

Ce seraient alors des émanations de quelqu'autre astre, de la lune par exemple; ce qui est possible^ car pour sortir de sa sphère d'attraction , il ne leur faudrait , d'après ces astronomes, qu'une vitesse cinq fois et demie égale à celle d'un boulet de canon.

Sortie de la limite d'attraction de la lune, l'aérolithe devient un satellite de la terre jusqu'à ce qu'attirée dans l'atmosphère de cette terre, elle y arrive, grâce à la résistance de l'air, avec une vitesse qui n'est que celle des corps graves.

M. de Laplace croit que ce sont les volcans de la lune qui envoient dans l'espace ces masses d'aérolithes. S'il en était ainsi, il serait à craindre que la lune ne finit

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par se fondre tout entière en aérolithes. On a reconnu qu'il en existe une zone autour de la terre et probablement aussi autour de la lune et de bien d'autres astres.

L'anneau de Saturne, qui n'a que quinze cents lieues de largeur, n'est, je crois, qu'une ceinture d'aérolithes comme la terre en a une, qui peut-être, d'un autre point du ciel, fait aussi voir notre globe entouré d'un anneau.

11 y a des aérolithes de toute dimension : on en cite de plusieurs quintaux, arrivées sur la terre. Il en est certainement de beaucoup plus pesantes; et qui sait si ces ras-de-marée, dont on a des exemples, ne sont pas causés par la chute, dans quelque partie de l'océan, d'aérolithes énormes, et si une partie de notre globe n'en est pas composée?

Parmi celles qui circulent encore dans l'espace, il doit y en avoir qui égalent en volume une petite planète ; et si nous ne les voyons pas, c'est à cause de la distance ou parce qu'elles sont cachées par d'autres astres.

Ces petites comètes qu'on découvre fréquemment ne sont encore que de fortes aérolithes.

L'étude de ces corps errans est à faire, et l'on doit analyser avec grand soin ceux qui nous arrivent sur la terre.

VÉGÉTAUX. Les végétaux sont des êtres à qui Dieu, par miséricorde ou grâce spéciale , a accordé ce répit ou ce demi-sommeil.

H leur a donné , pour un temps , la vie végétative , afin qu'ils puissent reprendre haleine et se reposer d'une carrière d'agitation et de souffrances.

La vie végétative est donc le médium entre la vie des passions et le repos absolu ; car , chacun le sait , Famé sommeille, mais ne meurt pas.

L'état végétatif y sans enlârec la faculté: de sentir, est

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la position où la douleur a le moins, de prise sur Famé, où le sommeil est le plus long, le plus doux, le pins , rapproché du calme parfait.

Cet état a aussi ses plaisirs. La fleur a ses parfoms et ses amours; elle aime la rosée, elle aime le soleil, elle aime la fleur qui la féconde.

Mais ce repos n'a qu'un temps. Nous Façons dit : il n'est qu'un répit , qu'une préparation à une autre existence active, agitée, douloureuse peut-être, mais douloureuse parce que nous l'avons mérité, parce que nous avons à expier des fautes passées.

Devenir une fleur , cette fleur qui ne prévoit ni la soufifrance ni la mort, ne serait pas une peine ; et d'ailleurs, attachée à la terre, la vie, sous la forme végétale , à peine se meut. Cette situation est anormale , car la vocation de l'ame est de marcher sans cesse; die n'a de repos durable que lorsqu'elle a atteint le but , et ce but est Dieu.

VENT. Qu'est-ce qui produit le vent?— Probablement le mouvement des corps.

D'où vient le plus ou moins de force du vent? — De la dimension du corps qui le produit et de son plus on moins de mobilité.

Qui peut amener le changement du vent ou de la direction de sa marche? — Le changement de mouvement on de direction de ces corps*

Comment le mouvement est-il la cause du veM?— Par la pression ou le frottement, par l'agitation que le corps lancé ou agité imprime au fluide qu^il traTerse;

Pourquoi le vent,, quand il est resserré entre phnienn corps ou qu'il s'échappe par une onvertnra étroiVe, estil' plus ion ,. plus impétneim qam toiisfo^il' eéofi dans

une plaine ouverte? — Par la cause qui fait Timpétuosité cTun fleuve resserré entre ses rives. Par la cause aussi qui veut qu'une balle de plomb lancée brise la lêle d'un homme ; tandis que cette même balle , laminée en feuille mince , n'aura qu'un choc innocent.

Quels sont les corps dont les mouvemcns amènent les vents qui parcourent la surface de la terre et leur variation de direction? Est-ce la terre qui change de mou- Tement ou son atmosphère? Est-ce un corps extérieur qui pèse sur cette atmosphère, ou cette terre qui pèse elle-même sur un autre corps? Le vent tient-il à des causes locales et purement atmosphériques , suite de la raréfaction ou de la dilatation de l'air ambiant? Ou bien la lune, le soleil et ces corps accidentellement visibles qui forment une ceinture autour de la terre, et le mouvement imprimé au fluide éthéré , entrent-ils dans les eauses des vents et de leur variation ?

Peut-être toutes ces questions, que je puise ^ans mon ignorance, ont-elles été résolues , et c'est faute d'en savoir plus que j'essaie de les expliquer comme je les vois. A mes yeux, les vents ne seraient qu'une confirmation du système des poids et contre-poids que nous avons établi aiUenrs; et leur mouvement, dans quelque direction qu'ils soufflent, annoncerait toujours Faction ou le balancement de corps qui se mettent en équilibre ou courent après leur base. Le plus ou moins de force du vent annonce le plus ou moins de volume, d'éloignement, de mouvenent ou d'inégalité de ces corps.

Mois quels sont-ils? Où sont-ils? C'est une question que noBS aborderons plus tard.

Si nous avons des idées fausses sur bien to choMs; c'esf que nos préjugés nous aveuglent, c'est

que nous croyons plutôt ce qu'on nous dit que ce que nous voyons , c'est enGn par suite du soin que l'on prend, dès noire enfance, de fasciner notre intelligence et de lui faire adopter ce qu'elle repousse. Si ou laissait l'être à ses propres impressions, il y aurait certainement en lui moins d'idées fausses, et sa croyance ne serait pas si souvent en désaccord avec ce qui esL

Ajoutons que dans nos Etats dits civilisés , il est uti nombre de questions qui n'ont jamais été ni librement faites ni librement résolues.

L'ignorance et la peur étant considérées, par les goovernans, comme les meilleures garanties de la dépendance des peuples, ils s'en sont servis, dans tous les temps, pour arrêter l'essor de la raison et étouffer la vérité ; et pourtant cette vérité eut été une voie plus droite , plus facile et un moyen plus assuré d'une puissance durable. C'est par la vérité que Dieu est fort, et c'est parce qu'il la connaît et l'applique mieux que tous les êtres qu'il est le premier et le plus grand de tous.

Le domaine du vrai est immense: dès que l'on découvre une vérité nouvelle , il s'en présente une autre plus nouvelle, plus vaste encore. L'ame ne peut pas cesser d'acquérir et de grandir, parce que l'univers est un champ sans borne.

Sans doute nous n'y pouvons marcher que pas à pas et parfois même dévier de la vraie route, mais ces traces de notre insufiisance ne sont que passagères, l'expérience les efface: nous profitons des découvertes de nos devanciers. Chaque siècle en voit paraître de nouvelles , et nos fils en verront plus que nous. Partout la raison finit par l'emporter. La lumière dissipe les ténèbres, et ce qui est juste et bon prend toujours le dessus.

Mais pour raisonner avec fruit, il faut d'abord mettre à part ce qui n'a pas besoin d'être raisonné et mcw

ce qui ne peut pas l'être. Il est des choses qui sont absolument en dehors de la discussion , non parce que nous savons comment elles sont, mais parce que nous sentons qu'il est impossible qu'elles ne soient pas.

Ces choses, les uns les avouent, les autres les nient; mais ni les uns ni les autres ne peuvent établir logiquement le motif de leur aveu ou de leur incrédulité. Elles n'en sont pas moins incontestables. En général, lorsque ridée d'une chose en dehors des sens de l'homme existe naturellement dans l'homme, comme y existe l'idée de Dieu, celle du juste et de l'injuste, de la rémunération de l'un, de la punition de l'autre, c'est que cette chose est vraie ou au moins possible.

La pensée humaine peut s'égarer dans le vague, mais le point où elle arrive dans sa divagation, dans son délire même, ne peut être au-delà de ce qui est. Parvenue à certaine hauteur ou à ce point culminant du raisonnement, elle ne se guide plus que sur une lueur. Mais là elle ne peut plus tromper ni même se tromper , car ce qu'elle voit est nécessairement une partie, une face, une conséquence de ce qui est; et quoi qu'elle invente, elle ne peut rien inventer qui soit au-dessus du possible.

C'est pour cela que nous avons dit que qu'elqu'exagérée que soit la croyance d'un homme, il y a toujours quelque chose au-dessus. S'il s'abuse, ce n'est pas parce qn'il va trop loin, mais précisément parce qu'il ne peut aller assez loin et qu'il ne voit qu'une partie de ce qu'il croit voir.

11 est donc des choses qui sont incontestables par cela seul que r homme en a eu l'idée ; elles n'ont pas besoin drautres preuves. Dieu, l'ame, l'éternité sont de ces vérités démontrées par la seule pensée qu'en a l'être. Par quel moyen Taurait-il, si Dieu, si l'éternité n'étaient ni en lui ni hors de lui?

as VER

Si celte pensée, si cette croyance était en dehors, non de la création , mais des facultés de l'atne , comment serait-elle dans cette ame? Comment y serait-elle encore, si elle n'était pas vraie? Réfléchissez-y bien: l'ame étant mortelle, pourquoi aurait-elle pu avoir l'idée de Timmortalité? Pourquoi surtout en aurait-elle le désir? lyésiret-on ce qu'on ne comprend pas, ou comprend-on ce qm n'est ni ne saurait être?

Si le son , si la lumière n'avaient jamais été , s'ils n'étaient pas possibles , comment un être quelconque pourrait-il avoir le désir d'entendre et de voir, et surtout comment aurait-il jamais eu les organes de la vue et de l'ouïe?

La question est la même relativement à l'ame, et noos répéterons encore ici: si l'homme n'avait pas en lui une ame, comment en aurait-il eu la pensée? Ou comment l'aurait-il admise , si elle lui fiit venue d'un autre?

La pensée et surtout le désir d'une chose en sont donc la démonstration, parce que ce désir ne peut être qu'un effet dont cette chose est la cause.

Il est encore une considération on plutôt une preuve que déjà nous avons indiquée , mais que nous devons clairement établir. Cette preuve est fondée sur la grandeur, la puissance et l'équité de Dieu. Dieu principe de la vie, ne peut être au-dessous de l'homme, ni en raisonnement, ni en esprit d'ordre, ni en quoi que ce soit.

Si l'homme avait conçu l'immortalité et qu'elle n'existHl pas, ou Dieu lui aurait inspiré cette idée et dans ce cas il aurait trompé l'homme en lui inculquant une chose fausse , ou l'homme aurait de lui-même imaginé cette immortalité ou la possibilité de son existence; Alors-, H aurait conçu ce que Dieu ne voulait pas lui laisser coiH cevoir, ou bien ce que Dieu tfaurait pas conçu lai-mébe. Dans le premier cas, Dieu eut fait pteure d^mpnissanœ,

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et dans le second , d'ignorance / et se serait ainsi mis au-dessous de Thomme ; tandis que T homme se mettait au-dessus de lui-même en se montrant plus intelligent que Dieu n'avait pu le faire ou en croyant Dieu plus grand et meilleur quMl n'est réellement.

Remarquez aussi que Fhomme mortel, avec le désir de rimmortalité , serait une véritable monstruosité : ce serait la matière terrassant l'esprit, ce serait la vie sonmise à la mort. La raison ne serait alors qu'une superfétation ou qu'un don perfide, puisque l'homme ne l'aurait que pour concevoir son néant et désirer l'impossible; et l'homme , avec la conscience de cette position , serait infiniment plus malheureux que les animaux qui ne l'ont pas.

Admettons donc ceci comme principe : quand notre imagination invente quelque chose, cette invention, cette fable, eette fantaisie de notre esprit, quelque bizarre qu'elle soit, est une vérité ou une possibilité, ou un composé de drconslances vraies et possibles, parce que la réflexion B*admet pas que l'imagination puisse aller au-delà de ce qni est et concevoir ce qui serait non-seulement audessas d'elle, mais même au-dessus de ce qui peut être. Or, on ne peut monter plus haut que le sommet : l'amc ne peut dépasser les limites de l'ame. L'ame a eu Tidée de l'immortalité, mais cette idée n'aurait jamais pu entrer dans les élémens matériels ou intellectuels de l'ame, si cette immortalité n'existait pas : l'homme ayant entrevu c^tte immortalité, cela suffit pour prouver non-seulement qoe l'immortalité est, mais que l'homme y prend part, qu'elle est en lui, qu'elle lient à son essence.

L'ame a conçu Dieu , donc Dieu existe , car si Dieu nVxistait pas, il n'est rien autre qni puisse faire conce- Toir Dieu à l'ame ni lui en donner même la pensée.

Par sa nature , l'ame tendant à s'élever, doit toujours

arriver au point qii^ellt aperçoit. Si elle n'y arrive pas de suite, c^est la matière qui la retient

Puisqu'elle a aperçu Dieu, elle doit tendre vers Dica; et si Dieu lui-même avance et croît. Famé, en s'efforçaot de le suivre, doit avancer et croître avec lui.

Obscurcir la raison de Thomme et lui inculquer le mensonge , c'est donc nuire à Tensemble. Arrêter la marche de Tame et entraver sa croissance, c'est donc se rendre coupable envers Dieu et les hommes.

Contribuer a étendre cette raison , c'est honorer Dieo et le servir ; c'est bien mériter des hommes et de Dieu.

YERS^ POESIE. Bons ou mauvais, les vers font le bonheur ou la consolation, non de celui qui les écoute, mais de celui qui les fait. Oui, l'homme qui versifie, ses vers fussent-ils exécrables, n'est jamais à plaindre, car il les trouve toujours bons; et si quelqu'un, ne fût-^^ qoe son perruquier ou sa cuisinière , a la charité de dire comme lui , ces vers feront , sa vie durant , sa joie et son orgueil. EnGn, le plaisir d'avoir fait des vers et de les enldidrc louer est si grand, qu'on a vu des gens en devenir fous et même en mourir.

Deux croyances fort opposées distinguent les individus

' qui s'occupent de vers : ceux qui en lisent sans en faire

ne croient point aux bons ; ceux qui en font sans ca

lire ne croient pas aux mauvais, quand il s'agit des leurs

bien entendu.

Ce qui prouverait cette dernière assertion , c'est que lors d'un concours pour un prix de poésie , sur cent concurrens , il n'y en a jamais qu'un qui croit à l'ioiparlialitc des juges: c'est celui, qui a le prix; encore en doute-t-il si le premier prix est remis à l'année suivante et s'il n'a que le second.

Quoiqu'il en soit, les vers sont à la baisse. C'était autrefois un moyen de séduire et les grands et les belles. C'est aujourd'hui le moyen contraire : si vous êtes en instance pour une place et que l'idée vous vienne d'adresser des vers à l'appui de votre pétition, eussiez-vous tous les droits du monde, vous pouvez être assuré qu'un autre sera nommé.

Si vous êtes amoureux et si vous exprimez votre flamme en vers grands ou petits , mauvais ou bons , malheur à vous! l'objet de votre ardeur ne verra plus en vous qu'un poète, c'est-à-dire une linote, un serin, un sansonnet; bref, un être sans conséquence qu'on peut accepter par-dessus le marché quand on aime ailleurs.

Au total , si l'on veut , sous les rapports politiques comme sons les rapports amoureux , comparer ce que peut la poésie de nos jours avec ce qu'elle pouvait au temps des troubadours, ou bien encore sous le cardinal de Richelieu , sous le régent et même sous Frédéric de Prusse et Catherine de Russie, tous gens si friands de vers et de poètes , on ne pourra que s'écrier : Pégase est mort.

Napoléon eut aussi quelque velléité de poésie, et pourvu que les vers ne chantassent ni la liberté, ni l'égalité, ni la patrie, ni la république, ni l'ancien régime, pourvu encore qu'ils ne touchassent ni à la police ni à la religion , et qu'ils dissent du bien de lui et de personne autre, il les trouvait toujours assez beaux et les payait grassement.

En ces temps glorieux, il y avait justement autant de liberté au Parnasse qu'à la tribune. Aussi le vers, devenu militaire, soumis à la discipline, gourmé, poudré, pommadé, se tenait droit et raide comme un grognard au port d'arme. C'était l'ordre , il ne faisait pas bon d'y manquer; et quand la censure passait la revue d'une

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ode d'Esmenard, de Fontanes ou de Lormion, elle mettait impitoyablement aux arrêts tout hémistiche qui , pit» avancé que les autres, sortait de Palignement.

Il faut ajouter, pour l'honneur de la littérature d'alors, que ces vers hors ligne étaient rares. Bans leur tenue irréprochable , la grande majorité eut déflé Tart du maître même, et les inspirations des Homères impériaux, tirées au cordeau, avaient résolu le problème de la ligne droite. C'était la poétique du moment: raide et guindée, elle fit aimer le torlu, et devint plus tard, par le contraste, le grand moyen de séduction des poètes débraillés qui lui durent ainsi leur réussite.

La poésie impériale, comme toutes les choses de' ce monde, n'eut qu'un temps : avec la Restauration, le ^"crs devint dé\'ot. Mettant bas l'uniforme et jetant de côté la lance et l'épée, il prit un surplis, il s'arma d'un goupillon et chansonna l'ogre de Corse.

Les moins dévots chantèrent la fidélité et l'amour des lys. Bientôt l'on n'entendit plus qu'idylles et cantiques.

Louis XVIII, un peu mondain en fait de poésie, fit la grimace ; les courtisans la firent avec lui. Alors, le vers devint égrillard, puis il se refît guerrier.

Le moment était mal choisi : nous avions sur le dos un million d'étrangers, et cette recrudescence martiale ne servit qu'à nous faire remettre les poucettes qu'on commençait à desserrer.

On s'en vengea en rimaillant de plus belle et en chantant plus vaillamment que jamais. Nos gens de lettres, devenus tous des Achilles, ne se nourrirent plus que de Cosaques, d'Anglais et de Prussiens qu'ils taillaient en pièces, en vaudeville, en comédie, en opéra comique.

Quand on fut las de carnage, à défaut d'autre liberté, on rêva celle de la poésie : on se demanda pourquoi on ne ferait pas des vers sans rime, et Ton en fit sans rime.

Un novateur plus large encore, voyant qu'on se passait .de rime, demanda si, en poésie, la mesure était indispensable , et on bannit aussi la mesure. Alors , tout le monde devint poète; les vers et les poèmes tombèrent .comme grêle sur le public ébahi qui n'y vit d'abord ,qu'un brouillard; mais ce brouillard lui prenant à la ^orge et lui donnant des nausées , il finit par crier : à j'aide.

Alors commença la grande querelle des classiques et des romantiques , ou le combat des vers poudrés , musses, en dentelle et en jabot, en culottes et bas de soie, 4X)ntrc les vers en roulière, en veste et en sabots.

On se jeta au nez beaucoup de boue, on se dit beaucoup de sottises 9 on en fît plus encore, et le Parnasse français eut été rayé de la carte si, de ce grand chaos, n'étaient pas sortis quelques véritaibles poètes qui, au«jourd'hui, luttent à grande peine contre le discrédit de la poésie.

Or, pourquoi chez nous en veut-on tant aux vers? JBst-ce à tort ou à raison?

Pour décider cette grande question, nous demanderons .d'abord: qu'est-ce qu'un vers? — C'est, répondra-t-on, ^ne enfilade de mots engencés d'après certaines règles, .et ^ui sont censés convenir à l'oreille et qui y conviennent effectivement quand ils la remplissent bien on Jorsqu'un second son vient tomber en cadence et s'ac* jcorder avec le preopier. C'est donc ici l'effet d'une doche : le battant frappe un coup, on attend le second, puis le troisième ; espèce de musique et de carillon où les mots, apurement de luxe, sont aussi superflus qu'ils le seraient jdans un concerto de flûte ou de trombone.

Selon nous, il n'en est pas absolument ainsi. 11 ne ^(6t pas que l'oreille soit frappée, il faut que l'esprit le soit i^ussi. D'après les co^inaisseur^ pour que Je yei:s mt

juste, il faut que Tidée le soit : or, si Fidée a cette qualité , si elle est bonne , en devient-elle meilleure parce qu^elle a une rime et qu^elle est en vers? Il se pourrait faire que non ; et elle est pire si la mesure du vers a contraint Fauteur à employer des mots impropres ou à en employer plus qu'il n'en faut. .Dans ce cas, la prose est certainement préférable; à moins qu'on admette qae la mesure du vers et sa rime contribuent à frapper l'esprit, à dessiner Fimage, à la faire saisir plus promptement et retenir plus long-temps.

C'est en quoi probablement consiste le -mérite effectif de la poésie , mérite auquel on peut ajouter celui de se marier à la musique mieux que la prose.

Ce mérite devient un défaut si la poésie nous présente des idées fausses, ou ce qui est pis, des idées mauvaises, c'est-à-dire immorales et subversives. Alors , la poésie est un poison dont tôt ou tard on sent les atteintes, quclqu'agréable et doux que le mets nous ait paru d'abord. N'est-ce pas un peu ceci qui a discrédité la chose et fait mettre en suspicion le vers et le poète , vantés le matin et siffla le soir?

Le public est semblable à ce cbaland qui veut avoir un bijou d'or et qui Fachète dans la rue à la boutique à deux francs. Il le met à son doigt ou au cou de sa femme où il ne se lasse pas de Fadmirer. — Quelle merveille, s'écrie-t-il dans son enthousiasme, quelle industrie! Quel bon marché, et pourtant c'est de For, voici la marque!

Mais son bonheur dure peu , car après une semaine d'usage , il s'aperçoit que son joyau rougit et que son doigt verdit. Ce miracle d'industrie n'est qu'un morceau de cuivre. Alors, il maudit Fouvrier et le marchand, et bientôt confondant tous les bijoux , dans sa haine il ne donnerait pas cent sous des diamans de la couronne.

Maintenant, faut-il croire qu'il n'y a pas de diatnans en France, et que ces milliers d'ablettes qui apparaissent chaque année ne contiennent pas quelques perles? J'ai dit des milliers, on pourrait dire des millions, car remarquez bien qu'en fait de vers, moins on en veut, plus on en fait.

Vu la quantité, on les donne à bon compte; et pourtant, n'en doutez pas, ces perles, ces diamans y existent, mais personne ne les y découvre , parce que personne ne les y cherche.

Pour conclure , nous dirons : la poésie n'est pas une chose indispensable , et bien souvent elle est plus nuisible qu'utile. Cependant, sa décadence est un symptôme fâcheux, parce qu'elle précède toujours la décadence des arts; et quand un peuple n'est plus ni poète ni artiste, quand , adorateur du veau d'or , il est simplement marchand, il est bien près de devenir lui-même marchandise.

VIDE ET MOLECULE. La science dit que toutes les molécules de la matière s'attirent mutuellement et en raison directe des angles et en raison inverse du carré des distances.

La science a raison , car c'est une vérité à peu près démontrée et qui constitue ce que l'on nomme attraction universelle.

Mais en nous enseignant que toutes les molécules s'attirent, la science ne nous apprend pas pourquoi elles s'attirent : ce serait pourtant bon à savoir.

A ce sujet , il m'est venu une idée dont je vais voos faire part, en vous demandant pardon de l'avoir délayée dans beaucoup de paroles: mais il fallait la rendre intelligible, et je n'ai pu le faire en moins.

En parlant du vide et du plein , nous avons dit : la

matière est partout oa peut y être, et il n^existe nulle part de vide sans borne.

Quand le vide s'étend et s'offre par région, c'est accidentellement, car le vide n'est pas un état normal de la nature. La nature, c'est la création incessante, infinie, c'est le progrès: or, dans le vide, aucune croissance ni décroissance n'est possible. Un seul mouvement l'est, celui en ligne droite. Il est vrai que la même impuissance existerait dans le plein absolu.

11 faut donc, pour que quelque chose soit , la co-e3â&tence du vide et du plein.

Le vide reçoit toutes les substances ; le plein les rejette toutes. C'est ainsi que l'un cUtire, que l'autre repousse.

Le vide attire^ et nous en avons la preuve : partout où il y a un trou , il tend à se boucher, et tôt ou tard il se bouche.

Le plein repousse: nous le voyons non moins clairement. Lorsque ce trou est rempli , que les matières y sont tassées autant qu'elles peuvent l'être , on ne peut plus rien y faire entrer, pas même un grain de sable; et quelqu' effort qu'on fasse, le plein le repoussera invinciblement, ou s'il l'admet, c'est qu'il a rejeté l'une de ses parties pour lui faire place.

Si le corps que vous voulez ajouter au plein est dense et susceptible d'équilibre , il s'arrête .^r oe plein , mais il n'y pénètre pas; et à la moindre secousse, entraîné par son poida, il se jette dans le premier vide ouvert.

Alors, ne pourrions-nous pas demander si la puissance attractive des corps n'est pas dans leur vide? Peut-eUe même être ailleurs? Le plein attirerait^U ce qu'il ne pourrait recevoir , et ne serait-il attractif qtie pour être répulsif? U y aurait là une sorte d'anomalie, disons plus, un véritable contresens. Or , il n'en est goère dans la nature , et plutôt ^ue d'y croire , Je oa' en iîmdrai f o-

loDtiers à cette vérité triviale qu'on ne peut entrer que par la porte ou pur la fenêtre; et sans demander si c'est celte porte qui attire , je dirai : c'est par la porte que Fon passe. Or, quand la matière se meut vers un point, c*est qu'elle y a un passage ou la possibilité d'en faire un.

Les solutions de continuité interne ou externe que présentent les corps, seraient donc la cause ou du moins Tune des causes de Tattraction, et le mouvement ne serait attractif que parce qu'il divise les corps ou débouche leurs ouvertures.

— L'attraction , m'objectera-t-on , n'est pas seulement dans les corps ouverts , poreux ou dilatés , elle existe aussi dans les corps denses et polis.

Je répondrai : c'est vrai , et j'ajouterai que ce sont les plus denses qui sont les plus attractifs , parce qu'il n'est pas de densité absolue, et que ces corps denses, les roches, les uiétaux, ont aussi leurs vides et que ce sont peut-être les seuls vides durables. Sans communieation avec Fexlérieur , l'air qu'ils renferment a été absorbé, et leurs pores trop serrés ne laissent plus de passage à l'air extérieur. La lumière elle-même n'y pénètre pas. Dès-lors , ces corps durs attirent toutes les autres substances , précisément parce que leurs vides n'en trouvant aucune assez subtile pour les pénétrer, ne se remplissent jamais ; tandis que dans les corps ouverts, poreux, dilatés, l'attraction cesse bientôt, par la raison qu'ils sont bientôt remplis.

Il est vrai que les fluides qui les remplissent le plus ordinairement ont aussi leur vertu attractive qui ne tarde pas à agir , mais elle ne porte que sur des corps plus denses qu'eux-mêmes. Leur attraction alors n'est que partielle on spéciale à certaines substances ; tandis que celle des corps denses ou dont les vides sont irrempltssables, exereent oetle attraction sur toutes les matières, et ceci IV 19

parce que leurs ouvertures soot trop petites pour permettre aux molécules ordinaires d'y pénétrer.

Nous admettons donc deux sortes de vides: le vide relatif et le vide absolu. Nous reconnaissons aussi qu'aucune substance, aucune masse, aucun corps n'est tellement compact qu'il ne présente des Tides de Tune et l'autre sorte.

Les vides relatifs ne reçoivent que des substances plus denses que celles qu'ils contiennent déjà. Les vides absolus attirent toutes les matières, bien que toutes ne puissent les pénétrer.

Les vides relatifs ou absolus peuvent varier indéfini^ ment de dimension , selon celle des corps. Telle masse présentera de vastes tissures , des gouffres même ; telle autre des myriades de vides microscopiques, vides aussi nombreux que les molécules qui composent ces corps.

La matière pouvant se diviser à Tinfini, il existe des corps ou des fractions de corps, des molécules eutio, proportionnés à tous ces vides. Néanmoins, il en est qui résistent à tous les efforts de la matière, quelque subtile et pénétrante qu'elle soit ; tels sont, entr'autres, les yides intérieurs des molécules , bien qu'elles aient un orifice communiquant avec l'extérieur. Ce sont ces vides réfractai res ou irremplissables qui fout que la densité des corps n'est jamais absolue et qu'ils conservent^ avec leur élasticité, une force d'attraction plus ou moins puissante.

La matière qui, par sa grossièreté ou son affluence, ne peut pas pénétrer dans ces vides intiniment petits, reflue sur la surface et contribue à la croissance extérieure des corps.

Quelquefois elle se répand sous les couches intermédiaires : de là , la croissance intérieure ou celle qui a lieu sous l'enveloppe, entre le centre et la superficie.

11 arrive aussi que cette matière i trop grossière ou

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trop abondante pour les vides ouverts devant elle, s'efforçant néanmoins d'y pénétrer pour échapper à la matière extérieure qu'attirent ses propres vides et qui la compriment, produit, sur le premier corps, Tefifet d'une cheville qu'on chasse de force dans un trou trop étroit pour la recevoir. Elle fait éclater la masse, parce que la pression intérieure est plus forte que la ré^stancé ou la pression extérieure. Ce n'est qu'ainsi, ou en imitant ce que fait la nature, que nous arrivons à diviser les corps durs.

Que nous lancions ce corps sur un autre corps plus dur encore, ou que nous frappions dessus avec un coin et un marteau , c'est toujours, quand nous l'entamons, l'action du plein sur le vide; et si la rupture a lieu , c'est que le contenu s'est trouvé hors de proportion avec le contenant, ou que la nature de la matière introduite, trop grossière ou trop brusque dflns son mouvement pour la fragilité de son enveloppe , l'a brisée sans la remplir.

Remarquez que les molécules ne pénètrent jamais dans d'autres molécules , mais seulement dans les ouvertures qu'elles laissent entr'elles ou les interstices qui les séparent. Les molécules se serrent, se tassent, se condensent ou se dilatent, mais leur intérieur est impénétrable, parce qu'elles se resserrent sous le moindre effort que fait la substance extérieure pour là pénétrer , ou bien, nous venons de le dire, parce que leur orifice ou leurs pores sont d'une telle petitesse, qu'il n'est dans la nature aucune substance assez subtile, assez tenue pour y passer.

Cette facilité des molécules de céder à toutes les pressions et de reprendre , dès que la pression cesse , leur dimension première, fait l'élasticité de la matière ou son mouvement du centre à la surface. C'est par ce renflement et ce serrement alternatifs qu'elle se dilate ou se

condeDSC. S'il existe une substance incompressible ou iadilatable , celle-là seule n'a pas de vide dans ses molécules ; mais Texistence d^une telle matière me paraît au moins problématique.

C'est aussi cette puissance de retenir le vide en elle ou cette faculté de se comprimer et de se dilater selon le moule ou la pression, qui assure et maintient à chaque molécule sa forme, sa taille, ou le moyen de les reprendre. Ce n^est qu'ainsi , en conservant sa nature à chaque substance , en Ty ramenant après une suite de modifications ou de. transformations apparentes, que les grandes démarcations élémentaires ou la différence des élémtiis primordiaux peuvent exister. Nul doute que ces élémens ne puissent se mélanger, s^unir, se compliquer à Tinfîm; mais quelle que soit cette complication, chaque élément n'en reste pas moins ce qu'il est, et tôt ou tard il revient à son unité, à sa simplicité première. Bref, de matière a matière, il n'y a pas plus d'union éternelle que de l'esprit à la matière ; et là aussi , ce que nous appelons la dissolution d'un corps, n'est que la séparation des parties.

Si , malgré ces modifications apparentes , malgré ce passage de la densité à la fluidité ou de L'état de molécule éparse à celui de corps compact, chaque principe élémentaire, chaque type de substance n'était pas réellement immodifiable, la masse matérielle entière ne serait aujourd'hui qu'un mélange qui se dénaturerait sans cesse par de nouveaux mélanges. Chaque substance ayant ainsi perdu sa qualité, tout ne serait qu'une immense pastiche sans spécialité ni couleur , équivalent du chaos ou du ' désordre universel.

La démarcation établie entre les principes dé la nature est donc infranchissable; Porganisation , comnte la confusion des choses, n'est que le mouvement des élémeos qui se croisent, se nouent, se dénouent, sans jamais se

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mêler. Ce ^e nt»s prenons pour la moiificatioq , la transformation ou la dissolution des corps , n'est que la dilatation ou la compression des molécules a des degrés différens. La Tolonté même et toute la puissance de Tespril et de la science, ne peuvent arriver à d'autres résultats.

En outre de leurs qualités effectives et spéciales, les molécules des matières diverses ont aussi leur spécialité de forme et de taille. Il y en a de grandeur différente, selon la nature des substances, ce qui facilite à la fois leur imion et leur séparation. La première attraction d'une molécule est vers les molécules semblables à elle; elle n'en attire d'autres que faote des premières ou loi'sque ses interstices n'en comportent plus de cette dimension.

Ainsi, une masse se eonstitue d'abord de ses propres molécules qui se rapprochent et se serrent vers la molécule centrale. Si ces molécules sont de la dernière petitesse , elles suffisent pour remplir tous les vides sans rien emprunter à d'autres élémens, et forment une masse homogène. Mais si ce cas existe , il est rare.

Ordinairement, quand un nombre de molécules se sont groupées, une substance à molécules plus fines ou plus fluides vient remplir ces premiers vides. Arrivent ensuite d'autres molécules plus subtiles encore, et toujours ainsi. De là, la diversité des élémens des grandes masses.

Cette union de molécules de tailles diverses est une des conséquences de ce que nous voyons tous les jours ou de la loi de l'équilibre, qui entraîne les parties convexes dans les parties concaves et les y répartit selon leur dimension. Creusez , dans votre jardin , des trous de diverses grandeurs : bientôt , à l'aide du vent et de la pluie, ils se rempliront d'eux-mêmes et les matières s'y tasseront de façon que les parcelles les plus grosses

s'étayant des moyennes et celles-ci des petites, toutes atteindront leur aplomb.

11 en est ainsi des molécules. Il y a , dans Tespace comme sur la terre, un mouvement continuel, une fluctuation d'élémens favorisés par la rapidité du mouvement concentrique. Ces élémens passent sur les masses et se répartissent selon les ouvertures : s'y arrêtant et les remplissant en tout ou partie, ils contribuent ainsi à la formation des corps ou bien à leur dissolution quand, trop grossiers, trop abondans, trop rapides, Ifurs molécules les pénètrent avec effort et en séparent les parties.

C'est donc toujours la présence du vide qui rend la matière attaquable : un corps dont toutes les molécules seraient invariablement unies, ne serait ni pénétrable ni divisible.

Cette action de la matière sur le vide et réciproquement , est un combat qui ne cesse jamais , parce qu'il faut iine pression immense et parfois un temps très-long pour que la substance, même fluide, même éthérée, pénètre dans les derniers interstices des corps; et lorsque ces corps ne sont pas élastiques, elle les fait ordinairement éclater avant de les avoir remplis.

Quand ce remplissage s'accomplit, quand un corps n'a plus d'autre vide que le vide intérieur de ses molécules, quand leur pression est telle qu'elles n'ont plus de mouvement possible et qu'elles ne peuvent ni se comprimer davantage ni se dilater, l'attraction cesse, et avec elle, s'il s'agit d'un globe, la chaleur et la lumière.

Alors , ce globe immobile et glacé devient stérile , et il ne reprend, avec son mouvement ou sa fermentation, sa faculté végétative, que lorsqu'un choc extérieur et la séparation des molécules ont ouvert à l'action atmosphérique de nouveaux vides, partout indispensables au développement des gercnes.

C'est aa moyeti de ses vides intérieurs qu'an eorps est élastique et peut passer de la densité à la fluidité. C'est aussi par ces mêmes vides quMl est éclairé et échauffe, on que de froid il devient chaud, et d'opaque, diaphane. S'il était entièrement dense, il resterait froid et obscur.

C'est encore à l'aide du vide qu'il peut renvoya à l'extérieur l'air et la chaleur surabondans. Toutes les concentrations de matières , tous les corps inertes ou animés sont , à cet effet , pourvus d'une multitude de syphons ou de pompes refoulantes qui attirent ou repoussent la substance extérieure. La croissance d'un corps continue tant que la matière attirée excède la matière rejetée. Quand la balance est égale, le corps reste dans le statu quo. Quand la matière rejetée l'emporte, le corps dépérit.

Cette loi n'a pas d'exception; elle s'applique aux plus petits corps comme aux plus grands, à la terre, à tous les globes , à tous les astres , quelqu'immenses qu'ils soient. La dimension n'y fait rien. 11 sufGt que ces corps ne soient pas en décomposition ou à leur période décroissante.

Nous nous sommes expliqué ailleurs sur ce que nous entendions par forme ou corps. Nous rappelerons seulement ici qu'il ne faut pas considérer comme des corps effectifs ou susceptibles de croissance , les détritus de eorps ou ces fragmens qui jonchent la terre , pas plus qu'il ne faut prendre pour un homme la tête ou le bras d'un homme. Les corps se brisent, les formes se décomposent, on doit donc partout en rencontrer les débris.

Ces débris ont cessé de croître, parce qu'ils ont perdu leur puissance attractive, soit parce qu'ils sont arrivés au point de condensation dont ils sont susceptibles , soit parce que leur couche supérieure a interrompu la communication du centre à l'extérieur. Parvenus à cet état

Stagnant qui prëoède la dissolution, ils sont précisément ce que serait un soleil éteint ^ dont la surface se serait vitrifiée.

Unis à la masse, ces fragtnens, comme cet astre, peuvent concourir à l'attraction générale, mais ils ue pcuTCQt pins en avoir une qui leur soit propre ou être isolément aitractifis. Il y a donc , dans les corps inertes comme dans les corps animés, une période de croissance, une ^ stagoation, une de décroissance.

Un corps croissant est un monde qui se forme; c'est un centre d'attraction où chaque molécule en attirant une autre, puis une autre encore, pose ia base d'un rocher, puis d'une montagne, puis d'une chaîne de montagnes: tels vous voyez les concrétions siliceuses, les stalactites, les rognons de grès, et les îles de corail qui croissent plus vite encore , parce qu'une action vivante joint ses efforts à l'action d'ensemble.

Parmi les corps attractifs , vous pouvez ranger tous les végétaux, tous les animaux, taut qu'ils ne sont pa« arrivés à leur maturité.

Tout corps croissant a donc pour principe un germe ou une molécule : un germe s'il vit, une molécule s'il ne vit pas. Ce germe et cette molécule sont attractifs ; ils le sont au moyen de leurs vides qui, en rayons divergens , partent de leur centre vers l'espace source et récipient de la substance. Les choses se passent alors comme nous venons de le dire : la matière éthérée , chassée par d'autres matières , se précipite vers toutes les ouvertures grandes ou petites; mais les molécules, trop fortes ou trop pressées pour pénétrer dans ces dernières , s'arrêtent à la superficie des corps ; elles s'y répandent et contribuent à leur croissance extérieure, ou bien entraînées ailleurs , elles vont combler d'autres vides et accroître d'autres corps.

I41 forme extérieure de ces corps influe beaucoup sur leur croissance et leur durée. La matière glisse sur une surface plane ; elle tombe le long d'une surface ronde ; elle s'arrête sur celle qui est convexe.

Ce sont toujours les vides les plus ouverts qui semblent se combler le plus vite, mais ce sont aussi ceux qui se vident le plus aisément : les matières denses ou fluides s'y précipitent à peu près comme l'eau d'une cascade et s'y renouvellent continuellement sans s'arrêter; l'une chasse l'autre, et loin de contribuer à la croissance ou la solidité d'un corps par leur choc et leur frottement incessans, elles en hâtent la dissolution. Voici pourquoi les corps dont les vides sont exigus et divisés, sont les plus tenaces, les plus durables et les plus long-temps attractifs. C'est aussi pourquoi les vides de l'éthcr ne sont jamais qu'accidentels et courts.

En présence de ces faits , on peut se demander si l^ pression causée par l'affluence des matières se précipitant les unes sur les autres, ne contribue pas autant à la coib centration des corps et à la formation des masses que Taltraction des molécules. Cette attraction vient, disionsnous , de leurs vides internes et aussi des vides que présentent leurs interstices, suite d'une union toujours imparfaite. On pourrait ainsi douter que les molécules aient jamais eu une vertu réellement attractive. Si elles l'avaient eue, elles l'auraient enCore ; et pourtant, quand vous séparez les parties d'un corps, vous ne les voyez pas se réunir : seulement, si vous les placez sur les bords d'un vase ou d'un entonnoir dont la pente est assez rapide , elles courront sur cette pente et ne s'ar-* réteront plus qu'elles ne soient au fond. C'est ici fa conséquence simple de la pente et du poids.

L'attraction moléculaire, comme la gravitation universelle, ne serait dont que l'effet de l'équilibre et du besoin IV 19.

d^a plomb , besoin qui veut que les matières les plas légères gagnent la surface et surmontent les plus lourdes qui, par ce refluemeut, sont continuellement repoussées vers le vide.

Telle serait la cause de Tinfluence du vide sur le plein, et réciproquement. Une molécule ne se précipiterait vers une autre que parce qu'il y a un vide en elle ou à côté, et les masses les plus attractives seraient celles qui offrent le plus de vide absolu on de pores libres de toale substance.

Si cette attraction du vide est réelle, une masse isolée ne serait pas attractive, ou du moins son attraction serait sans effet. Il faut donc , pour que l'attraction se manifeste, une communication libre avec l'atmosphère ou avec d'autres corps, et c'est toujours aux dépens de ces corps qu'elle s'exerce. Un vide ne se remplit que lorsqu'un plein se vide. La formation d'une masse entraîne la dissolution ou au moins le déplacement d'une autre masse. Toutes les parties 'de la matière sont ainsi attirantes oa attirées.

Cette communication avec l'espace est non moins nécessaire à la formation et au développement des végétani; et des animaux. Tous absorbent la matière éthérée. [^air est leur première nourriture : s'ils en manquent , ils souffrent, se déforment et bientôt tombent en dissolution.

Cette nécessité de Tair à la croissance et à la vie des corps, la part que sa condensation prend dans leur organisation , n'a jamais été mise en doute. Elevez un enfant dans un endroit obscur et peu aéré , au lieu de grossir, il maigrira. Plantez un arbre dans une cave, s'il y vient, il y restera faible et rabougri.

Voici un exemple récent de ce que donne l'air au développement des végétaux : une masse de cent kilogrammes de terre végétale fut mise dans une caisse ; on y planta

un arbrisseau pesant deux kilogrammes et demie. Cette terre fut soigneusement arrosée. Cinq ans après, l'arbre fut déplanté , il pesait quatre-vingt-cinq kilogrammes ; et la terre, pesée de nouveau, n'avait perdu que soixante grammes de son poids.

H résulte de ceci que c'est à peu près l'air seul , et peut-être une l'égère partie d'eau, qui avaient fourni la substance de cet arbre.

La formation des organes végétaux et animaux ne diffère donc que peu ou point de celle des masses ou des concrétions élémentaires. Elle a lieu par l'afûuence de la matière extérieure, de la lumière, de la chaleur, du fluide élhéré surtout, pénétrant à travers des milliards de pores, aboutissant aux vides intérieurs et aux parties vitales.

La fécondation n'a lieu que par cet échange de matière ou la transmission et le renouvellement des fluides au moyen des vides, toujours plus nombreux dans l'individu fécondé que dans celui qui féconde. C'est par cette raison que, dans toutes les races, les femelles ont la fibre plus molle et la contexture moins dense , moins serrée que chez les mâles.

Quant aux mouvemens de ces corps et tous les gestes qui expriment et exécutent la volonté , ces mouvemens aussi ne sont possibles qu'à l'aide du vide relatif ou absolu et de l'écartement des molécules.

Dans une substance d'une densité complète, tout serait immobile et la vie sommeillerait éternellement , car ce n'est qu'au moyen du mouvement imprimé à la matière que cette vie peut se mettre en communication avec l'espace et qu'elle attire à elle les parties subtiles servant à la constitution des organes des sens et même de ces rouages, de ces ressorts bien autrement complexes, qui sont les instrumens directs de l'ame et de la pensée.

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Si le vide est indispensable i h férmotion et au mou- Tciuent de tous les corps , on Yoit aussi la part qu'i prend à leur décomposition qui commence quand Tattraction cesse ou lorsque la pression du dehors ne peut plus vaincre la répulsion du dedans, ce qai arrive quand les vides intérieurs sont comblés ou vte sont plus pénétrables. Alors les corps, non-seulement ne reçoivent rien, mais ils perdent ce qulis ont reçu. Ils attiraient, ce sont eux qui sont attirés, non dans leur masse ou leurs élémens grossiers, mais dans leurs molécules essentielles et indispensables. Les molécules se détendant , ks vides s'élargissant , les parois cédant à une autre attraction sont entraînés vers d^autres vides, et la dissolution s'achève par la dispersion des parties passant de Tétat de densité à celui de fluidité ou d'atomes impalpables.

On voit clairement ici le rôle important que le vide moléculaire, ce vide partiel et divisé, joue dans k nature. Espace, élémens, masse, fragmens ou corps, uatière dense ou fluide, le vide y est. Il y est, non en éleiidae, mais en atome ; enfm , il y a du vide partout. S'il n'y en a pas entre les molécules, il y en a dans ces molécules. C'est ainsi seulement qu'elles sont compressibles, et qu'après avoir été comprimées, elles peuvent se dilater de nouveau en reprenant leur vide intérieur.

Là git tout le mouvement de la matière. Otez le vide des molécules, ôtez aussi la possibilité de le comprimer oa de le faire disparaître, et ensuite celle d'y reparaître par le seul fait de l'éloigneœent de la cause de compression, iè n'y a plus d'élasticité , de pression , de dilatation , de condensation ou de uiouvement possibles. Egalement impénétrable , tout restera dans la même fome , dans b même position. Le vide est donc non moins inécessaire à l'œuvre créatrice que la matière elie^méme. C'est b présence du vide et la nécessité de ^équilibre qui es-

pliqucDt la mobilité de la naalicrc. Cesl aussi cette présence qui nous fait coq] prendre Tattraction , et avec ses variations, la croissance et la décroissance des corps.

De celte attraction et de la pression extérieure, naissent toutes les formes. Ces formes se décomposent quand la pression ou l'attraction cesse, ou quand elle est paralysée par la répulsion du dedans et renvoyée au dehors. La constitulion de tous les corps est le résultat de l'attraction et du vide , comme leur décomposition est celui de la cessation de l'attraction par la plénitude ou la stagnation du mouvement des molécules.

Nous nous résumons ainsi :

Si le vide étendu n'est nulle part dans la nature , il y est partout eu molécules ou en inCniment petits.

La mntière n'attire la matière que par les vides absolus ou relatifs qui sont en elle.

Elle l'attire, parce que toujours le vide tendant à se remplir appelle à lui tout ce qui est hors de lui.

Le vide est d'autant plus durable ou plus absolu et plus difficile à remplir, que les corps sont plus denses ou plus compacts. Aussi ces corps denses sont-ils, relativement, les plus attractifs.

11 n'est pas de corps sans vide ou entièrement dense, tin corps de cette nature perdrait sa puissance attractive. Indissoluble et réfractaire à ttuitc union , à tout mélange d'autres substances^ il serait, dans rensemblc, une anomalie et un obstacle.

Le vide contribue à la fois à la condensation et à la dilatation des corps. Il est indispensable à toute organifyation , à toute constitution , à toute croissance et décroissance.

C'est par la présence du vide que les masses sont divirsibles et modifiables, que la matière acquiert de la mobilité, et les corps vivans la faculté du geste et de l'œuvre.

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