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lui une sorte de considération , et lorsquMI en parlait , il ne le nommait plus que l'àne tricolore.
ZÈLE. Le zèle a*t-il foit plus de bien que de mal? C'est une question qui n>st pas aussi facile à résoudre qu'on le pourrait croire. Sans doute on ne fuit pas convenablement son métier, on ne remplit bien ancune mission , si Ton n^y apporte pas de zèle ; mais aussi combien Texagération de ce zèle nVt-elle pas amené de malheurs et fait couler de 8»ng! Les inquisiteurs d'Espagne et des Indes, les égorgeurs de la St.-Barthélémy, les bourreaux des Cérennes et les trois quarts de nos conventionnels n^étaient que des gens zélés; ils voulaient faire mieux que ceux qui faisaient bien. C'était bien alors d'avoir lait tomber cent têtes ; c'était mieux d'en faire tomber deux cents. Le zélé en faisait donc tomber denx dfents ; un plus zélé, trois cents ; et dé zèle en zèle, du bien au mieux , puis de mieux en mieux , on arrivait aux noyades, aux mitraillodes, aux torrens de sang.
Combien de batailles n'oat>elles ,pas été perdues par le zèle intempestif de quelques-uns , ou pour avoir , comme dit le soldat, fait feu avant le commandement? Oui, à la guerre, l'homme trop ardent est plus à craindre pour son parti que celui qui ne l'est pas assez.
11 en est de même dans les affaires, dans les révolutions, dons les conspirations. Là aussi, les plus dangereux pour leurs amis sont ceux qui veulent arriver au but d'un seul bond, ou le dépasser quand ils y sont.
Si des obstacles ou des dangers se présentent, qui est-ce qui, le premier, lâchera pied? Qui est-ce qui révélera le complot et livrera ses complices? C'est encore le plus zélé, parce qu'un zèle exagéré ne se soutient pas; c'est un accès de fièvre chaude qui s'en va comme il est
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venu , ou s*il laisse quelque chose , c'est cette même exagération de zèle qui, de pour, est devenue contre.
Est-ce a dire qu'il faille décourager le zèle? Non, car le zèle est un moyen de bien faire , le zèle est une vertu ou au moins une qualité. Mais il faut lui donner une bonne direction, et en le modérant s'il va trop loin, Mre en sorte qu'il ne s'use pas trop vite.
ZERO. On a dit de lui :
Je brille au second rang et m'éclipse au premier.
Et puis on en a fait une injure : « C'est un zéro, dirat-on. » Mais un zéro n'est tel que parce qu'il est mal posé; mis à sa place, il aura dix fois, cent fois, mille fois la valeur de l'unité.
Me peut-il en être de même de ces individus que vous nommez zéro? Supposez que Napoléon fut né cinquante ans plus tôt et que , comme cadet de iïimille , on l'eut mis au séminaire à Marseille, à Àix ou ailleurs, il serait devenu curé de Bastia ou peut-être évêque d'Ajaccio ; partant, zéro pour l'histoire.
Ainsi en serait de tous les grands hommes : les circonstances les ont faits grands au moins autant que leur mérite. Placés un peu plus haut ou un peu plus bas , un peu plus à droite ou un peu plus à gauche , de même que le zéro , ils seraient restés au-dessous de l'unité.
ZIBELINE. Petit quadrupède qui, pour son malheur, a une belle fourrure. Si la zibeline était pelée ou à soie de porc , comme elle n'est pas bonne à manger , il est à croire qu'on la laiisserait eu paix.
5ia zio
Il n'en est pas ainsi, et on loi fait une chasse si persévérante dans les forêts du nord qu^elte habite , quUl est facile de prévoir Tépoqae où , comme le phénix et la licorne , elle sera rangée parmi les animaux problématiques.
£n attendant, ou fait un grand commerce de sa peau qui est si estimée de nos élégantes , qu^on en a vu , eu échange, donner la leur.
En Russie, les hommes en portent, et le czar en fait des présens aux souverains.
Le sultan en donne aussi à ses ministres et à ceux qu'il fait pachas , gouverneurs on premiers eunuques ; c'est une sorte d'investiture de l'emploi.
On cite des pelisses de zibeline valant plusieurs milliers de roubles; valeur fragile, car oublié quelque jour dans uae armoire, le riche vêtement devient le dé jeûner d'une larve qui se fait un fourreau de ses débris.
La mode des fourrures, qui est encore chez nos femmes dans toute sa vigueur, a peu duré chez les hommes, en raison du prix qu'elles coûtent et de l'entretien qu'elles exigent. Ajoutons qu'elles ne sont , chez nous , qu^un objet de luxe et de fantaisie ; tandis que dans le nord, elles y deviennent presqu'une nécessité. Aussi tout le monde en porte, et Ton y reconnaît la qualité de l'homme à celle de la bête dont il a sur le dos la dépouille. II y en a à tout prix.
Après la feuille de vigne , qui n'était guère de mise qu'en été, les fourrures furent le costume des premiers hommes, et beaucoup de peuplades n'en ont pas d'autres. Ainsi le rafBnement du luxe et les besoins de la barharie se lieftcootient el ae touchent.
ZIGZAG. C'est la marche ordinqûre de hiea des gens
qoi ne doutent pas que ce ne soit le ligne directe, lis font une pointe à droite , une pointe à gauche , puis une pirouette sur eux-mêmes, et sont convaincus qu^ils avancent. Cependant Hs n^arrivent jamais au but, par la raison qu'ils lui tournent le dos, ou bien qu^après aroir Hait un pas en avant, ils en fout deux en arrière.
EuGn, s'apercevaut qu'ils sont toujours dans leur même trou, ils s'en prennent à l'injustice des hommes. Us feraient bien mieux de s^en prendre â leurs jambes , on plutôt à leur tête qui les conduit si mal.
Rien donc de si rare qu'un homme qui marche sans zigzag et droit devant lui. Quand, accidentellement, cet homme exbte, laissez -le faire, il n'a besoin ni de vous ni de personne, et quoiqu'il entreprenne, s'il persévère, il est sAr de réussir.
L'utilité des zigzag est donc un des préjugés ' de fépoque , et je vous le répète , celui qui en fait le moins «st encore celui qui arrive le plus vite et qui va le plus loin.
ZIZANIE. Plante ou querelle. Est-ce la plante qni ^ donné son nom à la querelle, on celle-ci qui applique te sien à la plante? Dans les deux cas, l'application est bonne et fimage juste : la zizanie v^étale met le dé^ sordre dans un champ, comme Fautre met le trouble dans un ménage.
Mais le droit des deux choses n^est pas égal. La zizanie-querelle n'en a aucun sur le ménage , elle s'y glisse comme le serpent dans l'Eden; tandis que la zizanie-plante peut avoir, comme première occupante, des titres légitimes sur le champ en culture , car il est à ei^ire qu'elle y poussait avant le froment qu'on y sème« puisqu'elle y vient encore aujourdliui, malgré tout ce
que Ton fait pour qu'elle n'y vienne pas. Il £aut en vérité, après tant d*avanies, qu^elle soit bien convaincue de son droit pour y tenir.
Il en est de même des ronces; il y en a eu dès le commencent du monde, et bien que depuis cette époque tant de gens s'en soient plaints, il y en a encore et il y en aura toujours.
Pourquoi donc les mauvaises bcrbes, ou ce que nous nommons ainsi, viennent-elles mieux que les bonnes et n'ontelles besoin, pour cela, ni de labours ni d'engrais? Pourquoi se passent-elles si facilement de jjardinier? Elles font mieux que de s'en passer, elles luttent avec lui corps à corps , elles le sifQent , elles le narguent , elle$ le huent , et tandis qu'il les arrache devant , elles repoussent derrière ; bref , elles lui pousseraient sur la tête s'il ôtait son chapeau.
Maintenant , je demanderai : quand nous n'avons pu nous débarrasser des mauvaises herbes en les arrachant, ne pourrait-on pas y parvenir en les plantant, en les cultivant, et de mauvaises qu'elles sont, les faire, par de bons procédés, devenir bonnes? Est-ce nous qui ne le pouvons pas , ou bien elles qui ne le veulent pas? Cependant, puisqu'elles repoussent avec cette persistance» il faut qu'elles aient ppur cela un motif , une raison , et une raison ne peut, surtout dans une plante innocente, être le dessein de nuire.
Je ne vois donc pas ce qui nous empecherait.de faire quelques expériences sur la zizanie, le chardon, Fortie et cent autres productions que nous avons déclarées inutiles ou malfaisantes sans les connaître ou sans en avoir étudié le caractère et les qualités. Qui sait si le blé n'a pas» lui aussi, été réputé mauvaise herbe et s*il ne l'çst P9S encore chez bien des gens? Allez donc dire à un écolier, au pain sec que le blé est le premier des végé-
tainc, il TOUS jettera sa croûte an nez en vous disant qoe le blé est la dernière des médiantes plantes.
La pomme de terre que vous aime^ taut , la pomme de terre qui figure si honorablement sur la table dn nabad et du lord de France et d'Angleterre, n'était-elle pas, il y a à peine nn siècle, traitée de narcotique, de racine grossière et indigeste? N'était-elle pas, enfin, discréditée au point qu'on osait à peine l'offrir aux cochons, crainte d*en recevoir un affront?
Vous le voyez : il n'y a de mauvaises herbes que celles que vous qualifiez ainsi par suite de votre ignorance , ou que vous rendez mauvaises par vos persécutions. Allez donc traiter le froment comme vous traitez l'ivraie, et vous verrez la bonne farine qH^il vous donnera. Êtesvous déjà si riches en végétaux utiles , et parce que vous en comptez , sur vos marchés , une vingtaine de mangeables, est-ce à dire qu'il n'y en a pas d'autres? Ces mille et mille espèces que vous repoussez n'auraient donc été créées , comme la zizanie , que pour enchevêtrer votre blé et votre orge ou étouffer vos choux et vos laitues ! Ce serait l'absurdité m^me. Aussi , vous le répèterai-je en toute conviction: non, mille fois non, il n'en est pas ainsi, et ces milliers d*herbes inutiles selon vous» ne le sont que là oii vous ne savez pas les 'utiliser.
Ce que le Créateur a mis partout à notre portée, ce qu'il y remet sans cesse, bien que sans cesse aussi nous en détournions la tête, doit être bon à quelque chose, peut-être bon à tout, et la panacée universelle peut se cacher dans cette botte de joncs que vous repoussez du pied. Oui, j'ai la conscience qu'elle y est, il ne s'agit que de l'y trouver; mais pouf cela, il faut qu'on la cherche.
Courage donc laboureurs, jardiniers légumiers, botanistes, herboristes et fleuristes, un vaste champ est encore ouvert devant vous : celui de la nature.
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ZOÏLE. C'est le père de la critique, du pamplet et de la satire ; on lui en veut beaucoup , et Ton a tx>rt. Ou a tué plus d'hommes par des complimens que par des épigrammes. il ne fallait donc pas faire une injure du nom de zolle et appeler maudits ses successeurs.
Un critique éclairé et honnête mériterait une place au ciel, bien mieux que certain badigeonneur , faiseur d'éloges et d'épîtres au porteur.
Malheureusement, le 'savoir et la probité sont rares dans les zolles de nos jours : la critique est devenue un commerce et sa plume une marchandise.
&*"*• ET GOETERA. C'est le dernier mot des connaissances humaines. Oui , nous savons tout jusqu'à Vet cœtera: et ce qui est aujourd'hui pour nous le nec plus ultra de la science, n'en sera que l'A B C pour nos descendans. Sur cette terre il n'y a pas, pour l'homme, un seul calcul , un seul plln , un seul résultat qui soit définitif: notre monde est celui des jalons; c'est le pays des germes. La grande croissance , les vastes dëveloppemens , les sublimes chofs-d'œuvres sont ailleurs ; et pour nous, la mort comme la naissance n'est qu'un pas de plus vers Yet cœtera.