‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 20 sur 110 · PAO · texte numérisé non relu

PAO

Dans les arts, dans les lettres, il n'y a pas de talent réel sans la probité : l'art , c'est la vérité ; Terreur ou l'im-* posture entache toujours Thomme et son oeuvre. Sans doute , il y a de belles choses faites par des gens dont la yie ne fut pas honnête, mais leur cœur Tétait quand ils les firent ; et si , en les composant , ils eussent rêvé le mal, ces choses n'eussent pas été belles.

La probité exclut le charlatanisme ; elle dédaigne le clinquant , ce vernis trompeur qu'applique la paresse pour cacher les taches. L'homme probe travaille à fond, travaille en conscience. La tâche du génie consiste dans la création de l'ensemble et aussi dans la science des détails dont chacun est encore une étincelle de Tartiste; son imagination commence Tœuvre , sa probité le finit.

Cette probité n'est pas seulement dans les faits , elle est dans les paroles. Un mensonge n'est jamais innocent; que vous le disiez, que vous l'écriviez , il est un mal; il n'en est pas d'excusable, il n'en est pas d'ntile. Là probité des paroles tient dé si près à celle des actions, qu'un mot hasardé nous mène presque toujours à une démarche fausse; on eroit, par im, mensonge, réparer une erreur ou une inconséquence , et l'on tombe dans un gouffre : tout grand coupable a commencé par mentir^ ne fût^e qu'à sa consdenee.

Que l'homme probe, qui veut rester td, résiste doueà cette propension à exagérer , si commmie , si entrât** nànte. On ne veut d'abord qu'embellir le récit, qu'in** téresser Tauditeur ; la tromperie n'eçt encore que jeu du monde, que causerie de salon ; mais rarement on en reste là. Dès qu'on a transigé avec la vérité sur une petite chose, on transigera bientôt sur une plus importante. C'est ainsi qu'on arrive à Thabitude de tromper et à la fausseté continoe, car il est des êtres qni y parviennent et qui, toute leur vie, se trompent eux-mêmes en voulant tromper les autres.

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Heareusemeiit ce sont des exceptions : rimprobité totale est moins commune qu'on pourrait le croire; les hommes qui ont traversé le juste et le vrai sont assez rares. Mais il est beaucoup de cœurs abusés qui , par une fausse application de leurs droits ou de ceux d'autrui , se créeront des devoirs où il n'y en a pas, et ne les verront point ou ils sont.

U en est aussi, et ceux-là sont plus nuisibles, qui se feront une probité de détail pour se dispenser de Tautre. Ils seront honnêtes jusqu'à un certain point. L'improbité, pour eux , n'est que dans les petites choses , dans les petits moyens ; dans les grands , c'est combinaison , c'est négoce, ils ne voudront pas prendre une épingle , ils vous remettront fidèlement votre bourse , et ils imagineront une combinaison qui vous ruinera, et avec vous vingt familles, et qui les tuera peut-être.

Ces spéculateurs , quelle qu'ait été leur réputation financière, n'ont jamais compris la véritable honnêteté; celle-là jamais ne s'écarte de l'humanité, elle ne compose pas avec la jitstice. U n'est pas de bonne foi partielle , spéciale et conditionnelle: le cœur véritablement probe l'est toujours et partout.

La probité naturelle peut quelquefois s'égarer par un préjugé fortement enraciné, par la coutume, par la tradition. 11 est des peuples qui ne croient point voler en d^ouillant un naufragé. Les riverains de la Bretagne , ordinairement bons et religieux , ne voient pas un acte répréhensible dans le pillage d'un navire que la tempête anra jeté sur leurs côtes : il y est venu, c'est Dieu qui l'envoie , il e^t à eux. Telle est leur morale; l'être in<^ juste et malhonnête a leurs yeux, c^est le garde-côte qui les empêche de piAer, et le propriétaire qui leur reprend son bien.

Ce sont là de ces erreurs funestes que les gouvernans,

et notamment le clergé , doivent s'efforcer de détruire par rinstmction ; car si ces pauvres gens sont voleurs sans le savoir, le vol sera toujours commis, et quand bien même leur délicatesse naturelle ne serait point altérée par un désordre qu'ils regardent comme innocent , le dommage n'eu est pas moins rëel pour celui sur lequel il tombe. Ici , comme en toute chose , on aperçoit les dangers, de fignorance : on est malhonnête parce qu'on ne connaît pas rhonnétctë; on est spoliateur parce qu'on n'a pas compris la propriété.

Ah ! si chaque homme, chaque citoyen, chaque membre d'un Etat appréciait tous les degrés de cette bienveillance réciproque qui , sans distinction de rivage , de langue ou de couleur, nous dit partout qu'un homme est un homme; si toujours nous appréciions l'étendue de ces mots: droit des gens, combien seraient plus rares ces convulsions sanglantes , ces agressions injustes , ces coalitions , ces invasions , ces guerres qui amènent à leur suite toutes les plaies qui affligent la terre! . Parmi les devoirs de la probité , n'oubtions pas ceaz qui concernent la patrie : ils ne sont que. trop souvent méconnus, et beaucoup d'hommes ne veulent pas ranger la loi civile parmi les préceptes de la conscience. Us se trompent: l'obéissance aux institutions du pays fait partie de la probité du régnicole ; il jouit des bénéâces d'une société , il doit en accepter les charges. Sans doute il a le droit de protester contre ce qui le blesse , contre ce qui lui semble injuste , mais il doit d'abord obéir et remplir les clauses du contrat. C'est donc un acte d'im* probité que de vouloir , par force ou par adresse , se soustraire à un impôt, à un service ; c'est un vol nonseulement fait à la masse, mais au voisin, car le centime que nous ne payons pas, il faut qu'il le paie ; la corvée dont nous nous dispensons, il faut qu'il la fiisse, et pour

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nous sauver d^iûe fatigue ou d*uiie de'prase , nous la faisons retomber sur uu plus pauvre, sur un plus mal-^ jbeareux.

C'est aussi un acte d'improbité que commettent ceq hoiûmes qui acceptent ou sollicitent des fonctions pour ne pas les remplir. Quoiqu'elles soient gratuites , elle» B'en sont pas moins , pour eux , une obligation d'autant plus sacrée qu'elle est volontaire ; et quand ils font mal ou ne font pas ce qu'un autre ferait bien , c'est un dommage qu'ils causent au pays, un tort peut>«> être irréparable. De tels administrateurs sont souvent plus nuisibles que le fripon même : ce fripon cesse de prendre quand il s'est gorgé , et le désordre s'arrête ; tandis que le mal causé par l'insouciance est sans terme» sans répit. La négligence de l'homme public n'est donc point compatible avec l'honnêteté.

Si l'on en a vu qui furent sans zèle, sans délicatesse^

il faut convenir cependant qu'en France on compterait

bien plus d'exemples contraires; on en trouverait même

où la probité a été portée jusqu'au scrupule. On cite

nu avocat qui , par une erreur involontaire , ayant

contribué à la ruine d'un de ses cliens, se crut obligé

de lui abandonner tout ce qu'il possédait. Ceci était san3

doute d'une belle ame, d'un cœur pur ; mais rapplicatioQ

absolue de ce principe que l'on e^t responsable, de tous

les préjudices que l'on peut causer sans . le vpuloir ^

rendrait toute défense, tout conseil, toute assistance im-*

possibles. Je dis plus : une probité que l'on mesurerait

sur ses résultats et non sur l'intention , n'en serait pai^

une, car elle nous égarerait continuellement et deviendrait

plus nuisible à l'ensemble que l'improbité même. L'bon-^

nêteté doit reposer sur ce précepte: fais ce que dois,

advienne que pourra,

La probité n'e^t pas une vertu passive, elle «st actîoA.

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Jamais elle ne peut être faiblesse. Si e)le va jasqa^à' rabandon d'un droit commun, si elle est une concession à l'injustice , elle cesse d'être utile et devient un mal pour la masse, puisqu'elle est de fait un encouragement à l'indélicatesse qui spécule sur cette honnêteté négative et qui en profite contre l'intérêt de tous.

Quoique la probité ne soit qu'une et que le principe dont elle émane soit uniforme , il est pen d'états , peu de situations dans la vie qui ne puissent avoir des obligations spéciales et une honnêteté qui leur soient propres. En indiquer toutes les nuances nous conduirait trop loin, nous n'en ébaucherons ici que quelques traits. La probité du magistrat, de Fadministrateur, consiste non - seulement à être juste et soumis à la loi , mais encore à y soumettre ses administrés par ses conseils ,* son exemple et sa fermeté : homme de bien, il doit faire que les autres le soient.

La probité du chef de famille se compose à peu près des mêmes qualités. Administrateur , il est un père ; père, il doit être administrateur: c'est de sa conduite que dépendra celle de ses encans. Le père conscien^ deux a ordinairement un fils qui lui ressemble, car si le mal se gagne aisément, on peut dire la même chose du bien.

Le devoir spécial du commis, de l'employé, son honneur à lui, est d'être exact et assidu, de ne point perdre t)u mal employer ce temps qu'il a vendu, de faire pour le publie ce qu'il ferait pour lui-même, et surtout de s'instruire , car le manque d'instruction , quand il est volontaire, quand il peut compromettre les intérêts d'un tiers, est une improbité véritable.

' Il est une vertu qui , pluà que toutes les antres ; a une influence directe sur le bonheur de la société , •rerta surtout nécessaire sur le sol de la liberté: c^est

la probitë de rbomme de lettres. Un mauvais livre n*est pas seulement un mal présent , c'est une peste qui frappe sur ravenir et qui , des siècles après Tauteuiv, corrompra encore les générations futures. Oui , un homme qui écrit contre la morale, contre la vérité, est le moins probe des hommes ; il en est le plus coiir pable. Pourquoi encourageons-nous son crime en lisant son œuvre, en le payant? 11 y aurait bien plus d'écrivains honnêtes, s'il n'y avait pas tant de lecteurs qui ne le sont pas.

La probité des femmes a d'autres devoirs que celle des hommes. Cette probité , toute intérieure , toute de sentiment, devient, quand elle est comprise par l'épouse et la mère , la sauvegarde de la famille ; elle fait le bien de tout ce qui Fentoure ; elle est la paix du ménage et le bonheur de l'époux.

Elle se montre d'abord dans une franchise entière, dans l'absence de cette dissimulation , résultat peut-être de l'éducation que nous ^>nnons à nos tilles : impression première qui dirige ensuite les actions de la femme. Dissimuler est toujours un faux calcul, une erreur funeste. Qae réponse oublie donc les leçons données à la pensionnaire et les subtilités d'une école imprudente; qu'dle redevienne ce que le Créateur l'a faite, bonne et simple. Qu'attentive et soigneuse, elle ne sépare jamais ses in-^ térêts de ceux de son mari, de ses enfans , qu'elle les défende partout.

C'est cet esprit de famille , ce sentiment d'ordre et de conduite qu'il faut inspirer aux jehnes filles , à la pins riche comme à la plus pauvre. C'est surtout à eu. faire d'honnêtes femmes que les institutrices doivent s'attacher^ Avec cette qualité, elles seront partout dignes de plaire , si ce n'est par kurs charmes , au moins par leurs bienfiiits, car la probité d'une mère est

4e plas sûr garant de la force morale et physique dé ses enfans. La mère probe ne les abandonne pas à l'étrangère; elle les nourrit, les soigne, les surveille. Ainsi entourés , le malheur les respecte , les accidens les atteignent moins , leur santé se fortifie , et leur cœur reste pur et ferme : ils deviennent des hommes.

Jusqu'ici nous n'avons considéré la probité que sous un point de vue purement matériel et même local, c'est- •à-dire dans ses rapports avec nos mœurs, nos habitudes, nos lois ; nous y avons vu moins une propension de l'ame ou une disposition innée, qu'une règle imposée, qu'une condition nécessaire de Tétat social, sujétion in-* dispensable pour obtenir la vie légale.

Cette probité, que nous pourrions nommer secondaire ou politique , n'est réellement qu'un moyen , car sans être dans la volonté , elle peut être constamment dans les œuvres. C'est une probité qu'on n'a peut-être pas , mais qu'on se fait, parce qu'elle est la base d'une po^ sition , l'outil d'une profession. Elle ne prouve pas la délicatesse du cœur, mais elle indique le bon raisonne-^ ment de la tête. Tel individu n'a jamais fait tort à qui que ce soit, parce qu'il habite un quartier où ce tort à autrui pourrait lui en causer un plus grand à lui-même. Il ne vole pas, pour n'être point puni et encore pour n'être point déshonoré, ou bien pour ne pas perdre soa crédit; enfin il est honnête par peur, par intérêt, par ambition. Au fond , il n'est que spéculateur ; sa vert^i n'est qu'une r^Ie de proportion qui a des résultats vrais parce que les chiffres le sont toujours; mais la proportion peut changer avec les nombres: la valeur d'un chiffre, du zéro même, est dans sa position. Cette probité de calcul pourrait donc être aussi de convention. Ainsi , la vertu devenant variable, 1,'aQte malhonnête dans un pays DQ le serait pas dans l'autre» ^ l'homme probe du jouf

ne serait pas celui du lendemain. Certes , on pourrait argumenter longuement sur ce système et présenter à l'appui , des faits , des préceptes , des lois et même des codes entiers. Mais, avec une apparence de raison, il n'y aurait là que sophismes. La probité, la vraie probité, celle de Dieu, ceUe de la nature, est la même partout, parce qu'elle a apparu avec cette nature et qu^elle en fait partie. Le sentiment du juste et de l'injuste, perfectionné par l'éducation , n'en est pas la création ; il ne dérive pas des lois humaines, il vient de Tame, il touche à l'être, il naît avec lui. La preuve , c'est que le plus petit enfant, avec son premier besoin qui amène sa première pensée , aura la conscience d'une injustice ; s'il tient quelque chose à la main, ôtez-le lui de force, il se dépite, il s'indigne, et non-seulement il s'afflige, il pleure, il crie . mais tout en lui exprime la colère. D'où vientelle ? C'est que cet enfant regardait comme à lui ce qu'il tenait ; sa volonté l'avait choisi, sa main Tembrassait ou seulement le touchait; là était son droit, premier droit de la terre ; c'était sa conquête devenue son bien , sa propriété.

Or , s'il a ressenti cette impression , et il la ressent , n'en doutons pas , il est bien près de la reporter sur autrui et de savoir qu'en faisant subir à un autre la -violence qui vient d'être exercée sur lui , il est injuste envers cet antre.

Que cet enfant convoite la dépouille de son camarade, qu'il lui ravisse son jouet, il ne le fera pas de la même manière que s'il le ramassait à terre. Voyez ses yewt dans l'une et l'autre situations, l'expression n'est point semblable. Ce n'est donc point la même intention qui le dirige, et avant qu'on lui ait défendu de dérober, il sait qu'il ne doit pas le faire* J'irai plus loin, la brute même a aperçu la propriété.

Dans l'état sauvage comme dans Tétat domestique, ranimai défend sa proie, sa touffe d'herbe, sa place, son nid! Quand il veut s'emparer de ce qui est au voisin ^ il prend ses précautions pour n'être point surpris : it attend qu'il dorme ou ^u'il s'éloigne , enfin il ruse , il dissimule , parce qu'il a des motifs pour en agir ainsi et qu'il les connaît. Or, dès qu'un être a entrevu le droit d'autrui, il a le sentiment de la justice, par conséquent il est , jusqu'à certain point , susceptible d'y manquer sciemment.

Nous en voyons jouraellement des exemples: le chien est un animal essentiellement probe , puisqu'il mourra de faim plutôt que de toucher au repas qu'on a confié à sa garde. Sans doute le contact des hommes a per*fectionné cette délicatesse ou cet instinct comme nous l'appelons, mais Téducatiou ne fait pas naître TaffectioD dont le germe n'existe pas. Si le chien n'eut pas été susceptible d'honnêteté, si elle n'ent pas été en lui, quel moyen, quelle instniction aurait pu l'y mettre?

On dira que c'est la crainte. — Non , car il est des animaux qui agissent ainsi dans un isolement complet. — Mais c'est le souvenir du châtiment. — Pas davantage ; on en a vu, gardiens fidèles peu de jours après leur naissance , et sans jamais avoir été maltraités ni même menacés,

La probité peut donc n'être pas une qnalité acquise; elle est innée et elle est commune à presque tous les êtres. Ensuite , elle croît ou décroît d'après les cireon^ stances et présente mille variétés, mille incidens, résultats de la volonté ou de la faiblesse , de l'exemple ou des passions qui peuvent , jusqu'à certain point , fasciner cette probité , l'étourdir , l'endormir mêoie , mais non l'étouffer. Tant que la raison a'est pas détruite, la pro^ Jiité yit en nous, elle y est qpekiue part.

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Qo'est-ce donc que la probilé? — C'est le seotiment delà réciprocité, et dès-lors le principe de la sociabilité; et ceci dans la nature comme dans la civilisation. Sans réciprocité, l'être, quel qu'il soit, homme, ange ou brute, ne pourrait pas vivre en société, parce que s'il ne comp* tait pas autrui, lui-même n'en serait pas compté; parce qae la considération qu'on obtient n'est que la suite de celle qu'on donne ou qu'on promet ; parce que sans échange il n'y a point de famille , et que si la force remplaçait le ' droit , il ne resterait plus sur la terre qu'an seul individu, c'est-à-dire le plus fort ou le plus habile. Mais réduit à cette solitude , sa forée ou son adresse n'assurerait point sa conservation , aucune créature, dans l'univers, ne pouvant vivre seule.

Admettons qu'elle le puisse : un homme isolé auraitil le moyen d'être probe? Non, dans l'acception absolue du mot , car la probité est un acte de propriété ; et si la propriété existe par le seul fait de l'existence d'un possesseur, la probité ne peut cependant, dans cet isolement de l'avoir , trouver son application : ce propriétaire unique ne saurait voler personne, et cela par la raison qu'on ne peut rien prendre à qui n'a rien. Pour que la probité se manifeste , il faut donc la copropriété , c'est-à'-dire un partage entre deux êtres au moins.

On dira que la probité peut s'exercer intérieurement^ dans l'ame mêiae et paf intuition. — Peut-être , mais c'est toujours dans la supposition qu'il y a un autre être qui possède ou qui peut posséder.

la probité, s^eutiment inné, est donc une qualité réciproque, solidaire > et qu'on ne peqt déployer dans r^oSsme et la solitude.

Si elle suppose toujovs la réunion de plusieurs êtres, elle cgmp^rle «itssi des êtres d'une nature à peu près

semblable et dont les besoins et les passions sont de même essence. Entre deux individus chez qui les plaisirs, les douleurs , les dësirs et la volonté seraient absolument distincts, entre lesquels enfin il n'y aurait rien de commun ou nul rapprochement possible , il ne pourrait y avoir ni bienfait ni grief: car ce n'est pas assez que deux créatures existent pour qu'elles puissent se mettre en rapport , il faut encore qu'il y ait en elles un organe sympathique et entr'elles au moins une sensation sur laquelle l'une ou l'autre ait prise.

De ce qui précède, on peut d'abord induire ceci : l'improbité exprime toujours un tort fait ou à faire.

Pour faire ce tort , il £aiut que la volonté prenne quelque chose qu'elle ne doit pas prendre.

11 faut, en outre, que cet objet soit à quelqu'un et encore que celui qui le prend le sache; car, si l'objet n'est a personne ou qu'il le croie ainsi, il ne commet pas réellement un acte de mauvaise foi.

Mais sans dérober matériellement, sans empiéter sur la propriété, on peut cependant commettre un acte d'improbité, en nuisant à autrui dans son individualité, en blessant son corps ou son ame , en lui causant une douleur physique ou morale. Pour cela , il faut avoir une influence sur cet être , savoir en quoi on l'a , et en le sachant, pouvoir combiner le moyen d'en feire usage.

Telle est la suite de calculs ou de sensations réfléchies qu'amène la conscience de la propriété. Or, l'impossibilité de ce sentiment d'où dérive directement la probitë mère de la justice, son impossibilité, dis-je, quand il n'éxisiait qu'un être propriétaire, exf^ique la loi imposée aa premier possesseur. La défense de Dieu à Adam, défense qui fait la base et le principe de toutes les lois et de toutes tes religions et qu'on troutne sous des symboles

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