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Nos pères avaknt-ils tout-à-fait tort, et n'ëtait-ce point par un reste d'instinct ou de souvenir traditionnel qu'ils se méfiaient tant de ces astres capricieux et sournois?
J'ai toujours pensé que les comètes avaient joué plus d'un tour à la terre et qu'elles étaient pour quelque chose dans les divers cataclismes ignés ou aqueux dont elle porte les traces. La crainte de nos pères n'était donc que de la prévoyance.
Nous ferions bien de les imiter en ceci et de nous tenir un peu mieux en garde contre les révolutions, notamment contre celles de la terre qui , depuis quelques saisons, sont devenues fort malignes et pernicieuses.
Presque tous les malheurs des hommes viennent du défaut de prévoyance, et les hommes ne l'ignorent pas. Aussi , ceux qui en ont eu ont-ils joui , à certaines époques , d'une grande estime : on les a nommés prophètes et on les a mis au ciel. 11 est vrai qu'en d'autres temps on les a qualifiés de sorciers et brûlés «comme tels.
Voyez : Oracles, prédictions.
PRIERES. Les prières sont utiles , mais non pas toutes, car il y a prières et prières. Ce roi très-chrétien qui fait bénir ses armes pour qu'elles tuent le plus d'hommes possible , mérite bien de n'être pas exaucé. Je ne m'explique pas trop sur quelle base rationnelle ni même sur quel motif plausible est fondée la croyance, presque gé^iérale, que les longues prières sont les plus agréables à la Divinité: selon moi, ce doit être les plus ferventes, les plus justes, les plus opportunes. Certainement, cet homme qui, dans un danger coouQun, se mettrait à genoux au lieu d'aider ses frères , ou cet ouvrier qui, du matin au soir en oraison, laisserait sa famille mourir de faim , ne ferait pas chose fort méri-
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toire. Âossi, un matelot disait dans une tempête : « Mon Dieu! je ne t'ai jamais importune, sauve -moi, et je promets de ne jamais plus te prier de ma vie. » Sans doute ce matelot savait que le temps qu'emploient certains individus à prier Dieu, est souvent pris sur celui qu'ils devraient employer à le servir.
Les Kalmoucks ont trouvé le moyen de simplifier la prière: ils ont un cylindre sur lequel est écrit l'oraison ou le psaume, et sans autrement s'en occuper, ils tournent la manivelle et ne doutent pas de son effet sur la Divinité !
Je ne vois pas, grande différence entre la façon des Kalmoucks et celle de nos diseurs de patenôtres, quand ils font filer entre leurs doigts les grains du chapelet sans songer à ce qu'ils font. Aussi n'est-ce pas ceux qui prient que nous blâmons, mais ceux qui en font le semblant. ^
La prière , la vraie prière est utile. En pensant à la Divinité, notre cœur s'élève, Répare, se perfectionne.
Dieu est le principe de toUt bien, la source de toute justice, de tonte gloire, de toute lumière. La pensée de Dieu peut seule donner à notre être Vélan, la vigueur, la force nécessaires pour éviter le mal et arriver an bien.
L'être en pensant à Dien appelle à lui une partie de la irvce, de Ka puissance de Dien. Aussi, celui qui n'y pense januus restera dans un état infime , car aucune idée grande, nuble, généreuse, ne peut surgir en nous sans que Dieu n'y soit mêlé.
L'idée de Dieu est celle qui fait l'homme raisôtinable et qui met une si grande distance entre lui et l'animal; dès -lors, un homme qui ne pourrait avoir l'idée de Vien n'aurait d'homme que l'apparence. Mais cet homme serait une monstruosité. On n'a jamais rencontré une peuplade assez dégradée ou assez arriérée pour qu'elle n'ait aucune connaissance d'une autre vie.
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Nous le répétons donc : la prière contribue à nous sauver du mal, c'est-à-dire à adoucir celui qui nous a atteints et à détourner celui qui nous menace. Pourquoi? C'est qu'elle nous rend la confiance et par cela même ioubie notre force. En nous rapprochant du ciel auquel elle s'adresse , elle nous donne en quelque sorte Dieu pour auxiliaire.
Ce qui prouverait seul son utilité, c'est qu'elle est dans le cœur de tous. On n'a besoin nulle part d'apprendre a l'homme à prier, et dans un danger il trouve toujours en lui un hymne vers le ciel. Aussi, il n'existe peutêtre pas un seul individu, arrivé à l'âge d'homme, qui n'ait jamais prié Dieu ou son bon ange, ou son patron, ou une divinité quelconque. Le voleur, le meurtrier, le scélérat lui-même prie, et tant qu'il prie il vaut mieux.
Chose étrange , c'est que l'athée oti celui qui prétend l'être se surprend ù prier. On ne détruit pas la nature ; la prière est en nous et en émane malgré nous.
Un des plus grands suptilices qu'on pourrait imposer à un coupable j à un homme qui souffre, serait de l'em* pêcher de prier; encore ne le pourrait-on pas. En vain nous le lui défendrions, nous étoufferions sa voix, nous le bâillonnerions : il prierait toujours.
Que Dieu change le cours de la nature par suite d'une prière de Thomme, cela ne saurait être, car en accédant au vœu d'un seul, il pourrait nuire à tous les autres : or. Dieu est juste avant tout. Mais que Dieu donne à celui qui l'invoque avec foi et persévérance la puissance du bien et la force qui sauve du mal , ou physique ou moral , c'est ce doot je ne doute pas.
Prions donc Dieu, prions-le souvent,' mais souvenons^ nous que c'est l'intention et non la longueur de Foraison qui en fait le mérite.
Voyez: Conviction.
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•PROBITÉ*. La probité, comme Fentend notre civilisation, n'est souvent qu'un calcul , mais ce calcul est le plus juste qa'on puisse faire : c'est le meilleur de tons les placemens. Dès qa'un homme a le renom de prO'* bitë , il trouve partout crédit ; or , le crédit , comme chacun sait , est nne fortune. L'individu probe , connu pour tel, est, par cela seul, capitaliste; et quelque peu riche qu'il soit en réalité, il y a plus de sûreté à placer sur sa tête que sur celle du millionnaire sans conscience; Ainsi , la probité > envisagée seulement comme moyen dans les affaires, comme spéculation, doit, en assurant DOS intérêts , conserver ceux d'autrui ; elle est , pou? tons, une garantie et une source de prospérité.
Ce qui est devoir et profit pour les particuliers , ne l'est pas moins pour les gouvememens. Leur puissance, leur force sont fondées sur leur crédit qu'ils doivent autant à la fidélité à remplir leurs engagemens qu'à leur aisance effective. La France s'est enrielrio en payant se& dettes. La probité fait donc aussi la fortune publique, ef c'est sur elle que repose la stabilité des Etats. Que kd hommes du pouvoir, que les ehefe des peuples ne l'ou^ blient jamais ; que dans toutes les drconstances cette probité devienne leur règle de conduite , elle ne le» égarera pas et souvent même leur découvrira des res*4 sources où ils n'en espéraient plus, car elle est le trésor des rois comme des peuples. Sans elle ^' point de répu«< tation durable, point d'estime à attendre de la postérité; sans elle, il n'est pas de grand homme, et si la probité n'est pas la gloire, elle est la première condition poup i'aequérir«
* Cet articio a paru, en 1835 , dans les Mémo%te$ de la Société d'Emtilation.