‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 31 sur 110 · BÉA · texte numérisé non relu

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l'esprit national, missionnaires de maihenr, et que les plus grands ennemis de la République n'auraient pas autrement choisis pour la déconsidérer et la perdre.

Les réactionnaires sont aussi ces fonctionnaires improvisés, ces magistrats sans portée, ces préfets sans mesure, sans tenue, sans idées, arlequins politiques venus dans les départemens pour s'y faire huer, puis révoquer par ceux-là mêmes qui les y avaient nommés.

Les réactionnaires sont ceux qui ont dilapidé la fortune publique; ceux qui ont établi le népotisme; ceux qui ont exploité la Révolution à leur profit ou à celui de leur coterie; ceux qui, en nous effrayant de vains fontômes, ont dissimulé le vrai tyran, celui qui nous menace, qui nous étreint, celui qui dévorera i'Burope , si l'Europe n'y veille: la faiml

Les réactionnaires sont ceux qui ont ébranlé le crédit et préparé la banqueroute; ceux qui n'ont pas vu que la confiance est la condition première d'un gouvernement, sa base, sa sauvegarde, son présent, son avenir; ceux qui , oubliant que cette confiance repose d'abord sur ces deux principes: acquérir et comerver^ ont attaqué le droit de propriété.

Oui, les réactionnaires sont ceux qui nous ont crié: la propriété est à tous, et qui ont armé ainsi contre la République, tous les propriétaires. Ils sont la minorité, ont-ils dit,— ils sont la majorité, a répondu le bon sens; car s'il y a de fait cinq fois moins de riches que de pauvres, celui qui possède et qui veut garder ce qu'il a, appuyé sur soù bon droit, est dix fois plus fort que celui qui veut le lui prendre.

Aux propriétaires, il faut ajoutar tous ceux qui ont l'espoir et la volonté de le devenir, c'est-à-dire, les travailleurs.

, Maintenant, comptez. Que vous restera^^-il? Les intrigans, les paresseux, les voleurs.

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Les réactionnaires sont encore ces clnbistes étourdis qui, par leurs motions aveugles ou incendiaires, ont semé partout le doute, Tinquiétude et le trouble: taupes malfaisantes qui creusant sans cesse sous les roues du char de la République , Tout jetée dans l'ornière et y sont tombées avec elle.

Les réactionnaires sont ceux dont les actes démentant les paroles, vont criant partout qu'une cbose est bonne, €t qai jamais ne la font ; ceux qui prêchent l'union , et qui se déchirent; ceux qui demandent la communauté, et qai ne font pas même l'aumône ; ceux qui procla^ mni ïégcdité, et qui disent: mes laquais, mes gens, et qui les battent ; ceux qui ne parlent que de fraUmité, et qui sont en guerre avec tout le monde.

Us réactionnaires sont ceux qui, par des promesses irréalisables , des systèmes antipathiques à l'homme et à sa nature, des théories creuses ou infécondes, aggravent partout la misère en nous écartant du positif pour nous jeter à l'impossible.

Les réactionnaires sont ceux qui prennent la religion pour enseigpe et Dieu pour réclame; ceux qui ont IxvaQgile à la bouche et l'égdîsme au cœur; ceux qui, ^vinisant la matière, ont, par des doctrines folles on coupables, effrayé les hommes religieux de toutes les croyances et de toutes les églises; ceux qui, en échange de l'espérance, nous offrent pour présent un pain don^ ^x, et pour l'avenir le néant.

RÉALITÉ ET PROBABILITE. Les degrés de conaction que l'on peut apporter au témoignage de ses seos, c'est chose difficile à déterminer. La puissance des organes varie selon les individus.

D'an autre côté, la différence de la sensation et de la

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réflexion vient moins des sens que de Tapplication que chacun en fait.

C'est ainsi que cet homme, bien qu'ayant la vue faible, appréciera mieux la distance ou Peffet d'une perspective que cet autre aux regards perçans, et cela parce que le raisonnement , la comparaison et l'expérience suppléeront à la faiblesse de son organe, el qu'il arrivera par anâlt)gie, par calcui, à un résultat plus positif que celui qu'il eût obtenu par les yeux.

II est beaucoup de faits que l'ame entrevoit et n'embrasse pas, et ceci par l'insuffisance relative des sens qui, quelte que soit d'ailleurs leur puissance, ne sont pas encore arrivés à celle de Famé; mais cette ame embrasserait moins de choses encore si les sens avaient sur elle en plus ce qu'ils ont en moins, c*est> à-dire si la différence était en faveur des sens ou si c'était la puissance des organes qui excédât celle de l'ame.

Sans doute, si les yeux humains avaient une énergie mille fois plus grande qu'ils ne l'ont et que l'ame eût en elle une force proportionnée, elle pénétrerait une foule de mystères qui lui sont inconnus. Mais il est également certain que cette perfection d'organes lui serait à peu près inutile pour la pénétration de ces mystères, si son intelligence n'était pas à la même hauteur. Mettez la meilleure lunette , le plus puissant microscope devant un bœuf, il Ae verra rien, ou s'il voit il n'en tirera on n'en pourra tirer aucune conséquence.

La perception que Fou obtient d'une chose vient donc moins des sens que de l'application qu'on en fait, et de la réflexion et des conclusions qu'on en tire: réflexion et conclusions qui ne présentent pas la mesure des sens , mais bien celle de Famé ou de Tintelligence.

Des faits parfaitement clairs pour nous sont des mystères impénétrables pour les animaux. Le chien le plus

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intelligent ne définira pas plus ce lac dont il ne voit pas ]ei)ord, que nous ne définissons Fimmensité.

Bien ne pourra faire comprencbre à ce singe, bien qu'il aime à se chauffer, comment il pent entretenir le feu en y mettant du bois, ce que concevra le plus petit eufant quand on le hii aura dit une fois, et même avant qu'on ne le lui dise.

Il est une multitude d'autres actions qu'il &it ainsi spontanément , et que la brute ne fera jamais.

Ce qui ofiTre à cette brute une difficulté insurmontable n'a donc pas même besoin d'être enseigné à l'enfant: il le devine, il le fait sans l'apprendre. C'est, qu'outre les choses acquises par l'étudiB ou l'imUation , il en est dont Texpérience naît avec nous; elle fait partie de notre intelligence innée, de celle qui caractérise le degré où nous sommes.

On en peut concliire qu'après avoir franchi un degré eneore, naus apercevrons « par le seid effet de notre position, beaucoup de vérités dont nous n'avons pas même la première idée.

Noos ne vivons pas toAm mus cette forme humaine pour avoir, dans le cours ^ime seule existence, étudié tous les effets des élémens et compris tout le parti qu'on en peut tirer^ Au premier ab^rd, nous ne voyons qu'un point de Féâifice, nous n'en touchons qi^'un angle et souvent il nous faut une longue série d'existences pour l'embrasser tost entier. De là l'insuffisance de nos calculs présens et la fausseté de nos conclusions.

L'ignorance et l'erreur ne peuvent être étemelles; l'être apprend non-«se«iletnenC par ses propres efforts, mais aussi par le contact des autres créatures et par leur expérience. Si chaque individu était resté isolé, l'iiH telligence peut-être serait encore à ses premiers essais. la croissance de cette intelligence, bien qu'indtvidueHe ,

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