‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 80 sur 110 · TEM SS · texte numérisé non relu

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dans Texistence de ces parties ; et ceci par la raison que ce qai est, a été y non peut-étce ce qu'il est , mais certainement quelque chose.

Quant à l'action du temps sur les choses, c'est encore une erreur ; à moins qu'on n'entende par temps les saisons, les élémens. Alors, c'est l'effet d'une chose sur une autre chose, d'un corps sur un autre corps. Mais la dure'e, prise en elle-même, ne peut rien, parce qu'encore une fois , la durée n'est qu'une figure , qu'un mot , et que si vous isolez ce mot de l'action, il tombe à zéro. Or, une chose sur laquelle rien n'agit ni intérieurement ni extérieurement sera, dans mille siècles, ce qu'elle a été aujourd'hui , sans, que sa durée lui ait fait subir de changement ni qu'elle ait pu servir à constater quoi que ee soit.

Une colonne de fumée s'échappe d'une cheminée, elle monte lentement vers le cid: si vous calculez, par son mouvement , l'espace qu'elle parcourt , vous avez une idée de la durée. Ici , ce que vous appelez le temps » c'est la mesure ou le calcul de la distance. Que cette colonne de fumée devienne tout-à-conp immobile, qu'elle ne puisse ni monter ni descendre , qu'elle reste pour l'éternité dans la même situation, elle pcmrra vous servir encore à apprécier l'étendue; mais quant au temps ou la durée, elle ne le pourra pas. Pourquoi ? C'est que la dorée n'est pas , et que c'est le mouvement que nous prenons pour elle.

Je sais que, rétorquant l'argument, on peut dire: la dvrée est , et elle ne paraît cesser que lorsqu'une chose se modifie ou que son mouvemement s'arrête. Mais cette objection n'est qu'une démonstration de plus , puisque la conséquence est la même.

Que sont donc la naissance et la mort? Qu'est-ce aussi que cet intervalle qu'on appelle la vie?

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La naissance est le premier pas visible d'an moOTement qai recommence, mouvement qui ne fait pas la durée, mais qui la marque par les modifications de ce mouvement même.

Croire que cette naissance ou cette première phase d'un mouvement soit le principe de l'être, est une errenr. Ce mouvement aurait-il lien si son principe ou sa canse n'existait pas?

Quand il s'arrête ou quand nous cessons de le voir fonctionner , nous disons : « 1! n'y a plus d'être , la vie ou le principe du mouvement est anéanti, Tindividu est mort. »

Ceci est encore inexact. Le monvement n^est plas visible sans doute , peut-être même est-il suspendu , mais sa cause, mais son principe subsistent; et il ne s'agit plus que de la simultaoëitë de quelques ctreonslaiices pour qu'il réagisse, pour que la vie, qui jamais n*ft pa être qu'assoupie , reprenne son- mouv-tment r ^- qo» le temps recommence à marquer pour elle*

Nous avons expliqué ailleurs pourquoi cette vie n'était pas nn élément collectif et comment elle ne variait ni ne pouvait varier dans son individualité. Cette îndivi-* dualité, qui est la vie même, peut don<( sommeiller, peut donc varier indéfiniment dans sa puissance ,. c'est-à«>cKre affecter successivement toutes les formes et tovs les degrés de l'intelligence, mais elle ne peut pas plus cesser qu'dle n'a commencé.

Ce qui commence en elle, comme* oe qiû oesse, c'est chacune de ces formes^ de ces positions, de ces mod^ cations.

Bemarquez que c'est précisément cette diversité de situation, leur changement, leur inégalité et leur contraste, qui font la vie, l'âge, la durée. Admettez que l'ame reste invariablement dans la même position , l'ame n'est {dm

qu'on principe inerte; eUe a ta facidté de rivre, mais en réalité elle ne vit pas.

Que cette position ne Tarie qae d'an à deux conime le balancier d'une pendule, si Tame n'est plus eomplèt&ment inerte , cette vie toute mécanicpie diffère peu de celte inertie.

Etendez à cent, à mille ces variations possibles on ces changemens de mouvement, la vie encore se trouve ré* duite à peu de chose.

Il faut, pour que la vie soit dans toute sa plénitude, que l'ame puisse ébemellement et indéfiniment changer de région, de globe, d'élément, de forme, de sens, de pensées, de tout enûn, sauf d'individualité.

C'est le plus ou moins de pensées possibles dans chacune de ces situations , qui fait ainsi chacune des formes représentait l'état progressif ou décroissant de l'individu.

Dèfr-lors , c'est le plus, ou jmias d'abondance et de développement de ces pensées qui établit la différence des animaux aux hommes , et de eeuxHsi aux êtres sufâieurs, aux eréaturies extrà-terrestres.

Dans ce mouvement éternel, en présence de toutes ces transformations qui ont l'éternité et l'espace pour carrière et qui Jamais ne cesseront, parce que dès Finstant qae la âtcnlté du mouvement serait détruite l'ame ne serait plus, que sent les jours, les mois, les années, les siècles, les millions de siècles? Chaque dernier instant B'est-il pas, pour l'individu, comme le premier? La difléreKe de chacun de ces instans peat^elle être autre que celle qu'il y met, c'est-à-dire cetie des actions qu'il commet on des sensations qu'il éprouve? Si son corps panât se briser, si la dissolution l'atteint, c'est que ce corps est fait d'élémens divers et qu'aucune union d'élémens n'est éternelle, parœ qu'ici encore l'éternité serait

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rimmobilité pour la matière , et la mort ou le sommeil pour Tesprit.

Sans doute il est des parties de l'espace où rimmobilité des élémens existe; mais si l'ame y est, elle y sommeille , et ce sommeil ne cesse que lorsque Tinortie de la matière cesse.

Dans ces régions où tout est immobile, il n'y a pas de temps ou de durée, puisqu'on ne peut rien mesurer. N'est-ce pas sur la mobilité des astres , sur le calcul de leur mouvement , que nous mesurons le temps? Or , supposez que tout-à-coup les astres deviennent fixes, que la terre soit immobile, que les vents se taisent, que la mer n'ait plus de reflux ni les rivières de cours, bref, que sur la terre comme dans le ciel rien ne bouge , la vie nécessairement s'arrêterait aussi. Mais ne s'arrêtât* elle pas, quel moyen resterait-il d'au marquer la mesure ou ce que vous appelez le temps?

Entouré de cette imomabilité , de cette impossibilité de déplacer ou modifier la moliidre partie des .élémens, quelle action resterai! praticable à fétre? Et sans pos^ sibilité d'action, où serait celle de la pensée? A quoi en pourrait servir la faculté?

La vie, ou si vous aimez mieux, l'action de Famé, est donc non-seulement dans la faciidté du mouvement et la possibilité de communiquer ce mouvemeot aux corps inertes, mais aussi dans cette marcbe incessante que le grand organisateur des choses. Dieu, a imprimée à la matière.

Cette intervention directe de la Divinité était ici indispensable, car si les causes générales étaient soumises aux caprices des créatures , si les lois organiques de l'univers n'étaient pas dans la main d'un seul , il en résulterait la confusion., le chaos ^ et dès^lors encore l'impossibilité de l'œuvre, car aucun calcul, aucun plan n'est exécutable là où il n'y a rien de fixe ou d'arrêté;

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