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mais elle est pire que Tune et Fautre, parce qu'elle est un état habituel et presque toujours incurable; tandis qu'un poltron peut avoir ses jours de courage , et que la timidité se guérit avec l'âge et Tbabitude.
Incapable de mal , plus incapable de bien , toujours disposé à laisser faire l'un et à décourager l'autre , l'homme faible est quelquefois plus à craindre pour ses amis que pour ses ennemis. Avec lui, on ne sait jamais sur quoi compter. Un homme est-il méchant, vous vous garez de sa méchanceté ; s'il veut mordre, vous lui parlez à distance; s'il rue, vous ne l'abordez qu'en face; enGn, pris du bon côté ou de celui par lequel il ne saurait nuire , vous en tirez toujours quelque chose : il peut donc être utile.
L'homme faible ne saurait jamais l'être; il vous fond dans la main , et si vous vous appuyez sur lui , vous vous cassez le nez par terre, pour avoir cru qu'il avait des jambes.
De même que l'homme timide , Thomme faible peut n'être pas un peureux, il sera même très-brave. On n'en obtiendra rien par la force et la menace , peut-être pas davantage par le raisonnement, car La iaiiblesse et l'entêtement marchent fort bien ensemble. Cet homme sera faible seulement devant lui-même, il ne cédera à personne autre qu'à lui , mais y cédant toujours , et ainsi ballotté entre tous ses caprices, il n'offre de garantie ni à lui-même ni aux autres.
Le contraire se voit; et tel individu s'abandonnera à toutes les impulsions étrangères , à tops les conseils » à tous les exemples, il ne r^istera qu'à ses propres inspirations, à son bon sens, à sa conscience.
L'homme ainsi fait, toujours au premder occupant, devient rinstrument de tout ce qui i'appr/oche. Il en reçoit toutes les impressions et n'en garde que les mauvaises ;
et cet homme est incorrigible , car tout raisonnement échoue contre celui qui, en reconnaissant ce raisonnement juste, va faire précisément le Contraire.
Gardez-vous donc des hommes de cette trempe, et gardez-vous plus encore de le devenir vous-même, surtout si voas êtes gouvernant : la faiblesse est la ruine des Etats comme celk des ménages.
L'indécision n'est tii la faiblesse ni la timidité; elle ne naît pas de l'absence des moyens , elle vient plutôt de leur abondance et de la richesse de l'imagination. Celui qui ne distingue qu'une voie ne peut en prendre d^autre, mais celui devant qui s'ouvrent vingt sentiers , ne sait lequel choisir. Voilà pourquoi un sot hésite rarement, et une brute , jamais. Néanmoins , Tindécisiou est un défaut qui arrête presque toujours la fortune de celui qui l'a, et qui n'est pas moins nuisible à la prospérité publique $M1 est à la tête des affaires.
Tous les malheurs de Louis XVI ne qaquirent que de son indécision. Tous les succès de Napoléon vinrent de la faculté contraire ou de la résolution qu'il portait au plus haut degré.
Pendant la moitié de sa carrière politique, fl vit juste et n'hésita pas; aussi arriva-t-iï au pinacle.
Pendant Tautre moitié, il n'hésita pas davantage, mais il ne voyait plus juste et ne croyait qu'à lui-même.
La même qualité l'éleva et le renversa.
TITRES {Octobre 1848). Nous avons soutenu les castes; il ne nous manquerait plus que de défendre les titres pour être à tout jamais qualifié de perruque , d'éteignoir , de réactionnaire ou d'anti-répubhcain.
 nos risques et périls, c'est pourtant ce que nous allons faire. Vous verrez bien après si nous avons tort.
Nous avons dit que le bat de tout gouTernement rationnel devait être le progrès. Maintenant, nous ajoutons : pour aider au progrès, tous les moyens sont bons, quand ils ne blessent ni le bon sens , ni la morale , m le dEX)it d'autrui. Dans ces conditions, je ne dédaigne pas même les hochets , et je les préfère volontiers à autre chose , quand on peut se les procurer à mieilleur compte.
Je me serais donc bien gardé dô supprimer les tittes, et vous avez eu, selon moi, grand tort de le faire.
l>*abord, parce que vous n^en aviez pas le droit. Qu'on Tait reçu de FEtat pour récompense oa de son père pour héritage , un titre est uoe propriété qu'il n'est pas plus licite d'enlever à son possesseur l^al que de lui prendre son champ^ sa maison ou sa bourse.
C'est une distinction, direz-vous. — Distinction si vous voulez; trouvez-moi autre chose dans vos Etats monarchiques ou républicains. Les qualifications de président , de général , de colonel , de capitaine , de directeur , de chef, de sous^^hef, de monsieur, de citoyen, etc., ne sont^elle^ pas aussi des distioctions , conséquemmeiit des titres? Supprimez-les donc.
D'ailleurs, est-<e en défendanit de les porter qu'on les supprime? C'est le contraire. Le lendemain de votre ordonnance , il y en avait plus que la veille. Pour raviver le goût d'une chose en France, il suffit de la prohiber.
Si vous voulez absoluioent détruire les titres, je connais un moyen bien meilleur : c'e$t d'en faire, comme on a fait des croix en 1830 et en 1848 , une récompense poMtique ou un souvenir de la gi]|erre des rues; bref, c'est de créer ducs tous vos décorés.
' Mais encore une fois, il ne faut pas détruire les titres; il faut , au contraire , en entretenir soigneusement la mode , comme vons eatretenez celle des draps fins et des soieries de Lyon* Alors , vous en ferez autant de
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lettres de change à tirer sur la vanité» au profit de qui de droit.
Ce n'est pas le seul profit que j'y vois : vous y trouverez encore un mode économique de payer des services rendus ; et au lieu de les acquitter en reutes ou en argent dont .vous n'avez pas trop , vous en serez quittes pour un morceau de parchemin enjolivé de vos signatures et d'un beau cachet de cire rouge ou verte , au goût du consommatev.
C'est donc, je le répète, à mon grand regret que ces amorces diamantées, que ces miroirs à alouettes ont été rejetés de votre écrin politique ; ce sont des valeurs réelles que vous avez gâchées, une excefiente monnaie que vous avez retirée de la circulation , et dès-lors un nouvelle brèche que vous avez faite à nos finances.
Mais les finances valent- elles un principe! L'égalité avant tout: il ne doit y avoir, en France, que des citoyens purs et simples. Les légionnaires eux-mêmes ne sont pins chevaliers , ils sont membres. Mais les grands officiers, mats les grand' croix et les grands aigles, que seront-ils? Les appellerez- vous grands membres? Non. Il faudra bien pourtant qu'on les distingue des petits.
En vérité , je crois que mot pour mot , jonjou pour joujoii, les anciens valaient mieux. D'ailleurs, ils étaient tout faits : vous y auriez du moins gagné la façon.
Rendez -nous donc nos marquis , nos comtes et nos ducs; ne laissez pas même de côté les vicomtes et les barons. Seulement, soignez le tarif, afin qu'on n'en fasse pas litière. N'en vendez pas trop à la fois. Sachez parer la marchandise. Ce sera un bon revenu, vous dis-je, une sorte d'impôt progressif qui vaudra l'autre, un vrai milliard tiré sur les riches. Dites, maintenant ^ que je ne suis pas communiste.
Si vous ne voulez pas de ce commerce, si votre con- IV 16.
science répugne à ce débit de riens^ ch! bien, laissez4es à qui en veut prendre. Quand tout le monde en aura pris, personne n^en voudra plus. Donnez-nous, du moins, la liberté des mots quand ils ne blessent ni la décence , ni la morale , ni le droit d'autrui ; quand ils rentrent enfin dans ces non-valeurs qui forment le domaine public. Ces titres confèrent-ils quelque privilège, quelque exemption d'impôts, de réquisition ou de garde? Assurément non. Dès-lors, il ne doit pas être plus défendu d'appeler son iils marquis , que de nommer son chien milorcL
Gens de Lacédémone, je ne puis trop vous le redire, faites chiez vous la part des enfans , car ils y sont en majorité. Si vous ne la leur faites pas, ils se la feront eux-mêmes. A quoi vous servirait d'ôter les titres de nos lois, s'ils restent dans nos mœurs? Un peu plus tôt, un peu plus tard , ces mœurs les remettront dans les lois.
Voyez toutes les Républiques qui nous ont précédés : Rome, Gênes, Venise; voyez la Suisse; n'ont-eJles pas leurs oripeaux et leurs pompons de toutes couleurs?
Les Américains n'en ont pas , direz-vous. — Attendez, ils y viennent. S'ils sont encore à l'aristocratie des dollars et si les quartiers de noblesse s'y comptent, comme en Hollande, par les tonnes d'or, cela ne durera pas, soyezen sûrs. Les dollars se transformeront en panaches. Les femmes ont commencé, les hommes suivront.
La nature humaine est partout la même. Souffrons ce que nous ne pouvons empêcher. D(Mioons quelque chose à la gloriole : c'est la reine du monde.
A tout prendre, elle vaut mieux que la gloire. Celle-ci se nourrit de sang ; celle-là se contente de fumée. Qu'on lui en serve.