‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 90 sur 110 · UNI · texte numérisé non relu

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— A ceci je ne puis répondre. — A-t-elle un nom? Estil vulgaire, est-il illustre?— Il est illustre, mais c'est tout : elle est pauvre.

UNIFORME. Savez-vous pourquoi Tuniforroe change si souvent dans notre armée? C'est que chaque changement exige la réforme de tout ce qui est neuf on vieux; et soit que le vieux se vende comme neuf ou le neuf comme vieux , soit qu'on ne vende ni le vieux ni le neuf, il est à croire que les fournisseurs n*y perdent pas, ni les commis non plus.

Quant aux contribuables, c'est différent; mais c'est leur état. Aussi, il y en aurait long à compter tous les millions et milliards qu'ils ont, les dignes gens, payés depuis quarante ans pour, faire des pompons rouges avec des pompons blancs ou des bleus avec des verts, des vestes avec des habits, des tuniques avec des capotes, des capotes avec des manteaux, des casquettes avec des bonnets, des képys avec des schakos , malheureux schakos qui ne cessent d'être coniques que pour devenir cubiques et cubiques pour redevenir cylindriques. Puis, s'il s'agit des armes, pour rendre longs les sabres coorts ou courts les sabres longs, recourbés ceux qui sont droits, droits ceux qui sonJ; recourbés, larges ceux qui sont étroits, étroits ceux qui sont larges.

Et les fourreaux! et les poignées!! Coriense en serait l'histoire. Oui , ces poignées seules exigeraient an gros volume pour le simple exposé des modiications qu'elles ont subies; et avec ce qu'elles ont coûté, on achèterait un royaume en Italie ou dix principautés en Allemagne.

Depuis le temps qu'on dierche le meilleur équipement et le plus bel uniforme» comment se feii-il, qu'on ne les ait pas encore: trouvés , et que ceux qui paraissent an-

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jourd'hui ëlëgans et commodes sembleront demain lourds et génaus? C'est ce qui serait assez difficile à résoudre, car il eu a toujours été ainsi depuis la guerre de Troie. On se querella alors pour la meilleure forme de boucliers, comme aujourd'hui sur celle de la cuirasse et les boucles de ceinturons.

L'uniforme est-il un bien ou est-il un mal? C'est une question, et pour arriver à une solution, nous demanderons d'abord: pourquoi a-ton un uniforme? — Parce qu'on est soldat. — Et pourquoi est-on soldat? — Pour tuer ou pour être tué. Or, est-il nécessaire d'être paré pour tuer un homme ou pour être tué? Est-ce que Téquarisseur, est-ce que le boucher met son habit de fêtes pour aller travailler à l'abattoir? Est-ce qu'il pare ses vaches et ses veaux? Est-ce qu'il caparaçonne ses chevaux morveux ou frise les soies de ses porcs?

Mais l'uniforme est si beau, dira-t-on; cela va si bien à un homme. — Sans contredit; mais pourquoi vouloir paraître beau à son ennemi? Ce devrait être le contraire; et les Indieus sauvages calculent mieux que nous lorsque, pour épouvanter leurs adversaires, ils se défigurent avant de marcher au combat et se rendent le plus laid possible.

Nous voulons plaire aux gens que nous allons tuer; c'est en grande tenue que nous nous mettons en route pour les écorcber, les piller^ brûler leurs maisons, boire leur vin et violer leurs femmes. En vérité, nous ne ferions pas mieux s'ils nous eussent invités à la noce; oui, nous allons là comme à la fête. C'est par trop drôle.

Il faut bien en convenir, sous le rapport de la guerre, les sauvages agissent à la fois plus bravement et plus logiquement que nous. Plus bravement, puisqu'ils se battent corps à corps et que chacun est là pour son compte. Plus logiquement , puisque quand ils ont pris un ennemi , ils le mangent ; tandis que nous le jetons

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aux vers oa le laâssons pourrir entre qaatre murailles , inutile à lui et aux autres. Véritablement, ce n'était pas la peine ni de le prendre ni de le toer.

Mais nous sortons de la question : il s'agit de Puniforme et non de ceux qui le portent.

L'uniforme complet n'est pas chose très-ancienne en France, et sous Louis XIV, il ne consistait encore que dans l'armement et dans quelques marques particulières de l'équipement. Quant aux pièces du costume, la coupe et la couleur en variaient selon le goût et la bourse du porteur.

La plupart des officiers généraux et des colonels n'avaient même rien qui les distinguât des bourgeois; ils commandaient en habits de cour, en manchettes et en jabots. Les plus sévères sur la tenue, mettaient leurs épaulettes sur leur habit de soie et leur casque sur leurs ailes de pigeon.

En commandaient-ils moins bien? Non, car nous avons gagné des batailles avant que l'uniforme fut inventé : tous les bons officiers français ne datent pas de l'époque de la grande tenue et de la selle à tous chevaux.

Chose assez étrange! c'est que sous ce même règne de Louis XIV, la perruque semble être un des signes caractéristiques du cçmmandement. Voyez les tableaux et gravures de l'époque: tous les officiers supérieurs sont en perruque. Aussi avaient-ils leur perruque de ville et leur perruque de campagne; et Ton vit un corps d'armée suspendre sa marehe à Tennemi pour attendre la perruque du général qu'on achevait de friser.

Après la perruque, la queute est devenue une des parties les plus indispensables de l'unifonne, et nul soldat n'aurait pu combattre s'il n'eut eu sa queue feite. Aussi le perruquier du régiment en ^ait4l l'homofie le plus essentiel , et s'il n^était pas luHiQêide ufi héros , c^était kii q<|i les

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Nos voisins n'araient pas moins que nous senti Timportance de la qaeue et de ses accessoires, pour les jeux de Mars et de Bellone ; et bien que Jamais ces divinités n*ai«nt été représentées en queue , en poudre ou en ponmade , et qn'il est certain qne ni le vaillant Ajax , ni le fier Achille , ni le saperbe Agamemnon , ni même le bien coiffé Ménélas n'en portaient, il était généralement reconnu que si la coiffure n'était l'homme, eHe en était une bonne partie.

Le grand Frédéric n'était pas moins grand par sa coi^ fore que par le reste. Sa queue était phénoménale; aussi, depuis cette époque, la queue à la prussienne est-elle devenue type du genre.

Le grand roi a probablement été enterré avec la sienne. Si, dans une dizaine de siècles, les archéologues la déterrent, ils feront de grands et beaux commentaires sur l'utilité de cette chose posttome, et se demanderont si c'était la marque distiactive des rois et des héros.

Quoiqu'il en soit , Pliéritier des Césars , l'empereur d' Autriche, fut anssi lliérttier de la susdite coiffure. Est-ce en ligne directe ou collatérale? ie ne saursas le dire. Mais quand, en 1&14, l'emperenr François se rendit à Blilan , les sénatesrs n'ayant pas le temps de foire i^iaplaoer par sa statue celle de Kapoléon, n'imaginèrent rien de mieux que d'ajuster à celui-ci une grande queue s l'autrichienne. A l'aide de cette ingénieuse addition , ils finnt d'un empereur de France un monarque d'Allemagne et nn roi d'Italie. <^'on ne nous parie ^us mai»tenant des «rétamorphoses d'Ovide ni d'aucune antre.

De tflfus les ohai^emeas d'uniférme , ce dernier est eertainement le plus beau ; afooMis, ce qni n'ôte rien à son mérite, qu'il fut aussi le moins coûteux , car k dite ipieue étaflit en plâU«.

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