‹ Hommes et choses (volume 3)Chapitre 92 sur 110 · M USA · texte numérisé non relu

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gaère en moyenne que le vingtième d^une nation. Qaant aux dix-neuf autres vingtièmes ou ce ramassis composé d^ouyriers , de paysans , de mendîans , de vagabonds , enfin de ce que nous nommons la plèbe , cette plèbe , son aspect et son odeur vous en donneront bientôt la preuve , est infiniment plus sale que la borde la moins propre d'Indiens ou d'Australiens. La raison est que ces sauvages n'enfermant pas leur crasse , n'en thésaurisant pas, ils n'en portent que la couche du jour ; tandis que nos frères civilisés ont, en outre, celle de la veille, de la surveille, etc.

Parmi les peuples sales de l'Europe, le grand peuple français ne marchera point le dernier. En témoignage de ceci, j'appellerai MM. les généraux, préfets, intendans militaires , maires ou adjoints formant les conseils de recrutement ou de révision: ils vous diront que sur cent jeunes gens qui se déshabillent pour la visite corporelle, il y en a, terme moyen, soixante-^ix au moins couverts encore de leur crasse baptismale, et du corps desquels, si vous en exceptez la figure et les mains, jamais goutte d'eau n'a approché, sauf celle qui peut y avoir pénétré accidentellement, un jour d'orage, à travers les trous de leur chemise ou les fissures de leur paletot.

Les femmes ne passant pas au conseil de révision , je ne saurais invoquer ici le visu des autorités civiles et militaires. Mais leurs maris , ou à défaut leurs amans , pourront dire et en justifier au besoin que si la moyenne est un peu moindre, elle peut cependant s'élever à cinquante pour cent du total des Vénus prolétaires de tout âge et qualité : Vénus pudiques, Vénus callypiges, Vénus accroupies, Vénus de Guide ou de Paphos; mais non Vénus marines ou sortant de Tonde, par la raison toute simple qu'elles n'y sont jamais entrées.

Ajoutons qu'elles n'y entreront probablement jamais,

vécosseat-elles un siècle, car, dans cette classe, prendre nn bain est une chose rare et qui ne se renouvelle pas deux fois dans la vie. Aussi est-ce un ëvënement duquel on parle long-temps et dont le récit cause toujours une certaine émotion dans le quartier.

D'après Topinion populaire, Teau n'a aucune bonne qualité. D'un goût £ade et insipide, elle est fort mauvaise à boire, et son usage est très-pernicieux. En outre, elle est dangereuse : la preuve, c'est qu*on s'y noie. Enfin, boire de Teau est, selon ce peuple, te nec plus ^Urà des misères humaines.

Ce nVst donc point parce que l'eau manque qu'on en fait si peu d'usage en France; ce serait plutôt par une raison contraire, car c^est précisément là où il y en a ie plus qu'on en veut le moins. C'est au bord de la mer, des lacs et des fleuves , que la populace semble l'avoir le plus en horreur, et sans son goût pour les autres liquides, on pourrait la croire hydropfaobe.

Disons aussi que le gouvernement, qu'il soit monarchique, constitutionnel ou républicain, ne semble pas tenir beaucoup à la propreté de ses gouvernés. Sans doute il affiche des ordonnances pour le nettoiement des rues , mais il n'en fait pas pour celui des maisons et des personnes.

Si fêtais roi par la grâce de Dieu , ou président par celle des électeurs, mon premier soin serait de faire tous les jours ce que fait le Vendnedi-Saint notre saint père le pape. Oui , chaque matin je donnerais à laver douze pauvres^ mais largement, magnifiquement. Après les pieds, je leur laverais la tête, et après la tête, tout le reste du corps; enfin, chaque jour joueraient pour eux les grandes et les petites eaux.

Mais pour une telle entreprise, il faut, comme dit ce même peuple, avoir les reins foits , et lorsqu'on n'est point pape , être tout au moins roi ou président légi-

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