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la position où la douleur a le moins de prise sur Pâme, où le sommeil est le plus long , le plus doux , le plus rapproché du calme parfait. •
Cet état a aussi ses plaisirs. La fleur a ses parfums et ses amours ; elle aime la rosée , elle aime le soleil , elle aime la fleur qui la féconde.
Mais ce repos n^a qu'un temps. Nous l'avons dit : il n'est qu'un répit, qu'une préparation à une autre existence active , agitée , douloureuse peut*étre , mais douloureuse parce que nous l'avons mérité, parce que nous avons à expier des fautes passées.
Devenir une fleur, cette fleur qui ne prévoit ni la soufi'rance ni la mort , ne serait pas une peine ; et d'ailleurs, attachée à la terre, la vie, sous la forme végétale , à peine se meut. Cette situation est anormale , car la vocation de Tame est de marcher sans cesse; elle n'a de repos durable que lorsqu'elle a atteint le but , et ce but est Dieu.
VENT» Qu'est-ce qui produit le vent?^Probabienient le mouvement des corps.
D'où vient le plus ou moins de force du vent? — De la dimension du corps qui le produit et de son plus ou moins de mobilité.
Qui peut amener le chai^ement du vent ou de la direction de sa marche? — Le changement de mouvement OH de direction de ces corps.
Conmeal le mouvement est-il la cause du vent?^ Par la pression ou le frottemenl, par l'agitatîMi que le eorps lancé ou agité imprime au fluide qu'il traverse*
Pour<|uoi le vent, quand il est resserré entre plusieurs corps ou qu'il s'échappe par une ouverture étroite, estil plue fort , plus iaipétûeiiz que lorsqu'il eonrt dons
une plaine ouverte? — Par la cause qui fait Fimpétuosîtë d^on fleuve resserré entre ses rives. Par la cause aussi qui veut qu'une balle de plomb lancée brise la têlc d'ua bomme ; tandis que cette même balle , laminée en feuille mince , n'aura qu'un cboc innocent.
Quels* sont les corps 'dont les mouvemens amènent les vents qui parcourent la surface de la terre et leur variation de direction? Est-ce la terre qui change de mouvement ou son atmosphère? Est-ce un corps extérieur qui pèse sur cette atmosphère, on cette terre qui pèse elle-même sur un autre corps? Le vent tient-il à des causes locales et purement atmosphériques , suite de la raréfaction ou de la dilatation de Tair ambiant? Ou bien la lune , le soleil et ces corps accidentellement visibles qui forment une ceinture autour de la terre, et le mouvement imprimé au fluide éthéré , entrent-ils dans les causes des vents et de leur variation ?
Peut-être toutes ces questions, que je puise dans mon ignorance, ont-elles été résolues , et c'est faute d'en savoir plus que j'essaie de les eipliquer comme je les vois. A mes yeux, les vents ne seraient qu'une confirmation du système des poids et contre-poids que nous avons établi ailleurs; et leur mouvement, dans quelque direction qu'ils soufflent, annoncerait toujours l'action ou le balancement de corps qui se mettent en équilibre ou courent après leur base^ Le plus ou moins de force du vent annonce le plus ou moins de volume, d'éloignement, de mouvement ou d'inégalité de ces corps.
Mais quels sont-ils? Où sont-ils? C'est une question que BOUS aborderons plus tard.
TfSRITE« Si nous avons des idées fausses sur bien des 4ilio8es, c'est que nos préjugés nous aveuglent, c'est
que nous croyons plutôt ce qu^on nous dit que ce que nous voyons , c'est enfin par suite du soin que Ton prend, dès notre enfance, de fasciner notre intelligence et de lui faire adopter ce qu'elle repousse. Si on laissait Têtre à ses propres impressions, il y aurait certainement en lui moins d'idées fausses, et sa ctoyance ne serait pas si souvent en désaccord avec ce qui est.
Ajoutons que dans nos Etats dits civilisés , il est un nombre de questions qui n'ont jamais été ni librement faites ni librement résolues.
L'ignorance et la peur étant considérées, par les gouvernans, comme les meilleures garanties de la dépendance des peuples , ils s'en sont servis , dans tous les temps , pour arrêter l'essor de la raison et étouffer la vérité ; et pourtant cette vérité eut été une voie plus droite , plus facile et un moyen plus assuré d'une puissance durable. C'est par la vérité que Dieu est fort, et c'est parce qu'il la connaît et l'applique mieux que tous les êtres qu'il est le premier et le plus grand de tous.
Le domaine du vrai est immense: dès que l'on découvre une vérité nouvelle , il s'en présente une autre plus nouvelle, plus vaste encore. L'ame ne peut pas cesser d'acquérir et de grandir, parce que l'univers est un champ sans borne.
Sans doute nous n'y pouvons marcher que pas à pas et parfois même dévier de la vraie route, mais- ces traces de notre insuffisance ne sont que passagères, l'expérience les efface: nous profitons des découvertes de nos devanr ciers. Chaque siècle en voit paraître de nouvelles , et nos fils en verront plus que nous. Partout la raison finit par l'emporter. La lumière dissipe les ténèbres, et ce qui est juste et bon prend toujours le dessus.
Mais pour raisonner avec fruit, il faut d'abord mettre à part ce qui n'a pas besoin d'être raisonné et encore
ce qui ne peut pas Têtre. II est des choses qui sont absolument en dehors de la discussion , non parce que nous savons comment elles sont , mais parce que nous sentons qu'il est impossible qu'elles ne soient pas.
Ces choses, les uns les avouent, les autres les nient; mais ni les uns ni les autres ne peuvent établir logiquement le motif de leur aveu ou de leur incrédulité. Elles n'en sont pas moins incontestables. En général, lorsque ridée d'une chose en dehors des sens de l'homme existe naturellement dans l'homme , comme y existe l'idée de Dieu, celle du juste et de l'injuste, de la rémunération de l'un, de la punition de Tautre, c'est que cette chose est vraie ou au moins possible.
La pensée humaine peut s'égarer dans le vague, mais le point où elle arrive dans sa divagation, dans son délire même, ne peut être au-delà de ce qui est. Parvenue à certaine hauteur ou à ce point culminant du raisonnement, elle ne se guide plus que sur une lueur. Mais là elle ne peut plus tromper ni même se tromper, car ce qu'elle voit est nécessairement une partie, une face, une conséquence de ce qui est: et quoi qu'elle invente, elle ne peut rien inventer qui soit au-dessus du possible.
C'est pour cela que nous avons dit que qu'elqu'exagérée que soit la croyance d'un homme, il y a toujours quelque chose au-dessus. S'il s'abuse, ce n'est pas parce qu'il va trop loin, mais précisément parce qu'il ne peut aller assez loin et qu'il ne voit qu'une partie de ce qu'il croit voir.
Il est donc des choses qui sont incontestables par cela seul que Thomme en a eu l'idée ; elles n'ont pas besoin d'autres preuves. Dieu, l'ame, l'éternité sont de ces vérités démontrées par la seule pensée qu'en a l'être. Par quel moyen Taurait-il, si Dieu, si l'éternité n'étaient ni en lui ni hors de lui?
Si celle pensée, si cette croyance était en dehors, non de la création , mais des facultés de Tame , comment serait-elle dans cette ame? Comment y serait-elle encore, si elle n'était pas vraie? Réfléchissez-y bien: l'ame étant mortelle, pourquoi aurail-elle pu avoir l'idée de l'immortalité? Pourquoi surtout en aurait-elle le désir? Désiret-on ce qu'on ne comprend pas, ou comprend-on ce qui n'est ni ne saurait être?
Si le son , si la lumière n'avaient jamais été , s'ils n'étaient pas possibles , comment un être quelconque pourrait-il avoir le désir d'entendre et de voir, et surtout comment aurait-il jamais eu les organes de la vue et de l'ouïe?
La question est la même relativement à Famé, et nous répéterons encore ici : si l'homme n'avait pas en lui une ame, comment en aurait-il en la pensée? Ou comment l'aurait-il admise, si elle lui fut venue d'un autre?
La pensée et surtout le désir d'une chose en sont donc la démonstration, parce que ce désir ne pcnt être qu'un effet don.t cette chose est la cause.
Il est encore une considération ou plutôt une preuve que déjà nous avons indiquée , mais que nous devons clairement établir. Cette preuve est fondée sur la grandeur, la puissance et l'équité de Dieu. Dieu principe de la vie, ne peut être au-dessous de l'homme, ni en rai* sonnement, ni en esprit d'ordre, ni en quoi que ce soit*
Si l'homme avait conçu l'immortalité et qu'elle n'nxistât pas, on Dieu lui aurait inspiré cette idée et dans ce cas il aurait trompé l'homme en lui inculquant une chose fausse , ou l'homme aurait de lui-même imaginé cette immortalité ou la possibilité de son existence. Alors, il aurait conçu ce que Dieu ne voulait pas lui laisser con^ oevoir, ou bien ce que Dieu n'aurait pas conçu lui-même. Dans le premier cas, Dieu eut fait preuve ^impuissance,
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et dans le second , d'ignorance , et se serait ainsi mis au-dessous de l'homme ; tandis que Phomme se mettait an-dessus de lui-même en se montrant plus intelligent que Dieu n'avait pu le faire on en croyant Dieu plus grand et meilleur qu'il n'est réellement.
Remarquez aussi que l'homme mortel, avec le désir de IHmmortalité , serait une véritable monstruosité: ce serait la niatière terrassant l'esprit, ce serait la vie sonmise à la mort. La raison ne serait alors qu'une superfétation ou qu'un don perfide, puisque l'homme ne l'aurait qoe poar concevoir son néant et désirer l'impossible; et l'homme , avec la conscience de cette position , serait infiniment plus malheureux que les animaux qui ne l'ont pas.
Admettons done ceci comme principe : quand notre imagination invente quelque chose, cette invention, cette fable, cette fantaisie de notre esprit, quelque bizarre qu'elle soit, est une vérité ou une possibilité, ou un composé de circonstances vraies et possibles, parce que la réflexion n'admet pas que l'imagination puisse aller au-delà de ce qui est et concevoir ce qui serait non-seulement audessus d'elle, mais même au-dessus de ce qui peut être. Or, on ne peut monter plus haut que le sommet : l'ame ne peut dépasser les limites de l'ame. L'ame a eu l'idée de l'immortalité, mais cette idée n'aurait jamais pu entrer dans les élémens matériels on intellectuels de l'ame, û cette immortalité n'existait pas : l'homme ayant entrevu cette immortalité, cela suffit pour prouver non-seulement que nmmortalité est, mais que l'homme y prend part, qu'elle est en lui, qu'elle tient à son essence.
L'ame a conçu Dieu, donc Dieu existe, car si Dieu n'existait pas, il n'est rien autre qui puisse faire concevoir Dieu à l'ame ni lui en donner même la pensée.
Par sa nature , l'ame tendant à s'élever, doit toujours
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arriver au point qu'elle aperçoit. Si elle n'y arrive pas de suite, c'est la matière qui la retient.
Puisqu'elle a aperçu Dieu , elle doit tendre vers Dieu ; et si Dieu lui-même avance et croît, l'ame, en s'efforçant de le suivre, doit avancer et croître avec lui.
Obscurcir la raison de l'homme et lui inculquer le mensonge , c'est donc nuire à l'ensemble. Arrêter la marche de l'ame et entraver sa croissance, c'est donc se rendre coupable envers Dieu et les hommes.
Contribuer à étendre cette raison , c'est honorer Dieu et le servir; c'est bien mériter des hommes et de Dieu.
VERS, POESIE. Bons ou mauvais, les vers font le bonheur ou la consolation , non de celui qui les écoute , mais de celui qui les fait. Oui, l'homme qui versifie, ses vers fussent-ils exécrables, n'est jamais à plaindre, car il les trouve toujours bons; et si quelqu'un, ne fût-ce que son perruquier ou sa cuisinière , a la charité de dire comme lui , ces vers feront , sa vie durant , sa joie et son orgueil. Enfîn, le plaisir d'avoir fait des vers et de les entendre louer est ^i grand, qu'on a vu des gens en devenir fous et même en mourir.
Deux croyances fort opposées distinguent les individus qui s'occupent de vers : ceux qui en lisent sans en faire ne croient point aux bons; ceux qui en font sans en lire ne croient pas aux mauvais, quand il s'agit des leurs bien entendu.
Ce qui prouverait cette dernière assertion , c'est que lors d'un concours pour un prix de poésie , sur cent concurrens, il n'y en a jamais qu'un qui croit à l'impartialité des juges: c'est celui qui a le prix; encore en doute-t-il si le premier prix est remis à Tannée suivante et s'il n'a que le second.
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Quoiqu'il en soit, les vers sont à la baisse. C'était autrefois un moyen de séduire et les grands et les belles. C'est aujourd'hui le moyen contraire : si vous êtes en instance pour une place et que Tidée vous vienne d'adresser des vers à l'appui de votre pétition, eussiez-vous tous les droits du monde, vous pouvez être assuré qu'un autre sera nommé.
Si vous êtes amoureux et si vous exprimez votre flamme en vers grands ou petits , mauvais ou bons , malheur à vous! l'objet de votre ardeur ne verra plus en vous qu'un poète, c'est-à-dire une linote, un serin, un sansonnet; bref, un être sans conséquence qu'on peut accepter par-dessus le marché quand on aime ailleurs.
Au total , si Ton veut , sous les rapports politiques comme sous les rapports amoureux , comparer ce que peut la poésie de nos jours avec ce qu'elle pouvait au temps des troubadours, ou bien encore sous le cardinal de Richelieu , sous le régent et même sous Frédéric de Prusse et Catherine de Russie, tous gens si friands de vers et de poètes , on ne pourra que s'écrier : Pégase est mort.
Napoléon eut aussi quelque velléité de poésie, et pourvu que les vers ne chantassent ni la liberté, ni Tégalité, ni la patrie, ni la république, ni l'ancien régime, pourvu encore qu'ils ne touchassent ni à la police ni à la religion , et qu'ils dissent du bien de lui et de personne autre, il les trouvait toujours assez beaux et les payait grassement.
En ces temps glorieux, il y avait justement autant de liberté au Parnasse qu'à la tribune. Aussi le vers, devenu militaire, soumis à la discipline, gourmé, poudré, pommadé , se tenait droit et raide comme un grognard au port d'arme. C'était l'ordre , il ne faisait pas bon d'y manquer; et quand la censure passait la revue d'une
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ode d^Dienftrd, de FMiliines ou de Lormiaii, elle mettait impitoyablement aax arrêts tout hémistiche qui , plus avaneë que les autres, sortait de raligncment.
Il faut ajouter, pour ThouTienr de la littëratnre d^alors, que ces vers hors ligne ëtaient rares. Dans leur tenue irréprochable , la grande majorité eut défié Tart du maître même, et les inspirations des Homères impériaux, tirées au cordeau, avaient résolu le problême de la ligne droite. C'était la poétique du moment : raide et guindée, elle fit aimer le tortu, et devint plus- tard, par le contraste, le grand moyen de séduction des poètes débraillés qui lui durent ainsi leur réussite.
La poésie impériale , comme toutes les choses de ce monde, n'eut qu'un temps: avec la Restauration, le vers devint dévot. Mettant bas l'uniforme et jetant de côté la lance et l'épée, il prit un surplis, il s'arma cPun goupillon et chansonna l'ogre de Corse.
Les moins dévols chantèrent la fidélité et Pamour des lys. Bientôt l'on n'entendit plus qu'idylles et cantiques.
Louis XVIII, un peu mondain en fait de poésie , fit la grimace ; les courtisans la firent avec lui. Alors, le vers devint égrillard, puis il se refit guerrier.
Le moment était mal choisi: nous avions sur le dos un million d'étrangers, et celte recrudescence martiale ne servit qu'à nous faire remettre les poucetles qu'on commençait à desserrer.
On s'en vengea en rimaillant de plus belle et en chantant plus vaillamment que jamais. Nos gens de lettres , devenus tous des Achilles, ne se nourrirent plus que de Cosaques, d'Anglais et de Prussiens qu'ils taillaient en pièces, crt vaudeville, en comédie, en opéra comique.
Quand on fut las de carnage, à défaut d'autre liberté, on rêva celle de la poésie : on se demanda pourquoi on ne ferait pas des vers sans rime, et Ton en fit sans rime.
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Un novateur-plus large encore, voyant qu'on se passait de rime, demanda Si, en poésie, la mesure était indis* pensable , et ou bannit aussi la mesure. Alors , tout le monde devint poète; les vers et les poèmes tombèrent comme grêle sur le public ébabi qui n'y vit d'abord qu'un brouillard; mais ce brouillard lui prenant à la gorge et lui donnant des nausées, il finit par crier: à Taide.
Alors commença lo grande querelle des classiques et des romantiques, ou le combat des vers poudrés, mus^ qués, en dentelle et en jabot, en culottes et bas de soie, contre les vers en roulière, en veste et en sabots.
On se jeta au nez beaucoup de boue, on se dit beaucoup de sottises , on eu fit plus encore , et le Parnasse français eut été rayé de la carte si, de ce grand chaos, n'étaient pas sortis quelques véritables poètes qui, au*^ jourd'hui , luttent à grande peine contre le discrédit de la poésie.
Or, pourquoi chez nous en veut-on tant aux vers? Est-ce à tort ou à raison?
Pour décider cette grande question, nous demanderons d'abord: qu'est-ce qu'un vers?-— C'est, répondra-t-on, une enfilade de mots eugencés d'après certaines règles, et qui sont censés convenir à Toreilie et qui y conviennent effectivement quand ils la remplissent bien ou lorsqu'un second son vient tomber en cadence et s'ae*corder avec le premier. C'est donc ici l'effet d'une cloche : le battant frappe un coup, on attend le second, puis le troisième ; espèce de musique et de carillon où les mots, purement do luxe, sont aussi superflus qu'ils le seraient dans un concerto de fliUe ou de trombone.
Selon nous , il n'en est pas absolument ainsi. Il ne suffit pas que l'oreille soit frappée, il faut que l'esprit le soit aussi. D'après les connaisseurs, pour que le vers soit
juste, il faut que Tidée le soit : or, si Tidée a celte qualité , si elle est bonne , en devient-elle meilleure parce qu'elle a une rime et qu'elle est en vers? Il se pourrait faire que non ; et elle est pire si la mesure du vers a contraint Fauteur à employer des mots impropres ou à en employer plus qu'il n'en faut. Dans ce cas, la prose est certainement préférable ; à moins qu'on admette que la mesure du vers et sa rime contribuent à frapper l'esprit, à dessiner l'image, à la faire saisir plus promptement et retenir plus long-temps.
C'est en quoi probablement consiste le mérite effectif de la poésie , mérite auquel on peut ajouter celui de se marier à la musique mieux que la prose.
Ce mérite devient un défaut si la poésie nous présente des idées fausses, ou ce qui est pis, des idées mauvaises, c'est-à-dire immorales et subversives. Alors, la poésie est un poison dont tôt ou tard on sent les atteintes, quelqu'agréable et doux que le mets nous ait paru d'abord. N'est-ce pas un peu ceci qui a discrédité la chose et fait mettre en suspicion le vers et le poète, vantés le matin et siffles le soir?
Le public est semblable à ce chaland qui veut avoir un bijou d'or et qui l'achète dans la rue à la boutique à deux francs. Il le met à son doigt ou au cou de sa femme où il ne se lasse pas de l'admirer. — Quelle merveille, s'écrie-t-il dans son enthousiasme, quelle industrie! Quel bon marché, et pourtant c'est de l'or, voici la marque!
Mais son bonheur dure peu , car après une semaine d'usage , il s'aperçoit que son joyau rougit et que son doigt verdit. Ce miracle d'industrie n'est qu'un morceau de cuivre. Alors, il maudit l'ouvrier et le marchand, et bientôt confondant tous les bijoux, dans sa haine il ne donnerait pas cent sous des diamans de la couronne.
Maintenant, faut-il croire qu'il n'y a pas de diamans en France, et que ces milliers d'ablettes qui apparaissent chaque année ne contiennent pas quelques perles? J'ai dit des milliers, on pourrait dire des millions, car remarquez bien qu'en fait de vers, moins on en veut, plus on en fait.
Vu la quantité, on les donne à bon compte; et pourtant, n^en doutez pas, ces perles, ces diamans y existent, mais personne ne les y découvre, parce que personne ne les y cherche.
Pour conclure , nous dirons : la poésie n'est pas une chose indispensable , et bien souvent elle est plus nuisible qu'utile. Cependant, sa décadence est un symptôme fâcheux, parce qu'elle précède toujours la décadence des arts; et quand un peuple n'est plus ni poète ni artiste, • quand, adorateur du veau d'or, il est simplement marchand, il est bien près de devenir lui-même marchandise.
VIDE ET MOLECULE. La science dit que toutes les molécules de la matière s'attirent mutuellement et en raison directe des angles et en raison inverse du carré des distances.
La science a raison , car c'est une vérité à peu près démontrée et qui constitue ce que l'on nomme attraction universelle.
Mais en nous enseignant qne toutes les molécules s'atr tirent, la science ne nous apprend pas pourquoi elles s'attirent : ce serait pourtant bon à savoir.
A ce sujet , il m'est venu une idée dont je vais vous faire part, en vous demandant pardon de l'avoir délayée dans beaucoup de paroles: mais il fallait la rendre intelligible, et je n'ai pu le faire en moins.
En parlant dix vide et du plein, nous aycms dit: la
matière est partout ou peut y être, et il n'existe nulle part de vide sans borne.
Quand le vide sMtend et s'offre par région, c'est accideutelleoient, car le vide n'est pas un état normal de la nature. La nature, c'est la création incessante, inGnie, c'est le progrès : or, dans le vide, aucune croissance ni décroissance n'est possible. Un seul mouvement l'est , celui eu ligne droite. Il est vrai que la même impuissance existerait dans le plein absolu.
Il faut donc, pour que quelque chose soit , la co-existence du vide et du pkin.
Le vide reçoit toutes les substances ; le plein les rejette toutes. C'est ainsi que l'un attire, que l'autre repousse.
Le vide attire^ et nous en avons la preuve : partout où il y a un trou, il tend à se boucher, et tôt ou tard il se bouche.
Le plein repousse: nous le voyons non moins clairement. Lorsque ce trou est rempli , que les matières y sont tassées autant qu'elles peuvent Tétre , on ne peut plus rien y faire entrer, pas même un grain de sable; et quelqu'effort qu'on fasse, le plein le repoussera invinciblement, ou s'il l'admet, c'est qu'il a rejeté l'une de ses parties pour lui faire place.
Si le corps que vous voulez ajouter au plein est dense et susceptible d'équilibre, il s'arrête sur ce plein, mais il n'y pénètre pas; et à la moindre secousse, entraîné par son poids, il se jette dans le premier vide ouvert.
Alors, ne pourrions-nous pas demander si la puissance attractive des corps n'est pas dans leur vide? Peut-elle même être ailleurs? Le plein attirerait-il ce qu'il ne pourrait recevoir , et ne serait-il attractif que pour être répulsif? U y aurait là une sorte d'anomalie, disons plus, un véritable contresens. Or^ il n'en est guère dans la nature, et plutôt que d'y croire, je m'en -tiendrai to-
loDtiers à cette vëritë triviale qu^on ne peut entrer que par la porte ûu par la fenêtre; et sans demander si c'est cette porte qui attire , je dirai : c'est par la porte que l'on passe. Or, quand la matière se meut vers un point, c'est qu'elfe y a un passage ou la possibHitë d'en faire un.
Leç solutions de continuité interne ou eicterne que présentent les corps, seraient donc la cause ou du moins l'une des causes de l'attraction, et le mouvement ne serait attractif que parce qu'il divise les corps ou débouche leurs ouvertures.
— L'attraction , m'objectera-t-on , n'est pas seulement dans les corps ouverts , poreux on dilatés , elle existe aussi dans les corps denses et polis.
Je répondrai : c'est vrai , et j'ajouterai que ce sont les plus denses qui sont les plus attractifs , parce qu'il n'est pas de densité absolue, et que ces corps denses, les roches, les métaux, ont aussi leurs vides et que ce sont peut-être les seuls vides durables. Sans communia cation avec l'extérieur , l'air qu'ils renferment a été absorbé , et leurs pores -trop serrés ne laissent plus de passage à l'air extérieur. La lumière elle-même n'y pénètre pas. Bès-lors , ces -corps durs attirent toutes les autres substances^ , précisément parce que leurs vides n'en trouvant aucune assez subtile pour les pénétrer, ne se remplissent jamais ; tandis que dans les corps ouverts, poreux, dilatés, l'attraction cesse bientôt, par la raison qu'ils sont bientôt remplis.
Il est vrai que les fluides qui les remplissent le plus ordinairement ont aussi leur vertu attractive qui ne tarde pas à agir , mais elle ne porte que sur des corps pitis denses qu^enx-mlmes. iiear attraction alors n^est qne partielle ou spéciale à certaines substances ; tandis que celle des corps denses on dont les vides sont irmnpIissaUes, exercent celte attraction sur tontes les matièi^, et ceci IV 19
parce. que leurs ouvertures sont trop petites pour permettre aux molécules ordinaires d'y pénétrer.
Nous admettons donc deux sortes de vides: le vide relatif et le vide absolu. Nous reconnaissons aussi qu'aucune substance, aucune masse, aucun corps n*est tellement compact qu'il ne présente des vides de Tune et l'autre sorte.
Les vides relatifs ne reçoivent que des substances plus denses que celles qu'ils contiennent déjà. Les vides absolus attirent toutes les matières, bien que toutes ne puissent les pénétrer.
Les vides relatifs ou absolus peuvent varier indéfiniment de dimension , selon celle des corps. Telle masse présentera de vastes fissures, des goufifres même; telle autre des myriades de vides microscopiques, vides aussi nombreux que les molécules qui composent ces corps.
La matière pouvant se diviser à Tinfini, il existe des corps ou des fractions de corps, des molécules enfin, proportionnés à tous ces vides. Néanmoins, il en est qui résistent à tous les efforts de la matière, quelque subtile et pénétrante qu'elle soit: tels sont, entr'autres, iesvides intérieurs des molécules , bien qu'elles aient un orifice communiquant avec l'extérieur. Ce sont ces vides réfractaires ou irrempUssables qui font que la densité des corps n'est jamais absolue et qu'ils conservent, avec leur élasticité, une force d'attraction plus ou moins puissante.
La matière qui, par sa grossièreté ou son affluence, ne peut pas pénétrer dans ces vides infiniment petits, reflue sur la surface et contribue à la croissance extérieure des
Quelquefois elle se répand sous les couches intermédiaires : de là , la croissance intérieure ou celle qui a lieu sous l'enveloppe, entre le centre et la superficie.
Il arrive aussi que cette mutière, trop grossière ou
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trop abondante pour tes vicies ouverts devant elle, s'efforçant néanmoins d^y pénétrer ponr échapper à la- matière extérieure qu'attirent ses propres vides et qui la compriment, produit, sar le premier corps, Teffet d'une cheville qu'on chasse de force dans un trou trop étroit pour la. recevoir. Elle fait éclater la masse, parce que la pression intérieure est plus forte que la résistance ou la pression extérieure. Ce n'est qu'ainsi, ou en imitant ce que fait la nature, que nous arrivons à diviser les corps durs.
Que nous lancions ce corps sur un autre corps plus dur encore, ou que nous frappions dessus avec un coin et un marteau , c'est toujours, quand nous l'entamons, l'action dn plein sur le vide; et si la rupture a lien , c'est que le contenu s'est trouvé hors de proportion avec le contenant, ou que la nature de la matière introduite, trop grossière ou trop brusque dans son mouvement pour la fragilité de son enveloppe , l'a brisée sans la remplir.
Remarquez que les molécules ne pénètrent jamais dans d'autres molécules , mais seulement dans les ouvertures qu'elles laissent entr'elles ou les interstices qui les séparent. Les molécules se serrent, se tassent, se condensent ou se dilatent, mais leur intérieur est impénétrable, parce qu'elles se resserrent sous le moindre effort que fait la substance extérieure pour la pénétrer , ou bien, nous venons de le dire, parce que leur orifice ou leurs pores sont d'une telle petitesse, qu'il n'est dans la nature aucune substance assez subtile, assez tenue pour y passer. Cette facilité des molécules de céder à toutes les pressions et de reprendre , dès que la pression cesse , leur dimension première, fait l'élasticité de la matière ou son mouvement du centre à la surface. C'est par ce rendement et ce serrement alternatifs qu'elle se dilate ou se
condense. S*ï\ existe une substance incompressible ou iudÛatable, celle-là seule n'a pas de vide dans ses molécules ; mais l'existence d'une telle matière me paraît au moins problématique.
C'est aussi cette puissance de retenir le vide 'en elle ou cette faculté de se comprimer et de se dilater selon le moule ou la pression, qui assure et maintient à chaque molécule sa forme, sa taille, ou le moyen de les reprendre. Ce n'est qu'ainsi , en conservmit sa ntture à chaque substance , en l'y ramenant après une suite de modifications ou de transformations apparentes, qne les grandes démarcations élémentaires ou la différence des élémens primordiaux peuvent exister. Nul doute que ces élémens ne puissent se mélanger, s'uuir, se compliquer à l'infini; mais quelle que soit cette complication, chaque élément n'en reste pas moins ce qu'il est, et tôt ou tard il revient à son unité, à sa simplicité première. Bref, de matière à matière, il n'y a pas plus d'umon étemelle que de l'esprit à la matière; et là aussi, ce que nous appelons la dissolution d'un corps, n'est que la séparation des parties.
Si , malgré ces modifications apparentes , malgré ce passage de la densité à la fluidité ou de l'état de molécule éparsc à celui de corps compact, chaque principe élémentaire, chaque type de substance n'était pas réellement immodifiable, la masse matérielle entière ne serait aujourd'hui qu'un méiange qui se dénaturerait sans cesse par de nouveaux mélanges. Chaque substance ayant ainsi perdu sa qualité, tout q« serait qu'une immense pastiche sans spécialité ni cQirieur , équivalent dn chaos ou du désordre universel.
La démarcation établie entre les pnrincipes 4e la nature est donc infranchissable; l'organisatiov, comme la confusion des choses, n'est que le mouvemeol itss élémeas qui se croisent, se nouent, w dénouent , sans jamais se
m^r* Ce qae nous prenons pour la modifîeation , la transformation ou la dissolution des corps , n'est que la dilatation ou la compression des molécules à des degrés diffërens. La volonté même et toute la puissance de Tesprit et de la science , ne peuvent arriver à d'autres résultats.
En outre de leurs qualités effectives et spéciales , les molécules des matières diverses ont aussi leur spécialité de forme et de taille. Il y en a de grandeur différente, selon la nature des substances, ce qui facilite à la fois leur union et leur séparation. La première attraction d'une molécule est vers les molécules semblables à elle; elle n'en attire d'autres que faute des premières ou lorsque ses interstices n'en comportent plus de cette di^ mension.
Ainsi, une masse se constitue d'abord de ses propres molécules qui se rapprocbent et se serrent rers la molécule centrale. Si ces molécules sont de la dernière petitesse , elles suffisent ponr remplir tous les vides sans rien emprunter à d'autres élémens, et forment une masse homogène. Mais si ce cas existe , il est rare.
Ordinairement, quand un nombre de molécnles se sont groupées, une substance à molécules plus fines on plus fluides vient remplrr ces premiers vides. Arrivent ensnite d'autres molécnles plus subtiles encore, et toujours ai n^. De là, la diversité des élémens des grandes masses.
Cette tmion de molécoles de tailles diverses est une des conséquences de ee que nous voyons tous les jours ou de la loi de l'équilibre, qui eiifratne les parties conveies dans les parties concaves et les y répartit selon leur dimension. Creusez , dans vo^tre jardin , des trous de diverses grandeurs : bientôt , à l'aigle du vent et dé la pluie, ils se rempliront d'eux-métnes et les matières s'y tasseront de façon que les parcelles les pins grosses
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s'étayant des moyennes et celles-ci des petites» toutes atteindront leur aplomb.
H en est ainsi des molécules. 11 y a, dans Tespaoe comme sur la terre, un mouvement continuel, une fluctuation d'élëmens favorisés par la rapidité du mouvement concentrique. Ces élémens passent sur les masses et se répartissent selon les ouvertures : s*y arrêtant et les remplissant en tout ou partie, ils contribuent ainsi à la formation des corps ou bien à leur dissolution quand, trop grossiers, trop abondans, trop rapides, leurs molécules les pénètrent avec effort et en séparent les parties.
C'est donc toujours la présence du vide qui rend la matière attaquable : un corps dont toutes les molécules seraient invariablement unies, ne serait ni pénétrable ni divisible.
Cette action de la matière sur le vide et réciproquement , est un combat qui ne cesse jamais , parce qu'il iiaut une pression immense et parfois un temps très-long pour que la substance, même fluide, même éthérée, pénètre dans les derniers interstices des corps; et lorsque ces corps ne sont pas élastiques, elle les fait ordinairenaent éclater avant de les avoir remplis.
Quand ce remplissage s'accomplit, quand un corps n'a plus d'autre vide que le. vide intérieur de ses molécules, quand leur pression est telle qu'elles n'ont plus de mouvement possible et qu'elles ne peuvent ni se comprimer davantage ni se dilater , l'attraction cesse , et avec elle , s'il s'agit d'un globe, la chaleur et la lumière.
Alors , ce globe immobile et glacé devient stérile , et il ne reprend, avec son mouvement ou sa fermentation» sa faculté végétative, que lorsqu'un choc extérieur et la séparation des molécules ont ouvert à l'action atmospjiériquë de nouveaux vides, partout indispensables au développement des germes.
C*est aa inbyen de ses rides intëriears qu'ntf 001*1» est élastique et peut passer de la densité à la fluidité. C'est aussi par ces mêmes vides qu'il est éclairé et échauffé, on que de froid il deyient chaud, et d'opaque, diaphane. S'il était entièrement dense, il resterait froid et obscur.
C*est encore à Taide du yide qu'il peut renvoyer à l'extérieur l'air et la chaleur surabondans. Toutes les concentrations de matières , tous les corps inertes ou animés sont , à cet effet , pourvus d'une multitude de syphons ou de pompes refoulantes qui attirent ou repoussent la substance extérieure. La croissance d'un corps continue tant que la matière attirée excède la matière rejetée. Quand la balance est égale, le corps reste dans le statu quo. Quand la matière rejetée remporte, le corps dépérit.
Cette loi n'a pas d'exception; elle s'applique aux plus petits corps comme aux plus grands, à la terre, à tous les globes , à tons les astres , quelqu'immenses qu'ils soient. La dimenision n'y fait rien. 11 suffit que ces corps ne soient pas en décomposition on à leur période décroissante.
Mous nous sommes expliqué ailleurs sur ce que nous entendions par forme ou corps. Ndus rappelerôns seulement ici qu'il ne faut pas considérer comme des corp^ effectifs ou susceptibicB de croissaiice , les détritus de eorps ou ces fragmens qui jonchent la terre , pas plus qu'il ne faut prendre pour uu homme la tête ou le bras d'un homme. Les corps se brisent, les formes se décomposent, on doit donc partout en rencontrer les débris.
Ces débris ont cessé de croître, parce, qu'ils ont perdu leur puissance attractive, soit parce qu'ils sont arrivés au point de condensation dont ils sont susceptibles , soit parce que leur couche supérieure a interrompu la com^ munication du centre à l'extérieur. Parvenus à cet état
stagoaiQt ^ prêche la 4is9^littio&, ils sont prdcisëmtnt ee que sérail w soleil éteiat et doat la surface se serait vitrifiée. *
Unis à la masse, ces fragcneQS, comme cet astre, peuvent concourir à Tattraction giénér^le, mais ils ne peuvent plas en avoir une qpi leur soit ppopre ou être isolément attractife. 11 y a donc, dans les corps inertes comme dans les corps animés, une période dç croissance, une de stagnation, une de décroissance.
Un corps croissant est un n^onde qui se forme; c'est un centre d'attraction où chaque molécule en attirant une autre, puis une autre encore, pctse la base d'un rocher, puis d'une montagne, puis d'une chaîne, de montagnes : tels vous voyez les concrétions silieposes, les stalactites, les rognons de grès, et les îles de corail qui croissent plus vite encore , paree qu'une action vivante joint ses eQ'orts à l'actiep d'en^wble.
. Parmi les corps attractifs, vous pouvez ranger tous k^ végétaux» tous les animapir, tant ipjt^il» ne. sont pas arrivés à leur mpitarité. .
Tout corps croissant a donc pour principe un geme Ott une molécule: un gerdio a^l ^vit, une<mcdécale s'il ne vit pas. Ce germe et cetto ntolécule sont ftttraetif& ; ils le sont au moyen de llsura vides qui , en rapns divergens r partent de Icsm? centre vcts Tespace soarce et récipient de la substance. Les cfeuosfis se passent alors eomme nous venon» de le dive : la manière éihérée , diassée par d'ai^pes matières , se ppéeipite vers toiles les. ouverture» grandes ou petites ; mais les molémles , tècfp fortes^ ou trop, pf essées pour pénétifcr dans ces derttîères, s'arrêtent à la sapfiârficie des corps; elles s'y répandent et contribuent à leur croissance extérieure , ou bien entraînées ailleurs , elles vont combler d'autres ▼ides et aocrottre d'autres corps*'
La forme extérieure de ces corps influe beaucoup sur leur croissance et leur dorée. La matière glisse sur tme surface plane ; elle tombe le long d'une surface ronde ; elle s'arrête sur celle qui est convexe.
Ce sont toujours les yides les plus ouverts qui semblent se combler le plus vite , nais ce sont aussi ceu:s qui se vident le plus aisément : les matières denses on fluides s'y précipitent à peu près comme feau d^une cascade et s^y renouveHent continuclieaient sans s'arrêter ; l'une chasse l'autre, et loin de contribuer à la croissance ou la sdi-* dite d'un corps par leur choc et leur frottement incessans, elles en bâtent la dissoiutioD. Voici pourquoi les corps dont les vides sont exigns et divisés, sont les plus tenaces, lesr pins durables et les plus long-temps attractils. C'est aussi pourquoi les vides de l'éther ne sont jamais qu'accidentels el courts.
En présence de ces faits, on peut se demander si la pression causée par l'alQuence des matières se prééipitant les unes sur les autres, ne contribue pas autant à la con* centralion des corps et à la formation des masses que Taltraction des molécules. Cette attraction vient, disfonsnotts , de leurs vides internes et anssi des vides que présentent leurs interstices, suite d'une union toujours imparfaite. Oii pourrait ainsi douter que les molécules aient jamais eu une vertu réellement attractive. Si elles Pavaient eue, elles PaFuraient encore ; et pourtant, qnand vous séparez les parties dTun corps , vous ne les voyez pas se réunir : seulement, si vous les placez sur le» bords d'utt vase o« d'un entotfnoir dont la pente est assee rapide , elles courront sut cette pente et ne s'ar-^ réteront plus qu'elfes ne soient au fond. C'est ici la conséqnenee simple de la pente et du pords.
Ir'attraetion moléculaire, comme la gravitation nniver* selle, ne serait dont que l'dM de Féquilibre e€ du besoin* IV 19.
d^aplomb , besoin qui veut que les matières les plus légères gagnent la surface et surmontent les plus lourdes qui, par ce refluement, sont continuellement repoussées vers le vide.
Telle serait la cause de Finfluence du vide sur le plein, et réciproquement. Une molécule ne se précipiterait vers une autre que parce qu^il y a un vide en elle ou à côté, et les masses les plus attractives seraient celles qui offrent le plus de vide absolu ou de pores libres de toute substiince.
Si cette attraction du vide est réelle, une masse isolée ne serait pas attractive, ou du moins son attraction serait sans effet. Il faut donc , pour que l'attraction se manifeste, une communication libre avec Tatmosphère ou avec d'autres corps, et c'est toujours aux dépens de ces corps qu'elle s'exerce. Un vide ne se remplit que lorsqu'un plçio se vide. La formation d'une masse entraîne la dissolution ou au moins le déplacement d'une autre masse. Toutes les parties de la matière sont ainsi attirantes ou attirées.
Cette communication avec l'espace est non moins nécessaire à la formation et au développement des végétaux et des animaux. Tous absorbent la matière éthérée. L'air est leur première nourriture : s'ils en manquent , ils souffrent, se déforment et bientôt tombent en dissolution.
Cette nécessité de Tair à la croissance et à la vie des corps, la part que sa condensation prend dans leur organisation , n'a jamais été mise en doute. Elevez un enfant dans un endroit obscur et peu aéré, au lieu de grossir, il maigrira*. Plantez un arbre dans une cave, s'il y vient, il y restera faible et rabougri.
Voici un exemple récent de ce que donne l'air au développement des végétaux : une masse de cent kilogrammes de terre végétale fut mise dans une caisse; oo y planta
un arbrisseaa pesant deux kilogrammes et demie. Cette terre fat soignensement arrosée. Cinq ans après, Parbrc fut déplanté , it pesait quatre-vingt-cinq kilogrammes ; et la terre, pesée de nouveau, n^avait perdu que soixante grammes de son poids.
11 résulte de ceci que c'est à peu près l'air seul , et peut-être une Tégère partie d'eau, qui avaient fourni la substance de cet arbre.
La formation des organes végétaux et animaux ne diffère donc que peu ou point de ceUe des masses ou des concrétions élémentaires. Elle a heu pair l'affluence de la matière extérieure, de la lumière, de la cbalcur, du fluide étbéré surtout, pénétrant à travers des milliards de pores, aboutissant aux vides intérieure et aux parties vitales.
La fécondation n'a lieu que par cet échange de matière ou la transmission et le renouvellement des fluides an moyen des vides, toujours plus nombreux dans l'individu fécondé que dans celui qui féconde. C'est par cette raison que, dans tontes les races, les femelles ont la fibre plus molle et la contexture moins dense , moins serrée que chez les mâles.
Quant aux mouvemens de ces corps et tons les gestes qui expriment et exécutent la volonté , ces mouvemens aussi ne sont possibles qu'à l'aide du vide relatif ou absolu et de l'écartement des molécules.
Dans une substance d'une d^sité complète, tout serait immobile et la vie sommeillerait étei'nellement , car ce n'est qu'au moyen du mouvement imprimé à la matière que cette vie peut se mettre en communication avec l'espace et qu'eNe aUirc à elle les parties subtiles servant à la constktttiofi des organes des sens et môme de ces rouages, de ces ressorts bien autrement complexes/ qu sont les instrmuens directs de l'aionic et de la pensée.
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Si le vide est indbpensaUe à la formation et an mouvement de tous les corps , oa vcMt aassi la psHrt qu'il prend à leur décomposition qui eommence quand Tak* traction cesse ou lorsque la pression du dehors ne peut plus vaincre la répulsion du dedans,' ce qui arrive quand les vides intérieurs soot. comblés ou ne s<Hit plus pénétrables. Alors les corps, noinseuleoient ne reçoivent rien, mais ils perdent ce qu'ils ont reçu. Ils attiraient, ce sont eux qui sont attirés^ non dans tenr masse ou leurs éléjnens grossiers, nais dans leurs molécules essentielles et indispensables. Les molécules se détendant, les vides s'élargissant , les parois cédant à une autre attraction sont entraînés vers d'antres vides, et la dissolution sV chève par la dispersion des parties passant de l'état de densité à celui de fluidité ou d'atomes impalpables.
On voit clairement ioi le rôle important que le vide moléculaire, ce vide partiel et divisé, joue dans» la nature. Espace, élémenis, mas8ê„ fragmens ou corps^ matière dense ou fluide, le vide y est. H y est, non en étendue, mais en atonne ; enfin , il y a du vide partout* S'il n'y en a pas entre les meèétules , il y en a dans ces molécules. C'est ainsi seulement qu'elles sont eoinpressibles, et qu^après aroir été comprimdesy elles peuvent se dilater de nouveau en reprenant leur. vide. intérieur*
Là git tofil le mouvement de la matière. Otes le vide des molécules, ôtez aussi la possibilité de te coinptimer ou èe le faire disparaître, et ensuit» oelled^y' reparaître par It seul fait de rélDi^nemcvA de la cause de eont^resaiQn, il n'y a plus d^éiasticité , de pression, de dibfcaftionf, de oofideasationou de monvemeiit fwssiblies* Egalemeit im** pététreble^ taut restera dans la même. foUfoie, dans la même position^ Le vide est donc uoii neina nécessaire À l'ouvre cvéatriee^ (|ue la matière ettennânm. C'est la présiuu» diÉ vide et k nécessité de FéfailiiNie qui ex-