AHI
i» bommes «u premier des animaux ^ il n'y a vérita^
bkment qu'un pas. £t oomoae la nature ne nous offre
pas de transition brusque dans son développement et
sa croissance , comme la création est une action lente ,
liien que continue , nous en conclurons que du plus;
intelligent des animaux, de celui qqi touche à l'homme
à celui qui en est le plus éloigné , il doit y avoir tous
ks intermédiaires, tous les chaînons d'une chaîne non
interrompue , chaînons représentés par autant de formes
différentes, car, de causes inégales, doivent surgir des
dfets inégaux.
Ces créations ou ces formes diverses sont sous nos yeox. Dès4ors comment croire que ces races si nombreuses, à variées, qui couvrent la terre, y ont été jetées au btsard? Comment penser qu'elles n'offrent pas les degrés dfne marche ascendante? Nous avons devant nous tous ks anneaux de la chaîne, et nous ne voulons pas qu'il f «t de chaîne. Mais alors à quoi bon ces anneaux?
Si nous reconnaissons qu'ils existent et, par cela même, qu'ils ont un principe et un but , pourquoi , lorsque de leur existence résulte une démonstration si claire , ions égarer dans cette idéologie orgueilleuse et dans un système d'une solution impossible? Adoptons donc la oombinaison la plus simple , puisqu'elle est en mêmei temps la plus logique ; et qu'ici le témoignage de nos yeux se trouve d'accord avec celui de notre raison. Ces êtres sont inégaux de taille, objectera-t-on.
— Tous les degrés d'une échelle sont-ils à la même hauteur ? Les doigts d'une même main , bien qu'ils soient ii^ux, ne sont-ils pas frères?
— Mais nous ne voyons pas ces êtres passer d'une forme à une autre ou de la mort à la vie?
— Voyons-nous naître un arbre? Est-ce seulement parce que nous mettons un pépin dans la terre qu'il vient un
pommier? Non, il y a encore quelque chose qui fait croître ce pommier , qui eu fait sortir des fleurs et des fruits , quelque chose que rien ne pourrait suppléer , qu^aucune puissance ne pourrait produire , parce que l'ame , ou la vie , émanation de Dieu , n'a jamais été produite : elle a toujours été, parce qu'elle doit toujoon être.
Sans doute, entre la vie et la mort est un effet qui nous échappe, un mystère impénétrable pour nos yeux humains , peut-être pour notre raison. Mais parce que nous ne voyons pas la transition d'une forme à une autre , est-ce une preuve que cette transition n'ait pas lieu? N'est-il pas mille et mille faits dont nous ne nous rendons pas compte et qui , cependant , existent? Il est bien plus aisé de croire qu'un homme a eu un antécédent que de croire qu'il n'en a pas eu. Je comprends qu'un être qui a les mêmes sens, la même organisatioa et les mêmes passions que l'homme , puisse devenir homme ; mais je ne conçois pas qu'il puisse être homme avant d'avoir été autre chose.
Je vois partout, dans la matière végétale et animale, une progression : pourquoi ne serait-elle pas dans la nature humaine? L'homme veut qu'elle soit devant lui, et il n'entend pas qu'elle soit derrière. Il y a là contradiction.
Il y a mauvaise foi : c'est son orgueil qui repousse l'évidence. S'il a isolé l'être de l'être , s'il a élevé cette barrière infranchissable, entre les animaux et lui , c'est qu'il a horreur de la consanguinité , c'est qu'il craint que cette filière n'arrive jusqu'à lui, c'est qu'il ne veut pas avoir la même origine.
Faiblesse, vanité, que tout cela. Cette vanité lui a dit que lui, homme, devait s'élever au-dessus de l'homme: il y a cru. Et cette vanité s'est révoltée quand la raison
a ajouté qoMl pouvait tomber au-dessous. Il a voulu le
pins sans admettre le moins; et regardant avec dédain
des créatures si proches de lui , il leur a refusé un aFcnir , une pensée , la vie même ; il en a fait des machines sans volonté ni sensibilité , production anormale née de rien pour retourner à rien.
Et quelles preuves donne-t-il è l'appui d'une opinion si étrange? Comment peut-il la soutenir sans fermer les yeux à révidence et son cœur à la raison? Le despote regarde aussi ses esclaves comme étant d'une nature aotre que la . sienne : il croit que lui seul est un être divin. Mais ses besoins, mais sa faiblesse, mais ses maux, mais la mort enfln, lui rappellent bientôt qu'il est de la née commune.
Oui, si nous n'étions pas aveugles, nous reconnaîtrions, èns cette créature qui rampe à nos pieds, la dernière opression de la vie ou le principe déchu de notre intelligence.
Sans doute Dieu nous avait faits grands d'abord ; mais depuis, nos vices nous ont faits petits. Nous ne sommes tombés si bas que par nos fautes. C'est un fait accompli : partons donc de ce point inGme , puisque Dieu l'a voulu; pnisque , dans sa bonté , il nous h permis de regagner , par nos efforts, tout ce que nous avons perdu par nos faiblesses; puisque cette intelligence, eu se relevant, va parcourir de nouveau tous les degrés de la création et embrasser l'univers.
Pourquoi donc notre fierté se révolterait-elle de n'avoir pas toujours été ce que nous sommes? Mais la matière seule est stagnante; elle seule ne croît ni ne décroît. La vie est agissante; si elle ne l'était pas, elle ne serait pas la vie : toute action a ses périodes ascendantes et rétrogrades.
Nous nous détournons avec dégoût de la possibilité
84 ANl
d'avoir été on quadrupède , un insecte , un ver ; nous y voyons un système de dégradation qui ravale rhumanité, Mais avons*nous toujours été fort, et avant d'être hommt n'étions-nous pas enfant? Avant d'être enfant n'ëtionsnous pas embryon , fœtus , moins encore? Dans cet état, valions-nous même cet animal, ce reptile, cet inseete? Ah ! nous valions cent fois moins ; car dans son exigoité, il sait défendre sa vie , pourvoir à sa subsistance et i celle de ses petits ; et nous , embryon, que savons-nom, que pouvons-nous? Et dans l'état de sommeil, de délire, d'ivresse, de maladie, quand notre intelligence est obseuiv cie, valons-nous mieux encore que la brute, et, comparativement, n'est-elle pas la créature forte et raisonnable?
Cet être humain qui se dit si grand, eût-il, par instant, la puissance de toucher au ciel, s'il ne peut s'y soutenir, si c'est pour retomber immédiatement sur h terre, cet être humain, je le demande , est-il un être fort? Cette machine corporelle sujette à tant de maux, cette machine si facile à désorganiser, à rompre, à briser, est-elle complète? Son organisation est-elle arrivée à son terme, à sa perfection? Quelle serait donc cette perfection, et comment croire que le Créateur ait ainsi abandonné son œuvre inachevée?
L'animal, plus imparfait, plus malheureux encore, d'où viendrait-il, où irait-il? Rampant aux pieds de l'homme, de cet homme qui lui semble l'idéal de la force , de II puissance, de la féhcité, toujours il le verrait devant lui, sans jamais pouvoir arriver jusqu'à lui. Quoi! Pesclavc serait toujours l'esclave , la victime serait toujours la victime ! Plus de justice , plus d'égalité , plus de compensation : des espèces naîtraient pour être éternellement dévouées au malheur et le sang coulerait, comme l'ean de la fontaine , pour désaltérer le passant ! Qu'aurait donc fait l'animal, pour être ainsi sacriGé?
Cet animal, sorti conome Thomme de la main de Dieu, cet animai , lui aussi , animé du souffle d'en haut , cet animal pourvu de sensibilité et d'espérance , cet animal, être organisé et non moins admirable dans sa faiblesse que rhomme dans sa grandeur , pourrait dire au Créateur : • Pourquoi avez^vous rendu cet homme plus fort , plus poissant que moi? Ne suis-je pas, comme lui, né de votre soufile? Pourquoi Pavez-vous destiné à vivre et moi à mourir ?
• Vous avez voulu que je sois, pourquoi dpis-je cesser d'être? Quel a été le but d'une existence que je dois perdre pour ne la retrouver jamais? Vous êtes injuste, car vous me condamnez à la mort quand je n'ai pas mérité la mort. Vous êtes cruel , car vous mettez sous mes yeux un être à qui vous accordez l'immortalité.
• Vous êtes injuste encore , parce que vous m'avez â«mé« comme à lui, des appétits et des passions, parce qat vous me soumettez, comme lui, à des épreuves, à des combats contre ces passions, contre ces appétits.
> Pour lui , ces épreuves ont un terme , elles le conduisent à un meilleur sort; et moi, diles ne me conduisent qu'au néant.
> Si je sui3 , comme lui , portion de la vie et de la création, pourquoi m'avez- vous traité plus mal que lui, moi qui, jamais, ne me suis rendu coupable?
• Je suis le plus faible, sans doute ; mais c'est parce que vous m'avez créé £aible, et qu'en me donnant le m£me amour de l'existence, vous m'avez laissé moins de moyens de la d^feudre.
» Je vis, je ne sais pourquoi; mais je sens que je vis. Je sens la douleur, je la comprends, car je la fuis, car je crains la mort. Puisque je dois n^urir, pourquoi, <poi iossi, d^iré-je vivre? Pourquoi, nu)i aussi, dois-je souffrir, puisque cette souffrance n'a pour moi fanlfie boitât que la souffrance? 4.
" Est-ce donc pour Fusage d'un autre que vous m'avez fait naître ? Dans quel but, alors, ai-je la conscience de mon être et de ma liberté? Pourquoi ai-je une volonté?
" Si ^ous ne m'avez créé que pour devenir sa nourriture , pourquoi ne suis-je pas resté matière et chose inerte? Pourquoi m'avez-vous rendu sensible? Ne pouvaisje servir à ses besoins , à ses plaisirs sans qu'il en résultât un mal pour moi? Ne pouvais-je avoir de la chair et du sang , comme le fruit a de la pulpe : en quoi les tortures que j'éprouve peuvent-elles contribuer à son bien-être? En me donnant la sensibilité , nonseulement vous m'avez fait un don inutile , mais vous m'avez fait un don cruel. »
C'est ainsi que pourrait s'exprimer l'animal , et ses reproches seraient fondés, si les choses étaient ce que la science nous les montre. Mais la science de l'homme n'est pas celle de Dieu. Sa justice n'est pas notre justice insensée ou aveugle. Père de toutes les créatures. Dieu a , devant toutes , ouvert les mêmes voies. Leur inégalité de forme n'est que celle de leur âge et de leur raison. L'être faible est l'embryon de l'être fort, comme la chenille est la larve du papillon.
Mais dans l'insecte, ce changement d'apparence purement superGciel n'est que la suite de la croissance, de son corps qui passe de l'adolescence à la puberté; tandis que le changement de forme que préparc le renouvellement complet de l'enveloppe , a pour principe rintelligence. C'est donc la croissance ou la décroissance de cette intelligence (lui fait la mesure de la forme nouvelle; et c'est la volonté, la liberté que Dieu a conférée à tous qui fait, pour chacun, la mesure de Fintelligence.
Oui , nous l'affirmons , Dieu a donné une ame à tout
ce qui vit : ame immortelle , ame indélébile. Dans cette
ame, il a mis vouloir et pouvoir, et pour contre-poids, la conscience.
Cette conscience , cette science du bien et du mal , faible dans Tétre faible , immense dans Tétre immense , est le fanal à Taide duquel le plus débile, comme le plus fort, peut se guider par sa raison ou par son instinct, et peut choisir entre la bonne et la mauvaise voie, entre celle qui nous rapproche de la perfection et celle qui nous en éloigne: or, la perfection, c'est Dieu.
On le voit donc : animal ou homme , heureux ou malheureux, innocent ou coupable, l'être est ce qu'il s'est fait; il se trouve où il s'est mis: les formes diverses ne sont que les degrés de transition de sa marche ascendante ou rétrograde. Ce sont les points de station de l'ame , ses jalons ou ses temps d'arrêt.
Immensité, immortalité: telle est la carrière de l'homme, tdle est celle de tous les êtres de la terre et du ciel. Vonivers est à Dieu, et Dieu est pour tous.
Ecartons donc enfin ce voile qui nous couvre les yeux. Ik nous arrêtons plus à ces vaines apparences , à ces formes d'un jour , ne considérons que Tesprit : c'est l'esprit qui fait l'être ; c'est l'équité qui fait la force.
Qu'importe alors l'enveloppe que cette intelligence emprunte aujourd'hui pour la rejeter demain.
Que l'esprit persévère, qu'il s'élève vers Dieu, principe de tout bien, et les progrès de sa forme suivront ceux de sa raison.
Voyez : Progression , éducation des animaux , langage des animaux.
ANNONCES , CHARLATANS. J'entendais un jour, dans une foire de village, un empirique qui s'exprimait ainsi en débitant sa marchandise, du haut d'un brillant tilbury qu'entourait une foule nombreuse : « Défiez-vous des charlatans , messieurs ; c'est la peste de la société , et
68 ÂNN
je ne conçois pas comment le gouvernement les tolère. Qu'il y ait des gens assez imbéciles pour les écouter et qui se tiennent là autour d'eux , les bras ballans , la bouche béante : c'est ce que ni vous ni moi ne pourrions comprendre. Eh ! bien , messieurs , c'est pourtant ce qui arrive , tant est grande la simplicité publique. Non-seulement il y a des individus qui les écoutent, mais il y en a qui les croient.
» Quant à vous, honnêtes habitans, vous avez toujours su , avec cette sagacité qui vous caractérise , distinguer les vrais sa vans de ceux qui n'en ont que la langue; et c'est aussi par la franchise et la candeur que je veiii mériter votre confiance. Cette eau, messieurs , celte ean merveilleuse , incomparable , je la tiens de la main du grand sultan lui-même, qui s'en servait pour faire périr ses sultanes quand il voulait renouveler son sérail.
^ Nous ne vous la proposons pas pour un usage aussi immoral. D'ailleurs, elle est tout- à-fait inoffcnsive contre les chrétiens et les chrétiennes; et loin de vouloir en user pour vous donner la mort, c'est pour vous en préserver que je vous l'apporte; c'est pour garantir vos personnes, vos femmes, vos enfans, vos bestiaux, vos fruits , vos légumes de la voracité d'un animal qui pique, qui suce, qui dévore, et qui, courant dés vivans aux morts et des morts aux vivans , peut ainsi vous communiquer, par ses attouchemens, la lèpre, la peste, la fièvre jaune, le choléra-morbus et mille autres maladies plus ou moins mortelles ou pestilentielles et toujours désagréables.
» Cet animal , c'est la mouche , messieurs ; la mouche qui, malgré sa petite taille, est plus cruelle que le tigpe, plus venimeuse que le serpent. Cette eau précieuse est destinée à la destruction de ce funeste insecte. Une seule goutt€ versée à la place qu'il fréquence suffît pour hii
ÂNN 89
procnrer ud étourdissement subit, suivi de crampes, de eonvulsions, puis bientôt d'un trépas inévitable, etc. •
Un autre de ces docteui*s en plein vent, quoique cheninant plus modestemeut , ne parlait pas moins bien. « Si je ne vais |)as en voiture , disait-il , c'est que je n'en ai pas. Si je monte, sur une chaise , x^'est pour rotre commodité et non pour la mienne; car je souffre de me voir ainsi entouré , regardé , moi qui suis si timide et qui ai le beau monde en horreur, etc. »
Tout Paris a vu un homme de grande taille en costume militaire, stationner au coin des rues dans une voiture portant cette afûche : « Fabrique de très-haut , trèspaissant , très-illustre , très*excellent , très-généreux et très-luisant cirage, par le citoyen Buchoz-Hilion , ancien ealonel. »
Nos pères aimaient beaucoup les enseignes joviales et fusant calembourg : la mode en est passée. Aujourd'hui, fes enseignes sont devenues de la science. L'on pourrait fiure un cours d'histoire sur celles de Paris.
Dans les campagnes , on préfère le sentiment ou la gloire militaire. Aux cœurs unis ; telle est la légende d'an cabaret où deux ivrognes s'embrassent. Ou bien : à la parfaite volupté, bon vin, bon logis, bon visage.
Nos voisins d'outre-mer font aussi du sentiment à leur manière. Il y a une taverne à Londres ayant pour enseigne : Hog in ihe pound , le cochon dans la mare. C'est John Bull en jouissance de ses droits.
Mais le charlatanisme des affiches et des enseignes pâlit devant cdui des journaux. Si vous en doutez , prenez an hasard et lisez :*
Avis à tous les hommes : ressemelage de bottes.
Avis aux amateurs de bonne cuisine : déjeuners à soixante centimes, dîners à un franc.
Prodige typographique: deuic cent dix francs donnés
90 AINN
pour rien. Deux cent soixante gravures, trente voIuiiks contenus dans le keepsake : contes merveilleux. Ce charmant journal paraît tous les samedis.
C'est une énigme de bon marché que le succès peut seul expliquer : pour cinquante-cinq francs , on 'a cin^ quante-cinq ouvrages des meilleurs auteurs contemporains avec un abonnement gratuit de trois mois.
M. De *** vient de publier un livre ravissant : Madam la duchesse de Bretagne prendra rang parmi les plus jolis romans de la presse française.
Recette pour avoir de splendides étrennes gratuites : courez, prenez chez un directeur des postes un mandat de vingt-cinq francs, envoyez-le chez M***.
Nous sommes heureux d'annoncer que le docteur N*** vient de transporter le cabinet de ses consultations gratuites rue Saint-Denis , numéro.... , où il continue à émerveiller ses nombreux visiteurs par la certitude et la rapidité de ses guérisons innombrables et miraculeuses, dont retentissent depuis douze ans Paris et ses environs, ainsi que le prouvent les adresses de plus de six mille personnes guéries en trente et quarante heures.
Fumeurs , lisez : le superbe modèle de pipe du père Trinquefort vient de paraître au dépôt central des pipes, rue de l' Arbre-Sec, 20.
Dents à dix francs posées en une séance : durée étemelle.
Pâtés de thon, croûtes fondantes : mangez.
Dix mille francs de récompense à celui qui prouvera que l'eau de *** ne fait pas repousser les cheveux.
Une grande réussite a constaté le don de divination de madame ***, rue..., numéro... On recommande cette habile nécromancienne aux personnes qui veulent recourir à son art.
Clyso-pompes perfectionnés.
. On demande un associé pour une entreprise qui offre des
koéfices considérables, sans aucune avance ni chance de perte. Le cautionnement à verser est de dix mille francs.
On désire emprunter, avec un intérêt sur des béné6ces qui pourront s'élever à vingt-cinq pour cent, une somme de cinquante mille francs.
Un ancien négociant, ruiné par un abus de conGance, sollicite une place de caissier.
M*** demande une cuisinière de trente à quarante ans. 11 faut qu'elle sache donner à manger au cheval.
Une jeune OUe d'une conduite irréprochable et pouvant fournir les meilleurs répondans, demande un emploi de nourrice.
Une dame anglaise voudrait être reçue dans une honnête famille pour y montrer sa langue aux enfans.
On demande des jeunes personnes de quinze à seize us pour leur appreudre un état agréable.
A céder, pour cent écus, un meuble de salon entièreoeot neuf, ayant coûté six mille francs.
Un jeune homme d'une famille distinguée , mais peu fortuné, désirant voyager, demande une place de secrétaire ou d'instituteur. H sait raser et coiffer, et parle allemand.
Mademoiselle Lucie, âgée de vingt ans, désire se placer ebez un homme seul; elle est d'un physique très-avantageux.
On demande un chien d'arrêt de deux à trois ans , pouvant servir à deux fins.
Ont été oubliées, dans un fiacre, une montre et une paire de gants. Cinquante francs de récompense à qui rapportera Tune et l'autre.
La dame qui a perdu son éventail dans la soirée du H, le retrouvera au numéro 4, rue Bleue, à l'entresol. H ne sera remis qu'à elle-même.
Je ne finirais pas, si je voulais citer toutes les facéties
des journaux français qui, pourtant, ne l'emportent pas
sar les journaux américains , et moins encore snr les journaux anglais , qui ont adopté pour leurs annonees la forme de Tincident. En voici un exemple:
Un malheur affreux vient d'arriver à lord Pi***. En voulant décharger son fusil de chasse, il a été renversé par le recul de l'arme mal appliquée à l'épaule et s'est fait à la tête une blessure dangereuse. Une heure après^ il a été trouvé sans connaissance et baigné dans son sang. On espère le sauver. La cause de cet événement est la distraction de ce seigneur, qui avait mis trois charges dans le même canon. Cependant, chose étrange! le canon a résisté et le fusil a été ramassé intact.
Cette arme provient de la fabrique de M. ***, arquebusier, rue de...., si connu pour l'excellence de ses fusils de chasse et la modicité de ses prix.
Sir Henry B*** s'est pendu hier avec une corde de soie végétale. Nous ne saurions trop recommander cet article qui est très-avantageux pour toute sorte d'usages. Le dépôt est, etc.
Maintenant, parions sans figure. Je ne demanderai pas s'il est honnête et décent à un journal de faire le métier d'entremetteur et de proposer des demoiselles aux personnes seules, ou bien d'être le courtier de messieurs tels et tels et la trompette de leur galbanum , je traiterai seulement ici la question financière et morale, et je dirai: Pourquoi s'abonne-t-on à un journal? — Pour le lire. — Pourquoi le lit-on ? — Pour s'instruire, ou du moins pour passer le temps agréablement^sPr , qu'aurai-je appris et comment aurai-je passé le temps, quand, pendant six mois, j'aurai lu que madame A*** vend de la pommade pour teindre les cheveux, que monsieur B*** guérit les maladies secrètes , que monsieur G*** achète les vieux habits et les vieux galons? Est-ce pour cela que je prends un abonnement? Et si je paie la feuille entière , peut-on
AR6 n
Mre payer encore fe dani-feuille an gaérissenr de teigne,
«a marchand de pommade? H y a là double emploi ; et, en bonne conscience , on ne doit pas vendre la même chose à deux personnes.
Passons encore là-dessus et venonâ à la question morale. Les journaux sont, comme chacun sait, les dispensateurs de la renommée. Cependant, Xd jeune auteur peut produire un chef-d'oBUvre, il peut en produire dix, sans que le public a ait la plus petite révélation , s'il n'a pas d'ami pour loi faire un article ni d'argent pour le feire insérer. Pioarquoi cda? C'est que chaque place du journal doit rapporter, et que son affaire n'est point de signaler un dief-d'œuvre ou d'empêcher un grand talent de mourir de faiim, mais bien de remplir la caisse.
Dès-lors, arrière le chef-d'œuvre, place à la pommade, |l»6 au chien perdu , place à mademoiselle Lucie ! Aussi, Il pammade se vend, le chien est retrouvé, mademoiselle laeie est pourvue et les actions du journal haussent. Cest donc un excellent journal qui conduira son directeur à la chambre , peut-être au ministère , et , dans tous les cas, à la fortune.
Dites, maintenant , du mal des annonces , et étonnez* vous qu'elles envahissent la moitié du journal. Je m'étonne bien plus qu'elles ne l'aient pas encore conquis tout entier. Cela viendra, et les articles de politique, de morale ou de littérature, tournés de manière à pouvoir servir à deux fins, nous donneront la nouvelle du jour pour nous anlOBcer la marchandise du lendemain. Ce sera un grand perfectionnement.
ARGENT. C'est, dans notre siècle, ce que l'on estime avant tout : ce n'est pas à tort , car lorsqu'on en a beaucoup , on peut avoir tout le reste , y compris la