‹ Hommes et chosesChapitre 15 sur 95 · ARM · texte numérisé non relu

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ARMES PROHIBÉES. Si les rois européens avaient autant de bon sens que leurs commissaires de police , ûs feraient, comme eux, un bon règlement contre certaines armes dont il serait défendu de se servir à la guerre.

En première ligne de ces armes interdites , je mettrais les canons, fusils, sabres et baïonnettes, qu'on réserverait pour se défendre contre les loups et la barbarie. Mais contre la civilisation , la civilisation ne se battrait qu'à coaps de poings.

A coups de poings ! c'est ignoble , dira-t-on. — Alors m pourrait prendre un bâton. — Un bâton!! mais c'est pis. — Eh ! bien, prenons-en deux, réunissons-les, faisonsen un assommoir , une massue. C'était l'arme d'Hercule , 'exterminateur des monstres et des tyrans. Qui oserait en faire fi?

On assommait les hommes en ce temps , comme on assomme les bœufs aujourd'hui. C'était simple et naturel. D'ailleurs, qu'importe la manière, pourvu qu'on en meure ! Est-ce pour autre chose qu'on se bat?

Puis, il ne faut pas qu'on meure trop vite et sans qu'on k sente. Autant vaudrait rester en vie.

C'est pourtant le danger que nous courons et ce qui ne peut manquer d'arriver , si l'on ne met pas un terme an perfectionnement des engins destructeurs. Quand la Tapeur leur viendra en aide, quel moyen restera-t-il de goûter de Tagonie?

Et l'éthérisatioi), que n'en doit-on pas craindre, lorsqu'on pourra la pratiquer en grand? Il suffira de faire crever nuitamment un ballon sur une armée, sur une ville, pour y envoyer tout le monde de vie à trépas, sans même qu'un

seul des trépassés se doute d'où la chose lui vient. Et si chaque peuple admet cette façon de faire la guerre,

c'est un moyen certain d'arriver à la paix. Quand la

maison est vide, il n'y a plus de querelle.

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ARTS ET DÉBRIS. Partout où furent de grandes villes et de grands royaumes, on trouve des chefini'cMifW brisés. Sont-ce les siècles ou bien les hommes qui liBS brisèrent? — Ce sont les hommes.

Pourquoi brisent-ils les chefe-d'œuvre? — DemandM à Fenfant pourquoi il brise sa poupée ou le joujou qifi admire.

Brisera-t-on les statues qui ornent nos musées? — Sans aucun doute , et avec elles tous les palais qui les oeotiennent , à moins qu'on ne les brûle.

Une seule chose pourrait prolonger leur existence: ee serait leur oubli complet ; ou bien encore la migration on rextermination des peuples de cette partie du monde. Âlorv bien des siècles après , le voyageur pourrait les retrouver debout.

Jusqu'à ce jour , on n'a découvert de monumens bien conservés que ceux qui avaient été ainsi oubliés.

Qu'est-ce qui amène la destruction des chefs-d'œuvre? — L'invasion , la révolte , la liberté et la joie populaire. Oui, quand la canaille s'égaie, elle brise.

Il est vrai qu'elle brise aussi quand elle s'attriste, et même quand elle n'est ni gaie ni triste. Bref, die brise toujours ; elle brise par jactance, par caprice, par d^œnvrement, enfin parce qu'elle s'ennuie. C'est une occupation comme une autre. Ordonnez un chômage de huit jours et ouvrez à la populace toutes les portes de vos musées, sans surveillance ni contrôle, au bout des huit jours il n'y aura pas une statue ni un tableau d'intacts.

Ce peuple, d'ailleurs, brise pour briser, bien plus que pour détruire. Quand il a cassé le nez à une Venus, le bras à un Apollon , il est content et il s'inquiète peu si le reste subsiste.

Il n'en est pas de même quand c'est la haine , l'envie ou le fanatisme qui brisent. Alors ils prennent leur temps

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etoe lâchent leur proie que lorsqu'elle est en poudre. An ka de liyrer nos statues à la populace des rues, livrez-les à DOS puritains, et vous verrez ce qu'ils en feront.

Je parle ici des gens de France ; car en Italie , il faut le dire, le peuple est conservateur, et quiconque porterait k main, Mt-ce sur le plus païen de ses dieux , y serait OGommunié ni plus ni moins que s'il eût décapité saint Pierre. Aussi, ne Ta-t-on jamais vu expulser de ses temples les anges , les madones ou l'enfant Jésus , sous prétexte qu'ils étaient peu convenablement vêtus. A l'aspect de eette absurde expulsion et du marteau sacrilège levé sur des chefs-d'œuvre, ils nous auront crus de la famille de Judas et tout-à-fait propres au feu éternel.

En ceci, les ultramontains, tout arriérés qu'ils sont sur fiatres points, valent mieux que nous; et si ce vanda- Ksine , qui ne laisse pas que de s'étendre depuis quelque teaps , s'arrête quelque part , ce sera en Italie. La relifion y protège les arts; elle y aime le beau, le sanctiûe, et ne permet de destruction d'aucune sorte.

Voyez : Alignement.

ASSISES RURALES OU TRIRUNAUX D'AGRI- CLXXURE. C'est une chose à la fois triste et comique que la manière dont nos tribunaux ordinaires , et même DOS juges de paix , décident des contestations rurales et en général de tout ce qui tient à l'art du laboureur ou da jardinier. Comment en serait-il autrement? Un magistrat n'a été élevé ni à Grignon ni à Roville , et ce D'est pas à l'école de droit qu'il a dû faire un cours d'agriculture. Alors que peut41 entendre aux 'affaires des champs?

Pour juger les délits de commerce , on a établi, avec grande raison, un tribunal spécial. Dans sa compétence

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