‹ Hommes et chosesChapitre 4 sur 95 · AFF · texte numérisé non relu

AFF

sur cent personnes qui entrent au temple sous prétexte d'adorer , il y en a un tiers qui y vont pour autre chose, et uu autre tiers sans savoir ce qu'elles y vont faire. Aussi n'y font-elles rien. Elles ne demandent rien à Dieu, elles ne le remercient pas, elles ne pensent même pas à lui. Quelques formules inattentivement récitées, quelques gestes mécaniquement exécutés, voilà en quoi, pour elles, consistent l'adoration et le tribut d'amour qu'on doit à la Divinité. En vérité , les humains seraient plus difficiles , et il en est fort peu qui se tinssent pour satisfaits , si leurs cliens n'avaient rien autre chose à leur offrir.

Quoiqu'il en soit, elles sortent bien convaincues qu'elles ont adoré Dieu. Mais demandez-leur ce que c'est qu'adorer Dieu et en quoi ce qu'elles viennent de faire peut lui être agréable, elles ne pourront vous le dire ou elles le diront de manière à démontrer qu'elles ne l'ont pas compris. On me répondra qu'il vaut mieux ne pas comprendre que comprendre de travers. C'est possible. Aussi , nous ne demandons pas qu'on supprime le mot adorer pour exprimer l'hommage de l'homme à Dieu, mais nous voudrions qu'on le réservât pour Dieu seul, et qu'on n'entendît pas dire à chaque instant: j'adore ma femme, j'adore mon chat, j'adore le vin ou le café.

Pourquoi voulez-vous que je n'adore pas ma femme , me dira ce jeune mari; n'est-elle pas adorablç?

Nul doute, puisque c'est une divinité; d'ailleurs le code civil vous y invile et, au besoin, vous en requiert.

AFFAIRE. Tout le monde a les siennes, même les bêtes. Considérez un animal en mouvement , oiseau , poisson, insecte, quadrupède , il vous sera facile de voir s'il flâne ou s'il se promène, ou bien s'il va à ses affaires; bref, si c'est un touriste, un chasseur ou un voleur.

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Faire des affaires: tel est en France; en Europe, dans les trois quarts du monde, Tidée fixe d'une bonne moitié des individus de toutes les classes.

Qu'est-ce donc que des affaires? demandait un homme naïf. — C'est le bien d'autrui , lui répondait quelqu'un qui Pétait moins.

En général, les faiseurs d'affaires sont des gens qui font mieux les leurs que celles des autres, et leur cabinet est un trébuchet où on laisse toujours quelques plumes de ses aîles. Dans ce métier, faire*des affaires veut donc dire toQt simplement faire des dupes.

Chargé d^affaires est un titre plus relevé que celui de fûseor d'affaires. Il s'entend des ambassadeurs des grandes et des petites puissances.

Les particuliers ont quelquefois leurs chargés d'affaires ; t'est ainsi, du nràns, qu'ils nomment leurs factotums, leurs commis-voyageurs. Ces chargés d'affaires privées ont , comme ceux des affaires publiques, mission de tromper les gens. Seulement, ils les trompent pour le compte d'autnii à tant pour cent.

J'ai votre affaire signifie, à peu de chose près, qu'on a la sienne , et qu'on veut se débarrasser à vos dépens de quelqu'objet dont on ne sait que faire ou qu'on espère vous faire chèrement payer. J'ai votre affaire, dit ce maître qui a un laquais frippon ou maladoit dont il veut purger sa maison. J'ai votre affiaire, dit ce marchand qui a un fonds de magasin dont il ne peut se débarrasser. Défiez- TOUS donc des gens qui ont toujours votre affaire prête.

Faire affaire oSrt quelque chose de plus réciproque. Ici on peut faire les siennes en faisant celles des autres : c'est un échange qui peut avoir sa probité.

Les hommes du midi, les orientaux ne font jamais une affaire, un achat ou une vente, sans l'accompagner de beaucoup de paroles.

Dëns fe nord, le batnl eu affaires n'a ordinairement îîeu qiie fK)tir les petites. Quant anx grandes, elfes se concluent en peu de mots, notamment parmi les gens qui en ont beaucoup.

Le «banoèlier Bacon di^it qu^un long discoiirs ptrnr finir une affaire est comme une robe à longue queue pour la course.

Je vais totis fàhe une affaire ne tent pas dire la mémcf (jhoSe que je «ife faire Urne affaire avec vous, f^irè une attire à quélqu'thli Ê'est îiîl fôîre utie signification, c'est lui susciter une chicane, une ^aér^fé, c'èsll ttrMi ihériacè ènfîti contré sOn bdniiëur oii sa prolpriété.

Lui fctik Bovt affaire c^t ^is encore et aàiiiti^c^ 4d intentions bien autrement hostiles, car il ne s'agit k^ieri inoii^ qiiè d'tlliéi* âtfëtJdrè son boinme au coin d'un bois pbù^ lui icoupet \tk gb^ge.

' '''Âi)(Xr khlé affàvh àvee queî^i/ûn est beaucoup plus ittoHl : t^est alfer hobfnêtetnëiit sur le fétrafu pour y ét!h^gét ilh coup êCépée ou die pistolet, liâdii le goût des parties. Cette affaire est un duel.

Utië al^irë peut iuki être tmé bataille rangée : j'^tat^ à tkle affaire, dit ce rfeùx' is'bWhat.

Avoir àffixire' ai^ qmlîfaixn Ht vieîut pias dire cév&ir àffù,Wk a )iiMqtjtiik, Lorsque 'je dis au voisin : vous aure2 affaire à moi; cela signifie: je vdus rouerai de coups de t^biéfgs bu de bâtoh , bu bien encore, si c'est un praticien q^i^^iÀ-le : je refus ferai Tid procès.

J'ai èèffà^e i* Hwis af dobc unie toute ébtre signification que tous aurez â)jbty*è à mot. Ta! ^ffairlé à tous est inoffehilif, il s'iagit seulement d'ùtae affaires à traiter; tandis qtte dans l'autre, il s'agit d'bti bdiùme à tuer ou tout au moin^ à hiitteir.

Vbu9>^éie^ hors' â'èiffair'e est le compliment que fait un médecin à un malade qu'il n'a pas tuë, bU iin avocat à un

clieot qu'il a sauvé des giAères : c'est toujours un mdladtf (ffB en réchappe.

Ou n'eu finirait pas, si Ton voulait présenter toutes les* significations diverses que nous donnons au mot affaire;; c'est la rohha des Italiens , morceau qu'on sert à toutes sauces, depuis la plus naïve jusqu'à la plus épicée. Les étrangers feront dono bien dé peser le mot affaire avant de le prononcer ;. s'ils disent d'un homme : ses affaires totU en mauvais état , qu'ils se gardent de présenter là même image au singulier.

Bref, le mot affaire, comme celui dt ôhosSi remplit dads la langue française le rôle des grandes utilités; on le met è tout et partout ; seulement il ne remplace pas encore les noms et prénoms, et si l'on dit souvent monsiew on madame chose, on ne dit pas monsieur o^ ràadame affairé. Vais cela viendra.

Nous aurons à parler plus d'une fois de ces mots à double

scBs, véritable plaie des langues modernes, surtout de la nôtre, parce qu'ib prêtent à d'insipides jeux de mots et qu'ils empêchent souvent les étrangers de nous comprendre*

AGAMI. C'est un étrange oiseau! il a la manie de Tordre et de la paix. Âperçoit-il deux êtres qui se battent^ faissent-ils d'une autre espèce que la sienne, il va les séparer, et ceci sans violence, en piaulant, en criant, en les poussant doucement.

11 a un caprice plus bizarre encore : c'est la charité. Voilh il deux petits oiseaux afifomés, il ne s'informe pas s'ils doivent devenir rouges ou gris , si c& sont des oiseaux rares et précieux ou de méchans moineavx , il va leur porter à manger. U faut avouer que l'agami est une drMe de bétel

Jyossi, de peur que ^exemple ne gagne, les hommes le

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