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Quant au goût , je n'en sais rien ,• parce que rien ne me paraît plus bête que de mourir d'un champignon. L'empereur Claude en sait quelque chose; et Fhistoire Fa traité d'imbécile, moins en raison de sa vie qu'à cause de sa mort.
Les paysans piémontais, pour empêcher les manyais effets des champignons, les font bouillir dans l'eau oh ils mettent une tartine de pain et un morceau de fer. Aussi , n'en meuront-ils pas toujours. Eux disent jamais. Comme je n'ai point rencontré ceux qui en étaient morts, je n'ai pu, jusqu'à présent, résoudre la question.
Il y a, dans le royaume de Naples, une pierre qui, étant humectée , produit des champignons fort bons i manger. On expédie des blocs de cette pierre dans les diverses parties de l'itahe. La vertu productive ne s'en épuise qu'après un temps assez long et après avoir donné une grande quantité de récoltes.
Chez nous , on arrive au même résultat avec des crottins de mulet qu'on met dans sa cave. Pourquoi de mulet plutôt que d'âne? C'est ce que personne n'a encore pu me dire.
CHANGEMENT DE NOM {Mars 1849). En révolution, c'est presque toujours par là que se révèlent les Bertrands, c'est-à-dire ceux qui, n'ayant rien fait, veulent avoir l'air de faire. Ils brisent les choses , et à défaut, les noms : ils les changent comme si l'on pouvait changer les faits et empêcher que ce qui a été n'ait été.
C'est ainsi que telle rue de Paris a été baptisée, débaptisée et rebaptisée dix fois depuis cinquante ans. La rue Sainte-Anne est de ce nombre. Devenue la roc Anne, ensuite la rue Helvétius, elle est redevenue Smtt- Anne; puis redevenue Helvétius, et toujours ain^. La
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me Napoléon, la rue Lepellcticr et vingt autres ont subi non moins de transformations.
Et les théâtres, qui pourrait compter toutes leurs métamorphoses? L'opéra , qui u*avait rien à faire avec la politique , n'en a pas moins perdu son nom ; il a été proelamé :. théâtre de la nation ; et le tliéâtre français : ihééin de la répubUque, A coup sûr , les premiers qui inaginèrent ce changement furent des inil^éciles, et ceux qni le renouvelèrent en 1848 ressemblent beaucoup aux premiers.
L'opéra était un nom connu de tout le monde; on savait ou Ton allait: c'était du chant, de la musique qa'on voulait entendre. Maintenant le sait-on ? Que veut dire théâtre de la nation? Mais tous les théâtres publics sont les théâtres de la nation : ils ne peuvent mi^me subsister qu'ainsi. Si la natiosi n'y va pas, qui donc ira?
Quant au théâtre français, pourquoi voulez-vous qu'il ne soit plus français? Est-ce de l'alsacien ou du basbreton qu'on y débite?
Serait-ce le nom de république qui vous a séduit? Mais celui de France ne le vaut-il pas? Il y a aussi la république de Genève et celle de Saint-Marin ; mais il û'y a qu'une France que je sache. Point de confusion ici, et ne renions pas la patrie.
Lorsque des gouvernaus commencent ainsi leur règne, oo peut faire préparer le diuer de leurs successeurs : il o^aura pas le temps de refroidir.
CHANSON NATIONALE. Chaque peuple a la sienne, et les sauvages, comme les autres. Ils ne manquent jamais ^ l'entonner en chœur quand ils vont manger un homme 0» ^imillc. C'est d'obligation rigoureuse et même religieuse: une sorte de Benedidte.
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La nôtre fnt long-temps une chanson à boire: Fiw Henri IV, Ce couplet, remis à la mode en 1814, devint le ÇaAra de la Restauration: on fendait à Nîmes, à Avignon, à Marseille, en chantant: Vive Henri IV,
Le God save the king, ce chant national anglais, est un cantique que Lulli fit vers 1660, pour madame dé Maintenon, et que les demoiselles de Saint-Cyr exécutaient en chœur quand Louis XIV venait au couvent. Handel Tentendit , le copia avec la permission de la supérieure, el l'offrit au roi Georges \^^,
Le cantique de Saint-Cyr , traduit littéralement , est devenu ainsi Fair national anglais et hollandais. Voici les paroles françaises :
Grand Dieu, sauvez le roi, Grand Dieu, vengez le roi,
Vive le roi!
Que toujours glorieux, Louis victorieux, Voie ses ennemis , Toujours soumis, etc.
La Marseillaise , composition de circonstance , eut un succès vraiment populaire. Il y a du beau dans cette chanson ou cette ode, comme on voudra ; il y a du laid aussi. D'un chant de guerre, on en avait fait en 1793, comme du stupidc Ça-ira, imc hymne au bourreau, un grincement de cannibale.
En 1830, la Marseillaise reparut et eut un vrai succès que ne put atteindre sa concurrente, la Parisienne , qui ne la valait ni comme poésie, ni comme musique.
En 1840 , à l'occasion de quelque velléité belliqueuse des ctudians eu médecine et en droit, nouvelle reprise de la Marseillaise, Il surgit tout-à-coup une foule de
héros en musique, qui , à rimitation des vainqueurs de Jéricho, prétendaient conquérir l'Europe par leurs accens. A cet effet, ils couraient les rues et les théâtres, y chantant la Marseillaise au public et , au besoin , la lui faisant chanter.
Jugez de l'agrément de voir interrompre un bon spectacle pour entendre quelques douzaines de braillards qui se faisaient accompagner par l'orchestre. Toi fut pourtant , pendant une saison , ce qui se passa dans nos grands théâtres.
Des grands , cela passa aux petits et jusqu'aux marionnettes, oh on la faisait chanter par polichinelle.
Les provinces , comme on pense , ne manquèrent pas d'imiter Paris. Marseille se distingua par son goût pour l'hymne qui porte son nom : tous les soirs, on la chantait au théâtre en grand chœur.
Ceci en éloignait bien des gens, moins par opinion peut-être, que par l'ennui d'entendre toujours la même chose.
Les comédiens s'en plaignirent au commissaire de police, qui leur promit de guérir le parterre de sa passion pour le chant national ; et voici comment il s'y prit :
Un soir, avant le spectacle, il dit au chef d'orchestre : « On vous demandera la Marseillaise, vous ne la jouerez îne quand je me lèverai , et ne cesserez de la jouer îue lorsque vous me verrez asseoir. « En effet, à peine a toile était-elle levée , qu'on cric : la Marseillaise ! Le commissaire laisse crier long-temps : il se lève enfin.
L'orchestre joue : on trépigne de joie. On la joue une «conde fois, on trépigne encore. Une troisième , on trépigne moins. Une quatrième, on ne trépigne plus. Une linquième , on fait silence. Une sixième, chut! le comnissaire ne s'assied point. Une voix cric : Assez. On l'ose pas faire chorus. On continue à jouer. Bref, on
crie: A bas la MarseiUaise! Et depuis , uni ne la ndemanda.
Dans d'autres villes, on se réunissait dans les nies et on allait la chanter sous les fenêtres des autorités, en guise de charivari. C'était une manière de leur reprueher leur tiédeur pour la gloire nationale.
A Rouen , une troupe de ces jeuues héros de h musique se rend sous les fenêtres du général Teste, commandant la division, vieux brave de l'empire, et loi chante Thymno du jour. Le général, qm vit bien qu'il y avait dans cette musique peu de bienveillance, paraît à son balcon , remercie les chanteurs, et leur dit qu'il ne doute pas de leur courage et de leur empressement à marcher à l'ennemi. Oui! oui! crient les chanteurs; nous y marcherons tous! Bien, dit le général; entrez donc, messieurs, je vais prendre vos noms et nous allons tons ensemble aller défendre nos frontières. Le général se rendit en effet dans son salon dont on avait ouvert les portes. 11 n'y trouva personne et la rue était déserte: nos jeunes héros avaient pris la volée. On a su, depuis, que ce n'était pas vers la Pologne.
On se croyait quitte de la MarseiUaise; mais voilà qu'en février 1848 , elle reparaît plus bruyante que jamais : orchestre, musique ujihtaire, orgue de Barbarie, concert public ou particulier, partout on la chante, on la hurle, on la miaule. On fait mieux, on la déclame, on la joue, et Ton court au théâtre français, devenu le théâtre de la nation , pour y entendre M"« Rachel qui , véritablement , la récite merveilleusement. C'est qu'avec du talent on rajeunit tout, on rend tout merveilleux. Qoi n'a pas entendu Fleury réciter dans le Misantrope :
Si le roi m'avait donné Paris, sa grand' ville , etc.