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De ces paroles plus que modestes , il faisait quelque chose (le sublime. C'est que, lui aussi, était un grand acteur, un grand dupeur d'oreilles.
Aujourd'hui 29 janvier 1849, la vogue de la Marseillaise continue , et des bandes de patriotes à figures assez peu barmouiques parcourent Paris en la chantant, à ce qu'ils croient. Bien .des gens pensent qu'ils se trompent. Ce qui est certain, c'est que ces grands citoyens ne semblent pas être de grands nmsicieus , et qu'Apollon écorcha Marsyas qui en avait beaucoup moins fait contre la mélodie et les oreilles.
Voyez : Poésie, révoliUion, etc.
CHANTEUR. Un brochet engloutit un brochet pres- ^u'aussi gros que lui. Aussi, dans un duel entre brochets, c'est celui qui ouvre la plus grande gueule qui l'emporte JUr son adversaire.
Ainsi faisaient les chanteurs et chanteuses de l'ancien >péra français : le plus grand gosier absorbait le moindre.
Aujourd'hui , le travail de la gueule en musique est rrive' à des proportions moins gigantesques. Les chaneurs de l'un et l'autre sexe s'escriment autant des bras t des hanches que des mâchoires : il semble qu'ils tirent îur voix de leur poche ; ou s'ils crient encore, ce n'est lus de manière à en mourir.
Ajoutons , à leur décharge , qu'ils crient moins par oût que par nécessité : il faut crier à l'opéra pour 9Dtenter le public qui croirait la France non moins en anger si l'on chantait sans cris, que si Ton dansait ans pirouettes.
Bien de si rare et dès lors de si cher qu'un grand lianteur. C'est que pour être un grand chanteur, il faut iToir non-seulement une grande voix , mais un grand
goût, et de plus, être un grand musicien, qualités qu'il est fort difficile de réunir .
Avec de l'étude et du temps, et surtout de la volonté, on peut, tôt ou tard, devenir grand musicien. On peat même devenir homme de goût.
Quant à une grande voix , elle ne s'acquiert pas, parce qu'ordinairement on songe à l'acquérir lorsqu'il n'est plus temps.
Je suis convaincu qu'avec un peu de soin on parviendrait à conserver la voix des enfans et à l'étendre à mesure que i'ûgc lui donnerait du corps et de la gravité. Aucune étude n'a été faite sur les causes de la croissance et de la décroissance de la voix. Elle ne serait cependant pas sans importance et devrait couduift à des résultats. Tous les individus de certaines familles d*oiseaux ont de la voix et la conservent : pourquoi les enfans qui, tous aussi, en ont, ne la conserveraient-ils pas ? Il y a donc quelque chose dans notre hygiène ou notre éducation (pii, après la puberté, empêche la voix de reparaître.
On dira : la nature le veut ainsi. Je demanderai pourquoi le veut-elle dans les uns et pas dans les autres? On répondra que c'est par exception , et que , sauf quelques oiseaux et quelques êtres humains, il n'est pas d'êtres chanteurs dans la nature ; que tous les quadrupèdes ont une voix opposée à l'harmonie ; que les poissons n'en ont pas du tout; que les reptiles sifflent ou coassent ; que les insectes bourdonnent ou n)u^ murent, ce dont nos oreilles les dispenseraient volontiers.
Tout ceci est vrai. Mais encore une fois , puisque l'homme est une exception, puisqu'il y en a qui chantent, je ne vois pas pourquoi ils ne chanteraient pas tous, ou du moins pourquoi il n'y en aurait pas un bien plus grand nombre? Je voudrais donc que quelque musicien
inatomiste consentît à traiter la question à fond, et me Ht pourquoi un homme chante et pourquoi l'autre ne Jiantc pas ?
Je voudrais aussi qu'il s'assurât si , en ôtant ou en joutant quelque chose au larynx, on ne pourrait pas aire chanter tout le monde.
Quand nous aurons tous de la voix , nous verrons à tous rendre tous musiciens : ce qui ne sera pas bien lifGcilc lorsqu'on aura débarrassé l'étude de la musique le ses ronces et de ses épines.
CnAOS. Que la terre se soit peuplée de végétaux et l'animaux au moyen des germes que contiennent les tubslances dont elle se compose, ou par ceux venus depuis le l'espace , c'est ce qu'il est assez malaisé de déter- Dincr. Mais l'expérience nous indique que ces germes l'ont pu se développer qu'alors que ces élémens , ayant vis leur assiette, ont commencé à se solidifier.
Ces substances , en se resserrant et en se pressant rers leur centre , augmentèrent de densité et perdirent le leur étendue.
Cette concentration des matières était nécessaire : sans ne base , il n'y a ni ordre ni œuvre possible. Avec un bide, quel qu'il soit, on ne peut rien édifier.
Le chaos , dans son principe , n'était donc que la di- ^sion des substances en molécules ou en parcelles. C'était l'absence de toute mas^e solide , de tout corps organisé , véritable néant, puisque la vie ne trouvant à s'attacher BttUe part et ne pouvant rien concentrer, était ballottée ^08 le vague ou assoupie dans le vide.
La faculté de vivre existait bien dans chaque être , lûais aucun être ne la manifestait. Cette manifestation ^ été une œuvre. La première condition de l'œuvre, ou
si Ton veut, la première œuvre, c'est la forme. Or, la matière, toujours variable et fugitive, n'était saisinaMe par aucune faculté de l'ame : aucun sens ne pouvant s'y appliquer tii s'y dessiner , ni aucnn organe s'y coDStitiluer, toute forme était impossible.
Dès lors, le développement de la vie ou son appRcation n'a pu suivre que les développemens de la matière ou son organisation.
Cette organisation de l'ensemble ou des grandes masses élémentaires ne pouvait émaner que d'un être dont la puissance et la force fussent proportionnées ù celles de ces masses. Aussi cette organisation fut-elle Toeuvre de Diea qui , en séparant les élémeus et les rendant cliactm è su nature, leur imprima, par l'attraction et l'équilibre, un mouvement régulier.
Ce que Dieu avait fait pour l'ensemble , il donna à rétrc la faculté de le faire poui- les parties. Il lui conlén la puissance d'emprunter des matériaux ù cet ensemble, à celle masse. C'était la première condition de la réalité de la vie ou de Tapplication de lu volonté.
Qu'est-ce donc que le chaos? Le désordre débordant la puissance organisatrice ou les efiForls de l'aroe. Or, la confusion des choses est un état anormal que Dieu ne permet que pour la punition des êtres. Mais les jours de réprobation ont un terme. Alors le chaos cesse, ks germes se réveillent, la natare reprend son cours, Pane sa volouté, et l'œuvre recommence.
CHAPEAU. Le chapeau , notamment le chapcaa d'homme, est en France, on peut même dire en Europe, le sujet d'une mystification permanente et la plus drôle, la plus incroyable qu'on puisse imaginer. Un chapean, pour peu qu'il ne soit pas de la plus mauvaise qualité
: qa'on ne s'amuse pas à danser dessus, peut aisément irer deux à trois saisons , et ce n'est même qu'après iflques mois, qu'habitué à notre tête et réciproquement, cooimence à nous sembler commode et à s'harmonier noire figure. Eniin , pour cette raison ou pour toute lire, nous aimons à conserver notre chnpeau tant qu'il i propre et solide et qu'il nous coiffe. Malheureusement, s chapeliers en ont ordonné autrement ; et quels que li^nt notre amour pour notre dit chapeau , l'état de )tre bourse ou nos motifs d'économie, ils ont trouvé loyon de nous le faire abandonner tous les six mois )ur en acheter un autre qui n'est ni plus beau , ni leilleur, ni peut-être plus neuf.
Or, voici comment ils s'y prennent. S'ils nous ont lurni en août un chapeau à petits bords, ils prétendent 1 janvier que les petits bords ne sont phis portables; : sur cette assurance , nous n'osons plus mettre notre iiapeau. Nous le donnons à notre valet qui, lui-même, ! donne à un manœuvre ou à un mendiant, parce que otrc valet ne veut pas plus que nous être ridicule, et ne le chapelier lui a dit , comme à nous , qu'on était idicule avec un chapeau à petits bords. Nous prenons donc un chapeau à grands bords, en ous consolant par l'idée que l'été approche et que les rands bords nous garantiront du sol.il. Mais le mois e juin est à peine arrivé, que voici mon chapelier qui rie haro contre les grands bords : ce sont des bords i grands, ni petits qu'il faut.
Ici la solution nous paraît facile : il ne s'agit que de Ogncr les grands bords pour en faire des bords moyens, lais l'habile fabricant a prévu le cas, et il a décidé que es bords moyens n'étaient admissibles que sur une forme le huit pouces de haut : la mienne n'en a que six. 11 faut looc encore une fois renoncer à mon chapeau neuf.
Me voici coiffé de bords moyens et de la forme hante et en ballon, bien persuade' que je pourrai ainsi acheret Tannée. Vain espoir! Quatre mois sont à peine écoulés, que mon tyran décide que la forme en ballon , crlIe-H même qu'il m'avait tant vantée , est ignoble et qu'i faut une forme pointue.
Cette fois , je ui'insurge , je ne veux pas de formi pointue, je sors avec ma coiffure en ballon.
Hélas! je n'avais pas prévu la conséquence: une belli dame, qui journellement acceptait mon bras, refuse ne de le prendre.
Un peu plus loin , un de mes amis se détourne pon ne point paraître avec moi devant le beau monde.
Enfin, un troisième me rend à peine mon salut. Il m> fallut bien vite courir chez mon chapelier en tenant moi malheureux ballon à la main, cr^jntc d'être hué en route
11 me reçut d'un air presque dédaigneux. Il me di que j'étais fort en retard , qu'il avait bien souffcr pour moi , qu'il avait été plus d'une fois Tenté de mi dire combien je me compromettais et lui faisais lor à lui-même. Enfin , s'adoucissant, il ajouta : mieux van tard que jamais ; et il me promit qu'il allait , toal affaire cessante , me préparer uni» coiffure convenable En attendant, il me prêta son propre castor, ne pouvant pour mon honneur et un peu le sien , me fit-il , m laisser ainsi paraître en public.
Je le quittai , confus de ses bontés et ne concevan pas comment je m'étais ainsi compromis par entêtcuteot ou ce qui est pis, par avarice.
Mon homme tint parole , et le soir même il vint m placer mon chapeau pointu sur Voreille , en me disan qu'il ne pouvait être porté autrement.
Je n'avais pis de raison pour croire le contraire, i est de fait que celui qui a inventé l'outil, doit, mieui
ne personne, savoir comment on s'en sert. Je maintins me mon chapeau sur l'oreille, regrettant toutefois de aroir pas demandé si c'était toujours sur la même •eille, car cette inclinaison, qui la partîigeait en deux, était rien moins que commode pour elle , et il me mblait juste que les deux eussent tour-à-tour à sup- )rler cette charge.
Elles n'eurent pas à souffrir long-temps , car j'avais peine porté une semaine mon chapean pointu, que éjà on parlait d'adopter la forme cotiique. Quand il s'agit de mode , l'exécution suit de près annonce : je compris que le mois ne s'écoulerait pas IDS que la pointe de mon chapeau ne me jouât aussi nelque méchant tour et ne me fit prendre pour un larchand de thé suisse , un acteur des Funambules , eut-élre pour un insurgé de juin.
Ma prévision se réalisa , et la mode des chapeaux lointus ne vécut, à la grande satisfaction de mon oreille, |ne ce que vivent les roses.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les tribulations (ne m'ont causées, depuis l'âge où j'ai quitté le bourrelet Bsqu'au jour où j'ai pris la perruque, l'inconstance des ^apeaux et l'exigence des chapeliers. Je dirai seulement que la forme de la coiffure influe, en France , nr l'opinion , plus qu'on ne peut dire. On y excuse la Dope inintelligente d'un habit, la bigarrure inartistique 'un gilet, la défectuosité d'une chaussure, mais on ne ardonne pas à l'arriéré du chapeau; et remarquez que est toujours le dernier porté qui devient le plus odieux B public. Oui, c'est la forme adorée un mois auparavant, i forme qu'on reprendra peut-être avec enthousiasme ins quelques années, car le chapeau a aussi sa restauition comme il a ses cent-jonrs, qui, dans l'intervalle, evient Tobjet de Fhorreur générale et nuit à un homme
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presqu'autant qu^lDe banqueroute ou qu'une spéculation.
La forme du chapeau a f«iit, à ma connaissai quer vingt mariages , mariages d'amour , ma raison. C'est qu'il n'y a, en France, ni amour, qui tiennent contre la mode et le ridicnb; et malheureuse question des chapeaux, il n'existe termédiaire entre Tune et l'autre : le chapeau au soleil du midi qui se couche sans crépusci
Chose plus étrange! c'est que la politique, matie , la science elle-même , se laissent influt le chapeau. Naguère encore , dans une trèsrespectable ville, il a empêché une élection à tation. La vie du candidat était sans tâche, so consciencieuse, sa position indépendante, enfin homme qui avait fait ses preuves. Malheureuse chapeau les avait faites aussi- Son concurrent u'é sot, à probité douteuse, à opinion problématii il avait un chapeau irréprochable : il l'empor grande majorité. Oui , son chapeau fut non c'était en ce point de comparaison que s'élail l'opinion. Le ballottage n'avait eu lieu qu'ei chapeaux : les têtes n'y étaient pour rien.
J'ai dit que le chapeau influait aussi sur la d: Le fait est historique. Un ministre plénipoteo rappelé d'une cour du nord parce qu'il s'étai en chapeau gris, et que le chapeau gris pas; pour le signe du carbonarisme. Le dit chape; donc l'objet d'une correspondance de gouver gouvernement, et si le nôtre n'avait pas cédé, pu en résulter une déclaration de guerre.
Dans les lettres , même influence du cha| candidat à l'A^cadémie française oii il avait toul d'être nommé, car il n'avait rien fait et était
ment dispose à ne rien faire, (Mit la malheureuse idée, pea de jours avant l'élection , de rendre une dernière risite a ses juges pour le^ confinner dans leurs intentions favorables.
Jeune, élégant et comptant sur sa bonne mine, chose qui ordinairement ne gâte rien nulle part, il crut devoir y joindre un chopoau-Gibus , découverte peu ancienne oeore et dès- lors parfaitement inconnue des académidms. Le dit Gibus , qu'il portait alternativement sous le bras ou à la main, réduit à sa plus simple expression, n'échappa à auci^ regard. Sa forme aplatie et sa couleur ÎBsolite intriguèrent étrangement toutes nos notabilités aodémiqnes , dont pas une ne comprit comment et par qocl procédé cette galette plate pouvait recevoir la tête
; d'an homme, quelque déprimée qu'elle fût.
' Néanmoins, ne voulant pas interroger le postulant sur IB sujet qui pouvait paraître futile , nos savans le laissèrent partir sans demander d'explication. Celle qu'ils trouvèrent fut que le dit couvre-chef n'en était qu'un MftilaGre et ne pouvait être porté qu'à la main.
Or , il existait à cette époque un candidat allant toujours nue tête : les mauvais plaisans disaient qu'il iTail juré de ne jamais porter d'autre coiffure qu'une «ooronnc de laurier, et d'enfoncer ainsi, tête première, te portes de TAcadémie. L'idée d'admettre dans leurs nmgs le pendant de ce savant excentrique et la possibilité que Tun ouvrît la voie à l'autre , effraya tellement te membres de Taréopnge, qu'ils décidèrent que l'élection de M. X*** serait ajournée et donnèrent leurs voix à son Ooncnrrent qui avait, du moins, le mérite de porter son 4apeau comme tout le monde. J'espère que ce fait ne
^pare pas l'histoire de la coiffure.
Il est difficile, d'après de tels exemples, de douter da
bien ou do mal que peut faire un chapeau. Oui , la
paix et la guerre , Famour et la fortune , la ^ire et rimmortiilitc peuvent dépendre du coup de fer de notre chapelier.
Si vous pensiez que cette puissance du chapeao est nouvelle , vous vous tromperiez. Depuis la fondation de la monarchie , In coiffure a régné despotiquement en France. Je ne parlerai pas des révolutions politiques qu'elle a causées : il n'est question ici que de celles qu'dle a subies; et celles-ci, je n'ose entreprendre de les décrire, car s'il fallait établir combien de fois, en dooze siècles, on a passé du chapeau carré m chapeau rond; du chapeau rond au chapeau à cornes ; du chapeau i une corne à celui à deux, a trois ou à quatre cornes; des grands bords aux petits bords et aux moyens bords; des chapeaux en écuelle à ceux en bateau , en «itounoir, en champignon, en melon, en pomaïc, en poire, etc. ; il nous faudrait certainement autant de volumes qu'il y a de lettres dans Talphabet.
11 est vrai que ce serait une grande et belle histoire qu'on pourrait, à juste litre, appeler histoire miraculeuse. En effet , qu'ost-il de plus prodigieux que celle myslification pormanente , que ce pouvoir fascinateur d'une part et celle bonhomie moutonnière de l'autre, qui , de siècle eu siècle , d'année en année , de saison en saison, nous fait coifl'er et décoiffer, non selon notre goût et notre commodité , non selon les convenances et la saison, mais suivant le caprice de notre marchand de coiffures, lequel, d'après son idée, nous oblige, contrairement au bon sens et au bon goût et à notre propre conservation, voire même à notre conscience et à noire conviction , à porter une coiffure légère quand il fait froid , lourde quand il fait chaud , noire quand nous sommes de noce , jaune ou bleue quand nous sommes de deuil , en lauïpion de côngréganiste quand nous