‹ Hommes et chosesChapitre 67 sur 95 · S88 COM · texte numérisé non relu

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Le commerce fait beaucoup de bien aux hommes, mais non toujours, et quand il dépasse certaines limites, qoaDd il amène ces hommes à se vendre eux et les autres, oa ce ([ui est pis, à s'entrctuer, il devient réellement un mal.

On ne se bat aujourd'hui que pour la marchandise: c'est la concurrence à main armée. Derrière les baïonnettes s'avance la boutique. Une caricature anglaise représente un ofTtcicr général , le sabre à la main , sur un rempart (pi'il vient d'escalader, s'écriant : « lIaiDt^ nant, faites avancer les cotons. •

L'Angleterre , bloquant la Sicile parce qu'elle vert vendre ses soufres à d'autres qu'à elle, armant contre la Chine parce qu'elle ne veut pas recevoir sa contrebande et s'empoisonner avec l'opium, dépeint bien notre siècle cniellemeut mercantile.

M. Btnnqui disait: « Il y a une industrie qui donne un mouvement de six cent millions et dont on ne parle jamais, qui ne réclame rien et se contente de tout: c'est rindustrio du cordonnier.

» Il eu est une autre qui n'emploie que trois cent millions , qu'on accable de faveurs et qui toujours réclame, et cliaque année fait retentir de ses plaintes les chambres et les journaux : c'est l'industrie des fers.

" Pourquoi cette différence? C'est qu'aucun cordonnier n'est pair, déi)ulé ou grand propriétaire. »

A plus forte raison ceci pourrait s'appliquer aux nations : ou ferait bien moins la guerre pour le commerce si le gouvernement n'était pas commerçant. Je crois que dans l'intérêt de tous, il vaudrait mieux qu'il ne le fdt pas et qu'il se boruAt loyalement à faire la police entre ses traficans , non pour les entraver dans leurs spéculations, mais pour les conduire à y mettre un peu plus d'ordre et de probité.

Les maîtrises n'étaient pas si rldiciUes : en ne limitant

las le nombre des marchands de chaque chose et des nniers de chaque état, je ne vois pas ce que le public t ces ouvriers y ont gagné. Il est clair que s'il y a lus de serruriers qu'il n'y a de serrures à poser et plus 'architectes que de maisons à bâtir , il faudra bien que

moitié meure de fjpiim et que l'autre moitié ne mange 3S à son appétit.

La concurrence est bonne tant qu'elle ne dégénère pas 1 combat , car arrivée à ce point , elle conduit droit 1 monopole.

H ne faudrait pas aller bien loin pour en trouver des cemplcs , ne fût-ce que dans la liberté des transports 1 des voitures publiques. Là, comme partout, les gros ipitaux ont mangé les petits. On a acheté la conirrencc, et à défaut, on Ta tuée.

Dans un cas , comme dans l'autre , le public en a ayé la façon. Si la concurrence avait été limitée, elle nslerait encore, et le public n'aurait payé que ce qu'il evait.

Qu'on nous accuse de contradiction, qu'on nous dise : OQs avez prêché la liberté du commerce. Oui , sans loale, nous Pavons préchéc et nous la prêchons encore, !t c'est pour cela que je demande de l'ordre dans cette iberté, afin que chacnn en profite. Je demande aussi la iberté de l'industrie, mais non de celle des voleurs.

Qu'est-ce qui constitue le commerce? Vendre et acheter. Pour vendre, il faut produire ou acheter soi-même. Ainsi, le commerce exige à la fois des vendeurs et des acheteurs. Ce sont les conditions sine quà nw%. Mais il en ttt une autre non moins indispensable , c'est que le nombre des vendeurs soit calculé sur celui des acheteurs et sur leurs besoins présumés; car si tout le monde ^re vendre , ce n'est pas une raison pour que tout fe monde veuille acheter : ce serait plutôt le contraire.

La quantité des notaires et des huissiers est déteN minëe selon les besoins de la localité ou de leur dientèie. Pourquoi n'en serait-il pas de même d€s marchands et débitons? Ne serait-ce pas le moyen d'empêcher la ruÎBe du grand nombre au prodt du plus petit? N'est-ce même pas le seul mode rationnd de maintenir la concorrenee €t le juste prix de la marchandise?

Ne serait-ce pas aussi la meilleure garantie contre la fraudes, les falsifications, dernières armes du malhearm qui lutte contre sa ruine?

La liberté du commerce est moins dans cdle d'essayer que dans les moyens de réussir, car cette liberté serait nulle de fait si elle consistait seulement dans la volonté de faire. Elle ne sera <lonc qu'un leurre et un mensonge tant qu'elle ne conduira au but que la minorité et qa'dk en enrichira un pour en ruiner dix. Or ^ je vous le demande, n'est-ce pas ainsi que les choses se passent?

Encore , si le public en profitait , je dirais : il n'y i que (lemi-mal. Mais ici, comme toujours, il est victime: on l'écorche , on le vole , on l'empoisonne ; et c'est si bien dans ce droit de grapiller et de tripoter que le petit marchand, comme souvent le gros, voit la liberté da commerce , qu'il n'a pas assez de poumons , quand on le prend la main dans le sac, pour crier: à Varbitrcùrt,

Ce mot a toujours sur nous un effet magique: œ bon public, dès qu'il l'entend, se lève furieux et conrt au plus vite prêter main-forte au désolé fripon, contre la tyrannie du commissaire , qui prétend l'obhger à refondre ses balances et ses poids et à payer cinq francs d'amende sur les cinq cents qu'il a volés , tout compte fait, pendant la dernière semaine.

Un pour cent et les frais en sus : l'horreur î N'est-ce pas là véritablement du despotisme! La presse le comprend si bien , qu'elle se joint au condamné contre cet

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