DIÂ
général, n'a affaire qu'à l'ame sur laquelle la griffe a peu de prise. IVaillenrs, si j'en crois ce qu'on m'en a dit, c'est en faisant patte de retours et non en les ^ratignant que nos belles chattes tentent et séduisent les hommes. Si le diable n'a ni cornes , ni queue , ni griffes , me iemandera-t-on, qu'est-ce qu'il a donc et en quoi consistera sa redoutable personne? C'est précisément la question que je me suis faite , et n'en trouTant pas de solution satisfaisante y j'ai posé cette seconde proposition : le diable des bonnes gens est-il celui du bon Dieu ? N'at*on pas ici fait confusion et pris les cornes pour la béte? Non, le diable n'a pas de cornes; non, il n'a pas de queue; il a mieux que cela, il a une langue, et nous ne le savons que trop.
Ici les docteurs ront s'écrier : étes-Tous chrétien ? — Oui. — Et vous réduisez le diable à une langue ! — Qu'at-il besoin d'autre chose? — Mais n'est-il pas l'adversaire de Dieu? — Non. — Vous êtes donc athée? — Pourquoi? — C'est qu'à votre compte, Dieu n'aurait pas d'ennemis.
Je réponds : pourquoi en aurait-il , on plutôt comment en aurait-il? Les méchans sont les ennemis des hommes, les ennemis d'eux-mêmes , mais non point les ennemis de Dieu. Ils peuvent bien vouloir l'être; mais de là à l'être en effet , il y a loin. Car , que peuvent-ils contre Dieu? Qu'y peut le diable lui-même? Rien , absolument rien. Or,' un ennemi qui ne peut nous nuire est, pour nous, comme s'il n'était pas.
Dieu veut que les méchans soient punis: il a raison. Mais il n'a besoin que d'eux-mêmes et de leurs semblables pour arriver à leur punition. Vous voyez donc bien qu'ici le diable est un fonctionnaire inutile, et que la justice executive peut fort bien marcher sans lui.
Ensuite, que Dieu ait permis qu'un tentateur s'élève contre les hommes , la tradition le dit et l'expérience le
550 DIP
prouve ; et si Satan ne se montre plus en personne sur la terre, il y envoie bon nombre de ses suppôts que je reconnais mieux à leurs doctrines qu'à leurs cornes. Mais laissons sa tigure et parlons de ses titres et qualités.
Ses titres ne sont pas fastueux. Bien des gens rappellent le diable tout court , ni plus ni moins que s'il était leur camarade de collège, leur frère ou leur cousio. Mais s'il a peu de titres, il a beaucoup de noms, et diable n'est, à proprement parler, que son nom de guerre.
Nous ne citerons pas ici ses autres qualifications: tout le monde les connaît. D'ailleurs, ce serait une longne et peu agréable kyrielle.
Les fonctions du diable , celles qu'on lui attribue , sout aussi tellement connues , que nous n'avons pas grand' chose à en dire. Nous rappellerons seulement qu'ciles sout fort peu honorables , car elles consistent spécialement en celles d'agent provocateur, et ce qui est pis, d'entremetteur, racolant pour l'enfer et changeant, pour son seul plaisir, les honnêtes gens en coquins.
Ses occupfitions ne se bornent pas là , car il est pou de métiers qu'il ne fasse , depuis celui de diplouiate jusqu'aux fonctions de maître d'école. 11 ne dédaigne pas même l'état ascétique, et chacun sait qu'en automne il se fait hertnite.
Voyez : Enfer, goutte.
DIFFICULTÉ. 11 y en a beaucoup ici-bas et pour tout le monde ; car, ainsi que les ronces, elles y poussent toutes seules. Mais l'homme s'en crée plus encore que la nature ne lui en présente, et à cette fin, il a des conservatoires, des écoles et des collèges où l'on apprend, en sept ans , ce qu'on pourrait savoir en sept mois partout ailleurs.
DIF 951
Il est donc certaines difficultés qu'on peut appeler de conv-enlion. Elles existent parce qu'on les a faites , ou seulement parce que quelqu'un a dit : c'est difficile, puis impossible, et que nul, depuis, n'a vérifié si, en effet», cette impossibilité existait.
Il y en a aussi que nous nommerons de profession, ou que chaque professeur se plaît à élever entre la science et les profanes , probablement par amour de la science et pour empêcher qu'elle ne coure les rues.
A ce sujet, je me rappelle le conflit qui s'était élevé entre le maire d'une petite ville de Normandie et un entrepreneur de pavage. 11 s'agissait de savoir combien de toises de pavés avaient été fournies pour réparer la ville. On avait dix fois toisé et retoisé les rues sans pouvoir s'entendre. Enfin , le maire demanda à l'entrepreneur s'il savait combien il' avait mis de pavés par toise. — Assurément , répondit Tentrepreneur , et il en donna le chiffre.
— Dès-lors , ajouta le maire , tant de centaines de toises doivent faire tant de mètres de pavés? — Nul doute, dit encore l'entrepreneur. — Qu'on les compte, dit le maire.
Ce fut un rire homérique dans tout le conseil, car ces pavés n'étaient pas des grès, mais des silex gros comme le poing. Quelqu'un même prétendit que la vie d'un homme n'y suffirait pas; mais le maire maintint son dire. Dès le lendemain , on se mit à Tœuvre : les pavés furent comptés un à uu.
L'opération dura, non la vie d'un homme, pas même la moitié, mais six jours.
Il y en avait juste le quart de ce qu'avait annoncé le fournisseur. La ville gagna donc, sur ce petit compte, soixante-quinze pour cent.
Je connais certaines entreprises, certaines constructions
SftS DI6
où, 81 l'on comptait les planches, les chenlles et les dom, FEtat gagnerait tout autant sur les mémoires, peot-êtK quelque chose de plus. Mais l'Etat n'en fait rien , parée .qu'il a remarqué qu'en ces choses les bons comptes ne font pas les bons amis : il craint les diffUmUés.
DIGNITE DES FEBIBIES. On les dit courageuses, et elles le sont. Cependant elles ont, depuis dix ans, fait preuve de foiblesse en laissant manquer à leur dignité.
L'empereur Napoléon n'était ni poli ni galant: il ne respecta pas toujours la dignité des femmes ; et en ceci, il eut grand tort. Mais ce qu'il se permettait , il ne le permettait pas aux autres , et s'il eut rencontré un de ses aides-de-camp ou même tout autre officier donnant le bras à une femme , fû'tn^ à la sienne , la pipe on k cigare h la bouche, il l'eût envoyé aux arrêts.
La chronique du temps a raconté que la cause de la longue disgrâce d'un colonel , depuis général célèbre , avait été un parfum de tabagie qu'il avait laissé dans ie salon de l'impératrice après sa présentation. Or , ce qu'un soldat parvenu ne permettait pas , ce que n'auraient pas souffert les nouvelles titrées de l'Empire, comment nos femmes d'aujourd'hui le tolèrent-^lles? Potuv quoi admettent-elles dans leur salon, dans leur chambre, dans leur boudoir, des hommes mal tenus et mal sentans? car la fumée du meilleur tabac infecte à la fois l'haleine et les habits , et pour peu qu'on y joigne l'eau-de-vie ou le rhum , ce fumet , comme le costume du petit maître d'aujourd'hui, diffère assez peu de celui du cocher de fiacre d'autrefois.
Quant au ton et aux manières, la différence n'est pas non plus si tranchée qu'on puisse la saisir tout d'abord.
Quel si grand mérite personnel donne donc , à ces