‹ Hommes et dieux (volume 2)Chapitre 18 sur 42 · Âfémoires de la cour d* Espagne · texte numérisé non relu

Âfémoires de la cour d* Espagne

sons CHARLES 'ih

nies reines espagnoles. Noua pouvou 1 presque jour par jour, d'après sa p

victime. Les mémoires du temps nous on ; rartjTologe de Marie-Louise d'Orléans.

breie?©, la fille d'Henriette d'Anglete

,^pagne pour épouser le roi Charles 11. . utie autre forme, le supplice antique d - liée à un cadavre, et jetée dans le si

lui.

,,.0n pourrait définir d'un mot Charl ' Louis XllI au dernier degré de la .. du spleen. Il naquit frappé des mat chitisme. Sparte aurait exposé ce mallt itié du monde. A cinq ans, il ne mat qu'appuyé sur les épaules des menine médecins galvanisa, sans l'animer, son . 11 languit, toute sa vie, entre les se fi^-re. La conformation vicieuse de m caiuctérisait sa famille , atteignait chez mité. Ses rares portraits font frémir ; ce n et bagard semble la larve d'une lace éj bêtement de son esprit répondfût à l'inf corps ; une léthargie mélancolique fais: son caractère. Son ignorance était cellf musulman relégué dans ua donjon des

?4î LA COUR D'ÈffiPîSPT'

Il ne connaissait pas ses propres États. Lorsque ïël Plrançaîs s'emparèrent de Mons, il crut que c'était sur Guillaume III que Louis XIV avait conquis cette place forte. Les diableries de la dévotion espagnole ébranlaient encore son cerveau débile ; il se croyait possédé, et se fit exorciser plusieurs fois. La légende parle de Saints reproduisant les plaies du cruxîfix sur leur chair : on peut dire que Charles II fut le Stigmatisé de l'histoire. Toutes les misères, toutes les déchéances, toutes les infirmités de TEspagne s'incarnèrent dans le dernier descendant de Charles- Quint.

Jusqu'à son mariage, Charles II avait eu les femmes en aversion et en haine. Sa chétive enfance ayant croupi dans les gynécées, il ne connaissait d'elles que les tristes visages des duègnes et des gouvernantes. Le bruit d'une jupe le retenait dans sa chambre ou le faisait fuir par les escaliers dérobés. Quand une femme lui présentait un placet, il le prenait en tournant la tête , pour ne pas la voir. Par l'imbécillité de son esprit et par l'étiolement de son corps, ce roi malvenu semblait voué au célibat des Énervés de Jumiéges. L'amour, « plus fort que la mort, » selon l'Écriture, ressuscita, pour un instant, ce cadavre. Un portrait de Marie-Louise d'Or- ItMHs lit le mliacle : il aima subitement et passîonncinent la jeune princesse, sur la foi du peintrCf et demanda sa main à Louis XIV, qui venait de signer avec l'Espagne le traité de Nimègue. Ce

e même homme. « Il ne y « 4U1LIC. i,c portrait, — dit M"* d'Aunoy *, K met toujours sur son cœur; il luy dit d I ceurs qui étonnent tous les courtisans, cai n un langage qu'il n'a jaraws parlé; sa « pour la princesse luy fournit raille pens* « ne peut confier à personne ; il luy sem « l'on n'entre pas assez dans ses impatience! « le désir qu'il a de la voir ; il luy écrit san « et il fait partir presque tous leg jours des c « extraordinaires pour luy porter ses lettrei B rapporter de ses nouvelles, n L'amour □sfiguré : l'idiot pensait, le muet parlait, nbule se réveillait en sursaut, U lui échap oies qui étaient comme des éclairs dans — Quelques mois avant son mariage, une co ouse, déguisée en cavalier, assassina son ; porte même du palais ; le roi la fit amenei i; il écouta son histoire; puis, se tourni Qï qui l'entouraient : « En vérité, s'écriapeine à croire qu'il y ait au monde un é malheureui que celui d'aimer sans être a Va, dit-il à la femme, tâche d'être plus s « tu ne l'as été; tu as tropd'amour pour i « la raison. »

Il était difficile, d'ailleurs, même à ce f d'échapper aux brûlantes influences qui 1'*

1, Belaiion du Voyage d'Es-pagrie, 1691.

naient. En esquissant la physionomie de TEspagnel au XVII* siècle, il faut insister sjir le délire erotique] qui en est peut-être la plus saillante expression.

Les peuples en décadence, comme les individus eai détresse, se plongent soiïvent pour s'étourdir dans un vertige physique ou moral. La Grèce s'enivre de| sophismes et de rhétorique, Rome s'abrutit aux tue-l ries du cirque, le Bas-Empire aux logomachies des! conciles, Venise se fait courtisane et se suicide dans] un carnaval. L'Espagne, plus idéale et plus fière, garda, en pleine chute^l'attitude de l'omnipotence, et, pour oublier ses misères, elle recourut aux excitations' de l'amour. Ce n'était plus la chevalerie ardente etl naïve du Romancero, c'était une galanterie subtile etj morbide qui mêlait les ardeurs du fanatisme aux puérilités de la dévotion. On eût dit un vent africain soufflant dans les bosquets du Pays de Tendre. La femme devint une idole et presque un fétiche ; elle réclama un culte bizarre, quelquefois sanglant. II lui fallut les hyperboles de l'action et de la parole : les sacrifices humains du duel et l'encens raffiné do sigisbéisme. L'amour en Espagne prit les allures die la folie pure; la Cour était remplie de Rolands furieux et de Céladons. — Le comte de Villa Mediana, amoureux de la reine Elisabeth, femme de Philippe IV, mit le feu à un théâtre pour l'emporter dans ses bras. — Lorsqu'une dame de la cour se

faisait saigner, le chirurgien trempait dans son sang

un mouchoir; l'amant lui payait cette relique en

s CHARLES II.

;eiit. L'usage prescrivail six mille plstoles.

L'étiquette admettait les extravagances éro lur avait ses fous d'amour officiels : on les Imbevecidos, c'est-à-dire « enivrés d'an ; lorsqu'ils n'étaieut pas Grands d'Espag lient rester couverts devant le roi et la aient censés éblouis par la vue de leur !s, incapables de voir autre chose et de \ se trouvaient. Le roi leur permettait 1' , comme le sultan souffre l'insulte ei tion des fakirs. Cette idolâtrie voluf UDtait les rites de la religion. De ses pén i elle faisait des sacrifices à l'amour. Il i parmi les courtisans de se flageller peni le ; des maîtres de discipline leur enseig

ie des prévôts d'armes, l'escrime de Is

■" de la lanière. Les jeunes ftagdîants couru

33, le soir des grands jours de la Semaine

ur costume presque asiatique ressemblait

3 derviches-tourneurs. Ils portaient une ji

tiste évasée en cloche ; un bonnet à point

tombait un morceau de toile masquait lep^

3St sous les fenêtres de leurs maltres^^ ,

ient faire parade de macérations ; letitâ 'disi

1 Étaient nouées avec les rubans qu'elles leur

[ donnés. La grande élégance consistait à se E

I en gesticulant du poignet, et jamais du bras,

l ^n à ce que le sang jaillit sans maculer les

Cependant la nouvelle Reine s'achemin l'Espagne comme Iphigénîe vers l'autel. La UadaDie Henriette avait le charme et la doi sa mère. C'était avec déchirement qu'elle qi France. Elle avait un instant rêvé d'épouser phio. Lorsque Louis XIV lui apprit qu'elle al reine d'Espagne, elle se jeta en sanglotai pieds. Le roi lui dit : ii Que pourrais-je faire * pour ma fille ? » Elle répondit par ce mot to i« Vous pourriez faire quelque chose de pi Il votre nièce. » Quelques jours avant son {comme le roi entrait à la Chapelle, elle I lies genoux et le supplia de nouveau; Lo pcarta rudement, et dit avec l'ironie sèche létait propre : « Ce serait une belle chose que i« Catliolique empêchât le Roi Tiès-Chrétien i " la messe. » Les dernières paroles qu'il lui curent la dureté d'une menace : k Madamt ,* dit-il en l'embrassant, — je souhaite de v ' « adieu pour jamais ; ce serait le plus grand ^ i« qui vous pût arriver que de revoir la F jlam^s la raison d'État n'Immola plus fro luae plus douce victime.

Ce Tut le 3 novembre 1679 que Marif I i'Orléaus arrivaprès de Saint-Jean-de-Luz, su

SQUS CHARLES II.

t qu'avec peine. Il faut ajou « la maniëre dont on la servoit avoit £ « port avec celle de France qu'elle <c beaucoup. Tout étpit cérémonie, te n trainte; dès le premier jour, les Es n loient qu'elle sût et qu'elle fit ce que u apprennent pendant toute leur vie. 1 « point dans la diOerence des deux na « si opposées en tout, et comme ils c u falloit de bonne heure mettre Sa Maje Il où ils vouloient la tenir toute sa vie, m choient sur rien , et dès ce temps-là « un esclavage auquel l'humeur rigidi a rera-mayor ajouta beaucoup. »

Au milieu du pont, en effet, le C apparu sous la figure d'une vieille fem: possession de la nouvelle reine. La Terra-Nova, sa Camarera-mayor, s'étai rencontre, suivie des dames du pala entrée avec elle dans un bateau à cbi A partir de ce moment, la reine lui app et ânoe.

La Camarera-mayor était la geôlièn reines, l'Étiquette incamée, ou, poui ossifiée; une duègne terrible, armée rigidités de la dévotion et de la vieilles; à vue sa pupille couronnée, avec la pirin gon responsable couvant un trésor. Ini' reine au cérémonial de l'Espagne» la f^

usages, la plier à ses servitudes, lui apprendre marcher, à manger, à parler, à se mouvoir suivant unç symétrie inflexible, épier ses regards, noter ses paroles, reprendre chaque mot et chaque geste s*écartant de la règle écrite, dépayser, pour tout dire, son corps et son âme, telle était cette charge redoutable et presque absolue. Elle conférait sur la reine à' celle qui T exerçait le droit de Tabbesse sor la novice. Espionne d'une nationalité aussi jalouse que l'amour, la Camarera-mayor répondait à l'Espagne de la naturalisation de sa reine*

La duchesse de Terra-Nova, de la maison de Pîgnatelli, était petite -fille de Fernand Cortex. « C'est une femme maigre et pâle ; elle a le visage « long et ridé, les yeux petits et rudes ; elle est la « plus fière personne du monde, et elle en a bien « l'air. Elle est froide et sérieuse, fort dangereuse « ennemie, gardant la gravité espagnole, sans faire « un pas ni une démarche qui ne soient compassés. « Ellie parle peu, et dit un Je le veux^ ou Je ne U « veux pas y à faire trembler. Don Carlos d'Aragon, « son cousin germain , fut assassiné par des bandits (( qu'elle fit venir exprès de Valence, parce qu'il loi (( demandait la restitution du duché de Terra-Nova, (( qui lui appartenait et dont elle jouissait*. » —Ce caractère était celui de l'emploi ; il était au concours de l'austérité et de la vieillesse. Voici le portrai Mi

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