Lellres de Madame de Villan
« ses jolis pieds, pour toute fonction, ne vont pré- « sentement qu'à faire quelques tours de chambre, « et, à huit heures et demie, tous les soirs, à la « conduire dans son lit. » — Pour se désennuyer, la Rosine couronnée chantait comme l'oiseau en cage. (( Elle fait des opéras, elle joue à mei^veille du « clavecin, assez bien de la guitare; en moins de « rien elle a appris à jouer de la harpe. Elle ne (( prend pas beaucoup de consolation dans les livres « de dévotion. Cela n'est point extraordinaire à son « âge. Je dis souvent que je voudrais bien qu'elle « fût grosse et qu'elle eût un enfant*. » — S'il faut le dire, la pauvre reine se consolait encore par la gourmandise. Elle mangeait beaucoup et souvent, avec le plaisir animal qu'apportent à leurs repas les créatures solitaires. Aussi prenait-elle un embonpoint turc, l'embonpoint d'une sultane enfermée dans les salles basses d'un harem. « La reine d'Espagne, — « écrit M™® de Villars, — est engraissée au point « que, pour peu qu'elle augmente, son visage sera « rond. Sa gorge , au pied de la lettre , est déjà trop « grosse, quoiqu'elle soit une des plus belles que « j'aie jamais vues. Elle dort à l'ordinaire dix à douze « heures ; elle mange quatre fois le jour de la « viande ; il est vrai que son déjeuner et sa collation « sont ses meilleurs repas. Il y a toujours à sa coUa- « tion un chapon bouilli sur un potage, et un chapon
\ . Lettres de Madame de Villars,
SOOS CHARLE
o rôti. » Cet appétit venu de V dans ce pays de frugalité ^resi d'AIbuquerque, par exemple, av cent douzaines de plats d'or et œuf et d'un pigeon. 11 aurait cl selon Saint-Simon, s'amusait t dames, « et manger à crever » t les menaient à Marly. Mais Chai sa femme, la regardait avec la dînant avec une vivante. — « L « lars, regarde manger la rei:
« mange beaucoup. »
Nous avons aussi un récit tou M°" d'Aunoy lui fit à la même é assise sur un carreau, dans u comme une idole dans sa niche, de velours rose brodé d'argent dants d'oreille qui lui tombale travaillait à un ouvrage de las bleue. « La reyne me parla .e a de se servir de la langue « Camarera-mayor. Elle m'ord « toutes les lettres que je rect fl y auroit des nouvelles, et, sur « les nouvelles que l'on m'é Il dignes de l'attention d'une « Kh ! mon Dieu ! » reprit-ell « d'un air charmant, «je ne re « indifférence tout ce qui peul
2d4 ^ LA COUR D'ESPAGNE
« m'est si cher. » Puis elle me dit en français assez c( bas : « J'aurais mieux aimé vous voir habillée à la « mode de France qu'à celle d'Espagne. — Madame, « lui dis-je, c'est un sacrifice que j'ai fait au res- « pect que j'ai pour Votre Majesté. — Dites plutôt, « continua-t-elle en souriant, que la rigidité de la « duchesse vous a effrayée *. »
Car il fallait veiller sur soi dans ce palais rempli d'échos et de pièges. On parlait bas dans cette chambre de la royauté moribonde : le moindre bruit la réveillait en sursaut. Partout des yeux embusqués, des oreilles tendues, des langues perfides qui grossissaient les paroles. — Un jour, la reine fit venir au palais un prêtre chaldéen de la ville de Muzal, l'ancienne Ninive. Elle l'interrogea sur son pays par l'entremise d'un interprète, et, entre autres questions, elle lui demanda « si les femmes étaient aussi sévèrement gardées à Muzal qu'à Madrid. » La Gamarera-mayor fit un crime de cette douce malice ; elle courut la rapporter au roi, qui se fâcha et qui s'assombrit. Gela fit entre lui et la reine un nuage de disgrâce qui mit quelques jours à se dissiper.
Une autre fois, pendant la nuit, la reine entendit sortir de sa chambre une petite épagneule qu'elle aimait beaucoup. « Inquiète de ce qu'elle ne revenait « point , elle se leva pour la chercher à tâtons. Le
« roi ne trouvant plus la reine , se lève à son tour