Mémoires de la cour d'Espagne
r sous CHARLES II. 205
j « pour la chercher. Les voilà au milieu de la
[ « chambre, sans lumière, allant d'un côté, allant
l « de l'autre , et heurtant contre tout ce qu'ils trou-
' « voient. Enfin , le roi impatient demanda à la reyne
« pourquoi elle s'étoît levée. La reyne répondit que
<t c'étoit pour chercher son épagneule. — Comment,
« dit-il, pour une mirérable petite chienne, le roi
« et la reyne se lèvent ! — Dans sa colère, il donna un
« coup de pied à la petite bête qui était venue entre
« ses jambes, et il pensa la tuer. Aux cris qu'elle
« faisoit, la reyne, qui l'aimoit, ne put s'empêcher
(( de la plaindre tout doucement, et elle revint se
a mettre au lit bien triste *. » — Le lendemain, le roi
se leva soucieux et maussade. Il partit pour la chasse
sans dire un mot à la reine. Vers le soir, comme la
jeune femme , impatiente de rentrer en grâce, s'ap-
: puyait contre une croisée pour le voir venir de plus
; loin, la Gamarera la reprit d'un ton sévère et lui
dit « qu'il ne fallait pas qu'une reine d'Espagne
« regardât par la fenêtre. »
Il ne fallait pas non plus qu'on la touchât, sous peine de la vie. L'impérieuse devise : Ne touchez ' pas à la reine! n'était pas une vaine formule. La reine, en Espagne, était littéralement impalpable : on ne l'effleurait, comme les ciboires, qu'avec des mains consacrées. — « Si la Reyne, en marchant . a venoît à tomber, — dit M""* d'Aunoy, — et qu'elle