‹ Hommes et femmes de courChapitre 15 sur 38 · MARIANNE , LÀ MARQUISE · texte numérisé non relu

MARIANNE , LÀ MARQUISE

LA MARQUISE , revenant sur la scène par une autre allée. Ah çà , Marianne , il ne viendra donc personne ?

MARIANNE. Pour VOUS désennuver , madame, je voulais presque vous envoyer M. le marquis.

LA MARQUISE. Que ditcs-vous donc là , Marianne ? On voit bien qu'on n'a pas grand'peine à vous désennuyer, vous !

MARIANNE , avec dépit et dénouant son tablier. M. le marquis a mieux aimé me tenir compagnie ; j'en ai encore des vapeurs.

LA MARQUISE. Des vapeurs ! Voyez-vous ces grands airs !

MARIANNE. Ce u'est pas contre moi, madame, qu'il faut vous irriter.

LA MARQUISE. Ah ! ne vous justifiez pas ; je ne suis jalouse de personne, et vous comprenez bien....

MARIANNE , à pa)'t. Je ne comprends pas du tout.

LA MARQUISE. M. de Vermaud a tout simplement voulu voir le fond de votre cœur.

MARIANNE. Mais M. le marquis n'a rien à voir là dedans , j'imagine.

LA MARQUISE , à part. Est-ce que c'est possible? Je veux en avoir le dernier mot. D'ailleurs, voilà un secours contre l'ennui , car il y a là un commencement de comédie. Est-ce que je vais trouver un prétexte à caprices?

{Haut.) Ecoutez, Marianne, je vous permets de rire un peu avec M. de Vermand , cela m'amusera.

MARIANNE. Mais , madame, savez-vous si je me permets cela à moi-même? (A part.) Et Nicolas !

LA MARQUISE. Voyons , ne faites donc pas tant de façons. La belle affaire , en vérité , que de sourire aux jolis propos! Soyez tranquille, votre vertu ne sera pas en jeu.

MARIANNE. Madame en parle bien à son aise.

LA MARQUISE. Ne raisounez pas et faites ce que je vous dis. Tout à l'heure M. de Vermand repassera par ce bosquet ; soyez coquette au possible ; faites-lui toutes les agaceries du monde.

MARIANNE , avcc naiveté et avec malice. Mais, madame, je ne suis pas savante là-dessus.... (A part.) Et franchement (se tournant vers le spectateur) , entre nous, je n'ai pas besoin de cela.

LA MARQUISE. La sotte ! Est-ce qu'on ne sait pas ces choses -là sans les apprendre?... du moins, il me semble.... On se laisse aller, et on va toute seule.

MARIANNE. Mais comment renouer avec M. le marquis ? Je suis bien sûre qu'il est dépité contre moi.

LA MARQUISE. Voyous , que je vous fasse la leçon. M. de Vermand passe près de vous , vous le regardez du coin de l'œil ; s'il passe outre , vous l'arrêtez par votre voix.

MARIANNE. Mais que lui dire? car, enfin , on ne peut pas parler sans rien dire.

LA MARQUISE. Enfant! Au contraire, on parle toujours sans rien dire. Voilà le grand esprit des femmes , qui disent tant de choses sans parler.

MARIANNE. Ah ! la parole n'y est donc pour rien ?

LA MARQUISE. Si M. de Vermand ne s'arrête pas, vous lui parlerez avec trouble, sans savoir ce que vous dites.

MARIANNE. C'est cela. Je lui dis : « Monsieur le marquis , où en étions-nous donc tout à l'heure ? Vous me chantiez que ma bouche était un rosier ; vous me demandiez pour qui étaient toutes ces roses. Il était aussi question d'un collier. »

LA MARQUISE. Quoi , Marianne ! M. de Vermand vous a dit cela? C'est impossible. Voyez comme ces hommes sont des sots ! Gentil-Bernard n'eût pas mieux dit. « Votre bouche est un rosier! » Mais c'est divin. M. de Vermand n'a jamais eu l'esprit de m'en dire autant. Mais je crois que c'est lui qui vient. (Se rapprochant de Marianne.) C'est entendu , vous savez bien votre rôle. {A part.) Ah ! , monsieur de Vermand ! « Sa bouche est un rosier ! » Prenez garde , il y aura des épines pour vous. [Haut.) Jouez bien la comédie, Marianne. N'allez pas trop loin , vous savez.... jusqu'à un certain point.

MARIANNE. Je n'en sais rien du tout , madame. Jusqu'à quel point ?

LA MARQUISE. Accordcz uu rcndcz-vous , pas davantage. D'ailleurs, je serai là dans le pavillon. Je ne suis pas jalouse , au moins ; je suis curieuse. {Elle se jette dans le pavillon et pousse la porte. )

MARIANNE. Voilà de la curiosité bien placée !

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