MARIANNE, LE MARQUIS
(Marianne chante. Le marquis passe près de Marianne, et. cette fois, sans écouter la chanson.) , ■
LE MARQUIS. J'aurai bien de l'esprit demain, car je tiens ma charade. Encore deux heures d'étude , et.... MARIANNE , oprl's avoU' en vain joue du regard, à part.
Voyons , il faut engager la coiiversation. (Haut.) Vous aurez bien de Tesprit, monsieur, j'en suis fâchée.
LE MARQUIS. Que dls-tu donc , Marianne ?
MARLANNE , ttvec uu charmant sourire. Je dis , monsieur , qu'il n'y a rien de bon à faire avec l'esprit ; car l'esprit gâte les sentiments. Vous allez dii^e que mon esprit ne gâtera pas mes sentiments. Cela m'est égal : quand on a du cœur , on se moque du reste.
LE MARQUIS. D'où te vient ce babil quasi philosophique ?
MARIANNE. J'ai été à bonne école. A propos, monsieur, tout à l'heure nous n'avons pas fini d'égrener notre chapelet, Nous en étions donc...
LE MARQUIS, à part. Eh! mais, il paraît qu'on fait singulièrement son chemin avec celle-là. Jean- Jacques dit qu'il faut attaquer les femmes de face ; Voltaire dit de profil; moi, je dis que c'est en leur tournant le dos. {Il fait mille de s'en aller.)
MARIANNE. A mou tour , je vous fais donc peur , monsieur ?
LE MARQUIS, revenant. C'est ta vertu qui me fait peur. Je suis comme les enfants, j'ai peur des ombres. Ah çà , voyons , je t'aime à la fureur , qu'en dis-tu?
MARIANNE , reculoM clô trois pas. Finissez donc, monsieur.
LE MARQUIS, qul ne fa pas touchée. Je vais commencer. {Il prend la main de Mariane.) Quel jolie petite duchesse vous feriez ! A-t-on jamais vu une bouche aussi perfide? L'amour est logé là dedans.
MARIANNE. Quel jargou 1 Je n'y comprends rien. On s'entend bien mieux que cela dans notre village. (A par t.) Quand Nicolas veut un baiser , il commence par le prendre , sauf à m'en demander... un autre. Pauvre Nicolas !
LE MARQUIS. Que rabâches-tu donc là ? •
MARIANNE. Je dis , monsieur , que je ne vous comprends pas et que vous me faites perdre mon latin.
LE MARQUIS. Toi, tu me fais perdre mon temps. Écoute, Marianne, je t'aime à la folie... mais la marquise pourrait survenir.
MARIANNE. Soyez tranquille, monsieur, madame est sous la charmille.
LE MARQUIS. Ah ! friponne , si tu étais toi-même par là!
MARIANNE. A quoi bou? Rien de bon, j'imagine. Que me diriez-vous donc ? Le mot de votre charade?
(La nuit vient.)
LE MARQUIS. Oui, c'est Cela : une énigme à débrouiller; mille choses charmantes à te dire. Voilà la nuit qui s'annonce ; la marquise va rentrer au pa\411on pour y jouer du clavecin avec le chevalier. Va sous la charmille, je t'y suivrai de près et nous n'y resterons pas longtemps; d'ailleurs une énigme est bientôt expliquée.
MARIANNE. Et VOUS d'oyez donc, monsieur, que j'irai au rendez-vous ?
LE MARQUIS. J'en suis sur : on n'est pas cruelle quand
on est jolie.
MARIANNE. Ne VOUS y fiez pas , monsieur.
LE MARQUIS. Daus uu quart d'heure. Il me semble déjà que je t'y vois. (7/ veut embrasser Marianne, qui svchapjH de ses bras.) La journée sera des meilleures : j'ai trouva une aventure et je trouverai le mot d'une charade.... J'y pense, si j'allais à ma bibliothèque ? Il me semble quf j'y ai vu l'autre jour la Clef des Énigmes, CJwrades et Logogriphes !
MARIANNE, restée seule. Que puis-je gagner à tou cela? Pourvu que Nicolas tienne bon, je me souci< bien du reste !