MARIANNE, LA MARQUISE
LA MARQUISE , sortaiit clupavillon. C'est cela, allendezmoi ce soir , sous les grands marronniers. Est-ce un songe îf suis-je à la comédie? En vérité, ces maris sont d'un mauvais goût.... J'en pleure de rage. Ah ! que les femmes ont raison quand elles écoutent leur cœur ! Si le chevalier était là.... Patience!... il viendra. Marianne, donnez-moi tout de suite votre bonnet et votre fichu.
MARIANNE. Je suis douc déjà au bout de mon rôle. {Avec malice.) Tenez, madame, si vous m'en croyez, j'irai moi-même au premier rendez-vous.
LA MARQUISE, prenant le boimet de Marianne. Vous ne savez ce que vous dites. Dépêchez-vous d'arranger mes cheveux comme les vôtres.... C'est cela, Marianne. Il y a des moments où l'oo serait tentée... mais allez donc plus vite, Marianne.... Ah! la présidente avait bien raison de médire des hommes ; hélas ! elle médisait aussi des femmes.... Marianne , vous irez dans le pavillon et vous toucherez du clavecin à tort et à travers. Vous y resterez sans lumière. Enfin, arrangez-vous si bien que M. de Vermand s'imagine que c'est moi.
MARIANNE. Mais si M. le chevalier de Versac vient?
LA MARQUISE. Dites-lui bien que ce n'est pas moi!
MARIANNE , avec malice. Pourquoi donc cela, madame?
LA MARQUISE, embarrassée. Parce que... parce qu'il ne faut tromper personne. {Elle met le fichu de Marianne.) Je vais en apprendre d,e belles là-bas sous la charmille. La nuit sera-t-elle sombre? S'il allait me reconnaître! Tant pis pour tous les deux.
MARIANNE. Sous la charmiUe, c'est à ne pas s'y reconnaître.
LA MARQUISE. Bien , je commence à prendre tournure. Voilà en vérité un joli chapitre de roman. Cela ressemble un peu trop au Mariage de Figaro ; mais patience , le dénoûment.... La nuit vient; comme je suis tremblante!... J'ai le cœur qui me bat d'une belle façon.... Ai-je bien l'air d'être vous-même , Marianne? je n'ai pas le temps d'aller me mirer.
MARIANNE. Tout à fait, madame , au point que je m'y tromperais. Il me semble que je me vois dans le miroir. {Avec malice.) C'est surprenant comme un petit bonnet vous va bien! Mais j'ai du souci, moi; M. le marquis va m'en vouloir pour l'avoir trompé , ou plutôt parce qu'il ne m'aura pas trompée.
LA MARQUISE. N'aycz pas peur. Il voulait un baiser, il se mordra les lèvres , voilà tout.
MARLA.NNE. La volouté de Dieu soit faite, et ceUe de madame aussi!
LA MARQUISE. Est-co que le marquis est déjà sous la charmille ?
MARIANNE. Il est mouté là-haut à la bibliothèque avec un livre à la main.
LA MARQUISE. Alors je vais tout de suite au rendez^ vous. J'aime mieux l'attendre. Vous, dépêchez-vous d'aP 1er faire du bruit au clavecin. (Elle s'éloigne sur la pointe des pieds.) à
MARIANNE. Bou voyago , madame. (Seule.) Eh bien , je ne suis pas du tout mal en marquise ! On dit que c'est l'habit qui fait le moine ; moi, je dis que c'est le moine qui fait l'habit.