‹ Hommes et femmes de courChapitre 2 sur 38 · IV A · texte numérisé non relu

IV A

trouve qu'il a peint tout un siècle, folles amours, ardeurs insensées , laiûineuses rêveries, mascarades que font déjà pàiir les premiers rayons de la pensée , fête galante sur laquelle éclate une sanglante aurore, la vieille France et la nouvelle, poètes, abbés, courtisans et courtisanes, rois et favorites, suprême orgie qui entend se mêler à ses cbansons le bruit d'un flot qui monte, un rêve éclatant de fleurs, de dorures, de fêtes, de femmes souriantes, qui s'appelle le xviii' siècle. Qui mieux que ce poète de l'amour et de la jeunesse pouvait peindre pour nous des fous du bon vieux temps, pour qui tout était jeunesse, poésie, amour, et dont la folie fut si sage , et dont la sagesse fut si folle?

M. Arsène Houssaye a causé familièrement avec ces peintres et ces pbilosopbes; il n'a rien voulu savoir de leur histoire officielle, ou plutôt il a oublié avec bonheur cette histoire consignée dans toutes les gazettes ; à chacun d'eux il a surpris seulement un coin oublié de la pensée, une page secrète du cœur; il a peint chacun de ces modèles par un trait lummeux dans lequel tout l'homme se révèle ; aussi nous donne-t-il des portraits plus vrais que la vérité, aussi vrais que la poésie; des portraits qui seront l'histoire. Dufresny , ce bohémien de sang royal, épuisant la générosité de Louis XIV, et épousant une blanchisseuse; Dufresny dévorant des millions et mourant pauvre, et semant de l'or pour récolter des roses; l'abbé Prévost cherchant toute sa vie l'infidèle Manon, qui ne le reconnaîtra pas; Crébillon le Gai reparaissant après sa mort chez Mme Geoffrin, pour se souvenir qu'il avait été adoré comme un dieu; Gentil- Bernard chantant Claudine chez les marquises : comme ces poètes vivent ! Et qui donc aurait le courage de rechercher çà et là une inexactitude à travers ces romans vrais qui ont si bien dû se passer comme M. Houssaye se les rappelle avec la mémoire du rêve! Assurément, si, comme l'a dit un maître, le mérite d'un livre peut se mesurer à la quantité de tableaux qu'il peut inspirer, le livre de M. Arsène Houssaye est excellent. Quels tableaux, en efl'et, les filles de Grétry, Watteau accoudé à la fenêtre et regardant la parade des bohémiens, d'Alembert lisant le testament de MUe de Lespinasse, la Guimard parodiant les fêtes de la cour! Et dans le silence de d'Hèle, dans l'abandon de Piron, dans la triste vieillesse de Mlle Camargo, n'entrevoyez-vous pas des Decamps et des Meissonnier d'une admirable beauté? Ou, s'il faut des scènes à l'auteur dramatique, lisez cette subhme élégie tragique, la conversation de la reine Marie-Antoinette avec Jean-Jacques Rousseau; cherchez la page qui raconte Mme de Pompadour recevant Crébillon le Tragique ! ceUe qui raconte avec une grandeur tout à fait antique la mort d'André Chénier. Là, le poète devient un juge; mais que dis-je ? d'un bout à l'autre de son récit il a su juger, et plus sévèrement que ne font les historiens vulgaires, absolvant ceux qui ont aimé et qui n'ont pas vu où ils posaient leurs pieds, absorbés qu'ils étaient par la contem-

plation des heautés vraies, mais ne pardonnant pas au désenchantement de Marivaux, ni à l'égoïsme de Fontenelle. Fontenelle! voilà un portrait tracé de main de maître et une éloquente protestation de la poésie ! D'ailleurs, le courage ne manque nulle part dans la Galerie du 18° siècle, et il fallait une vraie liberté de penser pour écrire ainsi sur les philosophes qui nous ont légué la France nouvelle retrempée par la Révolution.

La Galerie du xviii' siècle, six fois réimprimée en France, traduite ou contrefaite dans toute l'Europe, est aujourd'hui divisée en cinq séries :

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