‹ Hommes et moeurs au 17e siècleChapitre 6 sur 14 · M™« CORNUEL · texte numérisé non relu

M™« CORNUEL

Et l'on ne saurait prendre trop de précautions pour assurer son salut ! Achetez-en, monsieur de Montauron, vous qui êtes assez riche pour cela.

LE p. LOUIS JACOB

Tout ému du miracle qui venait de se produire en sa présence, le prince Zaga-Christ s'en entretint le soir même avec Reiis Hanna, supérieur du couvent des Abyssins, lequel était précisément ce religieux qui avait été enfermé avec sa lampe éteinte dans le saint sépulcre ; et celui-ci ne fit pas difficulté d'avouer au fils de son empereur que tous les ans il faisait simplement le feu miraculeux avec un fusil dissimulé sous son aube. Cette ignoble supercherie révolta la droiture native du prince d'Ethiopie. Ces schismatiques sont, en général, très respectueux des choses saintes. Quelqu'un dans leur pays vient-il^ par mégarde, à cracher à terre le jour qu'il a communié, il avertit aussitôt un prêtre, qui fait relever et porter le crachat dans l'église, en un lieu à ce destiné. Et si, après s'être approché de la sainte table, l'un d'eux crachait au nez d'un chien,

ce qui est assez ordinaire en France et n'y émeut personne, celui-là, en Ethiopie, serait brûlé, et le chien misa mort. Le prince Zaga-Christ fut grandement indigné contre les religieux abyssins et ceux qui s'associaient à cette profanation du Saint-Sépulcre ; et, remarquant que les catholiques n'y avaient point pris part, il alla trouver le gardien du couvent des Récollets de Jérusalem, et, par le moyen de ses truchements,lui exprima le désir de se faire instruire. Eclairé par ses enseignements, il fut bientôt convaincu que son père n'avait perdu la vie et le trône que pour avoir voulu extirper de son empire les catholiques romains, et il demanda d'être reçu à la communion de la sainte Eglise. Les Récollets, par crainte du bâcha de Jérusalem, l'emmenèrent de nuit, avec trois de ses serviteurs, à Nazareth, qui dépendait de l'excellent émir Fakhr-Eddyn, prince des Druses, dont le meurtre, que je viens d'apprendre, est un malheur à nul autre second pour les chrétiens de la terre sainte.

Le prince Zaga-Christ était depuis huit jours au couvent de Nazareth quand y arriva un évêque arménien, qui s'en retournait dans son pays après avoir solennisé à Jérusalem les fêtes de Pâques. Le généreux jeune homme ne se put tenir qu'il ne reprochât publiquement à cet hérétique la supercherie du feu saint. L'évéque ne répondit rien ; mais il se vengea. Il persuada aux trois derniers serviteurs du prince que leur maître voulait se faire catholique

afin de passer dans l'Europe, qui est un pays couvert de neiges éternelles, où meurent promptement tous ceux qui y viennent des pays chauds ; ils n'étaient même pas certains d'ailleurs d'y arriver, risquant d'être pris en route par des corsaires, qui mettaient aux galères tous ceux qu'ils trouvaient circoncis. Epouvantés, ces pauvres Ethiopiens déclarèrent à Zaga-Christ qu'ils se voulaient séparer de lui. C'étaient les derniers témoins de ses grandeurs et de sa fuite ; le cœur déchiré, le prince leur donna presque tout ce qui lui restait de son bagage, et leur dit adieu en pleurant. Puis, entrant dans l'église, il se jeta à genoux, répétant avec désespoir : « Je suis seul î » Enfin, il se releva, et, d'une voix résignée : « Que Dieu soit loué en toutes choses !» A la fm du mois de juin, le jour consacré aux saints apôtres Pierre et Paul, Zaga-Christ fut reçu à la communion de TEglise catholique par le P. Paul de Lande, gardien du couvent des Récollets de Jérusalem, en présence du P. Eugène Roger, qui m'a confirmé par lettre tout ce que le prince m'avait conté à Rome, et qui se propose d'écrire l'histoire de cet illustre infortuné, avec lequel il a demeuré cinq mois à Nazareth (1).

JULIE D'aNGENNES

C^est chose bien fâcheuse pour Zaga-Christ, moti

(1) Le P. Roger a intercalé une Relation véritable dé Zaga»- Christf prince d'Ethiopie^ dans le très curieux livre qu'il a

père, que la dispersion de toute son escorte ; car, enfin, il ne peut plus produire aucun témoin, et tout ce que vous savez de lui, vous et le P. Roger, c'est de lui-même que vous le tenez. Je vois d'ici bien des gens hocher la tète, et dire de votre coureur d'aventures : « A beau mentir qui vient de loin. »

LE p. LOUTS JACOB

Pourriez-vous supposer que les Récollets, qui Vont amené à Jérusalem, se soient laissé grossièrement abuser par un si jeune homme ? N'avaient-ils pas vu les honneurs qui lui furent rendus au Caire ?

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