INTRODUCTION
Sous ce titre, homosexualité et psychopathies, nous nous proposons d'étudier non lhomosexualité en général, envisagée comme psychopathie, mais seulement et plus précisément les manifestations homosexuelles au cours des psychopathies.
Notre attention a été attirée sur cet aspect de la clinique psychiatrique par l’enseignement et les travaux de notre maître, M. le Docteur G. Petit, qui a publié, en octobre 1933, dans les Annales Médicopsychologiques, un article intitulé : « Régression juvénile, inversion sexuelle par hyperendocrinie dans la manie et la cyclothymie ».
Montrant les analogies entre les réactions du maniaque et le comportement de l'enfant, ce qui l’autorise à penser que chez le maniaque il y aurait régression de la vie psychologique vers un état infantile, il rappelle les troubles des glandes à sécrétion interne, l’hyperendocrinie, si souvent observée au cours de l’examen clinique des maniaques et établit une corrélation entre les deux ordres de faits psychologiques et biologiques.
Il rapporte ensuite un certain nombre d’observations de malades présentant pendant leurs accès maniaques des tendances homosexuelles dont il attribue la cause, tout au moins dans le déterminisme immédiat, au facteur endocrinien, qui semblerait conditionner à la fois des modifications de l'instinct sexuel et de la vie psychologique vers un stade infantile dans lequel précisément les études sexologiques ont montré un état d’intersexualité originel.
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La réunion de nouvelles observations, où la manie n’était pas en cause, nous a permis d'étendre le champ de nos recherches.
L'intérêt du travail que nous nous proposons touche à celui de l'homosexualité en général. Il nous est donné d'apporter ici notre contribution de faits nouveaux par les observations personnelles que nous produisons. De plus, l'analyse de ces documents cliniques, met en valeur des particularités étiologiques et pathogéniques dans lapparition de la perversion. La notion de certains processus, tant organiques que psychologiques, dans l’évolution desquels on voit naître parallèlement des phénomènes d’homosexualité et des troubles mentaux, mérite, pensons-nous, d’être retenue pour une étude plus générale.
Par ailleurs, d’un point de vue plus spécialisé, les phénomènes que nous avons étudiés ne sont pas tous analogues. Les uns affectent le comportement des malades, d’autres, au contraire, se font jour uniquement dans leurs récits. Des analogies étiologiques, des cas intermédiaires permettent de les grouper, tout en insistant cependant sur les différences réactionnelles qui s’observent suivant les cas. Nous verrons en particulier le rôle prépondérant que peut avoir l'apparition de tendances homosexuelles dans le développement de la personnalité de certains malades.
Au sujet de cette diversité dans les modalités d'expression de l’homosexualité, nous formulerons brièvement les deux remarques suivantes qui permettent, pensons-nous, de grouper dans une même étude des faits en apparence très disparates.
Tout d’abord, l'extension qu'il convient de donner au terme d’homosexualité, dont on ne saurait réduire la définition à l’attirance érotique, plus ou moins exclusive, pour les individus du même sexe que le sujet. Sans doute cette pulsion instinctive peut exister seule, mais, dans la plupart des cas, comme l’ont bien
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montré les auteurs qui se sont occupé de la question, elle s'accompagne d’un ensemble de modifications des tendances affectives et des goûts, de toute une attitude générale de la personnalité dont une composante essentielle est normalement la conscience d’appartenir à un sexe déterminé.
Il existe ainsi dans l’homosexualité, en plus du problème de l’anomalie instinctive, tout un côté psychologique dont les aspects cliniques ont été bien décrits et conditionnent différentes formes d’homosexualité d’après leur importance par rapport à l’anomalie instinctive, ou la prééminence de tels ou tels caractères habituellement regardés comme appartenant à un sexe déterminé.
D'autre part, ce polymorphisme, inhérent en quelque sorte à l'homosexualité, est accentué par les caractéristiques psychologiques propres à chacune des entités de la nosographie psychiatrique dans lesquelles nous avons observé des tendances homosexuelles.
Remarquons, en outre, que notre étude concerne des formes bien spéciales d’homosexualité. Dans la plupart des observations que nous produisons les tendances homosexuelles sont acquises et leur apparition paraît conditionnée par les mêmes facteurs que l’on peut incriminer dans le déterminisme des psychopathies.
L'homosexualité peut suivre l’évolution du processus en cause et se montrer transitoire ; elle peut se manifester uniquement sous sa forme purement instinctive et érotique, ou produire, par cette irruption de tendances nouvelles qui contrastent avec la personnalité antérieure du malade, un trouble de la conscience et être la source de phénomènes délirants.
Une première partie de ce travail consacrée à l’historique de la question nous permettra de reproduire les faits déjà publiés et d'exposer les théories émises à leur sujet.
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Dans une seconde partie, nous ferons une étude clinique de nos observations personnelles, en établissant une classification d’après le mode de manifestation des symptômes, leur étiologie, leur évolution dans le cadre des entités nosographiques où nous les avons rencontrés.
Nous signalerons à propos de chaque groupe les éléments pathogéniques, pour essayer d’en dégager le mécanisme.
Nous formulerons enfin, dans nos conclusions, le résumé de nos recherches.