‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 11 sur 39 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

L'histoire et la littérature, offrent sans doute, pour notre étude, de nombreux exemples d’homosexualité en rapport avec des psychopathies ; nous ne pouvons les rapporter dans le cadre restreint de cet ouvrage. Bornons-nous à Citer, parmi tant d’autres, les cas bien connus de Néron, du maréchal Gilles de Raïs, et plus près de nous de Henri II de Bavière et de Baudelaire.

Nous limiterons nos recherches historiques au domaine strictement médical ; domaine d’ailleurs extrémement étendu.

Déjà Pinei (97)!, dans son Traité médico-psychologique sur l’aliénation mentale, signale parmi les caractères distinctifs de l’aliénation, « dans l’un et l’autre sexe, une effervescence physique des organes générateurs, avec les gestes les plus lascifs et les propos les plus obscènes ; elle tient d'autant plus à une disposition intérieure qu’elle ne dure qu’autant que la maladie ». Plus loin il écrit : « Je parle de l’onanisme, dont la malheureuse habitude a été souvent contractée avant la puberté, mais que de jeunes personnes, les plus réservées et les plus décentes, peuvent aussi éprouver par une

1 Les chiffres entre parenthèses renvoient à la bibliographie, page 133 et suivantes.

suite de l’excitation nerveuse qui distingue l’état maniaque. On présume bien qu’un autre vice contre-nature et qui demande le concours de deux personnes du sexe, également débauchées, a lieu aussi dans les Asiles d’aliénés. »

C’est Esquirol (25) qui publie le premier des observations de psychopathes présentant des particularités homosexuelles. Dans son Traité des maladies mentales, nous relevons les deux observations suivantes, qu’il range dans les démonomanies.

OBSERVATION 1. — Mme M..., veuve, éprouva après la mort de son mari de très grands chagrins, la perte de sa fortune ; elle a un accès de manie, fait des tentatives de suicide et est envoyée à la Salpêtrière. Madame était d’une taille petite, très maigre, très agitée, parlant sans cesse, assurant et répétant avec emportement qu’elle était non une femme mais un homme. Si quelqu'un en lui parlant lPappclait Madame, aussitôt M. devenait plus agitée, disait des injures ou se livrait à des actes de violence. M. Pussin, alors surveillant de la division des femmes aliénées de l’hospice, s’entendit avec M. Pinel pour procurer des habits d'homme à cette femme ; ces habits furent mis avec des transports de joie, et M... se promena au milieu de toutes ses compagnes avec une sorte d’ostentation, elle fut plus calme, plus tranquille et parla beaucoup moins, mais elle s’agitait jusqu’à la fureur si on ne l’appelait pas monsieur ou si on l’appelait madame. Peu à peu les forces de cette malade s’affaiblirent, elle entra à l’infirmerie au mois de novembre 1802, ayant un dévoiement très abondant et étant d’une très grande faiblesse ; elle rejetait par le vomissement les bouillons, les tisanes, les potions qu’on lui prescrivait ; elle finit par ne vouloir plus rien prendre et succomba sept jours après, à l’âge de 68 ans, conservant le même délire jusqu'aux derniers jours de sa vie.

OBSERVATION 2. — J'ai donné des soins, il y a bien des années, à un homme âgé de 26 ans, d’une taille élevée, d’une belle stature, d’une jolie figure, qui, dans sa première jeunesse, aimait à se revêtir des habits de femme. Admis dans la haute société, si l’on y jouait la comédie, il choisissait toujours les rôles de femmes ; enfin, après une très légère contrariété, il se persuada qu’il était femme et chercha à en convaincre tout le monde, même les membres de sa famille ; il lui arriva plusieurs fois chez lui de se mettre nu, de se coiffer, de se draper en nymphe ; dans cet habillement

Page 1