‹ Homosexualité et PsychopathiesChapitre 25 sur 39 · LP GORE · texte numérisé non relu

LP GORE

l'intoxication morphinique, l’attirance sexuelle pervertie se manifeste avec une forme impulsive liée à un état d’anxiété. Les mêmes caractéristiques se retrouvent dans l’observation 37, où l’homosexualité est en rapport avec un déséquilibre cyclothymique, aggravé de morphinomanie, et dans l’observation 39, qui lui est analogue. Nous pourrons ranger dans ce même groupe, où l’homosexualité se manifeste par des troubles du comportement sexuel, les observations relatives aux traumatismes craniens (observation 25), à l’hémiplégie (observation 34) et au tabès (observation 35).

Dans la manie, les phénomènes ne se présentent pas sous un aspect identique. Une série d’observations (observations 3, 5, 6, 14, 24, 38) montre des tendances homosexuelles analogues par leurs manifestations à celles du premier groupe, avec des variantes suivant l’intensité des troubles mentaux. Ces manifestations se produisent sous forme d’agressions ou de poursuites érotiques, ou de déclarations amoureuses dirigées sur des personnes du même sexe, parfois avec consommation d'actes homosexuels, en particulier dans les cas d’homosexualité périodique (observations 26 et 27) que nous avons rapprochés de la manie et de la cyclothymie (observations 39 et 40).

Par contre, dans l’observation 4, le malade, outre son sentiment sexuel pour les hommes, présente une modification curieuse de sa personnalité et se prend pour une femme. Il semble qu’il y ait là une évolution plus accentuée de ce qui se trouve décrit dans l’observation de Wise (observation 24) ; cette femme hypomaniaque homosexuelle s’était longtemps conduite comme un homme, dont elle avait adopté le costume et l’activité sociale.

Parfois, les modifications morphologiques que présentent ces malades semblent leur fournir des raisons d'affirmer qu’ils ont changé de sexe, tels le malade de Raggi (observation 31), gynécomaste qui se prenait pour une femme de chambre et recherchait le commerce des hommes, et le cas de Arndt, cité par Krafft-Ebing (52) : une malade atteinte d’hirsutisme disait, en désignant son menton : n'est-ce point la preuve que je suis bien

un homme ? D’autres fois, il existe à la base de ce sentiment des troubles psycho-sensoriels, en particulier des hallucinations complexes de la cœnesthésie, comme dans le cas de la maniaque observée par Sérieux (observation 20) qui sentait en elle les organes génitaux des deux sexes, auxquels elle disait appartenir avec prédominance alternante de l’un ou de l’autre. Cette idée délirante de transformation de sexe, particulièrement nette dans l'observation 1, qui concerne une maniaque, se retrouve dans la plupart des états délirants que nous avons rapportés et où ils constituent la manifestation essentielle de l’homosexualité (observations 2, 9, 10), tandis que les malades des observations 12, 13, 15 et 16 se plaignent d’être poussés à des actes de pédérastie. Dans tous ces cas, en opposition avec ce que nous avons exposé plus haut, l'homosexualité s’extériorise, non plus dans le comportement, mais dans les récits des malades. Il semble qu’il y ait là un mode d’expression de tendances sexuelles nouvelles pathologiquement néoformées, s'imposant à la conscience du sujet. Alors que dans la manie ces troubles s’expriment sans provoquer de réaction avec la personnalité antérieure du malade, qui se conduit alors comme un homosexuel congénital, dans d’autres états, cette irruption de tendances instinctives nouvelles détermine un conflit que traduisent des interprétations et des hallucinations variées aboutissant souvent à un véritable thème délirant systématisé. On peut observer d’ailleurs, dans l’évolution de certains délires, une succession de stades dans lesquels le malade, qui au début se plaignait avec véhémence de sa transmutation sexuelle, semble composer peu à peu avec elle et l’exprime finalement dans des thèmes de grandeur et de satisfaction.

Nous avons vu que Krafft-Ebing classait la métamorphose sexuelle paranoïaque dans le cadre de l’homosexualité acquise, en montrant qu’il existe des formes de transition (observations 7 et 8) que nous avons retenues également à cause de leurs particularités étiologiques (notion d’états anxieux antérieurs probablement symptomatiques d'infections neurotropes. D’autres

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auteurs, Moll (80) entre autres, n’admettent pas qu’il s'agisse là d’homosexualité. Cependant, il nous semble logique de rattacher ces délires aux autres manifestations homosexuelles, qui affectent seulement le comportement ; nous avons montré qu’il existe dans certains cas de manie (observations 4, 24, 31) à la fois cet étrange sentiment de transmutation sexuelle et des tendances érotiques inverties, nous verrons également que des étiologies analogues peuvent déterminer indifféremment les deux ordres de manifestations.

Les psychanalystes englobent dans le même mécanisme homosexualité et paranoïa. Signalons rapidement à ce sujet les remarques de Freud (29) sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa. Il s’agit d’ailleurs d’un délire systématisé de transmutation sexuelle, dont les deux principaux éléments sont la transformation du malade en femme et sa situation de favori de Dieu, éléments qui se relient par l’attitude féminine envers Dieu ; aucune autre partie du délire n’est traitée par le malade avec autant de détails, on pourrait dire avec autant d’insistance que la transformation sexuelle qu’il prétend avoir subie. Freud pense qu’il faut voir à l’origine de ce délire une explosion de libido homosexuelle, et ce qui est essentiellement paranoïaque dans ce délire, c’est que le malade, pour se défendre d’un fantasme homosexuel, ait réagi précisément au moyen d’un délire de persécution de cet ordre.

Voici d’ailleurs une observation où P. Guiraud (38), transcrivant simplement le récit du malade, montre bien que ces délires sont des manifestations d'homosexualité.

« Je suis né à V.., dans la Marne, en 1882. Ma mère était un peu imbécile, elle habitait seule dans une petite cabane et se laissait faire par les hommes. Je n’ai jamais su qui était mon père. Une sœur était née avant moi et morte à l’âge de 8 ans; je ne l’ai pas connue. Comme ma mère était très pauvre, elle ne pouvait m’habiller qu'avec les vêtements de ma sœur, de sorte que jusqu’à l’âge de 9 ans j'ai toujours été vêtu en fille. Cela me faisait beaucoup de peine parce que les autres enfants se moquaient de moi.

« Je ne voulais pas aller à l’école, souvent ma mère a été obligée de m'y porter sur une brouette, les pieds atta-

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