CHAPITRE X
Ihler chassé de la forêt de Mormal. — Clerfayt devant Le Qaesnoy. — Bombardement et capitulation de la place. — Démanstrations du 12 septembre. — Tentative d'un corps de 19.000 hommes pour débloquer Le Quesnoy. — Attaque de la forêt de Mormal. — Prise de Bousies et de Fontaine-aux-Bois. ^ Reculade. — Le capitaine Thiébault et le commandant GÔttmann.
Hondschoote et Menin étaient deux éclatantes victoires. Béru disait que les succès du 8 et du 13 septembre paraissaient décisifs. « La farce, écrivait un rédacteur du Batave^ est jouée pour les Anglais et les Hollandais, et le brave Bouchard, qui est un général à la Père Duchesne, aura soin que les Autrichiens arrivent sous peu au dénouement de la tragédie » (1). Les Autrichiens allaient justement arrêter Houchard dans sa marche triomphante. Pendant que le duc d'York levait le siège de Dunkerque et que le prince d'Orange se faisait battre à Menin, Cobourg s'emparait du Quesnoy.
\, Le Batave, 18 septembre.
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Le généralissime des coalisés aurait dû se saisir de Cambrai. « Terminez vite votre campagne, mandait Dumouriez au colonel Mack dès le mois de mai ; si une fois Valenciennes est pris, tout est dit, parce que vous pouvez éviter Bouchain et vous porter sur Cambrai qui ne peut pas tenir. » Sitôt qu'on sut à Paris que l'armée du Nord abandonnait le camp de César, on crut que Cambrai avait cai^lulé. « Cambrai est cerné, disait Couthon, et je ne serais pas étonné qu'il fût pris ». Aussi Cobourg avait-il rintôntion d'investir Cambrai et lorsqu'il eut débusqué les Français de leur position de Paillencourt, il pria le duc d'York de coopérer au siège de la place. Mais York marchait déjà sur Dunkerque, et Cobourg, délaissé par son allié, ne s'estimant plus assez fort, et s'imaginant que Cambrai pouvait résister six à huit semaines, se dirigea sur Le Quesnoy. Les Anglais furent outrés. Pourquoi,^ aprèsavoir sommé Cambrai, se détourner sur Le Quesnoy? N'était-ce pas rétrograder? Ce mouvement ne passerait-il pas pour une retraite ? Ne serait-ce pas encourager les troupes républicaines, augmenter l'influence de la Convention, exciter la France à faire de plus grands efforts? (1)
Avant de bloquer Le Quesnoy, il fallait chasser les républicains de la forêt de Mormal. Custine, Kilmaine et Houchard avaient chargé le général Ihler de s'établir au centre de cette forêt avec 8 bataillons, 400 cavaliers et 4 canons pour protéger à la foisLeQuesnoy etLandrecies. Ihler avait ordre de lutter aussi longtemps que possible et, s'il était forcé, de faire sa retraite surAvesnes et Maubeuge. C'est le frère aîné de ce Théobald Ihler qui tom-
1. Witzleben, II, 270; Ternaux, Terreur, VI, 688; Corresp. de Couthon, 21; Thûrhelm, Briefe, 125; Auckland, III, 110 (Graufurd à Auckland, 13 août).
bail glorieusement dans la journée du 20 août 1793 à Jockgrim et qui couvert de blessures, frappé à mort, animait encore ses dragons et leur recommandait d'ôter ses épaulettes, pour que l'ennemi ne le reconnût pas, NéàThann en 1745 et successivement sous-lieutenant, lieutenant, aide-major et capitaine en second au régiment de La Marck, major au régiment de Bouillon, lieutenantcolonel en 1786, colonel en 1791, Ihler était général de brigade depuis le 12 juillet 1792 et général dé division depuis le 1" juin 1793. Représentants et commissaires le louaient àFenvi. Courtois assurait qu'il « raisonnait très bien, son métier», qu'il était aimé du soldat et que sa probité garantissait son civisme. Defrenne marquait au ministre qu'il avait des connaissances techniques, qu'il vaquait sans relâche aux devoirs de sa fonction et « se montrait trèsbien.» Celliez et Varinle croyaient < élran- . ger et un peu partisan deCustine», mais le regardaient comme un « brave homme » et un « exc3llent officier » qu'il fallait conserver. Viger le jugeait bon militaire, quoique aristocrate. Houchard le qualifiait de patriote ;et comptait beaucoup sur ses talents distingués. Le vieil et infirme Gudin qui commandait à Maubeuge, ne souhaitait pas d'autre successeur (1).
1. Kilmaine à Bouchotte, 30 juillet, et ordre de Des Bruslys, 30 juillet: Courtois et Teissier a Bouchotte, 5 juin; Defrenne à Bouchotte, 28 avril; Celliez et Varin à Bjuchotte, 26 juillet; Viger à Bouchotte, 25 août; Houchard «t Gudin au ministre, 10 et 27 août (A. G.). Cf. sur Theobald Ihler, Wissemhouy^g, 107, el Cha-avay, Les généraux morts pour la patrie, 9, et sur l'aîné, Jean-Alexandre, dont il est ici question, une note de Charavay, Caimot, II, 329 qui donne ses états de sei vices. Jean-Alexandre Ihler était proposé par le représentant Du Bois du Bais comme successeur de Gudin. Mais Bouchotte jugea que Ihler « ne pouvait être chargé de ce commandement parce qu'il ne réunissait pas assez de conflance. » (Du Bois du Bnis à Carnot, 7 sept, et Bouchotte à Houchard, 3 sept.) Ihler fut suspendu
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Fidèle aux instructions qu'il avait reçues, Ihler mitson camp à Hecqet le défendit par des coupures et des abatis- Il éleva des* redoutes à la Maison-Rouge, au Rond Quesne, à la rue Coulon, à l'Opéra, au carrefour de la Taperie où aboutissaient les principales communications. Mais les troupes dont il disposait, n'étaient pas capables d'une longue etvigoureuse résistance.
Le 16août,le chef d'état-major de Cobourg, Hohenlohe- Kirchberg, vint examiner la position française. Le 17 au matin, il ordonnait l'attaque. Deux bataillons, trois compagnies et deux escadrons, le comte d'Erbach à leur tête, marchèrent sur Berlaimontet refoulèrent les avantpostes de la division de Maubetige qui se replièrent de l'autre côté de la Sambre sur les hauteurs de Saint-Remi et de Hautmont. Un bataillon et quatre escadrons, menés par Lilien, poussèrent sur Hecq et Preux-au-Bois. Le général Wenkheim s'achemina sur PoixetEnglefontaine. Neuf bataillons et quatorze escadrons auxquels était confié le principal eflFort, partirent de Villerspol, sous la conduite de Bellegarde, pour attaquer Gommegnies et Jolimetz.
Cette attaque était, comme dit Ihler, environnante, et les Français, abordés de toutes parts, n'avaient d'autre route, pour faire retraite, que celle de Landrecies. A neuf heures du matin, deux compagnies du corps franc d'O' Donnell avaient enlevé le village retranché de Villereau, un des points essentiels. La Maison-Rouge, la Maison-Blanche, Jolimetz, l'Opéra, les grandes Carrières étaient assaillis de front et aussitôt emportés. Les natio-
de ses fonctions le surlendemain de sa tentative sur Le Qiiesnoy (14 septembre 1793) et retraité un an plus lard le 17 octobre 1794. Comme son cadet, U était Alsacien et naquit à Thann le 20 octobre 1745.
naux fuyaient à travers la forêt. Le général Colomb les rallia au carrefour de laTaperie,les plaça dans la petite redoute qui couvrait ce passage, et sur les flancs, dans les bois de droite et de gauche, à la lisière des avenues, sur la chaussée et en avant de Locquignol. Mais, dès que rennemiparut,ils se sauvèrent derechef. Colomb parvint à les rassembler au carrefour du Calvaire , il leur parla, leur prouva qu'il avait pris et prenait encore d'efficaces mesures; il leur dit que leur position était belle et avantageuse ; il menaça de les sabrer s'ils fuyaient de nouveau. Mais lorsque TAutrichien se montra, les sansculottes abandonnèrent le carrefour du Calvaire comme ils avaient abandonné les précédents débouchés, et s'échappèrent de la forêt par le pont d'Hachette ;. leur terreur, rapporte Colomb, était à son comble. Ihler se hâta de jeter six bataillons dans Landrecies et de gagner Avesnes avec le reste; le jour suivant il était à Maubeuge (1).
1. Ihler à Bouchard, 17 août; Colomb au président de la Convenlion, 21 août (A. G.). Ce fut là que périt l'adjudant général Legros. Né à Gorbaix, dans le Brabant, major dans Tinsurrection des Pays-Bas, il avait l'cçu au mois de novembre 1792 du Comité militaire belgique le brevet de colonel et la mission de former le 2® régiment belge ; puis, il avait été commandant temporaire de Saint-Quentin et, en qualité de chef de brigade, il était & la tête des postes avancés dans la forêt de Mormal lorsqu'il fut pris le 17 août 1793. Les Autrichiens le fusillèrent comme déserteur. Le 6 octobre 1794, sa veuve Ursule d'Aubremez et ses trois enfants demandèrent un secours à la Convention, et Laurent déclara que Legros était digne des regrets de l'assemblée; Legros, ajouta Laurent, est mort en vrai républicain; ceux qui exécutaient l'ordre de Cobourg, tremblaient ; mais Legros leur dit : « Tirez, ne tremblez pas, je ne crainâ pas la mort », et il ne voulut pas qu'on lui fermât les yeux, parce qu'un républicain sait mourir les yeux ouverts. Le 19 octobre, sur le rapport de Sallengros, la Convention décréta que la veuve de Legros recevrait un secours de mille livred et qu'elle avsdt droit à une pension. La commune do
Les Impériaux n'avaient que SO morts et blessés, et on lit dans leur journal de guerre qu'ils firent à l'adversaire 150 prisonniers et lui mirent 500 hommes hors de combat. € Le feu a été très vif, écrivait Hohenlohe-Kirchberg, et il a coûté cher aux Français ; ils ont été délogés de la forêt comme dans une chasse à courre ; en trois heures, Fattaque était terminée (1). >
Le Quesnoy fut investi le surlendemain. Cette ville défend un espace deneuflieuesdeTEscautàlaSambre, et commande la ligne de Bavay à Saint-Quentin par le Gâteau. Elle est située sur un terrain assez élevé entre les petites rivières de la Rhonelle et de TEcaillon qui prennent toutes deux leur source dans la forêt de Mormal et rejoignent l'Escaut, la première à Valenciennes et la seconde à Haulchin. Ses fortifications consistaient alors en un rempart et en huit bastions irréguliers munis de contregardes, de ravelins et de larges fossés pleins d'eau. Son point faible était le côté qui regardait Valenciennes; Villars l'avait attaqué en 1712; les Impériaux l'attaquèrent en 1793.
Le feldzeugmestre Clerfayt dirigeait le siège et avait sous ses ordreslS.OOO hommes (2). Les travaux furent conduits, comme devant Valenciennes, par le colonel de Froon qui disposa peu à peu de 132 bouches à feu : 34 mortiers, 12 obusiers et 86 canons.
Saint-Quentin avait fait inscrire le nom de Legro9 en lettres d*or sur un tableau eotre les noms de Le Peletier et de Marat.Le 17 décembre, sur la proposition du Comité d'instruction publique, la Convention décidait que le nom de Legros serait inscrit sur la colonne du Panthéon et que les circonstances de sa mort seraient insérées dans le recueil des faits héroïques (Mon, XXII, 170, 288, 769 ; Borgnet, Hist, des Belges, II, 301.)
1. Witzleben, II, 281 282; Schels, 18-19; Poucart et Pinot, II, 155; Gudin à Bouchotte, 18 août (A. G.).