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Hentz, Lacoste et Peyssard au Comtté, 24 sept. (A. G

2. Les représentants à la Convention, 26 sept. {Mon, du 30). Mais le 28, aux Jacobins, Gollot d'Herbois reconnaissait que cette correspondance « renfermait, sinon des preuves de trahison^ du moins des présomptions bien désavantageuses contre le général. »

étrangers? Les représentants se récriaient d'indignation en lisant des lettres du prince héréditaire de Hohenlohe- Ingelfîngen et de Szekuly qui commandaient Tavantgarde prussienne. Ils frémissaient en constatant que ces « messieurs » témoignaient à Bouchard une haute considération. Ils accusaient le général d'avoir des complaisances envers la comtesse de la Leyen émigrée, d'écrire au duc de Brunswick en faveur des ennemis de la République incarcérés à Metz et à Forbach, de correspondre avec Merlin et Reubell assiégés dans Mayence, et sûrement, ajoutaient les représentants, Merlin et Reubell n'allégueraient plus maintenant, pour excuser Vinfâme capitulation du 23 juillet, qu'ils ignoraient ce qui se passait en France 1 Quelle crédulité grossière ! Quelle rage stupide de tout suspecter et de tout dénoncer I Si les représentants avaient lu ces missives sérieusement et à tête rassise, ils auraient vu qu'elles ne renfermaient que des formules de politesse. Un prince de Nassau disait à Bouchard qu'il s'empresserait toujours, en bon voisin, de faire ce qui serait agréable à la France. Le prince de Bohenlohe-Ingelfîngenlui proposaitd'échanger des prisonniers, et, avec cette courtoisie dont se piquent entre eux les hommes de guerre, se déclarait prêt à c se porter avec facilité aux arrangements qui pourraient obliger » son adversaire. La comtesse de la Leyen faisait à Bouchard des offres semblables : des gens de Blieskastel avaient été emmenés en France comme otages et emprisonnés, les uns à Metz, les autres à Forbach ; elle demandait qu'ils fussent délivrés ou échangés et assurait, pour prouver son bon vouloir, qu'elle avait prié Bohenlohe d'adoucir le sort de la femme et de la belle-sœur du patriote mayençais Patocki, détenues à Konigstein.Mais, pour effectuer cet échange, ne fallait-il pas s'adresser au

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roi de Prusse par l'intermédiaire de Szekuly qui commandait son avant- garde? Ne fallait-il pas informer Merlin et Reubell? Et les représentants inculpaient Bouchard qui s'intéressait au destin de ses compatriotes captifs et qui, dans un billet à Szekuly, se plaignait que le roi de Prusse les eût barbarement traités!

Il est vrai que la correspondance de Houchard comprenait encore une lettre au colonel Murray, chef d'étatmajor du duc d'York, une lettre à Frédéric-Guillaume, et une lettre à Kalkreuth. Mais la lettre au colonel Murray, la seule que Houchard eût envoyée aux alliés pendant qu'il était à l'armée du Nord, concernait la mission de Forster, chargé, comme on sait, par le Comité, de négocier un échange de prisonniers et d'entamer des ouvertures de paix ; Forster l'avait corrigée sous les yeux de Gay-Vernon, et des représentants l'avaient lue. La lettre à Frédéric-Guillaume avait paru dans le Moniteur ; elle était datée du 4 avril : Houchard, croyant sur de faux bruits que des hussards prussiens avaient massacré les blessés du 4° bataillon des Vosges, protestait contre de pareilles cruautés, assurait qu'il s'était toujours battu loyalement, que la générosité, l'humanité l'avaient guidé dans chaque circonstance, qu'il professait le respect du vaincu, qu'àLimbourg il embrassait les prisonniers pour les préserver de la fureur de ses soldats, et qu'il faisait panser les blessés prussiens avant les blessés français. Enfin, la lettre à Kalkreuth exhalait un patriotisme ardent, enragé, dénué de scrupules : Houchard refusait de reconnaître la capitulation de Mayence ; il disait à Kalkreuth et le chargeait de dire à son maître que la garnison n'avait pas été consultée, qu'elle n'était pas liée par l'infamie de son chef et que lui, Houchard, l'emploierait contre les Prussiens. Voilà quelle était

la correspondance de Houchard avec les ennemis (1)1 Mais il était irrévocablement condamné. Vainement, dans la séance du 24 septembre, les conventionnels s'émurent lorsqu'ils apprirent sa destitution par une lettre de Bouchotte. Vainement quelques-uns protestèrent. Biliaud-Varenne et Jeanbon Saint-André défendirent le ministre qui n'agissait que de concert avec le Comité. Houchard, dit Biliaud-Varenne, était non seulement destitué, mais arrêté parce qu'il avait trahi la nation, et il paierait de sa tête cette trahison. Quant à Jeanbon, il blâma le général d'avoir marché sur Mayence lentement et à pas de tortue, de s'entourer d'hommes comme Gay- Vernon et Berthelmy qui ne pensaient qu'à prolonger la guerre, et de ne pas posséder la moindre étincelle de talent.

Les griefs du Comité contre Houchard furent exposés avec plus de précision par Barère, Jeanbon et Robespierre, dans la séance du lendemain (25 septembre). Barère déclara que Houchard était infiniment suspect pour quatre raisons : l' Il n'avait pas jeté les Anglais à la mer après leur déroute; 2° il n'avait pas taillé en pièces les Hollandais, quoiqu'il les eût cernés; 3* il n'avait imprimé qu'un mouvement partiel à Tarmée, et il gardait inactives des troupes qui pouvaient être d'un grand secours, lorsque les Impériaux assassinaient la garnison de Cambrai dans un ravin; 4° il avait abandonné Menin et laissé massacrer son arrière-garde qui battait en retraite. Ces faits,ajoutait Barère, étaient présentement certains ; mais,

1. Voir les lettres dans le dossier de Houchard (A. N); déclaration de tiay-Vernon au président de la SociHé populaire de Limoges (A. G.) ; Houchard au roi de Prusse, 4 avril {Mon. du 17) ; Houchard à Kalkreuth,3<^août'A. G. et Mayence,292.) ; Geschichte der Kriege inEuropa, II, 83, note (« unverschâmt... die grôsste Liige »).

« environnés de lauriers », ils n'avaient d'abord été qu'incomplètement connus. On croyait que Bouchard avait remporté la plus belle victoire ; on n'examinait pas les résultats de ce succès, les pertes qu'éprouvait l'armée et les mauvaises dispositions ({ue le général lui commandait de prendre ; on était indulgent pour un vieux soldat qui s'était signalé par plusieurs actions d'éclat sous l'ancien régime et qui, des rangs obscurs d'une légion, s'élevait jusqu'au grade le plus éminent. Mais Hentz était venu à Paris, et ce commissaire intègre et éclairé (Barère le qualifiait ainsi) avait confirmé tous les rapports que recevait le Comité. Là-dessus, Barèt^e décrivait à sa façon, c'est-à-dire de la façon la plus inexacte et la plus fantastique, la bataille d'Hondschoote. Il y avait, selon Barère, trois colonnes à cette bataille ; la première avait été commandée par Landrinqui s'était caché; la deuxième, dirigée du côté de la mer, avait laissé aux Anglais le temps de se retirer; la troisième, envoyée sur Hondschoote, et inférieure en nombre aux coalisés — elle comptait 12.000 hommes et luttait contre 18.000 ennemis bien retranchés I — n'avait atteint son but que par un effort de valeur qui tenait du prodige. Pourquoi, concluait Barère, le Comité n'eût-il pas destitué Bouchard . qui morcelait son armée soit par ignorance crasse, soit par trahison?

Robespierre et Jeanbon Saint-André appuyèrent le rapporteur officiel du Comité de salut public. Jeanbon assura que Bouchard était à la fois incapable et traître, que les Anglais seraient maîtres de Dunkerque si l'on eût suivi ses plans, que ses troupes l'avaient forcé de vaincre, et il comparait le malheureux général à Dumouriez qui devait sa victoire de Jemappes à ses soldats, et qui méritait la honte de l'échafaud, au lieu de la cou-

renne civique/Robespierre vanta le Comité que certains hommes osaient attaquer, ce Comité qui voyait des trahisons au milieu d'un triomphe, ce courageux Comité qui destituait un chef encore investi de la confiance et revêtu de Téclat d'un succès apparent ; c'est malgré Bouchard, disait Robespierre, que les sans-culottes ont vaincu, et, à l'assaut d'Hondschoote, l'açmée française aurait dû périr I Le même soir, il développait une semblable accusation à la tribune des Jacobins. Il traita Bouchard de conspirateur. Le Comité, s'écriait-il, avait formé et communiqué au général un plan dont la réussite était infaillible ; pas un Anglais ne devait échapper pour porter à Londres la nouvelle du désastre ; mais Bouchard s'entendait avec les ennemis; il refusa d'exécuter le plan du Comité; par trois fois il s'enfuit devant les alliés; de peur de les atteindre, il revenait sur ses pas, et cet homme à qui Ton contestait du talent, en déployait beaucoup pour ne point battre l'adversaire (1) !

Dès lors, l'opinion s'anima, se monta contre Bouchard. Dans une séance des Jacobins, Chabot l'accusait d'avoir jadis calomnié les volontaires et prodigué les épithètes les plus injurieuses et les plus imméritées aux bataillons nationaux. Jacques Roux, le continuateur de Marat, écrivait niaisement que le « barbare » Bouchard avait négligé de jeter dans la mer les Anglais et les Espagnols* Laveaux affirmait que Bouchard avait pris part à tous les brigandages de Custine en Allemagne et dénoncé le

1. Séance de la Convention, 25 sept. (Mon. du 27), séance des Jacobins, 25 sept. [Mon* du 30 et Journal de la Montagne, du 28). On a vu plus haut que le Comité n'avait pas « formé un plan » ; le plan est de Gay-VernoQ qui Vexposa le 25 août et l'abandonna le 30 août; Levasseur qui savait ce qui s'était passé, contribua surtout à répandre Terreur; Houchard» dit-U dans sa déposition, « a, par les conseils de Vernon, changé le plan d*attaque envoyé par le Comité. »

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général Moustache après la capitulation de Mayence pour éloigner les soupçons et parce qu'il voyait bien que son patron était perdu sans ressource. Le correspondant lillois du Batave mandait que, si le traître Houchard avait voulu, Ostende appartiendrait aux Français, mais qu'il était un de ces officiers de fortune, par malheur si nombreux, qui n'avaient pas le moindre attachement aux nouveaux principes et qui faisaient leur chemin sous l'ancien régime en flattant messieurs les officiers et en leur rapportant les propos des chambrées. Hébert disait dans le Père Duchesne que la caque sent toujours le hareng et que Houchard savait tourner casaque ; « Un palefrenier devenu général d'armée, trahir la République qui l'a tiré du fumier pour le mettre sur le pinacle I Un Houchard vouloir singer un Dumouriez I Pouvait-on mieux attendre d'un misérable goujat qui ne s'était élevé qu'à force de bassesses et en décrottant les bottes deCustine? Tel maître^ tel valet. » Une députation des clubs de Sedan, de Montmédy, de Givet, de Philippeville et de Mouzon se présentait aux Jacobins de Paris et demandait que les états-majors fussent entièrement purgés, que le prompt jugement de Houchard devînt un avertissement pour tous les généraux. 4: Victoire, lisait-on dans le Rougyff^ Houchard et son état-major sont gobés; ils étaient de moitié avec l'ennemi, et voulaient lui livrer notre armée; que l'on fasse aiguiser la sainte guillotine; elle aura de la besogne (1) I >

Le 27 septembre, Houchard avait été, en même temps que Berthelmy, envoyé à l'Abbaye. Le 24 octobre, Bil-

i. Journal de la Montagne, 22 et 29 sept. ; Le Publiciste, n® 269; Le Batave, 2 oct. (lettre de Lille, 27 sept.) ; Le Père Duchesne, 'no 290 ; séance des Jacobins, 15 oct. [lâon, du 20)^Rougyff', n« 28.

laud-Yarenne déclarait à la Convention, au nom du Comité de salut public, que les généraux devaient être les premiers frappés puisqu'ils étaient les premiers à trahir leurs serments, et il proposait de rapporter le décret qui ne livrait les généraux d'armée au tribunal révolutionnaire qu'après une décision de l'Assemblée : « Que ce décret soit rapporté, et Bouchard paiera bientôt de sa tète le sang qu'il a fait verser par ses trahisons multipliées! » La Convention rapporta le décret (i).

Bouchard, transféré à la Conciergerie, — où il y avait alors vingt-quatre généraux I — pria la Convention de hâter son jugement et d'appeler devant le tribunal ses frères d'armes qui témoigneraient de son innocence (2). n se défendit. Barère, disait-il, a produit contre moi quatre chefs d'accusation : i« Je n'ai pas jeté les Anglais à la mer. — Mais étaient-ils d'humeur à se laisser jeter à la mer par un adversaire qui leur était de moitié inférieur en nombre? S'il y avait 15.000 Banovriens à Bondschoote, il y avait 30.000 Anglais devant Dunkerque. et ces Anglais n'étaient nullement mis en déroute, nullement entamés; ils se sont retirés, aussitôt après le combat du 8 septembre, dans une position avantageuse derrière Furnes;pour aller à eux, j'avais quatre lieues àf aire, le jour tombait, et devais-je me hasarder à travers un pays inondé où les ponts étaient rompus? 2® Je n'ai pas taillé les BoUandais en pièces. — Mais j'avais prescrit de les tailler en pièces; pouvais-je être partout et suis-je responsable d'une affaire où je n'étais pas? 3<» Je n'ai

i. C*était Billaud qui, le 9 juin, aux Jacobins, avait demandé que la Convention rendit par décret lea généraux responsables sur leur tête de toutes les défaites qui seraient évidemment la suite de leur impéritie. {Journal de la Montagne du iS juin.)

2. Lettre à la Convention, 14 nov. {Mon, du 16); cf. Ghassignet, Un soldat lorrain t 48.

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imprimé qu'un mouvement partiel à l'armée et j'aurais causé par là regorgement de la garnison de Cambrai dans un ravin. — Mais j'avais commandé k cette garnison d'opérer une fausse attaque et non de se fourrer dans un ravin à Avesnes-le-Sec, si loin de la place. Pouvais-je tout mâche)' à Declaye? Pourquoi s'est-il exposé? Pourquoi ne s'est-il pas « conduit militairement »? 4*^ J'ai abandonné Menin et laissé les ennemis assaillir l'arrière-garde. — Mais étais-jeà Menin? Ai-je envoyé des ordres en cette journée? Puis-je, cette fois encore, répondre des fautes d'autrui?Et Bouchard concluait : Carnot a désiré que le siège de Dunkerque fût levé; j'ai fait lever le siège, et ce débloquement a rapporté six millions à. la République et coûté plus du double aux coalisés. On dit que j'ai trahi. Mais pourquoi aurais- je trahi? Pour jouir d'un meilleur sort? Pour avoir plus de considération? N'étaîsje pas « au poste suprême du militaire »? N'avais-je pas la confiance de mes concitoyens et de mes frères d'armes? Aurais-je changé la place de général d'un peuple libre contre celle de dernier soldat des despotes? On prétend, il est vrai, que je ne suis pas républicain. Mais je suis un plébéien, un sans-culotte. Dès le commencement de la Révolution, je me suis prononcé en faveur du système populaire. Pas un soldat n'a lutté plus que moi pour la cause de la liberté. Pas un n'a été aussi bien récompensé. Hélas! la récompense a été trop belle! Je ne souhaitais que le grade de capitaine de dragons, et ce grade, je l'avais obtenu; étranger à toute ambition, à toute intrigue, je n'ai pas sollicité tous ces emplois que j'ai exercés; je ne voulais être ni colonel, ni général de brigade, ni général de division, ni général d'armée, et l'on m'a forcé de prendre ces commandements qui me valent aujourd'hui l'injure et la prison. Quoi ! j'ai trente-

huit ans de services dont dix ans de guerre ; j'ai toujours combattu vaillamment, et personne n'a douté de mon courage; j'ai six blessures qui sont autant de certiflcats de ma bravoure, un coup de fusil à travers la figure, un deuxième dans la cuisse, un troisième à la jambe et trois coups de sabre. Et je suis, à la Conciergerie I Mais mon innocence, je l'espère, sera reconnue ; j'ai l'âme pure et la conscience nette ; je prie le ministre et le Comité de me renvoyer à Sarrebourg, dans ma famille, sous la surveillance de ma municipalité (1).

Il comparut le 15 novembre devant le tribunal révolutionnaire. Indigné de la bêtise et surtout de l'insolence de ses accusateurs, il avait rédigé pour sa défense une harangue chaleureuse et brûlante de colère. Beugnot lut ce discours et en admira l'éloquence sauvage ; il crut entendre le Marins du marais de Minturnes ; « telle comparaison, dit-il, rappelait les chants d'Homère ou d'Ossian; je conçus une idée plus relevée de Bouchard et je vis que la nature lui avait départi une étincelle de génie qui n'avait point été amortie par les mœurs et le ton du jour. » Bouchard confia sa harangue à Osselin qui la délaya en style de palais de la façon la plus froide et la plus plate. Mais, quand elle eût été un chef-d'œuvre, le sort du général n'aurait pas changé. Dumas lui reprocha sa lâcheté. Aussitôt, le vieux soldat se leva, ouvrit son habit et présenta sa poitrine sillonnée de cicatrices : < Lisez ma réponse, » s'écria-t-il. On lui imposa silence et il retomba sur le fauteuil. Il pleurait. On put le juger,

1. On a môle et résumé ici les diverses justifications de Bouchard, son mémoire du 29 septembre à Bouchotte et un mémoire au tribunal révolutionnaire ainsi que ses réponses à Tinterrogatoire.

le condamner, le mener au supplice : il semblait ignorer ce qui se passait autour de lui ; il n'avait plus au cœur d'autre sentiment que le sentiment de son honneur profondément blessé; il ne répétait plus qu'un mot, le mot de Dumas qui lui semblait pire que la mort : < Le misérable, il m'a traité de lâche I » Le 16 novembre^ il montait sur l'échafaud pour avoir, disait Fouquier-Tinville, « pratiqué des manœuvres et intelligences avec les ennemis de la République, facilité leur entrée en France et favorisé le progrès de leurs armes, notamment à l'armée de la Moselle qui devait secourir Mayence et à l'armée du Nord qui devait secourir Dunkerque. > L'exécution de Houchard fit une impression profonde sur les armées. On le savait sans-culotte, et sa trahison ne trouva dans les camps que des incrédules. « Jusqu'à cette époque, écrit un officier, la faux révolutionnaire n'avait moissonné que des têtes titrées. Chacun craignit d'avoir son tour, et nous avons souvent entendu répéter ce qu'aurait dit Houchard en allant k la mort : < Battez^vous donc pour ces bougres^là qui vous guillotU nent[i)\ >

Berthelmy et Gay-Vernon échappèrent. Neveu d' Aubert '^Vit le ministre de la guerre avait eu pour adjoint» ami de Brune, lié avec le commissaire Varin et par suite a,vec Celliez, Berthelmy n'avait rien à craindre de Bouchotte. Malgré Jeanbon Saint-André qui le haïssait, malgré les adjudants-généraux Thttring et Sauveur Chénier qui le dénonçaient comme modéré, il put se sous-

i. Beugnot, Mém. I, 227-229; procès de Houchard (A. N. W. 296). Notes de Legrand (A. 0. } ; cf. Wallon, RisU du trib, rév. II, 82-92.

traire à la mort. Le 1*' bataillon de la Corrèze attestait son républicanisme et son intrépidité. Le Conseil général de la commune de Tulle, le Directoire du district, le Directoire du département affirmaient son civisme, La Société populaire de Tulle, émue du péril qu'il courait, dépêchait à Paris un député extraordinaire, Béral, et Béral assurait que Berthelmy avait exposé sa vie pour propager l'esprit public dans la Corrèze et qu'à la nouvelle de l'événement de Varennes, il criait que le moment était venu de faire tomber la tête de Louis XVI. Les conventionnels corréziens Lanot et Borie témoignaient que Berthelmy s'était toujours montré le zélé défenseur de la cause démocratique, qu'il possédait le caractère énergique du jacobin, qu'il avait été provoqué par les officiers royalistes du régiment de Royal- Navarre cavalerie et incar^ céré durant quinze jours par les aristocrates de Tulle, qu'il marquait au mois de juillet 17931e plus vif attachement aux Montagnards et refusmt de serrer la main à r « hermaphrodite > Penières. Enfin, Berthelmy rédigeait mémoires sur mémoires. Tantôt il écrivait qu'il était le plus prononcé des révolutionnaires et regardait le titre de sans-culotte comme le premier des titres ; que dès le commencement de la grande insurrection il avait été « en haleine contre l'aristocratie de toutes les robes»; qu'il avait tout bravé, les persécutions d'un tribunal prévôtal, les menaces des monarchistes, les duels; qu'il avait fondé le club de Tulle et que les séances de la Société se tenaient d'abord dans sa chambre ; qu'il avait quitté spontanément sa place d'ingénieur qui lui rapportait 3.000 livres pour partir avec les volontaires, à pied et sac au dos; qu'il avait ordonné de brûler devant l'arbre de la liberté les adresses perfides des commissions popu* laires de Lyon et de Bordeaux; qu'il n^avait jamais rien

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demandé pour ses deux frères, l'un caporal au 10* régiment d'infanterie, l'autre capitaine de chasseurs à cheval à la légion des Francs; qu'il avait décliné pour lui-même tout avancement; qu'au mois de juin il renvoyait son brevet de général de brigade en alléguant qu'il ne le méritait pas, qu'il était « assez jeune pour attendre >, et qu'il avait la conviction intime d'être plus utile à la République comme adjudant-général à Tarmée de la Moselle que comme général à l'armée du Rhin. Tantôt il esquissait des plans de campagne et déclarait qu'il fallait attaquer en masse, engager l'armée entière au lieu de la morceler et de mettre partout des détachements. Tantôt, dans le dessein de sauver l'Alsace envahie et comme s'il prévoyait l'expédition de Hoche, il proposait que l'armée de la Moselle vînt « d'un trait » reprendre le camp de Hornbach et les gorges d'Annweiler, favoriser les opérations de l'armée du Rhin, couper la retraite à Wurmser. Il resta dans les prisons de l'Abbaye et ne passa pas en jugement (1).

Gay-Vernon, d'abord suspendu, avait été, de même que Houchard et Berthelmy, mis en état d'arrestation. Mais il avait de chauds et puissants protecteurs. Son frère, membre de la Convention et ardent Montagnard, annonça qu'il plaiderait pour lui devant le tribunal révolutionnaire. Jourdan déposa qu'il n'avait jamais remarqué rien d'équivoque dans la conversation et la correspondance de Gay-Vernon. Le chef d'état-major de Jourdan, Ernouf, écrivit que la République perdait en

1. Cf. la sériô des témoignages produits en faveur de Berthelmy (A. N. W. 296 et DXLIT, 5) ; Berthelmy au Comité, 30 septembre; . Mémoire du 23 frimaire; Seilhac, Les volont. de la Corrèze, 106-114; voir plus haut, p. 104-106.

Gay-Vernon un de ses meilleurs serviteurs, qu'il était rare de trouver des sujets qui unisseot autant de talents, que Tétat-major de l'armée du Nord ne cessait pas de le regretter et que Jourdan déplorait son absence ; Gay- Vernon, ajoutait Ernouf, avait l'âme trop aimante et trop belle; il s'attachait trop fortement à ses généraux, refusait de les croire coupables, et c'est pourquoi il n'avait pu démêler les perfidies de Custine ; il méritait de reparaître dans les camps où sa conduite avait toujours été pure. Inutilement le secrétaire général de la guerre, Vincent, incriminait Gay-Vernon. Le ministre Bouchotte et l'adjoint Audouin le défendaient. Audouin témoigna que Meusnîer, le jacobin Meusnier, l'avait désigné au choix de Pache, que Bouchotte n'avait pas hésité, après l'arrestation de Custine, à le renvoyer en Flandre, que Gay- Vernon proposait alors de se consacrer à l'instruction des élèves de l'École du génie de Mézières, s'il passait pour dangereux ou inutile à l'état-major. Les commissaires de la Convention aux armées du Rhin et de la Moselle, Haussmann, Merlin de Thionville, Soubrany, Maribon-Montaut, firent unanimement son éloge. Haussmann le nommait uni excellent patriote et rappelait qu'il avait rendu Kastel imprenable ; Merlin le représentait comme un homme animé des principes les plus républicains, comme un officier du plus grand mérite qui se dévouait tout entier à sa besogne, lui donnait à Mayence des renseignements précieux, et fortifiait avec zèle le poste de Kreuznach ; Soubrany attestait que Gay-Vernon avait, à l'armée de la Moselle, la réputation d'un bon citoyen, et Maribon- Montaut, qu'il avait juré de ne servir que la patrie, d'obéir à tous les ordres des représentants et même de souscrire à la destitution de Custine. Comme Ber-

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Ihelmy, Gay-Vernon ne fut pas traduit devant le tribunal révolutionnaire (i).

Ainsi se terminait un des plus importants épisodes de la guerre de 1793. Après s'être emparés de Valenciennes et de Gondé,les alliés avaient une saison favorable encore ; ils pouvaient, sans pousser sur Paris, faire de très grands progrès et se saisir de plusieurs places. Au bout de huit semaines, ils n'avaient pris que Le Quesnoy, ils n'osaient prendre Bouchain et Cambrai, ils échouaient devant Dunkerque. Etait-ce, comme le croyaient quelques-uns, parce que Mack n'était plus là pour diriger les mouvements ? Non ; mais les alliés avaient conçu leur plan de campagne selon les principes de l'art, et leur ennemi ne consultait aucune règle. Ils avaient marché prudemment, avec une lenteur extrême, et laissé à leur adversaire le loisir de réparer ses revers et de se renforcer en soldats, en officiers et en généraux. Ils avaient commis une faute grave, irrémédiable : l'expédition de Dunkerque, cette expédition que Langeron nomme imprudente et désastreuse. « L'entreprise, mal conçue et

1. Interrogatoire de Gay-Vernon, lettres et dépositions des témoins (A. N. DXLII,5). Cf. sur Gay-Vernon Expédition de Custine, 212, et ValeneienneSf 129. Il tirait son nom de sa propriété de Vemoni et ses contemporains rappelaient Vemon tout court. Simon-François de Gay de Vernon était né le 24 nov. 1760 à Saint-Léonard (Haute- Vienne). A l'École de Mézlères(l«' janvier 1780), lieutenant en 2« (1" janvier 1782), lieutenant en !•' (26 juin 1785), capitaine (1»' avril 1791), acyudant-général chef de bataillon (14 janvier 1793), adjudant-général chef de brigade (30 avril 1793), suspendu, U fut nommé, au mois de mars 1798, professeur de fortifications et sous-directeur des éludes à TEcole polytechnique, et le 18 octobre 1804 confirmé commandant en second de cette École. Admis à la retraite le 17 avril 1812, après avoir été fait baron de l'Empire (18 mai 1811), U rentra néanmoins dans le service actif et fut successivement com-

mal conduite, disait Mercy dès le 2 septembre, menace d'entraîner après elle les plus déplorables conséquences et lors même que nous aurions de rapides succès contre Dunkerque et Bergues, nous n'en serions pas moins arrêtés par Gravelines, Calais, Saint-Omer, Hesdin et les lignes de la Canche. » Il eût fallu que les Anglais, renonçant à conquérir Dunkerque pour leur propre compte, se joignissent aux Impériaux; que les deux armées, au lieu de s'engager séparément dans une lutte de détail, se réunissent pour envahir les plaines fertiles de l'Artois et de la Picardie ; que Cobourg et York, au lieu d'entamer chacun une guerre défensive, vinssent de concert au-devant des levées immenses et indisciplinées de la France pour les dissiper. Mais Anglais et Autrichiens agirent isolément.

Et pourtant, si Cobourg,réduit à ses seules forces, avait payé d'audace, il aurait obtenu de considérables avantages. Mais en vain Mercy lui conseillait de s'inspirer des leçons de la politique, d'établir sur les bords de la Somme des quartiers d'hiver « offensifs », de laisser derrière lui des forteresses qui tomberaient d'elles-mêmes, de vivre en un pays où les grains et les fourrages abondaient, de menacer Paris qui tremblerait à la fois pour sa subsistance et sa sûreté. En vain il priait Cobourg de s'arracher à la stagnation et de ne plus opposera l'impétuosité française des masses immobiles, de mettre dans les opérations plus de vivacité et d'ardeur, d'imiter l'ennemi

mandant de la 75« cohorte dans Tile de Walcheren (1»' mai 1812), colonel d'état-major et sous-chef de Tétat-major du 5*» corps (l«r avril 1813), commandant de la place de Torgau. Prisonnier de guerre (10 janvier 1814), pais, après son retour, admis à la solde de retraite (1««* août 1815), il fut nommé maréchal de camp honoraire le 19 novembre 1817 et mourut à Paris le 3 octobre 1822.

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qui se montrait si alerte, si disposas! actif et qui semblait ne connaître ni les saisons ni les difficultés, de déployer et de lancer sa cavalerie, de devancer les Français paxtout,de les attaquer partout, de les couper partout, de les frapper de terreur. Mercy ne fut pas écouté. Les alliés s'obstinèrent, suivant le mot de Jomini, à s'amuser aux accessoires, à couvrir méthodiquement les chemins, à faire de leurs troupes un emploi pitoyable (1).

1. Bacoort, Corresp, entre Mirabeau et La Marck, III, 412-417 ; Soult, Mém., I, 40; Thiébault, Mém. I, 413; Jomini, IV, 37 et 41.

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