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Carnot à Bouchard, 5 et 13 sept. (À. G

mêlait des regrets à ses compliments, et assurait, après avoir consulté la carte, que les résultats étaient moins brillants qu'on Tespérait. Houchard pouvait couper aux alliés le chemin de Fumes, les obliger à se rendre ou les anéantir totalement. Pourquoi ne lavait-il pas fait? Et Bouchotte se prenait à penser que Houchard avait trouvé peut-être une meilleure combinaison (i).

Tels étaient les sentiments du ministre et des membres du Comité de salut public lorsque Hentz leur proposa de sévir contre Houchard. Ils sévirent. Ils crurent tout ce que Hentz leur débitait, s'indignèrent avec lui des lenteurs calculées du général. Et quand Hentz affirma que Dunkerque n'était pas sûr et que des gens de la ville tramaient un complot pour appeler les Anglais et leur ouvrir les portes, quelle colère dut s'allumer dans le cœur de Carnot I Le 20 septembre, le Conseil exécutif destituait Houchard qu'il remplaçait par Jourdan, et, le même jour, le Comité arrêtait que Houchard et ceux qui avaient empêché l'armée du Nord de profiter de la victoire, Berthelmy, Gay-Vernon, Hédouville, Landrin, Dumesny, Demars, seraient amenés à Paris (2).

Le lendemain, Carnot mandait aux représentants à Dunkerque d'être sur leurs gardes et de s'entourer d'irréprochables patriotes. On avait, disait-il, porté des plaintes graves contre l'état-major général de l'armée du Nord, et la plupart des officiers qui le composaient étaient suspendus depuis la veille ; les commissaires de la Convention devaient se souvenir que le ' sort des armées leur était confié; ils devaient étudier les hommes

1. Bouchotte à Berthelmy, 11 sept., et à Houchard, 15 sept. (A. G.).

2. Lacoste et Peyssard au Comité, 20 sept., et notes de Carruot (A. G.); Rec. Aulard, VI, 577.

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que la République employait et s'attacher à mieux connaître leur caractère, recueillir de tous côtés des renseignements sur le civisme et les talents de ceux qui pourraient exercer un commandement, découvrir parmi les chefs de bataillon et les officiers d'un grade inférieur le mérite modeste (1).

Bouchard ne soupçonnait pas le coup de foudre qui le toucherait bientôt. Mais déjà deux de ses amis et collaborateurs étaient frappés. Le ministre avait suspendu Coquebert de Montbret, suspendu Gay-Vernon.

Coquebert de Montbret était cet officier du génie qui, en un accès de délire, avait, au mois d'avril, tiré sur Custine. A la sollicitation de Gay-Vernon, le ministre l'avait employé dans l'état-major de l'armée du Nord; mais, suivant le mot de Bouchotte et des représentants, il n'inspirait pas une entière sécurité. Le 12 septembre, il avait ordre de quitter le service (2).

1. r4arnot aux représentants du peuple à Dunkerque, %i sept. (A. G.).

2. Bouchotte à Berthelmy, 15 sept. (A. G.). A cet instant, le mlnist'-e apprenait que Coquebert avait ^ié fait prisonnier à Rexpoêde : « Cette nouvelle, écrivait-il, rend la suspension inulilé ». I] avait en môme temps suspendu l'adjudani-général Thùring (cf. plus haut, p.78) ; mais le 15, il écrivait sur un de ces bouts de papier qui servaient à la transmission de ses ordres : « J'ai arrôté TeCfetde la suspension pour Coquebert et Thûring ». Cf. sur Coquebert L'expédition de Custine^ 215 et 260. Antoine-Romain Coquebert, fils d'un conseiller de la Chambre des Comptes, était ué le 6 avril 1767 à Saint- Germaîn-en Laye. Sous-lieutenant à l'Ecole de M^zières (1*' janvier 1784), lieutenauten second (l"' janvier 1786), lieutenant en premier (l'^avril 1791), capitaine (15 juillet 1791), employé au Havre et à Cherbourg, il avait servi d aide de camp à Custine depuis le mois d'avril 1792 et il était lieutenant-colonel lorsqu'il tira son coup de pistolet. Custine se vengea en sollicitant pour lui le grade d'adjudant-général et en le pe commandant à Houchard qui pria le ministre d'envoyer à son armée un officier aussi distingué par son civisme et ses moyens. (Custine et Houchard à Bouchotte, 28 avril et 13 mai 1793). Coquebert mourut fou.

Gay-Vernon eut le même sort. C'était, avait dit Custine, « un chaud patriote, instruit et brûlant du désir de s'instruire ». Mais vainement il entrait en correspondance avec le gendre de Pache, Xavier Audouin, le nommait son cher Audouin, lui dénonçait les aristocrates de l'armée, se recommandait à Pache et à Bouchotte : « Rappelez-moi au souvenir du ministre et de votre beaupère; aidez-moi de vos lumières et de vos conseils. » Thiiring le signalait au représentant Le Tourneur comme le faiseur de Custine. Celliez s'étonnait qu'il n'eût pas subi le destin du général Moustache : « Ce valet ou plutôt ce complice de Custine voulait se donner un vernis de patriotisme; son règne ne sera pas de longue durée; bientôt vous pourrez montrer aux patriotes gobe-mouches cet homme tel qu'il est. » Ronsin écrivait à Paris que Gay-Vernon n'avait aucune des qualités qui caractérisent le républicain, et qu'il était dissimulé, astucieux, redouté de tous les vrais jacobins. Duquesnoy lui trouvait infiniment de connaissances et d'activité, mais, ajoutait-il, « Gay-Vernon a des yeux qui ne me plaisent pas. » Bentabole déclarait qu'il avait perdu la confiance des patriotes. Trullard et Berlier louaient ses talents, mais, disaient-ils, il était un des plus zélés partisans de Custine, et il avait tenu des propos alarmants Jeanbon Saint- \ndré le jugeait un homme froid et craintif qui n'avart d'autre stratégie que de cantonner les troupes (1).

Le 12 septembre, Bouchotte suspendit Gay-Vernon,

1. Gay Vernon à Audouin, 3 août; CeUiez à Bouchotte, 14 juUlet ; Celliez et Varin à Vincent, 29 juillet; rapport de Ronsin, 17 août; Duquesnoy au Comité, 26 août (A. G.) ; témoignage de Bentabole (interrofiratoire de Mouchard) ; Thiiring à Le Tourneur, 6 sept. (A. N. W. 296); Foucart et Finot, II, 127; Mon. du 26 ^ pt. (séance du 24).

en alléguant que cet officier donnait de l'inquiétude par ses liaisons avec Custinie et semblait hostile au système populaire. Gay-Vernon répondit qu'un coup de poignard lui eût été moins sensible, et il protesta qu'il était sansculotte et ardent défenseur de l'égalité, qu'il avait pu être trompé par les hommes, mais qu'il ne partageait pas leurs vices et leurs erreurs. Il partit cependant et gagna son village de Vernon, dans la Haute-Vienne, entre Saint-Léonard et Sauviat; il promettait de piocher la terre, de donner aux paysans l'exemple des vertus républicaines et de lire tous les jours de repos, dans son petit jardin, la constitution de 1793 que son entourage saurait bientôt par cœur et pratiquerait fidèlement (i).

Houchard était consterné. Il avait fait de Gay-Vernon son inséparable confident. Sur le-champ, il ofifrit sa démission. Que ferait-il sans Gay-Vernon? Privé de l'homme qui tenait sa correspondance, pouvait il conserver le commandement ? Une pareille fonction n'étaitelle pas désormais au-dessus de ses forces et de ses moyens ? Il demandait qu'on lui rendît son coopérateur dont il ne saurait se passer : Gay-Vernon était un officier du plus grand mérite, un ami de la chose publique, un patriote qui voulait bien, même au détriment de sa santé, l'aider de ses conseils, de ses connaissances locales et militaires (2).

L'arrestation de Houchard et de Berthelmy suivit de près la suspension de Gay-Vernon. Le Comité avait décidé que la mesure s'exécuterait avec autant de secret

i. Bouohottc à Berthelmy, 15 sept.; Gay-Vernon à Boucholle, 18 sept. (A. G.).

2. Hou hard à Bouchotte, 19 sept. ; Varin à Bouchotle, 19 sept.

que de promptitude. Hentz, de retour au quartiergénéral d'Arras, résolut, avec Lacoste et Peyssard, d'appréhender sur-le-champ les prétendus traîtres. On n'attendrait pas Jourdan; on confierait le commandement provisoire de l'armée à Duquesnoy, le frère du député, et le seul des généraux qui parût sûr, et qui [possédât la confiance des soldats depuis qu'il les avait Imenés au feu dans l'affaire récente de Wervicq; une fois iDuquesnoy installé, on enverrait la gendarmerie nationale au logis de Berthelmy et de Bouchard. i Les deux inculpés se livrèrent d'eux-mêmes. Le 23 septembre, au matin, Berthelmy alla demander aux conventionnels des chevaux de luxe pour son usage personnel. Ils l'auraient aussitôt arrêté, mais Duquesnoy In'était pas arrivé; ils promirent à Berthelmy de lui faire jréponse à une heure de l'après-midi. Berthelmy revint à june heure; mais Duquesnoy n'était pas encore là; les commissaires fixèrent un second rendez-vous à quatre heures. A quatre heures, peu d'instants après que Duquesnoy avait accepté le commandement provisoire, Berthelmy, suivi de son domestique, frappait à la porte des représentants. Lacoste s'était placé sur le seuil en embuscade. Il fît, dit-il, « mettre l'embargo sur l'homme. » Berthelmy perdit contenance, et, pendant qu'on le menait à la maison d'arrêt, il gémissait, se désespérait. « Nous sommes convaincus, écrivaient Hentz, Peyssard et Lacoste, que nous renversons une des grandes batteries de l'ennemi. »

Restait Bouchard. Mais le domestique de Berthelmy l'avait instruit de l'arrestation de son maître. Le général, tout affairé, accourut chez les représentants et leur demanda ce qui se passait. « Berthelmy est arrêté, lui répondirent-ils, et vous aussi. » 11 montra moins de sur-

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prise et de douleur que son chef d'état-major ;mais lorsqu'il sut qu'il serait conduit à la maison d'arrêt, il se plaignit qu'on le mît à la prison commune sans faire aucune différence entre un générai et un simple soldat. « Il a trouvé fort dur, remarquent les commissaires, que nous l'ayons traité républicainement; ces généraux qui ne font que commander, ont de la peine à obéir. » Il s'entretint tranquillement de la situation de l'armée avec les deux conventionnels; il les avertit que les ennemis dirigeaient des troupes considérables sur Maubeuge, et il exprima de très vives inquiétudes sur le sort de la place : < La conservation de Maubeuge est de la plus haute importance, mais je crains bien que la République n'ait pas assez de monde pour se défendre (i). »

Lacoste et Peyssard se hâtèrent de saisir les papiers de leur prisonnier. < Nous avons trouvé, mandaient-ils à la Convention, sa correspondance avec les princes étrangers ; il en résulte que nos armées étaient confiées à l'ami de nos ennemis, à la créature de Custine; aussi le duc d'York,voyant que le soldat avait rompu les mesures prises pour nous faire hacher devant Hondschoote, a dit en se plaignant : « Nous sommes trahis (2) I »

On ne pouvait mieux altérer la vérité, et un historien allemand affirme avec raison que rien n'était plus impudent que cette assertion, qu'elle n'a jamais été prouvée et qu'il sufMtde connaître les événements pour la regarder comme le plus grand mensonge. Que contenait en effet la correspondance de Houchard avec les princes

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