‹ Honneur d'artisteChapitre 11 sur 14 · FIN DE SIECLE · texte numérisé non relu

FIN DE SIECLE

Madame de Montauron n'ayant pas pris de dispositions contraires, le marquis de Pierrepont héritait légalement de la totalité de ses biens, ce qui lui constituait désormais un revenu annuel de plus de quatre cent mille francs. Il passa les premiers temps de son deuil à chasser solitairement dans sa propriété des Genêts et rentra à Paris vers la fin d'octobre. Il s'installa dans le grand hôtel de la rue de Varenne qui

avait appartenu à sa tante; mais il garda en même temps son entresol du boulevard Malesherbes, ce qui fit sourire les dames... U avait toujours été, même au temps de sa pauvreté relative, un personnage très en vue dans le monde parisien, où sa grâce chevaleresque, sa dignité personnelle, sa galanterie discrète semblaient donner le ton de la distinction la plus parfaite. Ce ne fut donc pas sans surprise qu'on le vit reparaître sur la scène où il était si connu et si apprécié, avec des allures beaucoup moins irréprochables. Déjà l'hiver précédent, après son retour de Londres, on avait remarqué des changements bizarres dans ses habitudes. Assez fréquemment on l'avait aperçu au théâtre, derrière l'écran d'une avantscène, en compagnie de jeunes femmes fort agréables sans doute, mais avec lesquelles il n'est pas d'usage de se montrer en public, quand on a passé l'adolescence. Ce détail, on peut s'en souvenir, n'avait pas

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échappé à la clairvoyance de Marianne de La Treillade. — On l'avait vu également chevaucher sans façon dans les allées du Bois, à côté de quelques amazones peu farouches, ce qui n'étonnait pas moins de la part d'un homme passé maître en fait de bienséance. On disait même qu'il avait rapporté d'Angleterre un vice qui ne paraît pas y être aussi rare qu'il l'est chez nous. Du moins, le vicomte d'Aymaret, qui s'y connaissait, assurait à sa femme que ce diable de Pierrepont avait pris là-bas un goût tout à fait confortable pour le porto et le brandy.

Les deux personnes qui, dans tout Paris, s'intéressaient le plus au marquis de Pierrepont, c'est-à-dire Béatrice et madame d'Aymaret, s'étaient émues dès ce temps-là de ces méchants bruits. Mais elles avaient aimé à se persuader que ces propos étaient de pures médisances.

Cependant, à peine rentré à Paris, le

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riche héritier de madame de Montaiiron, comme grisé par sa nouvelle fortune, donna à ses écarls de tenue et de conduite un éclat tel qu'il devint impossible aux plus bienveillants de méconnaître l'étrange métamorphose qui s'était opérée dans son caractère. Il n'avait jamais été un puritain; mais on l'avait toujours vu apporter, dans les aventures de galanterie, toute la délicatesse morale qu'elles comportent et qui semble consister, pour l'honnête homme, à ne pas mettre le public dans la confidence de ses amours, encore moins de ses vices. Et maintenant, on eût dit qu'il affectait de braver l'opinion. C'est ainsi qu'il affichait fort indiscrètement sa liaison avec une étoile d'opérette qui, grâce à ses libéralités, menait chaque jour au Bois le plus bel attelage de France. Mais c'était là, disait-on, le moindre de ses égarements, et on commençait à lui prêter des traits de mœurs qui avaient un assez vilain

caractère de débauche. On parlait entre haut et bas, dans les cercles et dans les salons, de certains soupers hebdomadaires où il réunissait à quelques amis des séries de ces femmes sans préjugés que Paris voit flotter, comme des astres échappés de leur orbite, sur les frontières du monde et du demi-monde. Quelques-unes y étaient même amenées par leur maris, dont c'est assez faire l'éloge.

On racontait de Pierrepont d'autres excentricités du même ordre qu'il est inutile de préciser et qui, sans atteindre formellement son honneur, soulevaient peu à peu autour de son nom, jusque-là si respecté, une rumeur de mésestime.

Béatrice et madame d'Aymaret étaient trop mêlées au mouvement parisien pour ne pas avoir çà et là, tantôt au théâtre, tantôt au Bois, l'occasion de constater par leurs yeux les désordres très peu dissimulés du marquis. La vicomtesse était, en outre.

renseignée à ce sujet par son mari, convive assez habituel des fameux soupers, et Béatrice l'était de son côté par Gustave Calvat, que son industrie de bohémien, — méprisé, mais amusant, — introduisait dans les théâtres et dans les cafés de journalistes où il recueillait avidement les scandales courants du Tout-Paris. Il n'y avait jamais eu beaucoup de sympathie entre lui et Pierrepont, qu'il rencontrait souvent autrefois chez son beau-frère, et il était bien aise de mettre ses incartades en relief, surtout devant Béatrice, dont il sentait la secrète solidaritéavec un homme de sa caste. Mais ce qui, auprès des deux jeunes femmes, accusait Pierrepont plus que tout le reste, c'était le fait de les avoir complètement abandonnées l'une et l'autre, comme par un aveu de son indignité. Il ne paraissait même plus à l'atelier de Fabrice, qui, dans sa fidèle amitié pour son camarade de combat et d'ambulance, s'en montrait très affecté.

Pierrepont, du reste, avait renoncé à la plupart de ses anciennes relations. On l'apercevait pourtant encore quelquefois dans le monde ; car nous le trouvons, vers le milieu du mois de décembre, dans le petit salon de Marianne de La Treillade. Il est vrai qu'il y est amené par une circonstance tout à fait exceptionnelle : il vient complimenter mademoiselle de La Treillade sur son mariage. Car cette jolie fille se marie. Elle épouse le baron Jules Grèbe, fils de la maison de banque Grèbe frères, — déjà propriétaire d'une douzaine de millions du fait de son père, et héritier présomptif d« son oncle.

Au moment où Pierrepont se présente, madame de La Treillade, très affairée et les bras chargés de précieux cartons, est près de sortir: elle le prie de l'excuser si elle le laisse seul avec sa fille et miss Éva; mais on l'attend au grand magasin de blanc du boulevard.

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Si, jadis, Pierrepont n'a pas apprécié pour son compte mademoiselle de La Treillade au point de vue du mariage, il ne l'en a pas moins jugée fort digne d'intérêt à d'autres égards, et il continue de la cultiver de temps en temps, à tout événement, comme une personne d'avenir.

— Mademoiselle, lui dit-il en s'asseyant, d'un ton de gravité un peu équivoque, permettez-moi de vous adresser mes plus sincères félicitations... Vous épousez un de mes jeunes et bons amis, — un parfait galant homme, — et un excellent garçon, dont vous ferez tout ce que vous voudrez.

— Je ne sais pas, répond Marianne en le regardant en plein de ses grands yeux railleurs, je ne sais pas s'il est aussi exemplaire que vous le faites; mais il vous donne, en tout cas, un exemple que vous devriez bien suivre... il fait une fini

— Malheureusement, mademoiselle, tout

le monde n'en trouve pas une aussi belle occasion ,

— Et notez, reprend Marianne, qu'il est plus jeune que vous de plusieurs années...

— Oui; mais moi, mademoiselle, je suis très jeune pour mon âge I

— On le dit !

— On a parfaitement raison... tandis que lui — Jules — est très rassis pour le sien.

— J'en suis enchantée, riposte Marianne, et vous ne sauriez m'en faire un éloge qui me touche davantage. Je suis moi-même tellement douce, tranquille et sensible, qu'un mari trop vif me serait infiniment désagréable.

— J'en suis depuis longtemps convaincu, mademoiselle, et à tel point que je me suis permis d'en avertir mon jeune ami.

— Comment cela, mon cher monsieur?

— Mon Dieu, oui... Mon cher Jules, lui ai-je dit — car nous en sommes dans ces termes-là tous deux — j'ai eu le plaisir de

rencontrer mademoiselle de La ïreillade à la campagne, chez ma tante... J'ai eu l'occasion de l'étudier — et j'ai remarqué chez elle une douceur, une sensibilité — et passez-moi l'expression, mademoiselle, — une candeur... qui demandent les plus grands ménagements.

— Monsieur de Pierrepont, je ne sais vraiment comment vous remercier de vos bontés pour moi...

— Elles ne font que commencer, made moiselle... si vous les encouragez !

— Eh bien ! je les encourage... Viendrezvous me voir quand je serai mariée ?

— Tous les jours, mademoiselle, si vous me le permettez.

— Tous les jours, c'est peut-être beaucoup... Ce serait bien fatigant pour vous... car nous allons demeurer rue de Monceau — et c'est un peu loin de votre affreuse rue de Yarenne.

— Pardon, mademoiselle... mais concur-

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remment avec mon hôtel de la rue de Yarenne, je conserve mon entresol du boulevard Malesherbes.

— Pourquoi, monsieur ?

— Pour avoir l'honneur de rester votre voisin .

— Vraiment !... si vous saviez comme je m'amuse, monsieur de Pierrepont !

— Mais je ne m'ennuie pas non plus, mademoiselle, je vous assure I

Ce dialogue, qui paraissait divertir beaucoup l'institutrice, fut interrompu par l'entrée de deux ou trois jeunes personnes qui firent irruption dans le salon de Marianne en piaifant sous leurs fourrures musquées. Le frais visage américain de miss Ketty Nicholson — une des nouvelles venues — prit une teinte de rose de Bengale quand elle aperçut Pierrepont. Malheureusement, le marquis ne crut pas devoir prolonger sa visite et se retira après avoir serré la main de Marianne, qui lui dit comme il sortait :

— Je ne vous tiens pas quitte !

— Je l'espère bien ! dit Pierrepont.

Après les embrassades préliminaires, mesdemoiselles Chalvin et d'Alvarez qui accompagnaient miss Nicholson, demandèrent avec empressement si la date du mariage était fixée.

— Oui, dit Marianne, elle est fixée au 5 janvier... pour mes étrennes, ou plutôt pour celles de mon mari.

— Croirais-tu, ma chère, dit mademoiselle Chalvin, que je ne l'ai jamais rencontré, ton fiancé... Je meurs d'envie de le voir.

— Gourmande, dit Marianne. — Eh bien !

sois heureuse... je l'attends.

— On le dit charmant, ma chère.

— Il l'est, ma chère. Je trouve même le mot charmant un peu faible...

Le moment d'après, la porte s'ouvrit, et on vit entrer le baron Jules Grèbe, autrement dit Fin de siècle. C'était un surnom, ou plutôt un titre qu'il aimait à se donner

lui-même, et dont ses amis l'appelaient familièrement. Il était fils unique ; il avait été fort gâté par sa mère, qui n'avait pas cessé d'être en extase devant lui depuis le jour où elle l'avait vu bâiller pour la première fois. Elle avait souri avec attendrissement à ses premières débauches de jeunesse, et elle avait finalement beaucoup contribué à en faire l'insupportable petit monsieur qu'il était. Pour conserver dans le monde la prépondérance et la suprématie auxquelles on l'avait habitué dans sa famille, il avait cherché une attitude, une pose qui le dispensât de tout autre mérite. Il n'avait rien trouvé de mieux que d'étonner — ou plutôt, comme il le disait, d'épater ses contemporains par une affectation de cynique perversité. Quelques bribes de Darwin, recueillies çà et là, et mêlées à une confuse teinture de Schopenhauer, lui avaient fourni la vague théorie du nihilisme moral qu'il affichait. En toutes choses, en littérature, en

art, en politique, mais surtout en morale, il se déclarait profondément sceptique, blasé, désabusé, écœuré des vieilles conventions, corrompu et décadent jusqu'aux moelles, déliquescent même, et à ce point déliquescent qu'on serait bientôt forcé, comme il le disait avec orgueil, de. le ramasser avec une cuillère. Telles étaient les prétentions de « Fin de siècle, » qui, n'ayant plus les croyances du passé, et n'ayant pas davantage celles de l'avenir, n'en avait naturellement aucune.

Quelques-uns de ses camarades de cercle, éblouis par son aplomb, par sa grande fortune et son immoralité doctrinale, le regardaient comme un homme très fort, et il était lui-même de cet avis.

Cependant les frais de représentation du jeune baron avaient pris, dans ces derniers temps, de telles proportions, que son oncle l'avait menacé non seulement de le déshériter, mais de le pourvoir d'un conseil judiciaire, s'il ne se rangeait pas. C'est pour-

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quoi il épousait Marianne de La Treillade, qu'il se proposait d'ailleurs d'épater extraordinairement.

Jules Grèbe était de sa personne un garçon de vingt-six à vingt-sept ans, petit de taille, mais bien fait et d'une élégance ultrabritannique. Ce qui le déparait un peu, c'était une paire de gros yeux d'un bleu pâle dont l'expression était morne et à demi éteinte. Il marchait résolument, en faisant sonner ses pas, et les jambes toujours un peu écartées, comme si, même à pied, il eût été à cheval.

C'était avec cette allure triomphale qu'il s'avançait dans le salon de Marianne : il salua d'un petit coup de tête ironique et remit dans les belles mains de sa fiancée une énorme boîte de chocolat. Sa manière de faire sa cour était étrange : elle consista, ce jour-là, à manger, sous les yeux émerveillés des jeunes filles, une quantité prodigieuse de chocolats à la crème. Surexcité

par les rires admiratifs de la galerie, il poursuivit de son air froid et morne cet aimable jeu jusqu'à ce qu'il eût complètement vidé la boîte. Il n'était pas, au fond, sans inquiétude sur les suites d'un pareil exploit ; mais il avait épaté ces demoiselles, et il était heureux.

Le mariage eut lieu trois semaines plus tard, à l'église Saint-Augustin. Le jeune couple avait été d'accord pour ne pas faire le banal voyage de noces. Il entra donc le soir même, en quittant l'appartement de madame de La Treillade, dans l'hôtel que Marianne avait fait acheter à son mari rue de Monceau, et dont elle avait dirigé elle-même l'aménagement avec beaucoup de goût, car ce n'était pas le goût qui lui manquait.

Un boudoir capitonné de soie bouton d'or précédait la chambre à coucher de la jeune femme. Elle s'y arrêta, rejeta le capuchon de sa pelisse, découvrit sa tête charmante, et, comme lasse des cérémonies de la jour-

née, se laissa tomber dans un fauteuil. Son mari s'était adossé à la cheminée et se chauffait les pieds. Il avait paru tout le jour plus froidement dédaigneux que jamais ; et, en ce moment même où il se trouvait seul avec sa jolie femme sur le seuil de la chambre nuptiale entr'ouverle, il n'avait pour elle qu'un sourire railleur et un mauvais regard sarcastique.

— Ma chère enfant, lui dit-il tout à coup, est-ce que vous êtes vieux jeu?

— Vieux jeu?... Pardon... je ne comprends pas.

— Je vous demande, ma chère, reprit le jeune baron, si vous avez la simplicité de prendre au sérieux les vieilles routines sociales, les conventions démodées de nos pères... et en particulier le mariage!

— Où voulez-vous en venir, mon cher Jules?

— A nous bien entendre tous deux, ma chère enfant, et pour cela il est nécessaire

de nous bien connaître... Quant à moi, je vais vous dire nettement ce que je suis... On vous aura conté, peut-être, que j'étais un terrible libertin, un dépravé, un don Juan... Rien de pareil, ma chère... je suis tout uniment un homme de mon temps, dégagé de toutes traditions, de tout préjugé... un homme qui peut se soumettre à la coutume et à son oncle... mais sans aliéner son indépendance.

— Et ensuite? dit Marianne avec une indifférence souriante qui ne laissa pas de décontenancer légèrement le baron.

— Ensuite... mon Dieul... simplement...

j'ai voulu vous prévenir que vous pouvez compter sur mes meilleurs sentiments, mais que vous ne devez pas attendre de moi les assiduités... les habitudes régulières d'un marié de villeige.

— Ça veut dire? demanda la jeune femme, toujours gracieuse et impassible.

— Ça veut dire... que pour établir tout

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de suite le principe de celte indépendance

que je réclame, je sollicite la permission

d'aller ce soir faire un tour de cercle... si,

bien entendu, cela ne vous contrarie pas trop.

— Cela me fait le plus grand plaisir mon ami.

— J'ajoute que je rentrerai peut-être un peu tard... vers le matin.

— Vous me comblez ! répondit-elle.

— Eh bien ! dit le jeune homme en pre nant son chapeau, c'est parfait comme ça... vous me permettez de vous baiser la main?

— Avec reconnaissance ! dit Marianne, et elle lui tendit sa main gantée.

Jules Grèbe sortit de son pas vainqueur et gagna la rue par un escalier particulier de leur appartement.

C'était un coup d'éclat qu'il avait prémé dite depuis plusieurs semaines et dont il espérait retirer quelque gloire. Aller passer sa nuit de noces chez sa maîtresse, rien ne

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pouvait être plus « fin de siècle », — rien ne pouvait mieux témoigner de son profond mépris pour la morale bourgeoise.

11 descendit, en fumant, l'avenue de Messine, fit quelques centaines de pas sur le boulevard Haussmann, dans la direction de la rue d'Argenson où demeurait sa maîtresse, qui l'attendait, et brusquement s'arrêta... En réalité, le cœur lui manquait : soit que l'énormité de sa vilaine action réveillât sa conscience hébétée, soit que la tranquille ironie de Marianne l'eut inquiété, soit qu'il fût tout bonnement cmioureux de sa femme, il renonça à pousser plus loin son indigne fanfaronnade et reprit tout doucement le chemin de la rue de Monceau. — x\près une si courte absence, il lui serait facile de tourner la chose en plaisanterie.

Rentré chez lui, il pénétra, en souriant à l'avance, dans le boudoir jaune où il avait laissé sa femme : deux ou trois lampes y brûlaient encore: mais Marianne n'y était

plus. — Après avoir frappé discrètement, il passa dans la chambre à coucher qui était faiblement éclairée ; il vit avec surprise qu'il n'y avait personne. Il monta à la hâte chez l'institutrice, miss Brown; elle n'était pas chez elle. — N'osant interroger les domestiques, il sortit de nouveau et alla s'informer à l'hôtel du boulevard Malesherbes où demeurait madame de La Treillade. — Marianne n'y avait pas paru. — Il retourna alors chez lui et se promena dans la chambre de sa femme de minuit à sept heures du matin, où il eut la satisfaction de voir rentrer Marianne frileusement enveloppée dans un manteau de loutre.

— D'où venez-vous? lui dit-il d'une voix étouffée.

— Je viens de promener mon indépendance comme vous promeniez la vôtre.

— Ça, c'est un peu fort I s'écria le jeune baron .

— N'est-ce pas? dit Marianne.

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— Mais moi, reprit-il, je n'ai voulu faire qu'une plaisanterie!

— Moi aussi, dit la jeune femme.

— Pour qui me prenez-vous, décidément?

dit-il en bégayant de colère.

— Je vous prends pour un pauvre garçon qui a une mine de déterré. Allez vous reposer, mon ami, croyez-moi... Voyons, allez !

Elle lui montra la porte, et il sortit, — car il était épaté.

— Mon cher, disait-il quelques jours plus tard sur un ton de confidence au marquis de Pierrepont, vous savez si je suis « fin de siècle»!... eh bien! ma femme l'est encore plus que moi!

— Vous m'étonnez, Jules, répondit Pierrepont.

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