‹ Honoré DaumierChapitre 1 sur 7 · HENRI LAURENS, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI LAURENS, ÉDITEUR

6, RUE DE TOURNON (vie|

Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tsus pays.

tlonoré Daumier naquit à Marseille, le 20 lévrier 1808, de Jean-Baptiste Daumier, originaire de Béziers et vitrier de son état ; sa mère était marseillaise. Le père, entre deux livraisons de carreaux, s'adonnait aux lettres, el l'Académie phocéenne avait ouvert ses rangs au poêle à9 Une matinée de printemps, morceau descriptif h la Delille. (irisé parce succès, Jean-Baptiste Daumier vint s'établir à Paris et y publia, en 1823, des Veillées poétiques qui n'eurent aucun succès. Tandis que le rimeur s'essoufflail sur des tragédies et des odes aux souverains d'Europe, l'enfant grandissait, s amusant à crayonner, el rêvantdéjà, luiaussi.de gloire, au retour de ses promenades au Louvre. Le père, dégoûté des grandes ambitions, approuvait peu celles d'Honoré, et le plaça, comme petit clerc, dans une élude. La procédure ne disant rien à l'adolescent, il en lit un commis libraire ; mais la vocation s'obstinait, on prit pour arbitre Alexandre

Lenoir, l'illustre fondateur du Musée des monuments français, qui, a la vue des dessins d'Honoré, lui donna raison. Le voilà donc flanqué d'un professeur pour lui enseigner les « principes »; mais le spontané, l'autodidacte qui était en lui préférait aux modèles à copier l'école buissonnière artistique et la fréquentation des rapins, dont un, nommé Ramelel, l'initia à la lithographie. Sa voie était trouvée.

Mis en rapports avec l'éditeur Béliard, alors à la mode, Daumier dut copier pour lui force sujets bourgeois dont la fade correction, non moins que la platitude bien pensante,

I écœura. 11 le quitta vite et composa pour son propre compte des alphabets, des sujets de romances, tout en travaillant beaucoup entre temps, d'après nature, à l'académie tenue par Boudin. 11 se lia, vers 1828, avec divers artistes, Préault, Jeanron ; on vivait ensemble, pauvrement et gaiement. 11 fit, quelques croquis dans le goût de (Ibarlet, pour le journal la Silhouette : Passe ton chemin, cochon (un grognard parlant à un biscaïen qui l'effleure), le Vieux Drapeau, etc. H vendit ses premières pierres, en 1829, à Achille Ricourt, alors éditeur d'estampes. Ses progrès reconnus l'encourageant, Daumier se présenta à Philipon, directeur de la Caricature, qui l'enrôla. On sait l'ardent républicain, le polémiste tenace et cruel qu'était Philipon.

II communiqua quelque chose de sa flamme au néophyte dont les sentiments démocratiques n'attendaient que l'étincelle. Dès 1831, celui-ci travaillait h la Caricature, sous le pseudonyme de Rog-elin.

Le parti républicain avait joué, sans conteste, pendant

« les trois glorieuses » le premier rôle dans la lutte des rues et le renversement de la branche aînée. Il en conclut que la révolution devait s'accomplir à son profit et, sans vouloir s'avouer qu'il ne ralliait alors dans le pays qu'une minorité infime, il envisagea le nouveau pouvoir comme ayant confisqué, « escamoté » le régime populaire, aboutissement nécessaire et légitime de la chute de Charles X. De ce sentiment de déception naquit en lui contre la dynasl ie de juillet une haine implacable se soulageant par tous les moyens, employant ou excusant toutes les armes, depuis la diffamation jusqu'au régicide. Et l'on vit un personnel politique, indéniablement le meilleur de beaucoup que la France eût encore connu, accablé sous les accusations les plus atroces, traîné dans toutes les fanges, pilorié sur d'infâmes tréteaux. Nul assurément ne demande de justice aux partis; il entre trop d'alliages dans leur composition, trop d'appétits s'abritent sous leurs programmes, pour qu'on puisse attendre d'eux de la mesure, voire même de la pilié. quand leurs intérêts sont en jeu ; il n'en reste pas moins qu'un gouvernement purement despotique, mieux armé pour la défensive, se fui vu plus épargné, el que c'est une loi déconcertante que le premier usage des libertés soit toujours de frapper la main qui les donne.

Quoi qu'il en soit, l'ardent Philipon, organisateur né, découvreur éinérite de talents, entraîneur d'hommes incomparable, avait su associera son œuvre et à sa fortune l'élite des dessinateurs du temps. Parmi ceux dont il a fait la notoriété et provoqué les meilleures inspirations étaient

8 HONORÉ DAUMIKR.

Grandvilie et Traviès. On connaît la fantaisie froide et minutieuse, les inventions compliquées du premier; Traviès, (mi dépit de l'admiration un peu exagérée de Baudelaire et de Ghamplleury, n'a pu survivre. Sa plaisanterie est lourde, son type de May eux, le bossu paillard et cynique, bien déplaisant. Quelques-unes de ses planches seulëment, où l'influence de Daurnier est visible, atteignent à la bonbonne populaire et à l'ampleur dans l'exécution. Henry Monnier, déjà connu sous la Restauration, par ses jolis albums, doucement satiriques, d'employés (1828) et de gri settes (1829), ne joua qu'un rôle secondaire à la Caricature^ Pigal y remplit les utilités, avec ses charges joviales, mais vulgaires. Decamps, Rafï'et, dont la gloire est ailleurs, y exécutèrent des razzias brillantes. Mais Daurnier résume et incarne à lui seul l'œuvre accomplie, et le prix si ('levé qu'atteint, à l'heure qu'il est, la collection des dix volumes du recueil, ne s'adresse qu'à ce qu'il y a mis de* lui.

Ses premières lithographies, menues, trop détaillées, sans concentration ni simplicité d'effet, ressemblent beaucoup aux « défilés » où Grandvilie s'évertuait à faire figurer tous les soutiens du règne, dans des costumes grotesques et des attitudes ridicules. Le Gargantua, qui lui ouvrit les portes de Sainte-Pélagie, est fort médiocre. L'allégorie, assez malpropre, veut rappeler les inventions de Swift; elle est pesamment développée, à grand renfort de personnages et de détails assez adroitement croqués, mais d'une facture maigre et timide.

La grande planche coloriée qui suivit : Différentes mo-

nomanies des aliénés politiques, se rapproche encore davantage dos élucubrations de Grandville : une trentaine de personnages politiques s'y livrent à des occupations falotes parodiant leurs opinions ou professions : le procureur Persil guillotine une poupée ; d'Argout, préposé à la censure, chevauche une paire de ciseaux ; le maréchal Sou 11 porte une botte de cierges : Thiers caresse un portefeuille de maroquin rouge ; le roi lui-même, vu de dos, dans sa vaste reding ote à la propriétaire, s'apitoie sur la médication de la douche appliquée à son Président du Conseil, etc. Ces personnages dispersés, adonnés chacun à sa manie, sans nulle préoccupation des voisins, comme c es! (railleurs le propre des fous, ne forment nullement une composition, niais offrent, dans leur petite dimension, des ressemblances assez nettement caractérisées. La Réception à la Cour du roiPétaud montre les mêmes courtisans, en culotte de soie et manteau court, allant se prosterner tour à tour, Soult en tête, devant la jambe royale, seule visible. Le format des ligures, moins exigu, a permis à l'artiste de ([('tailler les t raits, d'accentuer les expressions, d'un crayon déjà large et souple. Il confine à la maîtrise dans la planche où il montre le préfet Gisquel assisté de Sou II cl de d'Argout, s'escrimant de la brosse sur un drapeau Incolore, pour en effacer le rouge. L'artiste, enfin, a trouvé sa formule. Plus de foules éparses ou alignées, une composition concentrée et vivante : trois personnages seulement, qui prennent ainsi l'importance et la masse voulues, occupés à une action commune, où se marquent librement

12 HONOHE DAUM1ER.

les nuances de caractère et de sentiment de chacun. Cette lithographie déchaîna les fureurs du parquet, qui mit Daumier en demeure de purger la condamnation motivée par le Gargantua. Il s'est représenté, sans amertume, au milieu de ses compagnons, dans sa prison, dont le régime, on le sait de reste, n'était point rigoureux, et ne laissait guère à désirer qu'un peu de solitude. 11 y exécuta, à la plume et au lavis, la série assez faible, l 'Imagination , que son ami Ramelet lithographiait au fur et à mesure, pour le Charivari. Il ne sortit point corrigé, on peut le croire, mais plus ardent.

Cependant, à côté des mises en scène bouffonnes, l'observateur-né et l'artiste plastique qui étaient en Daumier réclamaient leur part. Un premier essai de caractérisation physionomique pure fut remarqué dans la planche : Masques de 1831., qui alignait, sur trois rangs, quinze visages traités par grands plans et comme modelés du pouce, où de transparentes initiales aidaient la malignité publique à reconnaître la grimace oblique d'Etienne, le profil hautain de Guizot, l' épanouissement malicieux de Thiers, la moue confite de Lanieth, les traits à la serpe de Dupin, le museau de fouine de d'Argout, la lippe obséquieuse de Kératry, le casse-noisettes de Soult, etc. Au milieu, une poire, où s'estompaient de vagues lignes humaines, figurait le souverain, promis à une immortalité dérisoire, sous ce travertissement parodique de son menton élargi parles favoris et de son toupet en pointe. La construction de tous ces visages accuse déjà une rare connaissance des

reliefs osseux et des muscles mobiles ; mais creux et saillies s'y exagèrent, comme dans une planche anatomique où manque l'enveloppe des téguments. Le moelleux, le fondu de la vie allaient se trouver dans le premier de ces portraits en buste, accompagnés de blasons grotesques, dont Charles Lameth inaugure la série. Le brillant constituant de 1790, aujourd'hui bien revenu de l'ambition inconsidérée qui, en divisant les défenseurs du trône, porta à celui-ci un coup irréparable, y apparaît, sous son informe perruque conique, avec son masque plein de trous et de bosses, ses yeux cachés dans le bourrelel si mieux des sourcils, comme un sénile donneur d'eau bénite. Dupin aîné vint ensuite, affichant sa ressemblance simiesque sur un masque impudent. Kl ce lurent encore Soult, faciès concave sous un front d'hydrocéphale, d'Arg'out, profil aux pointes convergentes, où il faudrait regretter F exagération invraisemblable du nez, si Daumier, dans une série d'inspirations presque attendries, n'eût lait ensuite de cet appendice commode le refuge, en temps de pluie, de la petite famille du secrétaire général du ministère de l'Intérieur, ou le théâtre de ses jeux équestres : Persil enfin, l'intègre procureur général, que ses fonctions répressives, associées à son visage en laine de couteau, et à son nom même, suggéraient naturellement à la satire de figurer en scie (Père Scie), ou en couperet île guillotine.

Cette série fut immédiatement suivie d une autre, bien supérieure, qui reste un des plus mémorables monuments

de Tari de Daurnier. Nous voulons parler de l'ensemble des portraits en pied des principaux membres de la majorité gouvernementale. Ici il n'y a plus qu'à louer, car si déformés par la haine, si travestis par l'outrance du crayon, appesanti à plaisir sur toutes les anomalies et les tares, physiques de ses modèles, que nous apparaissent ces derniers, ils restent vrais de volume, de silhouette, de démarche, l'artiste ayant obéi à cette loi de « l'insistance sur les caractères particuliers »qui commande toute représentation, aussi bien idéale que grotesque. Qu'importe, dès lors, l'exagération du nez chez celui-ci, des pieds chez celui-là, de la remontée des : épaules ou de la largeur du masque chez tel ou tel autre, la nature ayant toujours fourni a la fantaisie dérisoire du dessinateur la donnée fondamentale, le support nécessaire? Bien plus, ces accentuations ironiques du crayon confèrent aux victimes de Daurnier une force expressive, une sorte de caractère générique' qui s'affirmaient moins nettement dans la réalité, tout en faisant souvent ressortir aux yeux de la postérité impartiale, en traits de solidité, de sérieux, de convie! ion ou d'expérience," des particularités qui n'accusaient pour Daurnier et son parti qu'infatuation, sottise, routine ou préjugé.

Parcourons donc, comme un magnifique album de zoologie humaine, cette incomparable suite d'effigies comiques de la bourgeoisie parlementaire du temps. Le premier, dans l'ordre de publication des planches, est le dépulé Podenas. s'avancant de face, d'un pas lourd qu'on

HONORÉ DAUMIEK. 19

croit entendre, le manuscrit de sa prochaine improvisation sous le bras ; c'est un des « importants » de la majorité ; M. Fulchiron qui vient ensuite, de profil, avec un nez monumental, apparaît comme une individualité secondaire, un claqueur doublé d'un votant. Le poète Vienne!, voltairien et classique, enfoncé dans sa cravate, avec un air de méditation grognonne, précède M. Arlé père, en frac, pesant et pacifique, épanchant un intarissable coryza dans un de ces mouchoirs-foulards de l'époque qu'appelait l'usage de la tabatière. Voici maintenant le général Sébastiani, un des piliers du régime, tour à tour ministre et ambassadeur, intelligence souple et pratique, sous l'allure empesée du fonctionnaire. Ce nez mou, cet œil mi-clos, ce front fuyant sous de courts cheveux blancs, cette volumineuse cravate blanche, ce gilet de velours ouvert désignent Etienne, auteur jadis célèbre de la Jeune Femme colère et des Deux gendres, rédacteur en chef du Constitutionnel. (Test un des plastrons favoris de Daumier, ainsi que son journal, l'un portant et personnifiant l'autre. Le littérateur à toutes fins, insinuant, complaisant, le vieux beau satisfait de lui... et des femmes, que fut cet académicien, horripilait notre artiste, qui a fait de lui une charge éblouissante en grande, ou plutôt grosse dame de l'ancien régime, minaudant sous le fard et la poudre, avec cette légende : Etiennelte-Joeonde-Cunégonde-Bécassine Constitutionnel.

M. Odier, homme d'affaires versé dans les questions financières, comme eu témoigne le plan d'amortissement

qu'il porte sous le bras, s'incline, le chapeau à la main, tout à ta fois défèrent et maussade. Benjamin Delessert, préfet de police quasi inamovible du règne, est un gros homme sans nez, avec quelques ficelles transversales pour cheveux. M. Prunelle, maire de Lyon, le ventre épanoui sous l'habit, regarde, d'un air bourru, sous des chèveux pleureurs comme les crins d'un goupillon. Quoi q n'a il voulu l'artiste, l'intelligence pé tille dans cette ligure. D'Argout s'avance, majestueux, considérable ; nous l avons déjà vu, passons. MM. Barthe et Cunin Gridaine, tous deux ministres, se suivent, l'un, avocat retors, au crâne en pointe, à l'œil scrutateur, l'autre bouffi, sûr de lui, danssascience des affaires et desclnfïres. Royer Collard, tout en cerveau, flageole sous ses habits trop larges, sous sa perruque vacillante. M. Baillot est un bourgeois carré, forte incarnation du « pays légal » ; M. de Kératry, littérateur bien en cour, salue, l'échiné souple, le jarret tendu, la main sur le cœur ; un sourire d'acquiescement anticipe' lui épanouit les mâchoires. L'amiral de Rigny, circonspect, l'œil méditatif, se réserve, le pas comme suspendu, dans une attitude admirablement saisie. Mais voici Guizotàson banc, perdu au fond de ses pensées, un couteau à papier dans ses mains distraites ; son visage, plein de caractère, a défié l'ironie, cette fois presque respectueuse, du crayon. Un M. Jollivet, crâne fuyant et crépu, accoudé au banc des ministres, où il écoule quelque recommandation, termine la série. Nous avons insisté à dessein sur ce merveilleux défilé de types, qu'on retrouvera à peu près tous dans le Ventre législatif.

Revenons aux compositions auxquelles les événements politiques de chaque jour continuaient de donner naissance: leur multiplicité nous contraint de ne signaler que les principales. La grande planche en couleurs Lancelot de Tricanule satirise le maréchal Lôbau, qui avait dispersé un attroupement séditieux, en faisant jouer les pompes à incendie. Le voilà, désormais pourvu d'une charge d'apothicaire, avec costume de cour congruent et longue seringue en sautoir; un tambour le précède, des acolytes le suivent, portant avec recueillement divers accessoires significatifs. La largeur d'exécution donne un caractère quasi moliéresque à la scène. Une lithographie en noir, par allusion à quelque polémique violente du National, montre le personnage royal littéralement aplati sous une presse à imprimer, que manœuvre vigoureusement un « typo » à bonnet de papier. Une nouvelle planche en couleurs met en scène un manifestant blessé que le roi, en personne, panse de sa main, après l'avoir fait copieusement saigner, tandis que le duc d'Orléans tient une fiole à médecine, en forme de poire, et que Lobau s'apprête à manier son arme favorite.

La Victime couronnée reparaît, sous les espèces d une sorte de gros polichinelle, dans un rôle de Lepeintre jeune. (Test elle encore qui chemine, écrasant de son poids une maigre rosse, sur un sol ravagé, couvert de cadavres, avec ce sous-titre : Voyage à travers les populations empressées ; elle de nouveau qui, affalée dans son trône, les jambes sur des canons, avec la Liberté enchaînée à sa

gauche, symbolise le Repos de la France. Une magnifique estampe fait dialoguer Louis-Philippe avec un juge, au chevet (Tun détenu moribond; celui-là^ dit le Roi. on peut le mettre en liberté, il n'est plus dangereux, el la santé pléthorique des deux compères semble insulter à Tétisie de l'agonisant. La clôture delà session législative est traduite par le roi, en paillasse, saluant le publie, dans un étonnant effet de rampe, tandis que la toile se ferme sur les députés assoupis. Plus loin, il complimente ironiquement des condamnés politiques, chargés de chaînes, sur leur bonne conduite ; aussi, en récompense, va-t-on les diriger sur Beaulieu, Poissy et Biçêtre. Une scène motivée par un imbroglio ministériel, où les partis se dupèrent l'un l'autre, montre force bons apôtres s'embrassant à l'envi, tout en se dérobant, par derrière, leurs montres et porte-monnaie respectifs.

La courte tentative, en 1834, d'un ministère Mortier donne à Daumier lieu de mettre en action un calembour attribué à Napoléon (qui aurait appelé son maréchal « un grand mortier de petite portée »), en le transformant en engin à lancer des décorations. Ce même Mortier allait inspirer à Daumier des attaques plus injustes, qu'aucune passion politique n'excuse : il le montra en effet en bonnet de colon, se chauffant à un bon feu, la veille de Waterloo, comme si ce brave soldat eût fui le champ de bataille, dans le commandement qui le retenait au loin ! Même intention diffamatoire dans la planche où il est représenté, à la nouvelle de quelque complication en Ame-

rique, revêtant hâtivement une robe de chambre de malade, entre le duc d'Orléans qui coupe ses" moustaches pour se rendre méconnaissable et le prince de Joinville accroupi sous des rideaux; ici il aggravait son cas, en salissant gratuitement trois hommes, dont la lâcheté fut sûrement le moindre défaut. Une de ses plus belles lithographies, où il donne prise encore une fois, niais d'autre façon, en poussant l'hyperbole jusqu'à F absurde, est celle qui. par une allusion dérisoire à la conduite des procès politiques, place devant le siège du président un accus»' bâillonné, que trois juges étreignent et immobilisent, cependanl qu'un autre, la tête sur te billot, attend le coup de hache d'un quatrième magistrat qui retrousse sa manche: et ces paroles s'échappent doucement des lèvres présidentielles : «Vous avez la parole, expliquez- vous, vous êtes libre ! » La composition est superbe d'animation violente, presque frénétique, mais l'idée en est si extravagante qu'elle fait long feu. Nous ne retiendrons plus que deux pièces de cette série. La première montre Guizôt. à son banc de ministre, la bouche tordue, les yeux hagards, sous le (loi d'accusations que quelque membre de la gauche répand sur lui de la tribune. Ce réquisitoire parait d'ailleurs peu intéresser l'assemblée, qui écoule l'orateur avec une placidité dédaigneuse. D'où vient donc que le politique le plus impassible, le plus maître de lui qui fut jamais, est seul à bondir sous l'affront ? L'effet, du moins, est plus explicite dans la rencontre des deux landaus qui mènent l'un Tallevrand moribond., à Paris, l'autre Sébastiani exténué, à

l'ambassade do Londres, où il va le relayer. On s'étonnera de ee parallèle macabre. Mais c'est bien de rire qu'il s'agit! C'était bon du temps des « cortèges» grotesques: peu à peu la passion de Philipon, extravasée dans ses légendes à l'eau-forte, a gagné le dessin, qui s'est fait corrosif comme elle. 11 faut frapper chaque jour plus fort, et l'àme débonnaire de Daumier se fatigue à ce jeu de massacre. Il va du moins sortir, un moment, de la fantaisie diffamatoire et reprendre tous ses avantages dans la magnifique galerie des juges du procès d'avril.

On sait qu'à l'insurrection de Lyon, en avril 1834, répondit un soulèvement à Paris, bientôt ramassé et étouffé dans le quartier Saint-Denis. Un grand nombre d'arrestations furent faites, et les prisonniers traduits devant la Cour des Pairs. Ce sont leurs juges qu'à son tour Daumier fit comparaître dans son journal. Les y voilà pour l'éternité ! C'est d'abord Barbé Marbois. l'ancien déporté de Cayenne, puis garde des sceaux, bientôt révoqué pour faiblesse, de Napoléon. 11 somnole, flottant dans une vaste bouppelande, coiffé d'une sorte de béguin, et ses mains contractées, ses pieds rivés au sol disent son ankylose, la lente momification de ce vieux corps. C'est Mathieu Dumas, l'homme à la visière verte, puisant dans un verre de bordeaux du courage pour sa rude tache; l'énorme (iazan assoupi sur une chaise, sa sphéricité débordant de toutes parts; le duc de Choiseul, voûté et distors dans son uniforme trop juste, semble grincer de tous ses ressorts.

Mais voici, sur une triple planche, Portalis, 1* ex-ministre des cultes, le visage dévoré, sous sa perruque, par une protubérance variqueuse qui est sonnez : Bassano. l'homme à tout faire de Napoléon, grognon et ronchonnant ; Montlosier, l'ennemi des jésuites, obèse et joufflu comme un vieil enfant; puis viennent Seinon ville, qu'un rhume de cerveau ravage : Thiers en Robert Macabre gouailleur ; Rœderer, face de vieux tubercule, avec du chevelu sur le front ; Girod de l'Ain, président de la Chambre, n'est que ventre dans son uniforme à broderies; Verhuel, F ex-amiral aimé d'Hortense, esquisse un salut, de sa tête en forme de ruche. Ces personnages, presque sans exception, sont extraordinaires de relief et d'ampleur. Ils remplissent leur part d'espace, axer le volume et le poids des corps réels; tous ont non seulement leur porl el leur démarche à eux, mais une complexion propre, un tempérament qui s'inscrit dans la nature même de leurs déformai ions. Quelles terribles images de la décadence el de la décrépitude humaine! Mais que prouvent-elles, en somme, contre ces hommes si impitoyablement disséqués par l'artiste? Qu'ils sont vieux, fatigués, croulants; que la vie a fait sur eux son œuvre de destruction inévitable? Ce sont là choses tristes, mais non déshonorantes, et Daumier se trompait, en croyant déverser le mépris sur ses modèles: il ne fait, dans ces horribles chefs-d'œuvre, qu'exciter noire compassion pour eux... èl pour nous tous.

Une dernière remarque sur ce sujet : Daumier. en 1833, fit dans le Charivari le double portraitdes assassins Bastien

32 HONORÉ DÀUMiEK.

et Robert. qui avaient étranglé une femme, et que perdit, à la veille même de la prescription de l'action publique, la découverte du squelette de leur victime. 11 dessina de même, en 1836, à la suite de l'attentat du boulevard du Temple, les portraits de Fieschi et de ses complices; mais ici l'artiste n'est plus qu'un témoin, son œil qu'un objectif; il reproduit la réalité, sans rien déformer ni grossir, quelque naturelle que fût la tentation, surtout au lendemain des théories phrénolôgistes, d'exagérer chez les assassins les marques révélatrices de leurs bas instincts. 11 est curieux que de simples adversaires n'aient pu rencontrer chez lui la froide impartialité si facilement accordée à des misérables....

Qu'importe, d'ailleurs, que la caricature politique n'ait aucun titre à figurer, comme pièce a charge, dans les dossiers (h? l'histoire ! Celle-ci, du moins, y trouve un élément précieux pour ses enquêtes : la trace toute vive, toute chaude, des courants publics, des passions collectives, et par là même, sinon la condamnation de ceux qu'elles atteignirent. du moins une caractérisation de ces sentiments utile à l'intelligence de leurs effets.

Philipon, poursuivi, traqué par le parquet, accablé d'amendes qui épuisaient la caisse de son journal, avait eu l'idée de publier de grandes planches supplémentaires, dont le recueil prit le nom d' « Association mensuelle lithographique ». Daumier v donna cinq compositions: la première, intitulée: Très hauts et puissants moutards et moutardes légitimes, n'offre aucun intérêt particulier. 11 n'en est pas de même de la seconde : Ne vous y frottée

pas ! où un vigoureux gaillard, en bras de chemise, dont son bonnet de papier définit suffisamment la profession, après avoir jeté bas, à coups de poings, tel vieux maréchal autour duquel s'empressent deux altesses couronnées, lance un regard de défi au roi, facilement reconnaissable à sa corpulence et à son « riflard » sacramentel, et dont un juge et un député contiennent la fureur. La figure de l'athlète populaire est magnifique ; fermement calé au sol, avec ses bras museuleux prêts à abattre de nouveau leurs formidables leviers, la poitrine à demi découverte par récartement de la chemise, la mâchoire crispée, il respire la lutine et la force. Plus belle encore, et de beaucoup, est la planche fameuse : Enfoncé La fai/etteî Au premier plan, le roi, immense et tout vêtu de deuil, se couvre la figure des deux mains jointes, dans un geste de profond chagrin; à quelque distance,: un long convoi funèbre emporte la dépouille du héros de. la guerre d'Amérique vers la funèbre colline, plantée d'innombrables tombes. Tout ici est digne d'admiration : l'expression hypocrite du souverain, dont le corps joue la douleur, tandis que le visage exprime la joie malicieuse que lui cause la disparition d'un adversaire redouté, d'une idole du peuple; les grands mouvements de terrain qui donnent au paysage un aspect d'immensité, la belle répartition des clairs et des noirs qui traduit à merveille le grouillement de la foule et le foisonnement confus des sépultures.

Une troisième suivit, tragique celle-là : Rue T ra hsnonai '// . 15 avril 1834, Au cours de la répression des dernières

émeutes, la troupe, exaspérée par les coups de feu partis d une maison de cette petite rue, avait massacré tous les habitants qu elle y trouva. La planche représente une humble chambre d'ouvriers, avec un lit défait, un fauteuil renversé ; dans la pénombre du fond, un corps de femme gît étendu; au premier plan, le buste d'un vieillard mort apparaît, et tout au milieu, dans sa ebemise maculée île larges plaques de sang", un homme est renversé, la tète sur le rebord du lit, les jambes nues écartées, avec un nourrisson écrasé sous lui. Il règne dans cette scène une horreur poignante, on y sent ce grand silence qui suit les meurtres; après les cris, les piétinements, les corps à corps furieux, tout s'est tu; la mort est partie, laissant là son œuvre atroce, définitive, irréparable : quatre êtres humains détruits, sans cause, pour jamais. Le raccourci du corps de femme, les jambes de l'homme, son ventre déjà ballonné, sa tète empreinte d'une placidité singulière, le grand coup de lumière qui, des draps du lit, s'étale sur sa chemise, pour aller se perdre peu à peu dans les fonds: tout cela est, dans sa sobriété, sa concision, du plus grand effet et du plus grand art. Quel contraste fait, avec cette scène lugubre, la fameuse composition du Ventre législatif !

Ici, Daumier a rassemblé à plaisir ses victimes, déjà blasonnées une à une. il les a montrées dans leur cadre parlementaire, digérant doucement, parlottant de leurs petites affaires, sommeillant à demi, ou échangeant des prises de tabac. L'intérêt de cette scène est surtout pitto-

resque; l'artiste y pratique le clair-obscur eu maître. La lumière, tombant d'en haut, met en forte saillie les visages, où les orbites font des creux d'ombre, allume le blanc des gilets, fripes ou tendus par les corpulences, se perd, en le réchauffant, dans le noir des vastes redingotes, et sa tranquille expansion, son harmonie caressante, impriment à celle réunion d'hommes, diversement disgraciés, un caractère qui a sa beauté.

Cependant la machine infernale de Fieschi, succédant aux émeutes d'avril, conduisit le cabinet de Broglie à renforcer l'action répressive des lois. Mais, non eontcnl d'élever les pénalités, il créa des assimilations contestables entre les excitations de la presse et les attentais matériels contre la sûreté de l'Etat. Un des premiers effets des « lois de Septembre » fut la disparition de la Caricature, h son 251e numéro, en date du 21 août 1835. Elle avait paru, pour la première fois, le 4 novembre 1830. JYu de journaux avaient fait plus de bruit et de besogne que celui-là. en quatre ans et dix mois à peine. 11 finit sur une planche magnifiquement sinistre de Daumier : de furieuses charges sabrant des manifestants dans le lointain, contemplées par trois morts de Juillet à demi sortis de leurs lombes encore fraîches, avec celle légende: « C'était bien la peine de nous faire tuer! »

L'aggravation des peines applicables aux délits de presse, l'augmentation du cautionnement ramenèrent les journaux satiriques aune modération relative, et Daumier. momentanément désarmé et réduil au cadre plus modeste et plus

léger du Charivari, se confina, jusqu'à la Rés olution de 1848. dans la caricature de mœurs. A ce moment; son talent battait son plein, sa situation artistique était considérable, bors de pair, L'homme, un peu fatigue d'un tel déploiement d'énergie et de véhémence, ne demandait qu'à se détendre, à se rasséréner dans l'observation pacifique de la vie bourgeoise. Ses facultés y trouvèrent comme un renouvéau. 11 y avait chez l'artiste, sous le républicain enthousiaste et impatient, sous l'adversaire implacable d'un régime politique qui blessait tous ses instincts, meurtrissait tous ses rêves, un peu utopiques, de démocratie humanitaire et fraternelle, un être très bon, très gai, très indulgent aux petits, aux médiocres, aux sots même, èt c'est une tout autre corde qu'il va faire résonner, dans la suite de ses compositions empruntées à la vie privée.

Mais, avant d'aborder celles-ci, arrêtons-nous un instant, pour bien fixer les caractères de sa vision et de son métier et dégager de l'ensemble de ses œuvres, à cette date de 1835, les traits d'une personnalité arrivée à son plein développement et qui ne se modifiera plus. Daumier n'est point, ainsi que tel de ses illustres émules, un contemplateur satirique donnant à ses observations la forme plastique, de préférence à la forme littéraire, par goût d'un travail plus expéditif ou d'une expression plus aisément saisissable. Ce n'est pas, sauf dans ses premiers travaux inspirés de Grand ville, une idée pure, jugement, épigramme, parallèle, qu'il habille de chair, ce n'est pas même une physionomie morale, un ensemble d'actes ou de tendances qu'il cherche

HONORÉ DAUMIE.ll. 39

à concrétiser par des lignes aussi appropriées que possible à leur caractère. Daumier est un artiste et non un littérateur ; le peintre, en lui, primé résolument le moraliste. Il s'attache, par prédilection, à l'enveloppe corporelle des êtres, moins comme à une nécessité subie de son art, que comme à un objet souverainement intéressant par lui-même. 11 ne se tient cependant pas quitte, pour avoir rendu la masse et le volume des corps dans l'atmosphère, sous les différents éclairages.; l'attrait d une structure puissante et affirmée, ou atteinte d'une altération curieuse, l'énergie d'une mimique expressive, la valeur signalétique d'un mouvement ou d'une pose, le choix d'un vêtement et la façon de le porter, tout cela s'unit et s'amalgame dans sa recherche d'une vie totale, organique, intellectuelle, morale, poursuivie à l'aide de ces documents et de ces manifestations multiples. Il part du corps pour atteindre l'esprit, non de l'esprit pour revenir au corps. Ce dernier est donc l'élément prépondérant, scruté dans toutes ses parties, suivi dans toutes ses inflexions, intéressant, aimé jusque dans ses anomalies. Daumier eùl dit volontiers : « une belle laideur », comme J;-îJ.. Weiss disait: « un beau crime ».

Aussi convient-il peut-être d'atténuer ce qu'on a lu plus haut, de la cruauté du dessinateur envers les modèles que lui offrait la politique. Sans doute a-t-il moins cherché' dans leurs difformités une correspondance avec la laideur morale qu'il leur attribuait, qu'une sorte de griserie du dessin, comme celle qu'éprouvait Jprdaens devant ses

iO HONORÉ DAUMtER.

gouges tétonnières, ou Brauwer devant les trognes en bouchon de carafe de ses buveurs. L'ivresse des lignes et des niasses, la volupté de pétrir, d'agiter, de tordre des formes, dont témoigne, par exemple, la Kermesse de Hubens, apparaît également dans toute composition de Daumier, comme son véritable mobile inspirateur. Le Silène du Musée de Calais respire, au plus haut degré, celte joie sensuelle, païenne et bachique.

La forme animée se mouvant suivant les impulsions de l'instinct, les incitations du désir, les suggestions de l'habitude, et exprimant, par là même, la vie intérieure des personnages, voilà donc le domaine propre de Daumier. 11 y déploie une telle maîtrise, dans ses heures d'inspiration, qu'on a pu, à son sujet, évoquer — nous venons de le faire nous-meme — les noms géants de Rubens et de Michel- Ange. Il a non seulement leur conception et leur maniement rapide et décisif de la forme, mais quelque chose de leur rhétorique, cette sorte d'enllure lyrique qui fait qu'une ligure semble déborder de ses lignes, ou tout au moins les secouer comme des ailes, pour on ne sait quel essor surhumain.

Cette étonnante ampleur est due ici, comme toujours, à la simplicité des moyens, à l'élimination du petit détail, aux grands partis pris de la construction et de l'éclairage. Daumier, avec quelques traits, indique les plans du modelé, les divisions principales du corps ; il le projette et le fait tourner dans l'espace, à F aide de larges localités de lumière et d'ombre, obtenues par la réserve du nu de la pierre el l'écrasement puissant du crayon lithographique.

Qu'il est gentil comme ça Dodore... avec un peu de toilette, ce ri est pas le même enfant !

(Les bons bourgeois.)

HONORÉ DAUMIER. 43 11 ne veut pas d'un outil trop propre, à pointe effilée, donnant des traits fins et menus, il le cogne sur sa table, pour que sa cassure irrégulière entaille la planche d'accents violents, d'âpres égratignures. Ses noirs, il les caresse, les approfondit, les velouté amoureusement ; ne leur doit-il pas la basse profonde, doucement vibrante, sur laquelle chanteront, en modulations fines et légères, les valeurs différentes des gris et des blancs ? Les demi-teintes sont obtenues soit par des grattages creusant et amincissant les noirs, soit, le plus souvent, par un jeu infiniment varié de hachures dont le treillis, tour à tour lâche ou serré, fournit toutes les gradations nécessaires, du ton le plus clair à la teinte la plus foncée, qui ne soit pas l'ombre pure. Dans ses dessins à la plume, son travail est tout différent : il emploie de fins linéaments sinueux qui cernent peu à peu la forme, par approches successives, dans une sorte de réseau serpentin du plus curieux effet. Mais sa marche est plus simple et plus franche sur la pierre lithographique, qui est son terrain d'élection et où il se nient en toute certitude.

Une belle planche de Daumier est une chose singulière et presque unique, à la fois très âpre el très douce ; une force énorme taritôl s'y déploie, tantôt s'y maîtrise; c'est le miel de l'Ecriture, recueilli dans la gueule du lion.

A partir de la suppression de la Caricature, toute l'activité de Daumier se concentra sur le Charivari: il dessina, il est vrai, des bois pour quelques Physiologies parisiennes, genre de plaquettes en vogue vers 1840, des illustrations, assez peu nombreuses, pour les Français peints par eux-mêmes, les Mystères de Paris d'Eugène Sue, la Némésis médicale, les Aventures de Jean-Paul Choppard, de Louis Desnoyers, son directeur. On le vil aussi collaborer successivement au Boulevard en 1851, au Monde illustré à partir de 1802, au Journal amusant, mais tout cela est à peu près négligeable.

A dater de 1835, c'est exclusivement dans le Charivari qu'il faut chercher Daumier. 11 ne cessa guère d'y travailler qu'en 1874. quand le crayon tomba de ses mains engourdies, quand sa vue affaiblie ne lui montra plus les choses que dans un brouillard indistinct, cinq ans à peine avant sa mort. 11 avait donné, pendant près de quarante ans, de huit à dix lithographies par mois, soit près de quatre mille pièces (exactement 3958, d'après MM. Hàzard et Loys Delteil). Cette colossale production est nécessairement inégale ; elle baisse sensiblement, sinon par l'idée première, du moins par l'exécution, h partir de 1848. Nous verrons dans quelle mesure et pour quelles causes. Mais les treize années qui précédèrent la « Révolution du mépris » offrent une moisson incomparable de variété et

WèKÊÊÈÈÊÈÊÊÊÊËÊÈÊ

Page 1