‹ Honoré Daumier, l'homme et l'œuvreChapitre 37 sur 82 · LES DONS BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LES DONS BOURGEOIS

La lectuiL- du lail-divers

traire, quand il n'y a plus eu présence qu'un excellent couple qui va se mettre au lit, la lumière tremblottante de la chandelle projette sur les murs de grandes ombres noires, qui donnent à la table de nuit des apparences monumentales, rendent fantastique la silhouette du bonnet de coton avec sa mèche capricieuse ou du madras avec ses cornes ironiques. La science et l'emploi intelligent des valeurs de noir permet d'obtenir à peu de frais ces merveilles de couleur.

Un autre décor non moins exact et encore bien plus vivant, c'est la rue. Daumier l'a rendue avec toute cette joyeuse confusion, ce grouillement qui donne à Paris une physionomie unique. Ce n'est pas le mouvement de toutes les grandes villes. A Londres par exemple, les gens marchent rapidement, sans s'arrêter, avec de grands gestes raides. Chez nous, au contraire, les promeneurs sont à la fois affaires et llàneurs, facétieux et indiiférents. Ouelqucs traits verticaux, quelques touches légères, et voilà, qui fuit devant le regard, la perspective des deux lîles de maisons avec la végétation bizarre et caractéristique des tuyaux de cheminées qui les surmontent. Quelques bonshommes rapidement et sommairement croqués, bien dans l'air, et voici la rue qui s'anime : nous avons le décor avec ses figurants. Placez au premier plan deux commères qui jabotent ou deux bourgeois qui discutent avec animation, et le tableau est complet . Parfois c'est la tiguratiou elle-même qui joue la scène; c'est alors, dans certains croquis de la rue, un pêle-mêle de cochers qui jurent, d'ouvriers qui se moquent, de passants éclaboussés, de caniches alfolés, de vieilles dames scandalisées.

Un des aspects de Paris pour lequel Daumier a une véritable

L'HOMME ET I/UKLVUE.

prédilection, c'est le quai de la Seine, ce quai où il se i)lul à habiter pendant de longues années, avec la silhouette vieillotte et

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