‹ Honoré Daumier, l'homme et l'œuvreChapitre 58 sur 82 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le jugement de l'histoire : entrevue de Daumier et de Thiers. — Le jugement de lait. — Place de Daumier dans l'art français.

Quelque temps après la guerre de 1870, une réunion crartistes, d'écrivains et d'iiommes politiques avait lieu riiez M. Léon ^^ay. Daumier y fut invité.

Quand il arriva, parmi les personnes présentes se trouvait M. Thiers. Le malin petit vieillard se leva, marcha rapidemerd vers I>aumier, lui tendit la main, et, avec une pétulance toute marseillaise, et l'esprit qu'il savait mettre dans ses paroles, complimenta son compatriote. Le caricaturi>te, qui jadis n'avait guère ménagé, nous le savons, le ministre de Louis-Philippe, fut profondément touché.

Certes, ce qu'il y avait surtout dans cette démarche, c'était la malice courtoise qui aime à prendre; des airs de magnanimité, et aussi la di|)lomalie d'un homme poliliipie hahile à soigner sa |iopularité. Mais nous voulons voir la chose de plus haut, et en tirer une conclusion plus large. Cela signilie pour nous que les i)etites rancunes de la politique; disparaissent devant le prestige de l'art, l'histoire donnant une ])lace iuq)arliale aux comhaltants de camps opposés. A'ous pourrions insister sur cette pensée, en montrant par exemple Emile de (lirardin, si souvent chargé dans les liohert Macaire et dans les Acliialités, acceptant avec empressement df l'aire partie du comité de l'exposiliou de haumirr. C'en

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est assez pour indiquer d'avance le jugement de l'histoire. Elle dira que toutes les nuances de parti, même les plus accusées, finissent un jour par ne plus irriter ni aveugler personne, et que les lionnéles gens, quelle que soit la cause servie par eux, s'imposent aux respect des descendants.

Mais ce qui ressort surtout, c'est que l'art plane au-dessus de toutes les querelles humaines, et que seuls les courageux et les sincères résistent au progrès des années. Déjà l'opinion des grands artistes de ce temps n'a point ménagé à Daumier les plus éclatants éloges auxquels on puisse prétendre. L'amitié et l'admiration de Corot, le témoignage si curieux d'Eugène Delacroix, ne sont-ils pas des signes auxquels il est impossible de se méprendre et qu'il serait oiseux de discuter?

Le bon Corot, dans sa chambre, n'avait que deux toiles. L'une était le portrait de sa mère ; l'autre, le tableau des Avocats, celuilà même qui avait si fort séduit (îambetta. En se levant, le paysagiste donnait une pensée attendrie à la chère vieille maman, un regard camarade à l'œuvre solide de l'ami Daumier, et il commençait sa journée content.

L'n autre témoignage de publiiiue estime fut donné aussi en 18G9 par l'excellent peintre Bonvin, qui écrivit dans les journaux un chaleureux plaidoyer en faveur de Daumier, s'indignant (|u'un aussi grand artiste fût négligé et méconnu.

Enlin, parmi tant de jugements qu'il serait facile de produire, nous voulons encore citer ce fragment d'une lettre récente de Théodule Ribot : « Vous avez bien raison de vous intéresser à l'œuvre de Daumier. Selon moi, elle restera grande avec les plus grandes pour l'honneur de l'art français. »

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A plus de vingt ans de distance cette parole coïncide avec l'opinion de Baudelaire, qui s'est montré bon et sur prophète en caractérisant noire maître : « un des hommes les plus importanis, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais de l'art moderne. »

Ce n'est pas tout. Un événement inespéré se produit en ce moment même, dix ans après la mort de l'ardste. Une exposition de la caricature française est organisée, où Daumicr rayonne et triomphe, et cela, en pleine école des l>eaux-Arls !

Cette justice tardive, mais éclatante après tout, est bien l'aile pour donner de l'espoir aux artistes bien nés que les tribulations et les injustices pourraient décourager. Daumier leur donne une recette sûre pour s'imposer un jour àl'eslime et à l'admiration des hommes épris du bel art de la couleur et des lignes. Ils n'ont ([u'à prendre, comme lui, l'observation pour méthode, l'indépendance pour principe, et riionnèlelé pour guide.

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DES LITHOGRAPHIES, ETC., DE H. DAUMIER

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