‹ Honoré de BalzacChapitre 5 sur 20 · COMÉDIE HUMAINE · texte numérisé non relu

COMÉDIE HUMAINE

L'une est la vie qui suit la mort , l'autre est la vie qui la précède.

La Comédie humaine , livre de science morale entièrement humaine, c'est-à-dire traitant axec p/ujsionomies , costume s et habitudes, \os vices, les vertus, les scrupules, les préjugés, les splendeurs, les misères, les tumultes, les charmes et les laideurs qui ont séjour dans l'âme ; c'est-à-dire encore tout le cortège sombre ou gai , sauvage ou pur, pénible ou suave, bleu ou blond , blanc ou noir qui s'agite , se presse , circule, papillonne, court ou s'arrête dans le cercle du monde, selon que le marque l'aiguille providenlielle, — la Comédie humaine, carrefour où Dieu et Diable se rencontrent, n'est autre chose que le Récit de la vie.

Connaître les hommes est aussi utile que de connaître les chiffres.

Il y a autant de raisons pour savoir ce qui pourra revenir d'un Gobseck, de la nature dangereuse d'un \'aulrin, des menées d'une dame de Maufrigneuse et encore des gracieuses pratiques de cent vingt-six

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outres gens pardevant lesquels on peut avoir h passer, que pour savoir ce que devra laisser A plus B multijilié par X.

Alceste ou Scapin sont d'aussi forte importance que tout logarithme, c'est pourquoi je bénis Molière à l'égal de mathématiciens tels que Newton et Laplace.

Eh que diront-ils du livre de science dramatique humaine ceux qui sont encore à venir et qui ne viendront que dans des temps à peu près égaux à ceux écoulés depuis la chute romaine... ! Combien magnifiquement curieuse ils devront trouver une œuvre qui leur contera, sous une forme heureuse, ce qu'étaient les petites et grandes manières sociales de la trèsétrange et très-originale époque qui est la nôtre ! — Car c'est du dix-neuvième siècle que s'occupe la Comédie humaine.

Allons 1 allons ! Comédiens et Comédiennes sans le

savoir allons 1 tous les morts et les vivants du

siècle, qui depuis l'an 1800 avez eu le temps d'entendre sonner l'heure h l'horloge de la ville , du

village ou de la maison Allons! ailiers et aîtières,

bourgeois et bourgeoises, courtisans et trompeurs, farceurs et gens de bonne vie , originaux et rebuts ,

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grands hommes soit du ruisseau soit du salon , tous les vertueux et les dévoués, les ambitieux et les vicieux, les avares, les gens d'usure et de bon ou de mauvais commerce, et de bonne ou de mauvaise passion...., tous les Goriot, Birolteau, Grandet, Derville, Vautrin, tous les de Marsay, de Trailles, de Restaud, de Rastignac, toutes les âmes sales ou nobles, grandes et généreuses, actives ou puissantes,.... allons! les Nathan, Lousteau , Rubempré, Bixiou, Mercadet, Quinola et autres faiseurs,.... vous, les boutiquiers de sentiment, les gens de bien ou de mal, gens de robe ou d'argent ou d'épée, ou d'esprit, ou d'état, de Yandencsse, Nucingen, Hulol, Schinner ou Sommervieux, lestypes heureux, les braves cœurs, les bonnes faces, les Gaudissart, les mortels insolvables, les habitants des hauteurs, voraces, œils au guet et 5 l'harpon, dents crochues, doigts eflilés, Rémononcq ou Crevcl ou Roguins ou Gobseck, cu'urs d'or et de sagesse, cerveaux penseurs, âmes fortes,

Bianchon, d'Arthez et cousins Pons, et

autres que j'oublie

Allons ! et vous les femmes, les sages et les saintes, les illusionnées ou les perfides, les sagaces et les prudentes, les courtisanes ou nUcs d'Eve, les échevelées et victimées, ks incomprises et les parfaites, les adorées, les poseuses, les sidérales, les infortunées.

les fières et les grandes et les habiles allons 1 vous

toutes aussi , les jeunes filles, les divines créatures, pleines de ravissements, de suavités et de candeurs,.... allons I dames de Beauséant, d'Espard, d'Aiglemont, de Lislomère, les femmes Gamard, les mères Nourrisson , les âmes délicates et vierges, les admirables et les dévouées, les Marguerite Claës, les Pierrette, les Eugénie Grandet , les Béatrix, les Camille, les dames de Mortsauf, les sauteuses, les vendeuses et les vendues, les rouées et scélérates, les femmes^de rampe et de cordon, Florine, de Marneffe, Malaga et Jenny Cadine, et vous enfin les filles pures et humbles, toutes les Ursule Mirouët comme

toutes les déesses du mystère

Allons 1 passez au livre de Comédie humaine dont vous êtes tous les acteurs, et puis arrêtez- vous au miroir pour y être vus, toutes et tous, non pas une fois , mais deux, mais trois et tant qu'il plaira au spectateur-lecteur car vous vivez 1

C'est ainsi que par un des beaux jours de sa

splendide et riche imagination , celui qui a écrit la Comédie humaine se donna le spectacle de toute son œuvre. Il la vit grande et la poursuivit jusques bien

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