NÉ A TOURS EN 1799, MORT A PARIS EN
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M. de Chateaubriand était dcjJi vieillard et traçait les dernières lignes de son dernier livre lorsqu'il inscrivit celte parole de grandiose mélancolie : « Le génie pèse, l'homme est fragile ! »
Sans doute qu'alors Chateaubriand venant de contempler le passé, regardait et pesait l'avenir. — Peu d'années plus tard, il mourut!
Lorsqu'en août 1850, l'on vint me dire : « M. de Balzac est mort » Je me suis rappelé le mot du dernier livre de ChiUeaubriand. La mort de Balzac apportait une sanction nouvelle 5 la pensée bililiquc (le l'auteur des Jflayft/rs.
Profond par la pensée, confiant dans son œuvre,
II. de Balzac est l'un des plus grands esprits littéraires du xixe siècle.
« M. de Balzac était un des plus hauts parmi les plus grands, un des plus grands parmi les meilleurs », s'écria le poète des Feuilles d'automne, lorsque le 20 août, devant la foule, il éleva la voix sur la tombe où reposait l'illustre écrivain.
La plus triste des morts n'est-elle pas celle qui vient surprendre un esprit dont le génie — créateur puissant — n'a pas achevé l'œuvre commencée ? M. de Balzac, intelligence de hardi prestige, esprit de magique fécondité, n'avait pas écrit le dernier livre de la Comédie humaine.
Où étaient en effet les Scènes de la vie militaire ?
Cet homme qui ne voulait peindre que d'après nature, ce merveilleux réaliste était allé les recueillir aux endroits célèbres appelés Auslerlitz, Marcngo, léna, Valmy, Moscou et Waterloo. Reparti pour la France, il y revint seulement assez vite pour ne pas mourir ailleurs qu'à l'endroit de douce terre.
L'homme qui, aux heures méditatives d'une jeunesse puissante, a senti se produire en lui-même les pressions vivaces d'un génie qui le poussait à écrire la Comédie de son siècle... Cet homme d'élite fut fort d'esprit s'il a répondu au souffle intérieur par l'œuvre demandée. — Ici, le fort fut M. de Balzac, la Corné-
die humaine inl l'œuvre. Qu'une dernière pierre ait ou non couronné l'ouvrage , peu importe à la splendeur du monument : Je sais des cathédrales que le moyen-âge a seulement commencées, on les admire parce qu'il suffit des ogives pour en révéler la majesté des formes inachevées. Est-ce que l'horloge mélancolique de la vie a permis h l'homme de compter sur la durée de ses heures? C'est le temps qui mène l'homme, et non l'homme qui mène le temps.
Ce qui est fait dans XdiComcdie humaine, les chants qu'on peut compter dans ce poème, les assises qui se détachent de l'édifice, les cariatides qui le soutiennent' grandissent assez l'œuvre pour dire ce qu'était le génie du maître.
Que d'autres d'ailleurs aussi impétueusement frappés dans ce qu'ils édifiaient ! M. de Balzac ne fut pas le seul terrassé ainsi par la main gauche du Dieu fatal. J'en appelle au Vinci, à Raphaël, à Chénier, à
Byron, à Molière à tous ceux, frères de Moïse,
qui, pareils au vieux prophète étendu mourant sur les versants de la montagne, n'ont pu voir que dans
les lointains les gazons verts de Chanaan le pays
rêvé, la contrée favorite, image de la réalisation du rêve ! Les grands hommes doivent tous aspirer, pour leur œuvre au repos dans la Terre promise comme le prophète y aspirait pour son peuple. Représentez-
VOUS Bonaparte le malin à Waterloo et le soir à Sainte-Hélène 1 Où était l'œuvre.... ?
Pourquoi si peu d'hommes ou plutôt si peu de génies expirent-ils avant que le dernier chant qu'ils avaient à chanter, ait parcouru tous les rêves de la foule étonnée ! Tout le monde ne meurt pas comme Gœlhe ou Chateaubriand ou INewton.
Gœthe finit calme et splendide, ne disant que ceci : « Que la lumière entre 1 » Mort sublime 1
Chateaubriand mourut vieillard, la tète touffue de cheveux blancs et sous le poids de la quatrevinglièm.e année.
Rien ne fut de même pour H. de Balzac , en allé dans la tombe, sinon dans toute la jeunesse fougueuse du talent, du moins dans toute la force de la splendeur. C'est lui, dans son œuvre, que je veux admirer et comprendre.
lî.