LE CHAPITRE DE LA VIE
Lignes sommaires.
Naissance d'Honoré de Balzac, à Tours, rue Royale, le 16 mai'S 1799 — jour de saint Honoré, c'est de là que lui vient son prénom.
Son enfance est ordinaire. — En 1806, c^gé de sept
HOMORÉ DE BALZAC. 23
ans, il ost mis au colk^ge de Vendôme — développement curieux de son intelligence ; scènes de collèges exaclement racontées dans Lonis Lambert, — Il écrit, au collège, un Traité de la Volonté. — C'est un régent qui brûla le manuscrit. — En 1813, h l'âge de quatorze ans, l'enfant quitte le collège de Vendôme, suit son père à Paris et est mis en pension chez Beuzelin, Scanger et Andrieux , rue Thorigny — et plus tard, chez Lepitre, rue Saint-Louis au Marais. — A dixhuit ans, il vient définitivement chez son père, rue du Temple. — Reçu bachelier ès-lettres, il fait son droit et suit en même temps, avec la plus scrupuleuse ténacité, les cours de la Sorbonne et du collège de France. — Une passion violente pour tout ce qui est livre et lecture le domine. — Il donne son temps aux bouquins et aux rues et ruelles à libraires. — Vers 1818, l'étudiant Balzac entre comme clerc dans l'élude de l'avoué Guyonnet de Merville d'abord, et ensuite dans celle du notaire Passez. — Il fait de la procédure pendant deux ans. — (On s'explique ainsi César Birotteau et ï Interdiction).
Un soir, rue du Temple, M. de Balzac père, sa femme, sa fille et son fils sont réunis dans le salon de famille. — Le père marche de long en large, madame de Balzac travaille et le fils agite les feuilles d'un livre lorsqu'il s'entend questionner sur le choix d'unétat—
il répond avec calme qu'il veut être auteur — ce à quoi le père réplique par les railleries hal)ituelles.
L'orage paternel se décide — c'est en 1819 — le père et le fils se séparent. M. de Balzac père se retire à Ville-Parisis près Paris, et Honoré de Balzac laissé h lui-même, loue une mansarde, rue de Lesdiguières, 7, tout près de la bibliothèque de l'Arsenal — C'est là qu'il passe ses journées — Période laborieuse, difficile et amère — temps de fatigues morales.
Ayant écrit une tragédie, Henriette d'Angleten'Cy il vient un jour trouver sa famille et la lui lit. Soumise par M. de Balzac père au jugement du littérateur Andrieux, le bonhomme lettré déclare, après l'avoir lue, que l'auteur n'est capable d'aucun progrès.— H. de Balzac poursuit sa misère et son travail. — C'est l'époque solitaire de sa vie — il ne voit personne, fait de longues marches, étudie le faubourg, sue le labeur et mange peu. (D'une nature robuste, il était aussi capable d'excès que de privations^
Vers 1822, M. de Balzac père donne à son fils un pied-à-terre dans la rue du Roi-Doré — C'est là que sont écrits avec un incroyable courage les quarante volumes que signent les noms successifs deViellerglé, lord R'hoone et Horace Saint-Aubin. Les premiers éditeurs des volumes sont Pollet et plus tard Hubert, rue Pastourel. Le premier ouvrage est acheté 200 fr.,
le deuxième 400, lo troisième 800 et le quatrième 1200. Payés en billets, ces \okimes ne rapportent qu'une somme minime h l'auleur.
En 182G, H. de Balzac quitte la rue du Roi-Doré pour celle des Marais-Saint-Germain, n" 13. Il organise une imprimerie, puis une fonderie de caractères — Les fonds venant à manquer, ses entreprises ne peuvent réussir (L'imprimerie est restée à M. Barbier, associé de Balzac, et la fonderie vendue à vil prix, a fait depuis la fortune de M. Deberny qui l'acheta, — elles existent encore). C'est à Balzac, qu'est due la première idée des éditions complètes en un volume, c'est avant d'être imprimeur qu'il édita le Lafontaine et le Molière en un volume, cause de sa ruine : et ce fut même pour s'acquitter des quinze mille francs empruntés et perdus dans cette spéculation, qu'il fit l'entreprise d'une imprimerie et d'une fonderie.
En 1827, H. de Balzac est rue de Tournon, 2, dans la même maison que M. de la Touche dont il fait alors la connaissance. C'est en 1827 que le premier livre signé Balzac parait sous le titre de Le dernier Chouan.
Vers 1829, lo libraire Levavasseur présente M. de Balzac à M. Emile de Girardin alors rédacteur en chef de la Mode.
Voici ce que m'écrit, à cet égard, M. de Girardin
2Ô LES PiiYSIOKOSilES LITTÉRAIRES.
lui-même: «En 1829, M. de Balzac me fut prOsenté par M. Levavasseur, libraire. 11 n'était connu alors que dans le cercle étroit de son intimité ; il me remit un article intitulé El verdugo que je fis insérer dans la Mode. Ce journal fut le premier qui l'accueillit. Plus tard, vers la fin de 1829 ou en 1830, j'eus l'idée de publier dans le format des journaux quotidiens, un supplément bibliographique, M. de Balzac et M. de Bois le Comte en furent les plus actifs collaborateurs ; ce journal ne vécut cpie peu de mois »
C'est en 1830 que H. de Balzac quitte la rue de Tournon pour la rue Gassini oii il demeura huit ans. Alors la Physiologie du Mariage, la Maison du chat qui pelote, le Bal de Sceaux sont terminés. L'ère splendidc commence pour le nom littéraire qui dès lors n'est plus et ne sera plus le pseudonyme d'Horace de Saint-Aubin (Voir le chapitre m — Lignes bibliograplriques pour la date des ouvrages).
Ayant toujours à combler la dette énorme que lui avait coûté ses entreprises industrielles, Balzac s'ingéniait sans cesse à trouver moyen d'anéantir le déficit. Persuade qu'il doit rester beaucoup de minerai dans les mines des monts de Sardaigne exploitées autrefois par les Romains, il réalise un matin 500 fr. et part pour l'ilc de Sardaigne, résolu de mettre h.
UONORÉ DE BALZAC. 27
profit l'idée. Sur le bateau qui le conduit en Corse, le vo\ aijeur fait part de son projet à un génois qui l'approuve. Retenu en Corse par la famille Bohic et la jeunesse du pays qui le fêlent, M. de Bal/.ac arrive en Sardaigne assez lard pour voir son idée réussir entre les mains du Génois.
Revenu à Paris, rue Cassini, il ôcr'il Gobseck — Vîie double famille — commence la Peau de chagrin, etc. C'est l'époque de sa liaison avec Jules Sandeau qui plus tard a demeuré avec lui.
1833 est la date d'un premier voyage en Suisse, source de magique souvenir pour le grand écrivain qui alors visite le lac Majeur et reste quelque temps au Pré-l'Évéque, près de Genève.
En 1834, M. de Balzac alors très connu, lu et répandu partout, devenu populaire avec le Médecin de campafjne et Euf/énie Grandet, achète la Chronique de Paris, dirigée alors par un anglais, M. Duckelt, et y fait venir Théophile Gautier dont il fut l'un des premiers appréciateurs. (Le poêle d'Albertus a\ait alors vingt (jualre ans.)
(Je ne raconte pas toutes les histoires plus ou moins fondées dont Balzac fut le héros. Les journaux du temps en sont pleins. Je ne puis faire entrer dans ce cadre extrêmement restreint (jue l'énoncé d(>s faits mathématiques. La vie intime de M. de Bal/ac fut
d'ailleurs assez mystérieuse ; le peu de gens qui la connaissent parlent peu ou ne parlent pas.)
C'est en 1838 que la rue Cassini est quittée pour la rue des Balailles, 13, h Chaillot. La maison de Yilled'Avray (les fameuses Jardies), est aussi achetée vers cette époque. — C'est là qu'il compose ses jjIus charmantes œuvres. — Ses amis les plus intimes l'y viennent voir. — C'est Laurent Jan, Charles de Bernard, Léon Gozlan, Théophile Gautier, Méry, Gérard de Nerval. — MM. de Belloy, Grammont, Barchou de Penhoën, de Margonne de Sache sont aussi ses amis.
M. de Balzac adorait les voyages; depuis 1833 jusqu'en 1840, il va et vient, écrivant partout , signant ses livres soit du château de Sache en Touraine, soit de Frapésle, dans IcBerry, soit de l'Angoumois ; allant en Allemagne et en Italie, à Dresde, à Dantzick, à Vienne, à Milan, à Florence, à Naples et à Rome. Son premier voyage en Russie date de 1840. Cette année fut peu laborieuse; une simple nouvelle : Z. Marcas et la Revue parisienne qui n'eut que trois numéros, sont les seuls travaux de ce temps-lfi. Trois ans plus tard, en 1843, Balzac choisit Passy pour demeure; rue Basse, 19.
Au mois de septembre de l'année 1847, l'auteur de la Comédie humaine ayant terminé les Pa~ rens pauvres , part de nouveau pour la Russie. — 11
pari avec une maladie de cœur et revient en France le 23 février 1848, la veille du jour où il y eut une révolution 1
La saison n'était plus aux lettres... M. de
Balzac repart en 1849, il va à Wierchovvnia. — Au mois de mars 1850, il épouse, à Bcrditcheff, la comlosse de Hanska, née Rzcwuska. —
.... Quatre mois après, en juillet 1850, Honoré de Balzac était revenu en France, à Paris, dans sa maison de la rue Fortunée. —
Il y était revenu pour mourir.
Le 19 du mois d'août, il succombe h la violente maladie de cœur qu'il avait emportée en Russie, deux années auparavant.
Je laisse dans le silence où il doit être laissé le souvenir des funérailles, — Elles furent nombreuses et splendides, mais M. Louis Desnoyers qui prit la parole, jprès M. Victor Hugo, prononça le plus inutile et le plus glacial des discours! 11 parla de la loi sur le timbre II On ne peut pas être moins sensé.
Je veux me reposer sur de plus calmes souvenirs cl rappeler qu'aujourd'hui la rue Fortunée s'appelle v\io de Balzac 1 — que le buste du penseur est commandé pour Versailles!
l,lgnes bibliographlqacs.
Ce chapitre-ci ne s'adresse qu'à ceux qui , s'occupant delà partie archéologique d'un livre, aiment à en savoir toute l'existence. C'est un chapitre de chiffres. Ce que j'ai pu obtenir de détails, je les donne. Si je ne possède pas plus, c'est que je n'ai pu recueillir mieux; j'assume toute la faute — mais au moins me saura-t-on gré de l'intention, sinon du fait.
C'est dans l'ordre qui m'a paru le plus clair que j'ai dressé cette longue table bibliographique. Il y a trois divisions bien distinctes. Le premier tableau est celui de la comédie humaine tel que res({uissa M. de Balzac; c'est son grand projet de construction, c'est le devis de l'architecte. Chaque idée est nettement appuyée sur chaque titre. M. de Balzac , esprit essentiellement organisateur, organisait tout , il aimait la simplification des choses et voulait voir clair.
La seconde période de ce chapitre est un tableau comparatif littéraire. Il explique, avec des chiffres, de quels énormes travaux M. de Balzac était capable. Ciiacunc des dates de celte période est celle de l'épcquc où chacun des livres fut terminé. M. de
Balzac a négligé de dater certaines de ces œuvres, j'ai dû en présumer l'achèvement d'après l'apparition des éditions. C'est aussi par simple curiosité littéraire que j'ai ajouté le nom des personnes auxquelles furent dédiées les difierenles œuvres. Ce tableau renferme, autant que l'ont permis les recherches et les renseignements, tout ce que M. de Balzac publia en dehors de la Comédie humaine i.
Quant h la longue et troisième période, j'engage fort tous ceux qui n'ont pas en eux le mens divinior de la Bibliophilie, à sauter très-vite ce fossé danizereux. C'est de la bibliographie technique, c'est l'art de la question, c'est l'affaire des éditions. — Je n'engage pas le lecteur à s'embarrasser dans celte voie qui n'est ouverte qu'à un petit nombre d'intéressés. Lors(iu'une chose semble louche à l'humoViste Arle- (juin, il la brise ou la réduit par les moyens les plus brefs; il y a là tout un enseignement: Le suive qui veut I
' Que le lecteur ne s'élonne pas s'il voit dans une période des litres d'ouvrages (jui ne soient pas rOpcHcs dans une autre. M. de Balzac a Irùs-souvcnl, trop souvent niCuic changé ses titre?. Fleur des l'ois, par exemple, s'est lu lour-à-lour sous le litre de Fleur des Pois puis sous celui de Le Contrat de Mniiage. J'en pourrais citer vingt antres. Il faut prendre pour type dtfmilif r«!ditiun iu-b" de la Comédie humaine. (Libraiiiu l'urne).
FILEMIERE PERIODE.
Voici dans son cnseml)le le tableau que M. de Balzac a lui-môme dressé des œuvres qu'il lègue à la postérité et de celles que la mort ne lui a pas permis d'entreprendre ou de finir.
Catalogue des Ouvrages