‹ Honoré Fragonard (volume 2)Chapitre 2 sur 82 · Musée de Besançon (Lejjjs Paris · texte numérisé non relu

Musée de Besançon (Lejjjs Paris

HONORÉ

son talent (|in mVst nécessaire surtout en Italie, mais d'aill(Mirs très coinniode [)our voyager et toujours égal; Madame se trouv(* d(* nu'n](\ Comme il m'est très utile, j'ai voulu le payer de reconnaissance en lui procurant sa femme qui a du talent et est en état de goûter un pareil voyage, rare pour une femme. La quatrième personne est une gouvernante à moy, ancienne femme de chambre de M"'' B... (Bergeret). Bien des raisons me Tout fait emmener; elle n'est pas embarrassante en voyage, elle est forte et en état de rendre quelque service à des malades... Enfin je l'ai emmenée pour me garantir de toutes demandes dont j'ai été souvent persécuté par des gens qui souhaitoient faire le voyage avec moy... Par mon arrangement tout est d'accord, je me trouve le maître de ma bande. Mon fils suit dans un cabriolet avec un cuisinier, mes deux grands cochers assis sur le siège, mon valet de chambre Louis courant avec le domestique de mon fils... Le vent n'emportera pas notre voiture qui est munie de tout le nécessaire avec abondance et peut-être de quelques inutilités qui font l'agrément de notre route. Les portefeuilles avec variété de desseins de choix n'y manquent pas et livres... »

Voilà donc nos voyageurs partis en solide équipage. Bergeret confesse que le départ de Paris serre le cœur, mais la deuxième poste est un remède sûr; d'ailleurs, il n'est pas encore « rouillé du train d'auberge » depuis la Hollande et l'Allemagne qu'il avait parcourues précédemment; toutefois son cuisinier, rouage important, le préoccupa^ v^neTit : (( Nos courriers qui ont débuté ont besoin de repos, surtout notre cuisinier qu'il sera nécessaire de mettre demain en cabrioh^t. Le détail de ses infirmités vous ennuyeroit et vous vous en doutés. Bonsoir aux chères nièces qui entrent pour l)eaucoiip dans la peine (|ue j'ai eue à partir. »

HONORÉ FKAGUNARD.

Traversée de la triste Sologne dans des sables difficiles pour une voiture chargée, avant d'atteindre Vierzon, jolie ville avec une grande auberge toute neuve, où le gourmet remarque que l'on mange d'excellentes perdrix : (( Intéressezvous, je vous prie, à notre cuisinier, nous sommes intéressés à le ménager ! »

Les soirées étant longues, se passent à dessiner ou à écrire, ou à se coucher, au choix de chacun. Puis par des chemins cahoteux, l'on traverse le Berry, ce qui n'est pas précisément la route de l'Italie; mais Bergeret veut profiter de l'occasion pour visiter sa terre de Négreplisse, située aux environs de Montauban : « Quels chemins et quels chevaux! s'écrie-t-il un soir à Uzerches. Quelle voiture de fer il faut avoir pour tenir aux cahots et chemins affreux, pleins de rochers et de pierrailles. J'avois cru les chemins du Limousin accommodés, mais ils ne le sont que par portions et aux environs de Limoges, passé la quelle ville tout est encore à faire. Le beau temps nous a soutenus par bonheur et à ce moment tout est oublié après avoir fortement soupé et gayement... Comme nous sommes arrivés de bonne heure dans l'endroit le plus affreux par sa situation sur une butte entourée de montagnes et terminée par une rivière meublée de moulins qui occasionnent des chutes et cascades d'eau, nous avons, en peintres et amateurs, admiré avec extase ce que personne n'admire, jusqu'à l'heure de notre dîner. Notre docteur, M. Fragonard, toujours laborieux et actif, a projeté et exécuté un dessein de cette situation... Envoyés icy des malades qui ayent besoin de trémoussoires. »

Le peintre, on le voit, emploie ses loisirs et commence à remplir les cartons de beaux paysages. Enfin par Brives et Cahors et « croyant toujours sortir de sa chambre » tant

SA VIE ET SON OEUVRE

le voyage est agréable par un très beau temps, avec bonne humeur et bonne santé, Bergeret arrive à sa terre de Négreplisse, où en sa qualité de seigneur du pays, il se laisse haranguer. Un beau dessin, largement touché à la sépia, le Forir banal de Négreplisse ^ ou les villageoises sont occupées à enfourner leurs miches de pain, aurait témoigné, à défaut du Journal, du passage de Fragonard aux environs de Montauban.

Après un séjour d'une quinzaine, la caravane se remet en route pour gagner Gènes par les belles routes du Languedoc (( sur lesquels on jouerait au mail. Ce n'est pas voyager, s'écrie-t-il, c'est se promener dans l'allée des Thuilleries, » A la vaste auberge du Grand Soleil, à Toulouse, on est très bien logé et comme on est arrivé de bonne heure, tout le monde se transporte à cinq heures très ineognito, dans une deuxième loge à la comédie où l'on jouait le Procureur Arbitre et Tout Jones : « 11 faut bien en route s'amuser de tout. »

Puis les voyageurs passent successivement, à Nimes en y admirant les monuments romains; à Beaucaire où ils traversent le Bhône sur un pont de bateaux d'une longueur immense ; à Aix en Provence où il y a beaucoup de belles maisons avec de bons tableaux, entre autres celles du président d'Albertas et du marquis de Valbelle, avec le regret de ne pas aller dans sa terre de Tourves où les étrangers sont sûrs d'avoir bonne réception du marquis qui y possède de beaux Véniels ; à Marseille où souffle un vent considérable, puis par la vraie Provence toute couverte de vignes et d'oliviers innombrables, de lauriers et de grenadiers dans les haies. La vue des montagnes dans lesquelles on voyage, les

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