Voir aux pièces annexes, le Certificat de Civisme
2. — La maison de M. Maubert, grand-père maternel du propriétaire actuel, M. Malvilan, se trouve à la porte de Grasse. Elle appartenait anciennement aux de Villeneuve.
LE GASCON PL' M D'aprf'^s la Graviiro de Ilalhoii.
SA VIE ET SON OEUVRE
en brumaire an II (1793), car il figure dans le Jury chargé de décerner le prix de peinture et motive ainsi le choix qu'il fait du tableau d'Harriet, élève de David, la Mort de Brutus, (( sur des expressions liées à la scène et heureusement senties, des formes qui tiennent à la bonne école et un principe de couleur qui dérive d'un ton vrai ».
C'est seulement au début de l'année 1794, que le peintre, écœuré, aspirant, un peu par nécessité, à la vie calme de la province , arrivait à Grasse dans l'habitation modeste mais bien située de ses amis Maubert, apportant, roulées dans ses bagages, les toiles décoratives exécutées jadis pour la comtesse Du Barry, et rachetées à bon compte par son hôte. Nous avons décrit déjà ces peintures qui semblent s'ajuster aux dimensions des panneaux du salon comme si elles avaient été faites sur mesure. Quant à la cinquième composition, qui représente F Abandon, elle passe pour avoir été peinte sur place. Faut-il partager l'opinion de ceux qui le croient? Le sujet avait été dessiné et lavé à la sépia dans son beau temps et nous le verrions plutôt laissé inachevé vingt ans auparavant, lorsque le peintre apprit que son œuvre n'avait pas eu le don de plaire en haut lieu.
Ce que nous croyons fait sur place, ce sont les dessus de porte nécessaires pour compléter cette décoration, r Amour Vainqueur, T Amour-Folie, V Amour poursuivant une Colombe, r Amour embrasant l Univers, sujets qui lui étaient familiers et dont les originaux bien connus sont, pour deux du moins, dans les collections particulières et peut-être aussi le trumeau de la cheminée ligurant le Triomphe de V Amour.
Dans les loisirs de son séjour à Grasse, Fragonard s'occupa également à peindre les frères de son hôte, des jeunes gens coi dés de feutres gris. Ces portraits sont encore accrochés
HONORÉ
FRAGUNARD.
Hii morne clou planté jadis pour les suspendre. Afin de mettre la maison dans laquelle il recevait l'hospitalité à l'unisson des idées du jour et lui enlever tout parfum suspect d'ancien régime, le peintre s'amusa à décorer l'escalier, par larges touches, d'attributs révolutionnaires, haches, faisceaux, bonnet phrygien, et dans des mascarons , comme divinités protectrices, bien éphémères toutefois, des masques de Robespierre et de l'abbé Grégoire, vestibule bizarre et inattendu à ce salon où trônent les peintures du plus pur ancien régime.
La période qui suit son retour à Paris, n'est pas riche en productions de Fragonard. Le vieil artiste travaille encore, mais sans conviction. Il se sent démodé et cherche maladroitement, lui si spirituel, à se mettre au goût du jour. Ce qui triomphe alors, ce sont les grands tableaux inspirés de rhistoire romaine, le succès est pour le Serment des Horaces que Ton accourait voir dans l'atelier de David, et Fragonard a depuis bien longtemps négligé la peinture classique. Le vent est plutôt aux allégories politiques, à la reproduction des journées fameuses de la Révolution, représentées par Duplessi-Rertaux, par Monnet, par Moreau même qui se plient davantage aux nécessités du temps, et aussi, car le rire reprend toujours ses droits en France, aux caricatures de Carie Vernet et de Rosio. Enfin, on lui préfère, chose peu croyable, les sentimentalités vides et larmoyantes de sa belle-sœur, le Triomphe de Minette, de M"*" Gérard, à laquelle Denon écrit tout particulièrement de la part de l'empereur pour lui annoncer l'envoi d'une médaille d'or.
Adieu les amours narquois et vainqueurs soulevant les courtines au fond des alcôves, laissant entrevoir les chairs satinées du xviu' siècle, adieu les gimblettes dorées du soleil du matin et les escarpolettes accrochées sous les grands