MARGUERITE GÉRARD
|; d'un distillateur d'essences. Elle vint de
Marguerite Gérard, née à Grasse, le 8 janvier 1761, était la fille
bonne heure habiter à Paris avec sa sœur Marie-Anne qui avait épousé Honoré Fragonard, et reçut naturellement les leçons de son beau-frère. Tout en travaillant dans son atelier, Mar-
fit son premier essai : Petite fille jouant avec un chat emniaillotté, première planche de M"" Gérard, dgée de 16 ans, 177 S. — Vient ensuite : La Première Leçon d Équitation, T planche, dédiée à Messieurs et dame A. fJ. C. Elle a copié une Apothéose de Franklin, avec honmiage « à son maître et bon ami Frago. » Quant à sa pièce la plus connue et la plus jolie, Monsieur F an fan jouant avec Monsieur Polichinelle, nous avons vu qu'elle avait signé une planche qui n'était pas d'elle, mais de son beau-frère.
Nous passerons rapidement sur les dessins si peinés et si froids pour l'édition parue en 1796, du roman célèbre de Choderlos de Laclos, les Liaisons Dangereuses . Les figures de Monnet, œuvre pourtant d'un bien petit génie, paraissent remplies de talent à côté des siennes.
M'^^ Gérard exposa pour la première fois en 1790, à la première exposition de la Société des Arts, Jeune fille debout
guérite Gérard avait commencé à graver à l'eau-forte sur ses indications. C'est d'après une composition de Fragonard qu'elle
HONORÉ FKAGONARD.
près d' inie table ; en 1793, à la môme Société, im tableau intitulé f Arf (l Aimer. Elle figure plus tard aux Salons du Louvre, mais ce sont toujours des sujets d'une rare insignifiance, Jeune jiJJe effeuillant une Marguerite, Jeune fille jouant avee son Chat^ Je nioeeïipais de vous, le Triomphe de Raton, Raton et Minette. Son tableau les Regrets Mérités eut pourtant l'honneur d'être gravé par de Launay, mais le plus souvent c'est son frère Henri Gérard qui les interprétait au pointillé.
Cette sentimentalité de romance et de dessus de cheminée plaisait alors : la jeune artiste obtint beaucoup de succès. « Il vint un moment sous l'Empire, dit Renouvier, où les tableaux de M"*" Gérard se vendaient mieux que ceux de Fragonard dont personne ne voulait plus. »
Les critiques du temps, ajoute-t-il , prenaient leurs épitbètes les plus tendres pour parler d'elle. Chaussard, dans le Pausanias français (Salon de 1806), s'exprime ainsi : « L'àme candide et pure de M'^^ Gérard a répandu une teinte virginale sur toutes les scènes domestiques auxquelles son pinceau prête tant de charmes... M^^^ Gérard marche seule dans une carrière où son goût et ses mains habiles savent toujours faire éclore des fleurs... L'artiste a d'autant plus de mérite à bien exprimer des impressions de famille, qu'elle s'est refusée à les éprouver pour n'appartenir qu'à son art. »
M^^"" Gérard a exposé pendant tout le temps de l'Empire et de la Restauration. Aussi n'a-t-elle que bien peu profité du retour de faveur de l'école du xviii^ siècle, dont, à vrai dire, elle n'a pas fait partie. Sa peinture léchée rappelle la manière de Louis Roilly comme aussi l'intimité un peu niaise de ses sujets de tableaux. 11 y aurait injustice pourtant à ne pas lui reconnaître certaines qualités de dessin, de modelé et même de sentiment.
APOTHÉOSE DE FRANKLIN D'après l'Aquatiutc attribuée à Fragouard.
SA VIK KT SON OKUVHE
Donnons copie d'une lettre officielle émanée de Yivant- Denon , directeur général du Musée Napoléon, adressée à M'''' Gérard; elle témoignera de l'estime en laquelle on tenait l'aimable artiste, de son temps :
A Ma(l£))ioiseIh Gf'rard, peintre, /tux Galènes du Louvre. Musrr Napoléon. — Dilpclioli.
« Paris, ce 81) rriinaiie an XIII.
(( Sa Majesté l'Empereur, en visitant pour la seconde fois le salon d'Exposition, a vu avec plaisir la noble émulation dont étaient animés les artistes et m'a chargé de délivrer en son nom, à ceux dont il ne peut employer bîs talents cette année, et comme marque de sa satisfaction, une médaille d'or de la valeur de 500 francs.
(( Vous êtes. Mademoiselle, du nombre* de c(uix qu"d m'a désignés, et en vous l'annonçant, j(» me félicite que cette occasion me procure l'avantage de vous témoigner l'estime* toute particulière que j'ai pour votre talent.
« Agréez, Mademoiselle, l'hommage d(* ma parfaite considération. (( D(Mion. »
On fut d'ailleurs toujours plein d'attentions et d'égards pour M'^^ Gérard, malgré la médiocrité de son talent. Dans une vente en 1822, où se trouvait un tableau d'elle, on disait : « (^ette aimable artiste semble avoir transmis dans ses ouvrages, les charmes dont la nature l'a parée. Les jolis costumes qu'elle employait dans ses productions seront toujours de mode et de bon goût. Notre école lui en est redevable. »
Il pourra sembler curieux d'avoir le signalement exact de M''^ Gérard dans son beau temps. Nous le trouvons dans
HONOKK FHAGONARD.
im (U'rtf fi rat de Résidence, délivré par la Commune de Paris, le 21 germinal an H (1794). Il est de la même provenance que celui de Fragonard :
(( Nous soussignés, etc Déclarons que la citoyenne
Margueritte Gérard, fille majeure, âgée de trente-deux ans, taille de cinq pieds un pouce, cheveux et sourcils bruns, yeux bruns, nez l)i(m fait, bouche petite, menton pointu, visage ovalle, teint vif et animé, demeure actuellement gallerie du Louvre, n"" 1 , etc. .. »
M"" Gérard ne se maria point et mourut en 1837 à l'âge de soixante-seize ans. Sa peinture correcte manque d'originalité et ses tableaux risqueraient fort de passer inaperçus sans la chance qu'elle a eue d'être la belle-sœur d'un grand peintre. La gloire de Fragonard illumine comme d'un chatoyant reflet les ternes productions de son pinceau et l'affection du charmant artiste la fera , plus sûrement que ses ouvrages, passer à la postérité.
ON NE s'avise jamais DE TOUT D';xi)i-f^s la Gi'avuro de Patas.
Fragonard, peintre d'histoire et statuaire, fils d'Honoré, naquit, suivant Jal, à Grasse, en octobre 1780.
Alexandre - Évariste
Cet artiste, qui a beaucoup produit, eut de son temps une grande notoriété, mais est maintenant profondément oublié.
D'abord élève de son père, il entra très jeune dans l'atelier de David. Il fit quelques dessins pour les livres, entre autres les figures des Œuvres de Gréeourt^ 1796. Dès sa jeunesse, il eut du succès. Ainsi dans un concours de l'an III, ouvert par la Convention Nationale, Fragonard fils obtint un prix de 3 000 francs sur l'esquisse qu'il avait présentée: le tableau à faire à son choix.
(( C'était, dit Jal, un peintre laborieux, fécond autant que son père. Il retint de la manière de celui-ci, l'amour de l'effet poussé à l'excès et l'exécution rapide. Son style est flamboyant. »
Sous le Consulat, Fragonard fils fut appelé par Lucien Bonaparte pour orner sa maison de campagne au Plessis- Chamant. En 1806, il publia un ouvrage au trait qui n'a pas été terminé. L'ayant adressé à son ancien maître Louis David, celui-ci lui répondait le 23 vendémiaire an XIV :
(( Je suis bien sensible, mon bon ami, à votre tendre souvenir; il me prouve que je suis présent à votre mémoire. J'ai reçu avec bien de la satisfaction votre ouvrage et j'ai eu un plaisir incroyabU» à le parcourir. (^ontinu(v., mon bon ami,
HONORÉ FRAGONAKD.
VOUS êtes né pour aller loin ; quand on fait à vingt-quatre ans une pareille œuvre, on doit s'estimer heureux. Je félicite votre brave père et je me mets à sa place. Qu'il jouisse complètement de la liberté qu'il vous a laissée dans les arts ; car il a senti, en habile homme, qu'il n'y avait point une seule route pour arriver au but et le nom de Fragonard sera distingué dans tous les genres. J'embrasse bien votre tendre mère et je n'oublie pas M"^ Gérard, la postérité m'en ferait trop de reproches.
(( Votre ami sincère», « David. »
Alexandre Fragonard fit les projets de nombre de monuments qui ne furent jamais exécutés, tel un obélisque avec bas-reliefs qui devait s'élever sur le terre-plein du Pont-Neuf. Les événements de 1815 ne permirent pas d'exécuter ce grand travail dont les dessins étaient approuvés de l'Empereur. Il en fut de même des travaux de sculpture du fronton de la Madeleine dont il avait été chargé.
Ses tableaux sont nombreux. Citons parmi les principaux: les Bergers de Virgile, Pyrrhus enfant ehez Glausias, Psyché, François /' armé eheralier par Hagard, et Le Priniatiee montrant à François F' les achats faits en Italie (plafonds du Louvre) ; Henri IV et Sali g chez (lahrielle d'Fstrées (chez M. Mourier, à Nimes) ; Jeanne d'Arc faisant son entrée à Orléans (musée d'Orléans) et Jeanne rl Arc montant au Bûcher; Entrée de Charles de Blois dans la ville de Saint-Quentin , l'Evéque de Lisieux prend les Huguenots sous sa protection, Marie-Thérèse présentant S071 fils aux Hongrois, et beaucoup d'autres peintures.
En fait de sculptures, la statue colossale en bronze de Pirhegru, celle de Jeanne de Lacal, etc.
Alexandre Fragonard a fait encore un grand nombre de
PORTRAIT î! 'ACTF.UR
lithographies pour roavrage do la France PitforesqKe de Taylor et Nodier. Il avait fourni de nombreux dessins et mo-
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dèles de seulptur*e i\ hx niîiuul'îietui'e de Sèvrcîs, et c'est (hms eet établissement natioiuil (pTil pl.'ieîi sou fils Tfiéophi le l'ragonai'd, qui s'y est distingué comme peiutr'e sur poi'celaine.
HONORÉ FRAGO^ARD.
Alexandre-Évariste Fragonard mourut à Paris le 10 novembre 1850, âgé de soixante-dix ans.
La descendance directe du peintre Honoré Fragonard, existe encore, mais son arrière-petit-fils, Antonin Fragonard, mort il y a deux ans, est le dernier de la famille qui se soit occupé d'art.
LE PORTRAIT D'après un Dessin.
ALLÉGORIE DE LA VILLE DE N A P L E S D'après la gravure de Saint-Aubin dans le Voyage de Saint-Non.