‹ Honoré Fragonard (volume 2)Chapitre 4 sur 82 · LA MAISON CARREE A NIMES · texte numérisé non relu

LA MAISON CARREE A NIMES

D'après un dessin à la pierre d'Italie.

s'embarque, après avoir attendu que la mer en fureur se soit calmée. La felouque a l)ien du mal à contenir les voitures démontées. Plaisanteries ordinaires sur « les effets que la mer fait sans considération de qui que ce soit. Chacun s'en défend et tout le monde espère jusqu'au moment, que cela ne le regardera pas ». Et la première heure n'est pas écoulée que Bergeret paie son tribut, malgré les preuves qu'il croyait avoir faites dans des voyages précédents, mais leur felouque est

HONORÉ FRAGONAHD.

d'une structure très légère et le balottement qu'elle procure est « peu agréable pour ceux qui ne sont pas marins ».

A San Reino, le gouverneur, un Grimaldi, envoie un officier les complimenter et leur fait Thonneur de venir les voir dans leur très vilaine auberge, « où nous risquerions beaucoup de mourir de faim sans notre cuisinier ». Ils lui rendent sa politesse par une visite après souper. C'est un homme d'environ trente-cinq ans, fort honnête et parlant bien français. On faisait chez lui un trente et quarante à perdre au plus un louis ou deux avec deux dames et une douzaine d'hommes, à peu près tout ce qu'il y a à voir de gens d'une certaine espèce dans San Remo.

Le mauvais temps continuant, les voyageurs abandonnent la mer pour gagner Gènes, en chevauchant chacun un mulet : (( Notre petite troupe est fort contente, écrit-il; nous regardons cet événement en peintres, nous voyons tout en tableau et notre cavalcade fait spectacle dans la ville. D'un côté nous avions vingt matelots de nos felouques qui venaient prendre nos ordres, de l'autre côté douze mulets avec quatre hommes à pied et notre bande de dix personnes, dont deux femmes aussi sur des mulets couverts de nos peaux de tigre, parure dont ils n'avaient jamais été favorisés et dont les muletiers du moins étaient très flattés... »

Ron appétit. Impossible de se passer du cuisinier dans les auberges; c'est décidément la grande préoccupation de Rergeret. Les lits ne sont que des tréteaux très mal outillés !

A Savone, le gouverneur marquis Doria, auquel ils vont rendre visite, les invite à dîner. Enfin ils arrivent à Gènes le mercredi 17 novembre, mais après la fermeture des portes que l'on n'ouvre qu'à un général d'armée à partir d'une cer-

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taine heure. Ils sont donc obligés de se loger dans le feubourg à l'Albergo del Papa.

Dans la visite aux églises et palais de la ville de marbre, Rergeret renvoie le plus souvent, pour leur description et celle des peintures qu'ils renferment, au Voyage fort bien fait de Cochin \ mais remarque au palais Spinola, le plafond que peignait alors, avec beaucoup de talent, le peintre Callet revenant de Rome, dans un salon construit sur les dessins de l'architecte de Wailly, contrôleur des Bâtiments du Roy à Versailles : « C'est l'apothéose d'un Balbi, plafond d'une très belle couleur, d'une belle composition et d'un très beau caractère de dessin. Il fera honneur à la peinture française et contribuera à faire réformer de mauvais plafonds qui se trouvent au milieu de très bons tableaux. »

On assiste à la sortie du doge, un Grimaldi de la plus grande taille et d'une très belle représentation, on va dîner chez l'envoyé de France, M. de Royer ; ensuite dans un oratorio où les femmes n'entrent pas : « Il y a des voix claires de ces M'"' de la chapelle qui ont beaucoup de talent » ; enfin le soir tout le monde assiste à un opéra-comique de bouffons. Les ballets sont « dignes de Nicolet à Paris ».

Puis la compagnie remonte en felouque, reprend la mer (( comme une médecine » et met enfin pied à terre à Lericci; seulement c'est une affaire de retirer des felouques la berline démontée par morceaux et le cabriolet. A force d'hommes, de patience et d'argent, on les remet sur pied et le voyage recommence par une forte montée avec « de fort mauvais chevaux, vingt hommes pour pousser à la roue » et une rivière à traverser; mais, ajoute notre financier, « après quelque évé-

\. — Voytige en Italie, par Cochin, en 17o9, l'ail en compagaie de M. de Vandièrcs, de Soufllot et de l'abbé Leblanc.

nement que ce soit, je n'ay pas encore vu manquer notre souper, l'heure venant, nous oublions tout et nous sommes tout entiers à notre aflairc ».

Suit une description du costume des femmes du pays qui portent des rubans aux épaules avec les cheveux très noirs,

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