‹ Honoré FragonardChapitre 10 sur 45 · COLONNADE DE LA VILLA M É D I C I S · texte numérisé non relu

COLONNADE DE LA VILLA M É D I C I S

D'après Hubert Robert.

7 novembre 1759 : « Il n'y a point à appréhander que le s1 Fragonard rafroidisse le feu qu'il a naturellement pour son (aient; il est vrai qu'il arrive quelquefois que pour vouloir se surpasser on se trouve au dessous de soy-même, mais je crois que celuy-ci reprendra aisément ce que la nature lui

a donné et je voy de lui des choses par intervalles qui me donnent de grandes espérances. »

Si nous sommes entré dans ces détails minutieux et peu connus, c'est pour être complet et ne négliger aucune indication pouvant faire connaître les débuts et le caractère de notre artiste. Ainsi nous signalerons encore ce qui a traita sa copie de Piètre de Cortone, qui doit moisir maintenant dans quelque magasin du Louvre :

24 octobre 1759 : « J'ay fait rouler ces jours passés, écrit Natoire, les copies des srs Monet, Fragonard et Brenet et les ai fait encaisser pour les faire aller à Civita-Vechia, où Ton m'assure qu'il y a un bâtiment favorable pour le passage de Marseille... Fragonard a beaucoup de talan, mais le trop de feu et peu de patiance l'emporte à ne pas travailler avec assés d'exactitude ses copies. C'est ce que vous verrés dans celle qu'il a faite d'après Piètre de Cortone. »

Voilà la mention de bons défauts. D'ailleurs on ne discute pas plus à Rome qu'à Paris les heureuses dispositions de l'artiste. Fragonard est à ce moment l'espoir de l'École. Les encouragements, l'émulation ne lui manquent pas et viennent stimuler son goût, en même temps que des éléments nouveaux entrent dans sa vie. Son camarade, le studieux Hubert Robert, arrivé depuis quelque temps à Rome avec M. de Choiseul-Stainville, est venu lui donner le coup de fouet.

Tout en prenant les conseils de Pannini, ce jeune artiste de beaucoup d'espérance avait obtenu, sur la recommandation de son protecteur, d'être logé à l'Académie, puis gratifié par Marigny, sur le bon rapport fait de lui, d'une place de pensionnaire. C'est ainsi que les jeunes gens se connurent et purent ensemble jouir de cette active flfmerie de Rome, au

l'abbé de saint -non

D'après l'Eau-forte gravée par lui-même.

SA VIE ET SON OEUVRE

milieu de sa population à caractère, dans les vieux palais tout peuplés de statues ou sur les ruines imposantes de l'antiquité. Robert avait un goût particulier de paysage, une manière pittoresque de le rendre bien personnelle quoique inspirée de son maître, un art de toucher spirituellement les petits personnages et le goût des effets accusés joints à une couleur harmonieuse qui n'ont pas été sans influence sur son camarade Fragonard. Seulement, comme Font dit les Goncourt, plus rien de majestueux dans ces paysages et ces monuments, mais aussi plus rien de triste : « Sous le badinage et la légèreté de leur étude, la ruine joue avec la verdure, la tombe antique égayé le paysage et l'archéologie ne reconnaît plus ses reliques. »

Bientôt auprès d'eux apparaît Saint-Non, et désormais ces trois amis vont être indissolublement unis dans l'histoire de l'art et de la gravure à l'eau-forte.

Nous avons esquissé déjà dans de précédents travaux cette curieuse physionomie d'artiste-amateur1. L'abbé Richard de Saint-Non n'était pas plus fait pour être abbé que conseillerclerc. Sa famille lui avait pourtant acheté un siège au Parlement et fait obtenir une abbaye commendataire, ce qui n'obligeait pas à grand'chose à vrai dire. Mais un goût violent, manifesté dès l'enfance, celui des arts, lui fit abandonner de bonne heure la magistrature. Vendant sa charge et ses livres de droit, il accourut en Italie. Jeune, riche, plein d'enthousiasme, n'ayant de l'abbé que la soutane, juste ce qu'il en faut pour entrer partout à Rome, il arrivait à point pour être accueilli à bras ouverts par nos jeunes pensionnaires. C'était d'ailleurs un caractère d'une grande franchise. Il avait,

1. — Les Dessinateurs d'Illustrations et, 1rs Graveurs du xvmc siècle.

dit son biographe Brizard1, une figure douce et animée, des manières ouvertes el prévenantes et par la largeur de ses procédés, o il gâtait les artistes ».

La correspondance de Natoire nous permet encore de

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