‹ Honoré FragonardChapitre 14 sur 45 · LA VILLA M A T T E I · texte numérisé non relu

LA VILLA M A T T E I

D'après l'eau-forte de Saint-Non.

dans le moment de cette chute, il y avait de nos pensionnaires, amateurs et avides de nouveautés, qui se sont trouvés presque sur le point d'être écrasés. Cela fait bien voir la furia francese de la jeunesse qui s'expose un peu trop sans 'réflexion. »

De jolies eaux-fortes de Saint-Non, retracent justement avec finesse, d'après Fragonard et Robert, les escaliers et les portiques branlants de la villa Matteï...

Cette vie de travail au grand air, libre de tout souci, n'in-

L'ALI, El". OMBREUSE

SA VIE ET SON OEUVRE

spirait pas à Fragonard le désir de revenir à Paris. Saint- Non s'apprêtait à passer la saison d'hiver à Rome et justement la pénurie du trésor royal empêchait qu'on envoyât de nou-

L E CUISINIER DE L' ACADÉMIE DE FRANCE I)';iprès l'eau-forte de Watelet.

veaux pensionnaires. Il s'agissait donc d'obtenir une nouvelle prolongation de séjour, et Natoire proposait à Marigny de laisser quelque temps encore Monnel et Fragonard jouir de leurs chambres à l' Académie* :

« Le s1 Fragonard, peintre, ne partant qu'après l'hiver avec M. l'abbé de Saint-Non, vous demande la grâce, Monsieur, de luy continuer son logement voyant que cela ne dérangera pas celuy des autres. »

Et le 17 décembre 17G0 : « Les srs Monet et Fragonard ne sont pas moins sensibles de ce que vous voulés bien qu'ils restent encore à la pension. »

Mais les fonds sont tellement rares, que Marigny élevant des objections au sujet de la nourriture des pauvres jeunes gens, Natoire est encore obligé d'élucider ces affaires de cuisine qui priment trop souvent les questions d'art. Le 21 janvier 1761 il écrit :

« Les srs Monet et Fragonard c'étoit flatté que votre bonté envers eux s'étendoit jusque à leurs continuer avec leur logement, la table et les prérogatives de pensionnaire, comme me l'avoit fait entendre M. Cochin jusques à l'arrivée des deux nouveaux qui doivent les remplacer. Cet objet seroit de bien peu de chose si vous leur accordiés, d'autant plus que la dépence n'excèderoit point le nombre de douze. »

Ni Fragonard ni Saint-Non ne s'endormaient d'ailleurs dans les délices de Rome ou de ses environs. L'abbé, dores et déjà, avait son idée, qui consistait à grouper dans des cahiers gravés à l'eau-forte par lui-même, un aperçu des plus beaux tableaux de l'Italie. Pour y arriver, il fallait des modèles, et ce sont ces copies que Fragonard avait accepté de dessiner avec sa facilité et le sommaire de son exécution. Ils parcouraient donc de compagnie tous les coins de la ville, partout où quelque toile célèbre attirait leur attention, et l'artiste en retenait immédiatement les principaux traits. On retrouve ainsi dans ces Fragments choisis dans les peintures et les tableaux les plus intéressants des Palais et des Eglises de F Italie qui ne

SA VIE ET SON OEUVRE

furent publiés à Paris qu'à partir de 1771, les plafonds de Carrache du palais Farnèse, ceux de Piètre de Cortone du palais Barberini, les fresques de Raphaël à la Farnésine, et tant d'autres morceaux intéressants et célèbres.

Il était nécessaire d'avoir aussi les principaux ouvrages de Naples, ce qui s'accordait tant avec le désir du peintre de ne

DECOUVERTE D UN SQUELETTE DANS UN CAVEAU DE POMl'EÏA

D'après la gravure de Fessard.

pas revenir en France sans avoir visité cette ville, qu'avec celui de Saint-Non de lui être agréable. Le grand ouvrage du Voyage à Naples garde de nombreuses traces de ce séjour.

Natoire nous apprend encore cette excursion à la date du 18 mars 1761 :

« Le sr Fragonard est bien prest de son départ. M. l'abbé de Saint-Nom toujours porté à rendre service à ce pensionnaire, puisqu'il remmène avec luy, vient de renvoyer

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