LA SERINETTE
D'après l'esquisse peinte d<> Fragonard.
ses côtés. Dans ces jeunes gens qui grandissent, il faut voir son beau-frère et sa belle-sœur. Les enfants qui se roulent à terre avec les chiens du logis, sont ses propres enfants qui, dans leurs jeux, lui composent des tableaux tout faits.
Le peintre n'a qu'à regarder autour de lui pour avoir des modèles. Aussi que de toiles délicates, que de dessins gracieux où l'enfant n'a jamais été mieux compris ni plus fine-
HONORÉ FRAGONAHD.
ment rendu. Il faut reconnaître les siens dans toutes ces compositions si gaies, peintes ou dessinées : l'Éducation fait tout. quand ils apprennent à faire l'exercice au chien de la maison; la Première Leçon d' Equitation, avec son dogue familier, tout à fait dans la même note; Dites donc, s'il vous plaît, où la jeune mère distribue les tartines du goûter; le Chat Emmaillotté. Qui est cette fillette de quinze ans à l'air ingénu, la Petite Fille aux Chiens, dont la chemisette tombée laisse voir la gorge déjà formée? Elle joue à la maman et berce sur son sein deux petits chiens noirs ignorants de leur bonheur; encore une scène entrevue dans le demi-jour de la famille. Et F Enfant aux Cerises! Et le Petit Prédieateur! N'est-ce pas toujours Fanfan, autrement dit Alexandre en ses premières années, monté sur un tonneau et tenant sa famille sous le charme de son babil, le même dont la jolie tête ébouriffée de chérubin eut tant de succès à la vente Walferdin sous le nom de F Enfant blondi
D'autres peintures de la même collection témoignent du goût de Fragonard à peindre les marmots roses, ainsi des Jalousies de TEnfanee, deux jumeaux se disputant les caresses de leur mère, comme des Premières Caresses du Jour où celle-ci reçoit les baisers de son fils à moitié nu, dans une attitude à demi penchée pleine de charme, qui fait rêver à quelque Madone italienne humanisée par un peintre français.
Quoi d'étonnant à ce que le mariage ait eu cet heureux résultat? L'auteur de T Esearpolette n'y perd rien en talent et n'abandonne même pas pour cela les sujets qui plaisent aux vieux libertins. S'il fait encore la Culbute ou s'il ren-
1. — Ce joli tableau a été acheté par Mme la vicomtesse de Courval.
LES DEUX SŒURS D'après la Gravure au Burin de Vidal.
SA VIE ET SUN OEUVRK
verse galamment le Verre (F eau, il sacrifie davantage aux scènes familières dans la bonne acception du mot, à celles dont la famille forme le motif principal. Cette peinture honnête, constitue une phase nouvelle de son talent. Il habite la campagne l'été et ce sont les intérieurs rustiques, les cours de ferme qui lui servent alors de cadres. La Famille du Fermier, ornement du musée de l'Ermitage, la Bonne Mère, sont de charmantes peintures d'une grande fraîcheur d'impression et sans exagération sentimentale. LE table encore, aux grands bœufs blancs, ruminant dans un rayon de soleil, et sa fille de ferme puisant de l'eau d'une main distraite en songeant à ses amours. Un grain de poésie dans ce simple épisode de la vie des champs baigné d'une transparente atmosphère. Tous ces tableaux villageois, F Écurie de l'Ane avec son essaim de fillettes mutines autour d'un âne gris, serviteur modeste, qui, lui aussi, est de la famille, les Enfants du Fermier encore, le peintre les saisit sur nature et les arrange ensuite à sa fantaisie. Est-il composition plus animée que cette Basse -Cour , gravée deux fois par l'abbé de Saint-Non, avec son joyeux pêle-mêle de poules, de chiens et de pigeons, et tableau plus parlant que F Heureuse Fécondité et son avalanche de bébés joufflus, grimpant au giron maternel jaloux d'avoir leur part de caresses ?
« Fragonard a peint là leurs yeux de diamant noir humides. Il a su rendre cette flamme des jeunes regards, le nuage de leurs traits, leur chair douillette et la molle indécision de leurs contours. »
Tous les menus faits de la campagne, il les passe en revue : Laveuses au bord du ruisseau, Étuves de Blanchisseurs entrevues grâce aux coups de lumière éclairant ces réduits tout
HONORÉ FRAGONARU.
remplis de mystérieuses buées, effets à la Tiepolo, mais d'un Tiepolo qui aurait fréquenté Pierre de Hooghe; Abreuvoirs, Vaches passant un Gué, Berger courant après son Troupeau, simples épisodes qui prennent sous sa main du relief et de
D'après la gravure de Ponce.
l'intérêt. Deux compositions se détachent par leur charme sur ce fonds de sujets champêtres : A/mette à quinze Ans, batifolant sans malice avec un petit camarade ; Annette à vingt Ans, plus sérieuse, entrevoyant le mariage à travers la fraîcheur d'un premier amour, un rien de sentiment pimenté d'un grain de libertinage.
Voici l'un de ses plus gracieux tableaux, sorte A1 Heureuse
SA VIE ET SON OEUVRE
Famille encore1, l'un de ses plus fins par l'exécution. Dans un intérieur rustique, une jeune femme est assise auprès d'un bas-relief, sur lequel son enfant se tient, soutenu par le père; un âne, monté par un jeune homme, passe la tète à la fenêtre et un enfant lui donne à manger. Fragonard a répété plusieurs fois, avec quelques variantes, cette char-