‹ Honoré FragonardChapitre 30 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mariage de Fragonard; son influence sur ses ouvrages. — Fragonard prend ses enfants pour modèles, V Éducation fait tout, Dites donc s'il vous plaît, le Vêtit Prédicateur, etc... — Sujets familiers et champêtres, la Famille du Fermier, V Heureuse Fécondité, le Retour au Logis, la Visite à la Nourrice, la Bonne Mère, l'Êtable, l'Écurie de l'Ane. — Greuze et Fragonard. — ■ Tableaux religieux : V Adoration des Bergers, la Visitation, VÊducation de la Vierge. — Fragonard paysagiste s'inspire de TÉcole hollandaise : la Source, le Rocher, la Diligence, etc.. — Ses miniatures; Hall et Fragonard. — Portraits d'acteurs et d'actrices, Mlle Olivier, M11'' Guimard, Diderot, Chardin. — Têtes de jeunes filles . — Marguerite Gérard. — Fragonard aquafortiste, Jeux de Satyres, V Armoire, F an fan jouant avec Polichinelle, Apothéose de Franklin. — Le receveur dos finances Bergeret. — Le Concours et la Récompense.

A force de courir les coulisses et les filles d'Opéra, d'assister aux soupers de la Guimard, ou de servir de houle-

HONORÉ FRAGONAHD.

entrain dans les salons des fermiers généraux, la lassitude était venue et, à sa suite, le désir d'une existence plus régulière, le goût du foyer et de la famille. Les hasards de la vie favorisèrent ce rêve du peintre en lui procurant une élève, Marie-Anne Gérard, sa compatriote, née à Grasse en 1751, Famée d'une famille de douze enfants.

Elle avait été envoyée à Paris pour gagner sa vie et fut placée d'abord chez un individu de son pays du nom d'Isnard, quelque parfumeur probablement; mais la jeune fille, sans aptitude au commerce, montrait au contraire des dispositions pour les arts en s'amusant à colorier des éventails et en s'essayant à la miniature. Le besoin d'un professeur se faisait sentir. On pensa de suite à Fragonard qui connaissait la famille Gérard, originaire d'Avignon, mais établie ensuite à Grasse comme la sienne. Avec ses traits un peu gros, ses sourcils épais, sa large bouche et sa forte carrure, ce n'était peut-être pas le type de beauté rêvé par l'artiste, mais c'était la jeunesse, la santé, l'occasion qui s'offrait d'ellemême, et il avait trente-sept ans1.

Avec la permission de messire Chapeau, curé de Saint- Germain-l'Auxerrois, paroisse du peintre déjà pourvu d'un atelier au Louvre, Jean-Honoré Fragonard conduisait, le 17 juin 1769, à l'autel de Saint-Lambert de Yaugirard, Marie-Anne Gérard, âgée de dix-huit ans, également domiciliée au Louvre, ce qui est à remarquer. C'était une noce à la campagne, ainsi que le voulait l'usage pour les unions d'artistes, Vaugirard étant alors au milieu des champs.

Le peintre était assisté de son père, qualifié bourgeois de Paris et demeurant avec son fils au Louvre, et la mariée, de

1. — Son portrait se trouve au crayon et en miniature, chez M. C. Groult, et au musée de Besançon.

MADAME FRAGONARD D'ujn'és lo Dessin du Musée de Besançon.

sa vie et son oeuvre.

son frère Jean Gérard, également bourgeois de Paris, demeurant au Marché-Neuf. Enfin on avait emmené un ami, le prêtre Cochemer de la paroisse de Saint-Germain-PAuxerrois, et c'était encore un autre vicaire de la même paroisse, l'abbé Granchier qui donnait la bénédiction nuptiale aux époux.

Le mariage devait être décidé depuis quelque temps déjà puisque dans l'acte1 il est fait mention d'un consentement des père et mère de la future daté de septembre précédent. Pourquoi ce retard? Mystère.

A peine mariée, Mme Fragonard recueillit chez elle la dernière de ses sœurs, Marguerite, la grâce et la gaieté de l'atelier, et bientôt son jeune frère, Henri Gérard, auquel on apprit par la suite la gravure. Il a reproduit plusieurs tableaux de Fragonard. Puis naquirent successivement une fille, Rosalie, qui donnait les plus belles espérances et mourut à la fleur de l'âge et plus tard un fils, Alexandre-Évariste, né à Grasse en octobre 1780, dont nous aurons occasion de reparler.

Dans cette situation nouvelle, pénétré de l'atmosphère familiale, les sujets choisis par le peintre semblent se modifier. Moins de femmes jetant leur bonnet de nuit par-dessus les courtines de lits en désordre, moins d'amours tirant des voiles qui ne demandent qu'à tomber, moins de gimblettes, mais des scènes d'une grâce décente où la tendresse des parents éclate en délicieux sourires au-dessus des berceaux, où le 'retour d'un jeune époux est fêté par une nichée de bambins joyeux. G'est la vie matérielle des champs, saine et forte, célébrée avec conviction; le sentiment, quand il s'y rencontre, y est chaste.

Fragonard retrace les calmes épisodes de la campagne. Les

1. — Voir aux pièces annexées, la copie de l'acte de mariage.

animaux et surtout les enfants y jouent un rôle prépondérant et ceux-ci donnent prétexte à un fourmillement de fraîches et riantes figures. On constate avec plaisir l'heureuse influence qu'exerce alors sur son choix la jeunesse qui se trémousse à

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