Collection Bouctot
HONORÉ FR AGONARD.
ture léchée, où chaque détail est caressé, le fini en un mot, et l'autre, l'esquisse enlevée au premier coup; suivant qu'il travaillait pour l'un ou l'autre, il variait son langage et la manœuvre de son pinceau.
La Jeune Mère , composition si connue par la gravure de Romanet, n'est pourtant pas une de ses meilleures toiles, malgré la fraîcheur de ses tons. Dans ce tableau où l'on a voulu, bien à tort, reconnaître la reine Marie- Antoinette entourée de ses enfants, règne une sécheresse qui n'est pas habituelle, heureusement, au peintre.
Bien qu'il sache mieux rendre les joies de la vie que ses douleurs, Fragonard n'y est cependant pas insensible, témoin la petite esquisse de l'Enfant Mort qui fit sensation à la vente Walferdin par l'expression de résignation navrée de la mère. La peinture n'était qu'un souffle, mais son cœur avait ce jour-là guidé son pinceau.
L'attendrissement n'est jamais long d'ailleurs chez lui. La larme est proche du sourire. Dans la gamme des émotions douces a été peint le Contrat, l'un des sujets les moins animés que l'artiste ait choisis. Il semble destiné à faire pardonner sans doute la vivacité du Verrou, tableau auquel il fait pendant. N'était la délicieuse expression des personnages, on prononcerait devant cette toile sentimentale le nom de M,le Gérard, de froide mémoire. Dans la même note, un agréable tableautin d'une harmonie tout anglaise, les Projets de Mariage, ou la Déclaration.
Encore une page intime, la Leçon de Musique du Musée du Louvre, et son trio gracieux de jeunes gens : traitée en esquisse, avec ses chauds dessous de terre de Sienne, elle laisse bien surprendre ler procédés du peintre qui n'aurait eu qu'à poser des glacis pour parachever son œuvre.
SA VI 15 ET SON OEUVRE. 119
Fragonard réussira de môme les scènes émues où les sentiments des jeunes époux s'affirment d'un regard au-dessus d'un berceau, comme le Départ de la Nourrice, dont on connaît un magnifique dessin, et la Visite à la Nourrice, qu'il peignit deux fois, le sujet lui tenant au cœur, dans la gamme assourdie d'une lumière dorée. Rousseau n'avait pas encore, par son Emile, modifié l'usage de mettre ses enfants en nourrice et les jeunes mères préféraient alors s'affranchir des soucis de l'allaitement. Une femme élégante, dans le tableau de Fragonard, regarde d'un air attendri son enfant qu'elle visite chez une nourrice de campagne. Une suave atmosphère toute faite de cette lumière blonde si particulière, enveloppe la scène peinte dans une pâte grasse et souple. Les personnages semblent s'agiter au travers d'une poussière d'or. Des deux Visites à la Nourrice, nous préférons la plus petite, à l'exécution soignée, à la lumière harmonieuse. Particularité curieuse, les deux tableaux appartenaient au siècle dernier, au même amateur, Leroy de Senneville. L'expert Paillet, dans le catalogue de sa vente, nous apprend que le sujet est tiré de la nouvelle de Saint- Lambert, Sarah, et ajoute pour le plus terminé des deux, cet éloge mérité, quoique marqué au coin de l'emphase du temps : « Tableau d'une harmonie de couleur admirable..., morceau d'un effet piquant et magique, d'une touche légère et spirituelle. »
On a également beaucoup remarqué de notre temps, à la vente Burat, le plus grand des deux, qui est plutôt une superbe esquisse. « Pour les yeux des coloristes, a dit Paul Mantz, ce tableau a toujours été une fête. Ils admirent les blancs de la robe jouant avec les linges d'une tonalité dorée qui recouvrent le berceau. Ils se délectent aussi bien aux libres détails
traités vivement avec la largeur de l'esquisse, qu'aux finesses des demi-teintes produites par les bords du chapeau sur le visage de la jeune mère. »
Le Retour au Logis, une composition que le maître s'est complu à multiplier aussi par la peinture et le dessin, est