Concourt. VArt au xvmc siècle
plus tard dans ses froids dessins pour les Liaisons Dangereuses, de Choderlos de Laclos. Il existe pourtant une bien adorable pièce signée d'elle, enlevée avec autant de relief que d'esprit Monsieur F an fan jouant avec Monsieur Polichinelle et Compagnie. Fanfan, c'est le jeune fils de Fragonard en petite chemisette, la bonne figure réjouie, traînant un pantin qu'un roquet essaie d'attraper. C'est la nature prise sur le vif, c'est l'eau-forte maniée comme seuls les artistes créateurs peuvent le faire. Il faut le dire avec les Goncourt, dans ce charmant travail en commun, le maître apportait non seulement ses conseils, mais ses retouches, et parfois, comme en cette occasion, tout son talent. L'élève croyait avoir fait cette délicieuse gravure et le maître la lui faisait signer pour l'en convaincre. La petite supercherie ne put tenir longtemps et quand la planche appartint à Naudet, l'éditeur effaça le nom de l'apprentie pour y rétablir celui de Fragonard, son véritable auteur.
C'était d'ailleurs un excellent aquafortiste que Fragonard, plein de ragoût, comme on disait alors, et nous regrettons bien qu'il n'ait pas davantage exploité ce côté particulier de son talent. En Italie, auprès de l'abbé de Saint-Non, il avait été amené à lui donner quelques exemples , à lui montrer comment on troussait une Vue de Parc, comment on massait du bout d'une fine pointe d'aiguille des charmilles et des broussailles, et Saint-Non avait remarquablement profité de la leçon en copiant cette pièce si finement égratignée du Petit Parc.
L'abbé ne demandait pas que des paysages à ses amis, mais aussi réclamait d'eux, on se le rappelle, des croquis de tout ce qu'on voyait ensemble d'intéressant dans les églises et dans les palais en fait de tableaux et de statues. Et Fragonard de passer de Raphaël au Guerchin, de croquer Piètre